CHAPITRE VIl
Le canal Welland. — Le canal Rideau. — Le canal Saint- Laurent.
Le canal Welland parcourt le même espace que les chutes et les rapides du Niagara; il va du lac Erié au lac Ontario, seulement il s’avance avec moins de tumulte et de fracas. Le Niagara est admirable , sublime à contempler ; mais c’est tout. Le grand canal présente une utilité réelle, et sert les besoins du commerce. Les sensations qu’on éprouve à la vue de ces deux belles créations, l’une due à la nature, et l’autre à J'art, et que sépare une distance de six à huit milles, sont différentes, je l'avoue; mais toutes deux font naître de profondes réflexions.
La beauté et la sublimité des chutes du Niagara ne pcuvent être généralement senties de la plupart des voyageurs. Les avantages du canal Welland sont bien mieux appréciés. Gependant le projet d’une telle œuvre n’atlira d’abord' que de dédaigneuses moqueries. Sa réalisation paraissait impossible , et cette idée ne
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trouva que railleuse indifférence chez ceux qui ne l’'approuvaient point, et qu’un sentiment assez froid chez ceux qui en comprenaient l'utilité.
Le projet hardi d'unir, par un canal navigable , le lac Érié au lac Ontario, fut conçu par M. William Hamilton Merritt , habitant le village de Sainte-Catherine, dans le haut Canada , à travers lequel passe le canal.
Le niveau du lac Érié , au-dessus du lac Ontario, est de trois cent trente pieds ; on a surmonté cette difficulté, à l’aide de trente-sept écluses creusées sur le versant de la montagne qui fait face au lac Ontario. La longueut totale du canal est de quarante et un milles et demi , etil peut recevoir les vaisseaux qui naviguent sur le lac , quelle que soit leur dimension. I} y a des schooners de quatre-vinpt-dix à cent vingt tonneaux qui passent trés-facilement d’une écluse à l'autre ; ces dernières ont cent pieds de long sur vingt-deux de large. La profondeur de Peau n'est jamais de moins de huit pieds ; et, à l’aide d'une combinaison habile, il sera facile de l'élever à dix pieds, si jamais l'on construit des navires d’un plus fort tonnage que ceux qu'on emploie maintenant.
Le canal Welland a cinquante-huit pieds de large à sa surface , et vingt-six à sa base. Toutes les écluses sont construites en bois, ce qui, dans un pays où ce genre de matériaux est aussi abondant , offre le mode de construction le plus économique. On a calculé qu'il pn eût coûté neuf fois davantage pour les construire en pierre. Ce canal a ur grand avantage sur le lac Érié,
son rival, par la situation de son extrémité sud , aboutissant au canal Erié, qui se trouve plus à l’ouest, le long du côté nord du lac, que l'ouverture du canal américain. Aussi, dit-on, la glace qui bloque à Buffalo l'entrée du canal Erié, y séjourne-t-elle quelques semaines de plus qu'à l'entrée du canal Welland: d'où il résulte que ce dernier s'ouvre plus tôt au printemps, et se ferme plus tard en automne que le canal Érié.
Le lac n'a pas plus de dix à douze brasses de profondeur (dix-huit à vingt mètres), el gèle tous les ans ; mais le lac Ontario est tellement profond , que la glace ne peut se former à sa surface ; aussi le climat des deux côtés de ce lac, qui a cent soixante-dix milles de longueur et trente-cinq de largeur, est-il plus tempéré eu hiver et moins chaud en été, qu'il ne l’est, soit à Québec , soit à New - York.
En jetant les yeux sur la carte de l'Amérique septentrionale ; on verra que lestrois issues principales , au moyen desquelles les produits peuvent être conduits jusqu’à l'Océan, sont: le Mississipi, qui se jette dans la mer à la Nouvelle-Oriéans , dans le g du Mexique; le Saint-Laurent, qui passe par Montréal et Québec ; et enfin l'Hudson, qui se décharge à New-York. Ces trois grandes routes liquides sont rattachées aux grands lacs du Nord, tantôt par l’art, tantôt par la nature. L'Hudson tient au lac Érié par le grand canal déjà cité, et au lac Ontario par un des bras de ce même canal qui va de Syracuse à Oswego.
On achève maintenant (1829) un canal qui joindra le lac Érié à l'Ohio; et comme ce dernier se jette dans
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le Mississipi, il y aura bientôt, à travers la province de l'Ohio , une communication par eau entre les lacs et le golfe du Mexique.
Les provinces appartenant à l'Angleterre , sur le bord des lacs, ou arrosées par les rivières qui se déchargent dans le Saint-Laurent , pourraient, dit-on, fournir pour l'exportation autant de grain et de farine que les États-Unis. Or, les marchandises anglaises sont admises au Canada, moyennant un droit de 2 et demi pour cent , tandis que le blé que ce pays exporte ne paie que 5 schellings par quarter (2 hectolitres neuf cent sept millièmes). Aux États-Unis, les marchandises anglaises paient quatre-vingts pour cent, et le blé qu'ils importent en Angleterre est soumis à des droits très-élevés ; nous avons donc un marché avantageux ouvert au Canada.
La gerade difficulté de la navigation du lac Ontario jusqu’à la mer, naît Je la quantité innombrable de ses rapides, qu'on ne peut franchir qu’à laide de temps, de travail et d'argent, tandis qu'un canal ouvert sur cette ligne offrirait une diminution considérable dans les frais de transport; un tonneau de marchandises qui paie maintenant 7 livres sterling 10 sch. , pourrait être transporté de la mer au lac Érié pour 9 livres 5 sch. L'obstacle qui s'oppose à une amélioration des moyens de communication, du haut Canada jusqu'à la mer, git moins dans des difficultés physiques , que dans un manque d'harmonie entre les pouvoirs supérieurs et inférieurs. Par suite de ce défaut-d’union , les uns et les autres travaillent dans leur intérêt particulier ,
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