‹ Voyage dans les États-Unis de l'Amérique du Nord et dans le Haut et Bas-Canada [microforme]Chapitre 45 sur 52 · FR · texte numérisé non relu

FR

et ne donnai pas bonne opinion de moi à mes adversaires. Mais, au demeurant, nos querelles ne laissaient point de trace dans nos esprits , et nous nous retrouvions le lendemain les meilleurs amis du monde.

Dans le cours de la journée , nous atteignimes Providence , capitale de l'état de Rhode-fsland. Nous avions voyagé à raison de sept milles à l'heure . et jamais en Amérique nous ne voyageämes avec une plus grande vitesse.

De Providence, nous désirions nous rendre à Hartford, dans le Connecticutt, à une distance de soixantedouze milles. Nous essayâmes de louer une diligence supplémentaire , afin d'être libres de nous arrêter en route où bon nous semblerait. Le propriétaire de la voiture ne voulut nous en louer une qu’en nous forçant de payer les neuf places : nous aurions adhéré à cetie condition, quoique d'ordinaire nous eussions joui du même privilége en payant six places ; mais ce n'était pas tout; ce digne homme exigeait que la voiture marchât comme à l'ordinaire, s’arrêtant là seulement où elle avait coutume de faire halte. C'était trop fort : nous préférämes attendre et courir toute la ville en quête d'un autre moyen de transport. Nous n'y trouvâmes personne qui voulût se charger de nous à aucun prix, et nous nous vimes contraints d'arrêter nos places dans la malle qui partait le lendemain.

L'heure du départ était fixée à cinq heures du matin; mais, comme en Amérique tout arrive plus tôt qu’on ne s’y attend, un homme de haute taille entra dans notre chambre à quatre heures moins dix mi-

s adveraissaient s retroude.

mes Proid. Nous eure . et une plus

‘e à Hartsoixantediligence

arrêter en

aire de la nous for-

s adhéré à

s eussions

s; mais ce

jue la voi-

t là seule- ‘était trop te la ville Nous ny de nous à

s d'arrêter

nain.

es du mare plus tôt aille entra is dix mi-

nutes, en nous annonçant qu'il ne s'en fallait que d'une demi-heure qu'il fût cinq heures : en mêmetemps, nous entendimes le bruit des roues de la voiture qui venait nous chercher, trente minutes avant l'heure convenue.

Fort heureusement il n'y avait que cinq voyageurs, et nous nous trouvàmes fort à notre aise. Nous fimes un très-bon diner à Windham, en agréable compagnie; pendant le repas, l’interminable question de l'élection du président revint sur le tapis ; mais ce qui me frappa le plus, ce fut de voir que les personnes qui traitaient sans pitié le général Jackson, fussent tout aussi mal disposées pour son compétiteur M. Adams.

Nous fimes nos soixante-douze milles en quatorze heures et demie, par une route montueuse et désagréable. Tous les quatre ou cinq milles, nous arrètions pour faire boire les chevaux , donner et prendre les paquets de la poste, qui n'étaient jamais prêts ; puis nous eñmes le plus grand des ennuis qu’on rencontre en voyage, celui de changer quatre fois de voiture : ce qui, joint à quelques pauses sur la route pour bavarder ou boire un verre d’eau-de-vie , nous fit paraître la journée interminable.

Dans la journée du 25 octobre, que nous passämes près de Hartford, nous visitämes trois établissemens publics qui, chacun dans son genre , ne laissaient rien à désirer : la prison, l'hospice des sourds et muets, et celui des aliénés. La prison pénitentiaire est organisée sur le modèle de celle d'Auburn, déjà décrit par nous,

SR di - mn ne rt LR a : à +

où la séparation des condamnés , pendant la nuit , est complète ; un travail assidu et un silence profond sont exigés du prisonnier pendant le jour; les repas se prennent individuellement dans chaque cellule ; toute communication entre les prisonniers est sévèrement interdite ; le dimanche seulement, ceux qui le désirent, peuvent s'entrelenir avec l’ecclésiastique qui dessert la prison. Ce système excellent n'était en vigueur que depuis trois mois; mais telle en est la simplicité, qu'il marchait déjà comme s'il eût eu une plus longue existence,

L'hospice des sourds et muets de Hartford a , entre autres mérites, celui d'être le premier de ce genre qu’on ait établi en Amérique.

Dans l’une des salles , nous vimes une jeune femme qui était nés aveugle, sourde et muette. D'abord sa figure exprimait la colère, parce qu'or l'avait contrainte de venir où nous étions ; mais , par degrés, sa physionomie s'éclaircit, grâce à quelques caresses que lui fit le directeur , et elle devint tout-à-fait aimable. Elle prit nos mains, toucha nos habits, ma montre, en me faisant voir qu’elle savait la monter; puis, elle enfila une aiguille avec la langue, ce qu'elle ne put faire qu'après cinq ou six essais infructueux.

Notre dernière visite fut pour l'hospice des aliénés (retreat for the insane); le nom qu’il porte rappelle l'établissement du mème genre à York. Mais, à Hartford , le traitement moral et l'emploi des moyens doux sont portés encore plus loin qu’en Angleterre.

