‹ Voyage dans les deux Amériques [microforme]Chapitre 81 sur 112 · NEW-YORK, — L'HUDSON, -- LE NIAGARA · texte numérisé non relu

NEW-YORK, — L'HUDSON, -- LE NIAGARA

Après quelques jours de station à Philadelphie, nous primes le chemin de New- York, curieux d’abord de visiter la ville, puis de remonter, par l'Hudson et ses canaux, jusqu'aux chutes du Niagara.

Eutre les grandes villes de l'Amérique, comme en France ou en Angleterre, la vapeur, en accélérant les communications, a enlevé aux chemins tout ce qu'ils avaient de pittoresque ou de poétique. Autrefois, de Philadelphie à Trenton, le trajet s'accomplissait sur la Delaware, par de jolis bateaux à vapeur, et on avait

tout le loisir d'adimirer les beautés d'une campagne tantôt magnifiquement cultivée, tantôt inculte ; aujourd'hui la vapeur vous emporte, et on ne songe gutre, au bruit de la locomotive et dans l'atmosphère de charbon , à admirer les sites,

Trenton, chef-lieu du New-Jersey, est une assez jolie ville ; mais, selon la loi qui semble générale dans l'Union, elle est quatre fois moins peuplée que la seconde ville du môme État, Newark. Nocs ne nous arrêtâmes ni dans l'une ni dans l’autre de ces deux villes, et nous parvinics directement dans la véritable capitale des États-Unis.

La belle, la grande rue de l'immense New-York est Broadway ; c’est le rendezvous des étrangers et le lieu de séjour des citadins les plus riches, Quand le temps est beau, la foule s’y porte, comme à Paris sur les boulevards, et afflue dans les cafés et dans les salons de lecture. De magnifiques magasins bordent celte rue, et on y remarque les principaux édifices de New-York. L'hôtel de ville est un vaste palais dont la façade est en marbre blanc. Dans l'intérieur, des pièces somptucusement ornées servent aux séances des cours de justice : la principale contient les portraits de Washington et des hommes les plus illustres de l'Union.

La Bourse s'élève dans Wall-Street; c'est une belle construction en marbre blanc et à deux étages. Le rez-de-chaussée est occupé par la direction des postes, Le portique , auquel conduit un perron à degrés de marbre, est orné de colonnes ioniques de vingt-cinq pieds de hauteur. Au centre est la Bourse, de forme ovale et recevant fe jour par un fort beau dôme. Dans la coupole, se trouve un télégraphe qui correspond avec celui des bouches du fleuve, à plus de trois lieues de distance.

Un édifice dont l'aspect nous fut particulièrement agréable, parce que son caractère gothique le distinguait du mode général des autres constructions et nous rappelait en partie nos églises de France, fut la Trinité. Les premières construc- Lions de cette église remontent à {696. Bâtie alors dans des proportions trop restreintes , elle fut élargie en 1737 ; puis incendiée en 1776, elle ne fut reconstruite que dix ans après. Le monument actuel est en pierres et d'ordonnance gothique. Il contient un excellent jeu d'orgues et les seules cloches qui soient dans la ville. La chapelle de Saint-Paul est une construction élégante, avec un portique d'ordre ionique, consistant en cinq colonnes de pierre brune supportant un fronton dans le centre duquel figure, au fond d'unc niche, la statue de saint Paul. Sous le portique, est le beau monument Clevé par ordre du Congrès à la mémoire du général de Montgomery, qui fut tué à la bataille de Québec en 1775. L'aiguille de l'église a deux cents pieds de hauteur, et l'ensemble du temple est vraiment agréable et gracieux.

Outre ces églises, qui se recommandent aux artistes, on en compte près de cent autres, toutes plus ou moins remarquables. Le collége de Colombia, situé non loin de l'hôtel de ville, a un siècle d'existence; ses attenances consiaérables consistent en une chapelle, des salles de lecture, une librairie, un muüséum, des cabinets de physique et d'astronomie, un observatoire et un vaste parc.

