VI INTRODUCTION
navire , à lui qui a vu combien était nécessaire la discipline des gens de mer. Pour l'oficier de marine , cette vieille métaphore , le vaisseau de l’état, n'est plus une métaphore ; la hiérarchie sociale représente à ses yeux la hiérarchie du commandement militaire et maritime. Il ne peut concevoir de force et de régularité que dans la transmission exacte des ordres suprèmes , dans leur exécution immédiate, courageuse et sans examen, dans leur accomplissement aveugle. Un vaisseau , en effet, c'est un gouvernement régi par la centralisation la plus forte et la plus intense ; c'est le despotisme, avec ce qu'il a d'outrageant pour l’homme, mais aussi le despotisme qui favorise le plus merveilleux déploiement des forces humaines, c’est une république sous un dictateur. Liberté individuelle et discipline dans un équipage sont des termes incompatibles. A peine le pirate est-il debout sur son brick armé, il casse la tête aux rebelles , et dompte ainsi le reste de ses sujets. Aucun peuple n’a jamais pu appliquer aux besoins du service maritime le principe de la liberté ; les Américains eux-mêmes, ces derniers-nés de l'indépendance,
ces hommes bercés dans la croyance de l'égalité
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parfaite entre tous les hommes, ont enchéri sur la sévérité des lois navales, en vigueur chez les autres nations. On dirait qu'ils craignent l'influence de leurs mœurs privées sur leur discipline maritime, et qu'ils augmentent la vigueur de cette dernière , resserrent ses liens, rivent ses chaînes en proportion du relächement et de la faiblesse de leurs autres rapports sociaux. |
Tel est l'écrivain qui , descendant du pont de sa frégate , a visité et dépeint les États-Unis. C'est de ce point de vue qu'il les a observés ; c’est comme officier anglais que Basil-Hall a jugé l'Amérique. Nous ne prétendons ni infirmer, ni contester, ni approuver son jugement. Îl nous a semblé nécessaire de le constater ; les opinions des hommes ont beau paraître désintéressées , leur mobile le plus pur a toujours une cause secrète que nous ignorons. La position sociale du juge colore toujours la sentence qu'il porte ; et le philosophe, qui se place en dehors de tous les intérêts, de tous les souvenirs, de toute personnalité, est difficile, peutêtre impossible à rencontrer.
Est-ce un mal? est-ce un tort ? Doit-on regret-
ter l'absence de cette impartialiié, qui serait le