‹ Voyage dans les États-Unis de l'Amérique du Nord et dans le Haut et Bas-Canada [microforme]Chapitre 43 sur 52 · TOME J · texte numérisé non relu

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(20 centimes). Les dindons sont placés à une distance double , à cent dixtoises, si c’est un fusil ordinaire, et à cent soixante-cinq toises si l'on emploieune cara. bine. Dans ces deux cas, chaque coup se paie de six à dix cents, ou de trois à cinq.

Nous arrivèämes à Salem pour le diner. Si je ne crai. gnais d’abuser de la patience de mes lecteurs , je leur donnerais le détail de ce repas. Du moins consignerai-je ici l'éloge bien mérité de mon hôte : jamais je n'ai rencontré un homme aussi complètement dépouillé de prévention et de préjugés ; à un grand talent pour la conversation , il joint beaucoup de gaieté d’imagination, et, si je ne craignais d’offenser sa modestie, je le nommerais, et j'ajouterais que de toutes les personnes que j'ai rencontrées dans mes derniers voyages, il est sans contredit celle qui m'a plu davantage.

Après dîner, nous allâmes au Musée, dont les riches trésors ont été amassés par les capitaines ou les subrecargues des vaisseaux partis de Salem , qui doublèrent les deux grands caps méridionaux : celui de Bonne- Espérance et celui de Horn.

Il faisait tout-à-fait nuit lorsque nons fümes de retour à Boston. Le lendemain nous recommencâmes à courir la ville , et nous fimes tant qu’au bout d’une semaine, il ne nous restait plus rien à y voir. Nous ne négligeâmes aucune des curiosités que nos amis voulurent bien nous indiquer ; eux, à la moindre manifestation d’un de nos désirs , quittaient tout , affaires, plaisirs, pour nous accompagner. Ce mouvement nous mit en rapport familier avec les bons citoyens de Boston, dont

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Dans les chantiers de construction , nous vimes deux vaisseaux de ligne , une frégate et un sloop de guerre, prêts à être mis en mer un mois ou six semaines après que l'ordre en serait donné. Les vaisseaux de ligne étaient de la taille de notre célèbre Gange, mais sans dunettes. On prépare un chantier qui, lorsqu'il sera achevé , aura deux cent dix pieds de long; j'eus le bonheur de rencontrer sur les lieux l'ingénieur qui préside à ces travaux’, homme fort intelligent, qui, mettant de côté"cet esprit de cachotterie que j'ai rencontré partout en Amérique, me montra tous ses plans, dont nous discutämes le pour et le contre , comme si ce n'eût élé qu’une question scientifique ; nous ne pensions ni l’un ni l’autre aux rivalités nationales.

Les officiers de marine forment, en Amérique , une classe à part dans la nation : seuls, ils vivent dans une perpétuelle habitude de subordination. Ce sont même les seuls hommes qui regardent comme importantes les distinctions de rang, tañt méprisées par le reste du peuple. Je crois. d'après tout ce que j'ai vu et entendu , que la discipline américaine , en tant qu’elle s'applique aux officiers, est plus sévère que dans la marine anglaise ; on en comprendra bientôt la raison. Nous recrutons nos officiers dans une société, nonseulement familière avec la théorie des inégalités, si je puis m'exprimer ainsi, mais encore habituée par la pratique à ces fictives distinctions dans l’exercice de l'autorité, distinctions qui forment la vie et l’ame d’une flotte. En conséquence, soit à leur début, soit

après plusieurs années de service, les officiers de marine anglais ne rencontrent rien dans leurs rapports avec la société , qui diminue l'habitude de subordination contractée à bord. Mais un jeune officier américain , lorsqu'il va à terre visiter ses amis, soit dans les forêts reculées , soit dans celles de la frontière , entend des choses qui, en un jour, détruisent des habitudes de suberdination d’un an. En voici un exemple :

Un aspirant de marine, à bord d'un vaisseau de guerre, ayant manqué aux réglemens de service, fut réprimandé par son capitaine ; le jeune homme, mécontent de cet acte d'autorité, déclara son intention d'en appeler au peuple , résolution qu’il exécuta. Par le retour du courrier arrive un ordre portant que M. un tel, étant citoyen d’un état libre, avait parfaitement le droit d'en appeler au peuple, et que, dans le but de lui en faciliter les moyens , on lui envoyait son congé.