La Socicté-de-Librairie, dans Nassau-Street, commencée en 1740 et détruite une première fois au commencement de la révolution américaine, est aujourd’hui un établissement florissant qui compte près de vingt mille volumes, dont plusieurs sont rares et précieux. L'institut de New-York forme une attenance de l'hôtel de ville ; ses pièces sont occupées par les diverses académies et sociétés savantes. La ville contient encore un nombre immense d'édifices publics, hospices, prisons, écoles, etc.

Le Park-Theatre est un bel édifice dont la construction coûta, en 1778, près de deux cent mille dollars. Incendié en 1820, il fut rebâti l’année suivante; c’est le théâtre le plus fréquenté et le plus agréable; le New-York-Theatre lui est cependant supérieur pour les formes architecturales.

Les plus belles rues de New-York se croisent avec le Broadway ou sont comme cette longue voie, parallèles à l'Hudson. Quelques rues sur les bords mêmes du fleuve sont étroites, sales et tortueuses. C'était là que se groupait l'ancien New-York avec ses chétives maisons en bois, dont on retrouve çà et là des échantillons. Aujourd'hui les maisons, généralement construites en briques, ont de deux à trois étages; elles sont élégantes et simples. Le long du fleuve, il n'y à pas de quais proprement dits, mais seulement des débarcadères.

Pendant les quelques jours que nous restämes à New-York, nous fimes une courte excursion en mer et dans Long-E3land. Le rivage, vu du large, était d’un aspect frais et riant ; à cinq milles de distance apparaissaient le phare de Sandyook, les hauteurs de Neversinsk, les îles et leurs forts, le tout parsemé de jolies maisons de campagne qui forment comme les cases blanches d'un échiquier sur ce fond d’un vert tendre et nuancé. Plus loin se déploie comme un phare avancé tout le littoral de Long-fsland ; à l'extrémité s'ouvrent les bouches de l'Hudson, dont les eaux baignent les quais de New-York. Partis avec la marée, nous revinmes avec elle; elle nous conduisit dans le fleuve au milieu des perspectives animées et changeantes de ses deux rives: une foule de ravires se croisant en tous sens attestaient l’activité incroyable de ce port. A trois lieues de la ville, les côtes de Long-Island et de Straten-Island, opposées l’une à l’autre , forment un détroit commandé par des fortifications. Ce système de défense se complète par diverses redoutes.

Quand on a jeté l’ancre au milieu de l'Hudson, le spectacle le plus animé se déploie aux regards. Au coup d’œil d'une riche et féconde campagne succède le bruit d'une cité active et populeuse. Le vaste fleuve hérissé de mâts, les deux rives couvertes d’entrepôts et de bruyantes demeures, une foule animée, mille canots sur le bassin , tout cela signale la prospérité , le luxe, la richesse. Un chiffre donnera une idée du mouvement qui se fait par New-York : les arrivages pour son port se sont élevés, en 1849, au nombre de 9,010. La population de la ville doit en ce moment dépasser 600,000 habitants, Cette prospérité, cette population, sont loin d'être le dernier terme de la grandeur que l'avenir réserve à New-York : la ville ne suffit pas à la foule qui s'y presse. A ses portes une autre

cité, peuplée déjà de 100,000 âmes, s'étend comme un faubourg : c'est Brooklyn dans Long-Island , séparé de New-York par la rivière de l'Est, et mis en communication incessante avec la ville par un service de bateaux à vapeur. Brooklyn est a résidence d’une portion de la bourgeoisie de New-York. Des promenades charmantes et des maisons de campagne égaient toute l'ile, et du haut de ses sommets, on jouit du plus beau point de vue qu'offre la ville de New-York, surmontée de quelques clochers aigus et flanquée d’une forêt de navires. Au N.-E. de ooklsn, sur une langue de terre nommée le Wallabout, se trouve le chantier de la marine des États-Unis, avee une maison pour le commandant, divers magasins spacieux et un vaste hangar en bois sous lequel on peut construire les plus vastes vaisseaux de guerre. Ce fut auprès de ce chantier que sauta, en 1829, la frégate à vapeur le F'ullon.

