CL PREFACE
Un voyage qui embrassait presque toute l'Amérique méridionale et nous montrait dans leur variété ces singulières sociétés venues d'Espagne, catholiques comme leur mère, s'efforcant d’être républicaines , à demi civilisées, à demi barbares, et qui nous conduisait, à travers forêts et plaines, par Buenos-Ayres, Valparaiso, Lima, excitait l'attention publique. Cependant, si vaste qu’il fût, ce voyage en appelait un plus complet encore, voyage surhumain et qu'il fallait abandonner à un voyageur fictif, tant sont restreintes les forces humaines. En 1841, fut publié, sous la direction de M. Alcide d'Orbigny, un voyage pittoresque dans les Deux Amériques. Une grande partie du livre reproduisait les impressions mêmes du célèbre naturaliste, le reste était emprunté aux relations les plus récentes, C'est le même ouvrage que nous offrons au publie avec des modifications qu'il ne sera pas inutile de soumettre à son appréciation.
Dans l'Amérique méridionale, le peu de changements politiques que cette partie du continent a subis, l'immobilité des mœurs et des caractères, et aussi, ajoutons-nous, la justesse des observations de notre voyageur, ont permis de conserverele texte primitif en retranchant seulement quelques redites, en coupant quelques longues descriptions et en supprimant ce qui était du domaine particulier de la science; car de ce voyage et de tous ceux dont nous nous sommes servi, la science a réservé son bien ; nous qui n’avons promis qu'un voyage pittoresque, nous nous sommes attaché surtout à reproduire les usages, à pénétrer dans la vie des habitants, peuplades ou nations, à raconter au lerteur comment sont faites les villes du nouveau continent, sœurs et imitatrices de nes villes d'Eurone; nous sommes un promeneur, un touriste, nous ne sommes ni le naturaliste ni le savant.
Pour cette partie de l'ouvrage; la tâche était, on le voit, bien facile; il en était à peu près de même pour le Mexique, tout dévoré par le désordre et l'anarchie, triste terre, où il n'y a de grand que le passé, et où, s'il était permis de voyager, le spectacle attristant de la dégradation humaine atniserait profondément le voyageur. Mais au nord du Mexique s'étend ceite vaste ruche où sans cesse l'activité bourdonne, jeune nation, industrieuse autant que ses aïeux d'Angleterre, plus entreprenante, et à qui semblent promises toutes les fortunes de l'avenir. Sur son vaste territoire, les villes grandissent en dix ans comme ailleurs en dix siècles, l'or se révèle, la puissance s'élargit, et l'ambition croit avec la puissance. Il fallait s’eftorcer de reproduire l'aspect de cette nation en mettant à profit les relations de ses derniers visiteurs, et en en réunissant un grand nombre, car il est impossible au même homme de tout voir, de tout étudier dans la Confédération américaine : sentiment publie, mœurs privées, bizarreries religieuses, richesses du sol; de tout visiter, de la Caroline et du Texas, ardents défenseurs de l'esclavage, à l’austère Boston, à la populeuse New-York, à la fièvreuse l'rancisco.
A la frontière des États-Unis, et paisible commme ses lacs à côté des flots tumultueux
de l'Ohio et du Missouri, s'étend le Canada, cet enfant de la vieille France, toujours