Le 17 octobre je me rendis en voiture, avec un ami, au village de Brighton, à deux milles de Boston, où devait avoir lieu la grande exposition annuelle de bestiaux pour l’état de Massachussets. Cette foire, car on peut lui donner ce nom, fut établie, il y a quelques années, par le peuple de Boston; et les fermiers de cet état, de près et de loin, envoyèrent leurs troupeaux , leurs fruits, les produits de leurs fabriques, leurs instrumens aratoires nouvellement inventés, enfin tout ce dont ils crurent pouvoir faire parade à cette grande exposition. Mais, au bout de quelque

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temps, les autres provinces devinrent jalouses de Brighton , et ehaque ville, chaque comté eut aussi sa petite exposition de bestiaux : ce sont des colonies qui désertent la raison sociale de la mère-patrie pour s'établir à leur propre compte. Toutelois, la foire dont il est question conservait encore assez d'intérêt pour un voyageur. Indépendamment d’un concours de charrues , auquel prirent part vingt attelages de bœufs, des animaux attelés à des charrettes chargées eurent des pentes à gravir. Les différens enclos où se trouvait parqué le bétail offraient une belle variété de races.

En dépit de ce que cette scène avait d'intéressant , je sentais qu’il y manquait quelque chose. Partout des hommes, toujours des hommes, ou buvant ou fumant ; pas une seule femme pour rompre la monotonie du coup d'œil. Croirait-on qu'au milieu de plusieurs milliers d'individus, je ne comptai dans toute la journée que neuf femmes! Point de ces groupes de jeunes garçons et de jeunes filles folätrant sur l'herbe ; point d’enfans jouant sous les arbres ; hélas! les pauvres malheureux semblaient déjà aussi solennels que leurs graves parens.

Le samedi, 20 octobre, un de nos amis les plus empressés vint nous prendre à neuf heures du matin, pour nous promener dans les écoles de Boston. Nous ne pümes les visiter toules, et cela pour une assez bonne raison, c’est qu'à Boston seulement il n’y a pas moins, à ce que dit un rapport de 1826, de deux cent quinze écoles , bien que la population ne soit que d'environ cinquante mille ames. Nous crümes conve-

nable de visiter trois de ces écoles, deux pour les garçons et une pour les filles.

Dans piusieurs des états de l’Union et dans le Massachussets en particulier, la plupart des écoles publiques sont entretenues par une taxe qui représente environ trois dollars et demi par chaque mille dollars de revenu. De cette manière les riches et les pauvres peuvent également donner, à peu près gratis, de l'instruction à leurs enfans.

Les Bostoniens sont fiers , et peut-être avec raison, de leur système d'instruction publique. Cependant je me hasardaï à faire observer que l'on s’apercevait trop que ces écoles étaient des écoles de charité ; il me fut répondu que l'éducation étant considérée en Amérique comme essentielle au maintien de la forme républicaine du gouvernement , elle méritait, ainsi que les cours de justice ou la police , d’être considérée comme œuvre nationale.

Dans l’école des filles, nous trouvâmes ces jeunes demoiselles plongées dans l'algèbre ; d’autres étudiaient la géographie, et n'étaient pas moins avancées que leurs compagnes. Quant à la lecture, elle me parut la partie faible de l'établissement ; je remarquai un vice de prononciation que j'essayai de faire remarquer au professeur , d'autant mieux qu'il m'avait demandé mon avis ; mais je m'aperçus qu'il prenait feu à la moindre de mes observations , qui sentait la critique , et j'aimai mieux garder le silence que de mécontenter ce brave homme.

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réciter quelque chose, et ces pauvres enfans, nous prenant sans doute pour d’honnêtes compatriotes , ne manquèrent pas l’occasion de nous régaler de furieuses philippiques contre l'Angleterre. Nous nous en amusâmes fort , et les enfans mirent plus d'emphase encore dans leur débit, élevèrent leurs voix de futurs lépislateurs, et déployèrent une grande énergie à chaque tirade, telle que la suivante : « De la reconnaissance « envers l’Angleterre!!! Quelle reconnaissance lui doit « l'Amérique ? celle du lionceau envers sa mère, lors- « qu'après lui avoir donné naissance dans un désert, «elle l’y laisse périr de faim! » Ou bien: « Depuis « dix huit cents ans le monde sommeillait dans l’igno- « rance de la liberté et de ses droits. A la fin , l'Amé- « rique s’est levée dans sa gloire pour donner à l'Uni- « vers une salutaire lecon , etc., etc. »

Nos compagnons faisaient une mine piteuse pendant cette scène; je n’eus que peu de compassion pour eux. À quoi bon, en effet, inculquer dans de jeunes cerveaux des idées hostiles à un autre pays! Pourquoi les entretenir dans des sentimens de haine? Est-ce à la génération future à épouser les querelles de la génération passée ?

Après cette visite, je me trouvai à même de discuter longuement avec un Américain les avantages comparés du système anglais et du sien, relativement à l'éducation. Nous parlämes beaucoup sans pouvoir nous entendre, et lorsque mon antagoniste eut épuisé tous ses moyens de persuasion, il s'écria en soupirant:

« Ah! monsieur, je le vois bien, jamais un étran- «ger ne pourra comprendre notre caractère na- « tional. »

un étrantère na-

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