Quand nous en eûmes assez de Xew-York, de ses édifices et de ses habitants à la désinvolture coloniale, semi-anglaise, semi-hollandaise, nous primes le bateau à vapeur d'Albany. L'Hudson est un fleuve large et jeté entre deux berges hautes et déchirées. A quelques lieues de New-York, au lieu de se rélrécir, il s'élargit et semble former un vaste lac qui baigne des campagnes fertiles, Du lac Champlain à la mer, dans un parcours de cent lieues, Hudson, semblable à un magnifique canal uniformément large et profond , est navigable pour les gros bitiments, et sa pente est si douce que la marée remonte jusqu'à Albany. Nous pouvions de notre bateau admirer une foule de points de vue délicieux, Aux environs de New-York apparurent les longues suites de filaises rocheuses qui semblent s'être ouvertes un jour pour donner passage aux eaux, Deux murailles de rocs, du sommet desquels pendent çà et là quelques buissons, encaissent le fleuve, et le paysage, sur les deux rives, est âpre et sévère. C'est ce fleuve sauvage qui a vu les essais de la prodigieuse invention humaine qui supprime les distances : Fulton à fait sur l'Hudson les premiers essais de la vapeur dédaignée par le vieux monde. Plus loin, par larges échappées , la campagne se déploie dans toute sa magnificence; puis se montrent quelques villes coquettes, Newbourg, bâtie en amphithéâtre sur les bords du fleuve, et le site délicieux de Catskill. Nous fimes ure halte dans ce lieu enchanteur, dominé par de hautes montagnes, Profilant du délai qui nous élait accordé par le patron du bateau, nous pümes voir la chute du Catskill, avant-goût de la cataracte du Niagara, charmante miniature de l'une des grandes beautés de la nature, C'est une chute d'eau tombant par flocons écumeux de quarante pieds de hauteur au milieu de collines boisées qui se groupent d'une façon tourmentée et confuse, Les monts Catskill et la belle maison qui couronne l'un ae leurs sommets présentent une scène d’un autre caractère au milieu d'une uature à peu près semblable. Là, une construction à péristylce, et terminée par un fronton élégant, rappelle le travail des hommes au sein d’une forêt de chênes et de mélèzes vieux comme le monde, et parmi des beautés incultes et sauvages.

C'est au milieu de tels tableaux, renouvelés sans cesse, que nous arrivâmes à

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Albany ; nous l'apercevions au travers de feuillages touffus, avec ses habitations en partie échelonnées sur la falaise , en partie massées à ses pieds. Ses clochers, entrevus de loin, lui donnaient l'apparence d'une cité populeuse et importante. Albany, située sur la rive lroite du fleuve, au point de jonction du canal de l'Érié, est la troisième ville de l'État de New-York pour le commerce et la population. Peuplée aujourd’hui de plus de cinquante mille habitants, cette ville a des manufactures de fer, de tabac, des distilleries , des brasseries, etc. Quelques-uns de ses édifices sont remarquables , entre autres le Capitole, le théâtre, l'arsenal, la prison, etc. Parmi ses institutions scientifiques et marchandes, il en est une singulière, c’est une librairie flottante qui, pour l'usage des voyageurs , remonte et descend le canal Érié, grand chemin des chutes du Niagara. Nous nous embarquâmes sur cet immense canal qui passe à Troy, à Utica et à Rome, reçoit à Montezuma la rivière de Sénèque, puis traverse Lyon et Palmyre, car il semble que tous les souvenirs d'histoire et de géographie aient été réunis sur ses bords.

Le canal Érié offre, comme l'Iudson, une série de délicieux points de vue. Le premier et le plus agréable est celui de la ville de Schenectady, charmant endroit tout ombragé de massifs de verdure et baigné par les eaux limpides de la Mohawk. A peu de distance de ce lieu, on découvre la petite chute de la Mohawk, cascade où la rivière bouillonne sur un lit de roches aiguës en rongeant le pied des mélèzes penchés vers le gouffre. Sur la même rivière se trouve une autre chute beaucoup plus considérable, celle de Cohoes; là, tout le cours d'eau se précipite perpendiculairement d’une hauteur de soixante-dix pieds et large de quatre cents. Nulle part, on ne voit une nappe aussi régulière et aussi continue, On dirait de loin une vaste surface d'argent laminé dans lequel le soleil se joue et chatoie.