Le docteur Todd, l'aimable et habile médecin de

ce

nuit , est fond sont

repas se ile ; toute svèrement i le désitique qui ait en vist la sima une plus

d a, entre ce genre

une femme D'abord sa ‘avait condegrés, sa aresses que it aimable.

ja montre,

puis, elle elle ne put

des aliénés te rappelle is, à Hartoyens doux 'rre.

médecin de

cetie maison, nous communiqua sa méthode, et nous fit voir l'hospice dans tous ses détails. Je ne crois pas qu'on puisse suivre un meilleur modèle. La méthode de ce docteur est de traiter chaque aliéné comme s'il avait sa raison. Ce moyen sans doute ne serait pas a2plicable aux idiots ni aux fous de la classe qui porte l'horrible nom de mania ferox ; cependant , même avec ceux-là , il s'écarte le muins possible de son système. Lorsqu'un aliéné lui est amené, il converse avec lui comme avec une personne raisonnable ; et, sans chercher à ie tromper , lui raconte tout ce qu'il sait de sa maladie , et lui annonce qu'il fera ses efforts pour le guérir, l’assurant qu'il jouira d'autant de liberté que possible, pourvu qu'il se conforme au réglement de la maison.

À l’applui de sa méthode, le docteur Todd nous conduisit dans un salon, où nous trouvâmes huit à dix femmes occupées à des travaux d’aiguille. Au lieu de nous les faire voir comme des animaux de la foire, il nous présenta mutuellement les uns aux autres, comme si nous nous étions trouvés réunis dans le monde.

Il est curieux d'observer combien l'imagination nous domine dans des visites telles que celles que nous venions de faire. Dans la prison, nous nous imaginions voir le crime écrit sur la figure de chaque prisonnier, quoique le directeur nous assurât qu’il y en avait plusieurs assez honnêtes pour qu'on les employät comme gardiens. Chez les sourds et muets, le son d’une voix nous faisait tressaillir; à l’hospice des aliénés, nous

élions Lout étonnés de voir des personnes causer paisiblement avec nous, quoique privées de leur raison.

Je n'abandonnerai pas le sujet si intéressant des aliénés , sans donner ici la proportion des gunérisons, relativement au nombre de patiens. Ainsi, à Hartford, sur vingt-lrois aliénés, vingt et un furent guéris, ce qui fait quatre-vingt-onze pour cent; et sur vingt-huit reçus dans l’année, vingt-cinq ont recouvré la raison, ce qui représente quatre-vingt-neuf pour cent. En Angleterre, dans deux de nos meilleures maisons de fous, la moyenne des guérisons a varié de vingt-cinq à cinquante el un pour cent.

Le 26 octobre , nous allâmes à New-Haven, qui est également sur le Connecticult, et qui partage avec Hartford l'honneur d'être la capitale de la province, puisque la législature s'assemble alternativement chaque année dans l’une ou l'autre de ces villes. Cet arrangement ridicule nécessite tous les ans le transport des registres et des procès-verbaux d'une ville à l’autre; ce qui nous rappelle l'époque où le parlement anglais, au bon vieux temps, siégeait pendant une session à Oxford , et pendant l’autre à Londres.

En chemin nous visitâmes un établissement fondé par un capitaliste entreprenant, à l'instar du séminaire militaire de West-Point. Le fondateur et le gérant étaient absens : les honneurs nous en furent faits par le professeur de mathématiques : guidés par lui, nous examinämes en détail cette maison qui, sans égaler son modèle, fait cependant honneur à celui qui l'a créée.

Pendant que nous causions dans la cour, on aunonça

user pair raison.

ssant des térisons , Hart{ord, L guéris, ; et sur recouvre euf pour neilleures s a varié

, qui est tage avec province , ent chas. Cet artransport le à l’auarlement dant une es.

nt fonde séminaire e gérant fails par lui, nous toaler son l'a créée.

annonça

le diner ; notre guide nous pria de le suivre dans un vaste réfectoire où arrivèrent bientôt, fifre et tambour en tête, tous les jeunes gens rangés en bon ordre. Une douzaine d'entre eux se détacha de la colonne pour remplir les fonctions d’écuyers-tranchant.

Dans tous les pays, vieux ou nouveaux, les hommes , soit dit à leur honte, découpent horriblement ; mais je ne m'attendais pas à voir quelque chose d'aussi dégoûtant que le spectacle qui s'offrit à ma vue. La viande fut réellement déchirée et non coupée, et les élèves se jetèrent sur leurs portions avec une avidité et une gloutonnerie qui auraient fait honneur à un cormoran. Je ne vis jamais scène plus hideuse.

Le jour suivant nous parcourümes New-Haven , accompagnés par le professeur Silliman, honorablement connu dans le monde savant, comme éditeur d'un journal philosophique très-estimé, qui porte son nom.

Le collége d'Yate fut la première chose qui attira notre attention. [Il nous fut très-agréable de voir bon nombre de vieux usages et de notions crthodoxes observés religieusement dans celte maison. J’isnore combien de temps les dignes professeurs de ce collége pourront encore résister au déluge d'innovations qri s'accroît de toutes parts, et qui entraine avec lui jusqu'aux points d'appui placés par l'expérience. En attendant, rien de plus satisfaisant à voir que l’ensemble de cet établissement.