* Au delà de ce point, le paysage cst toujours varié et charmant; puis bientôt, à la hauteur de Tonnewanta, nous entendimes au loin un bruit sourd, c'était le grondement perpétuel du fleuve qui s'entend à douze milles à la ronde.

En ce lieu nous revimes des sauvages: une hutte s'élevait près de l'endroit où nous avions pris terre, nous v enträmes; deux Indiens étaient assis les jambes croisées, et fumaient tranquillement. Auprès d'eux, une vieille femme raccommodait des mocassins, et un jeune homme mangeait des pommes de terre et du lait, Autour de ces quatre personnages, tous les ustensiles de ménage gisaient à terre dans une affreuse malpropreté, Notre présence ne parut pas les surprendre et ne les dérangea pas, ils restèrent impassibles ; j'allai à l’un d’eux et lui adressai la parole en anglais; il me répondit tant bien que mal, et consentit, moyennant quelques pièces d'argent, à nous servir de guide dans notre course vers les chutes.

Nous nous mimes en marche; déjà, à trois milles de distance, on pouvait distinguer au-dessus de la chute le tourbillon du Niagara qui n'est pas une de ses moindres singularités. Les bords du fleuve ne tardèrent pas à apparaître ; en cet endroit, ses vaux étaient resserrées par deux murailles de rochers séparées seulement par un intervalle de quatre cents pieds. Entre ces deux rives perpendi-

culaires, on remarque une excavation semi-circulaire dont l'ouverture a plus de mille pieds de largeur et la longueur à peu près deux mille; l'eau bouillonne en cet endroit, écume et tourne d’une manière qui prouve sa profondeur prodigicuse et la pression qu’elle éprouve. En avançant vers la chute, la scène change à chaque pas. Pour arriver à la grande cataracte, il faut, pendant une partie du chemin, marcher sur une couche de pierres calcaires où se trouvent des débris de poissons, d'écureuils, de renards qui, surpris par le courant un peu au-dessus des cataraetes, ont été précipités dans le gouffre, brisés et rejetés sur la grève. Plus on approche des chutes, plus la route devient pénible. En quelques endroits, la berge s'étant éboulée , on est obligé de se frayer un chemin à travers les vides formés entre les crevasses des rochers et des arbres, et de marcher sur des rochers glissants que les vapeurs de la cascade tiennent sous l'aspersion d'une rosée constante. Bientôt cette rosée devient une pluie réelle, et quand nous nous trouvâmes à un mille du saut, nous étions aussi mouillés que si nous avions essuyé la plus forte averse. Ce fut de cette distance à peu près que nous jouimes du premier point de vue de la cataracte. Placés sur un rebord avancé que formait la berge, nous vimes le fleuve se précipitant sur une largeur de quinze cents pieds au milieu d'un nuage de vapeurs humides et fines. Vers le milieu de la nappe, l'eau était d'argent, tandis que les couleurs changeantes du ciel lui donnaient sur les côtes tous les reflets des nuages. On ne saurait rendre avec la parole cet aspect formidable ct merveilleux d'un fleuve qui se précipite d'une hauteur de cent cinquante pieds environ.

Quand on est parvenu à peu de distance des cataractes, le chemin est moins rude et moins périlleux. On descend le long de l'escarpement de la rive en suivant un sentier qui serpente entre des broussailles et des arbres dont la masse cache entièrement la chute. Près de l'extrémité de ce chemin, le spectacle se déploya dans toute sa grandeur. Un instant encore cependant nous ne dislinguâmes rien, un nuage immense d'une pluie épaisse nous inondait, et nos oreilles étaient assourdies par un fracas bien plus fort que celui du tonnerre. Mais le vent emporta le nuage de pluie, et nous nous vimes comme entourés de toutes parts par les cataractes immenses, tandis qu'un gouffre agitait au-dessous de nous ses vagues écumantes et tumultucuses.

La largeur de la chute surpasse celle de la rivière; avant d'arriver au gouffre, celle-ci fait à gauche un détour considérable, ce qui donne à la nappe d'eau une direction oblique, Une île partage la cataracte en deux branches; celle qui se trouve du côté du Canada est la plus large, sinon la plus haute. Chateaubriand, décrivant cette chute du Niagara, le plus merveilleux phénomène de la nature, dit : «..... Entre les deux chutes s'avance une ile creusée en dessous qui pend, avec tous ses arbres, sur le chaos des ondes. La masse des eaux qui se précipite au midi s'arrondit en un vaste cylindre, puis se déroule en nappe de neige, et brille au soleil de toutes ses couleurs. Celle qui tombe au levant descend dans une ombre effrayante; on dirait une colonne d'eau du déluge : mille arcs-en-

ciel se courbent et se croisent sur l’abime. Frappant le roc ébranlé, l'eau rejaillit en tourbillons d'écume qui s'élèvent au-dessus des forèts comme les fumées d'un vaste embrasement, Des pins, des noyers sauvages, des rochers taillés en forme de fantômes, décorent la scène. Des aigles, entrainés par le courant d'air, descendent en tournoyant au fond du gouffre; et des carcajous se suspendent par leurs queues flexibles au bout d'une branche abaisste, pour saisir dans l’abime les cadavres brisé: des élans et des ours . »

La rapidité extrême du fleuve avant qu'il se précipite , faisait regarder comme

chimérique, la construction d'un pont ; ce pont a cependant été construit d'abord en bois, puis en fil de fer. Il est suspendu, ct d'une légèreté et d’une solidité extrêmes; en ÿ passant, nous lui imprimions un balancement qui, uni au bruit de la chute et à l'éclat de la nappe d'eau, donnait le vertige. Un instant je m'arrélai et m'attachai d’une main, en fermant les yeux, à la balustrade de fer. Avoir songé à suspendre ce pont léger et flexible sur l'abime qui au-dessous tourne et se précipite, est une œuvre gigantesque et vraiment américaine. ‘ Au-dessus de la chute, le Niagara a trois quarts de mille de largeur, et ses rapides forment comme l’avant-scène du grand spectacle qui se déroule plus bas; le rapide est très-incliné ; le fleuve coule en cet endroit avec une in péluosité eMrayante dans un canal de rochers raboteux, et la résistance qu’il rencontre le change en une masse d'écume d'une rive à l'autre: un peu au-dessus du bord de la cataracte, l'énorme masse d'eau glisse en silence et se dérobe presque subitement; on n'ap:rçoit plus qu'un nuage de vapeur, En revanche, au delà du rapide, le Niagara coule si lentement dans son large lit, qu'on le prendrait pour un lac. La rive américaine, couverte de bois, n'offre en ce licu que de rares habitations; on n'y entend que le bruit de la chute et le cri des oiseaux sauvages ; et la nature, dans ce court espace, réunit deux scènes tout à fait opposées, l’une bruyante et terrible, l’autre calme et douce.

Nous nous arrachâmes non sans peine à cette scène de grandeur et de majesté, et après nous être reposés dans l'un des hôtels confortables que la spéculation américaine a élevés pour les voyageurs en ce licu sauvage, entre les dernières hattes indiennes et le fleuve qui mugit, nous reprimes dès le lendemain le chemin d'Albany. Il semblait que nous dussions faire une excursion sur les lacs, c'était en effet le moment propice, mais il fallait encore visiter Boston et le nord de Ja confédération ; il fallait aussi, l’avouerai-je, nous reposer. La saison d'automne élait venue, amenant déjà les pluies et le froid, l'hiver à son tour allait survenir avec ses rigucurs ; nous voulions consacrer cette saison à nos dernicres visites aux villes de l'Union; nous voulions recucillir nos impressions, puis au printemps, quand reviendraient le soleil et la chaleur, repartir d’un pied allègre pour le Canada, la terre de nos compatriotes, la Franceaméricaine.

4 Atala, épilogue,

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