Après avoir diné de bonne heure, nous allämes hors de la ville, visiter le Grave-Yard (Cour des Tombes }), un des plus jolis endroiïts pour se faire en-

terrer que l'on puisse s’imaginer. Il occupe un espace de vingtacres, planté en avenues, et divisé en rangées d'arbres formant autant de lots pour les habitans. Les sentiers ne sont point sablés, mais couverts de gazon, ainsi que l'espace entre les tombeaux. De jolis monumens s'élèvent de tous côtés, et l’ensemble de la scène est plutôt gai que triste.

Nous visitâämes ensuite un endroit célèbre dans l'histoire des premiers temps de l'Amérique. Il parait que trois des hommes hardis qui osèrent siéger comme juges de leur roi, se sauvèrent à la Nouvelle-Anpleterre, en 1660, après la restauration; durant la période agitée qui suivit ce changement, on eut soif de leur sang, et ils furent contraints de se réfugier dans l'intérieur des terres , alors désertes. On croit généralement qu'ils se logeaient dans une sombre caverne, formée par des rochers, à un mille ou deux d’une colline au sud. Les noms de ces régicides étaient : Goffe, Whalley et Dixwell, et leur retraite s'appelle encore aujourd’hui {a Grotte des Juges.

Dans la soirée, j'eus le plaisir d’être présenté à M. Noah Webster, de New-Ilaven , qui travaille depuis quarante ans à un dictionnaire de la langue anglaise, qui, à ce que j'apprends, vient d'être publié. Il y a compris toutes les expressions techniques qui ont rapport avec les arts ou les sciences. C’est un tableau aussi complet que possible de cette langue. Nous eûmes un entretien fort amusant au sujet des Américanismes, comme j'appelais les néologismes qui m'avaient frappé dans ce pays. I! soutint que les Américains avaient en

n espace | rangées tans. Les ie gazon, is monuà Ja scène

ans l’hisarail que »r comme Ile-Angleant la péut soif de igier dans it généracaverne, d’une colht : Goffe, Île encore

présenté à ille depuis anglaise, lié. Il y a i ont rapn tableau ous eumes icarismes, ent frappé avaient et

le droit d'adopter de nouveaux mots, et que même ils avaient dû modifier la langue pour la mettre en rap-

port avec les circonstances nouvelles, tant géographiques que politiques, où ils s'étaient trouvés placés. « Il est impossible , dit-il, d'arrêter les progrès d'une « langue ; elle ressemble au cours du Mississipi : son « mouvement est presque imperceptible, et cependant « entraîne tout avec lui. »

Le 29 octobre nous allämes, en baleau à vapeur, de New-Haven à New-York , le Inng d'une côte qui porte le nom effrayant de Hell's-Gates (les Portesde l'Enfer) ; mais comme il faisait presque nuit lorsque nous arrivâmes à New-York, nous fûmes, pour la seconde fois, privés de ‘a vue de cette noble ville dont nous approchâmes par eau.

E:1 allant à la douane le lendemain , nous y trouvâmes une caisse d'effets qui était arrivée pendant notre absence. Ces objets d'habillement avaient été inscrits sous le nom générique de marchandises ; et ce mot occasiona quelques difficultés. « Jespère, dit le collec- «teur d’un ton qui semblait vouloir dire qu'il nous « suggérait un faux-fuyant , j'espère que ces effets ont « déjà été portés?» Je fus forcé de convenir que non; mais , pour atteindre le même but , je lui répondis que nous avions l'intention de les porter pendant notre séjour en Amérique , ce qui devait être à peu près la même chose. Il sourit, et nous eûmes la permission d'emporter notre caisse.

Le îer novembre, nous croisämes dans le magnifique port de New-York, et, quoique l'air fût un peu

froid , la nature était si belle que nous ne regrettämes point notre promenade. Le premier de chaque mois un grand nombre de paquebots partent de ce grand foyer du commerce américain , pour se rendre dans diverses parties du globe ; et comme l'heure du départ est la même pour tous, il en résulte un tumulte et un mouvement dont il est difficile de se faire une idée. Au moment où l'horloge sonna dix heures , un bateau à vapeur, portant les passagers des divers paquebots, quitta le quai, près d’une superbe promenade appelée la Batterie. Nous résolûmes de faire une excursion Île lendemain dans ce bateau , comme si nous avions dû nous embarquer pour un long voyage : notre seule intention était de jouir du coup d'œil. La foule sur le rivage était immense. Des groupes d'amis, faisant leurs adieux, étaient mêlés à des aubergistes, des marchands, des cochers de fiacre , demandant ce qui leur était dû ; puis arrivaient , se plissant entre deux voitures chargées de bagages, des vendeurs de journaux encore tout humides. Nous arrivämes enfin, à grand'peine , sur le pont du bateau à vapeur. Là régnait une scène de confusion d'un autre genre. Il y avait cent soixante passagers destinés pour les différens paquebots; qu'on se souvienne que chacun d'eux avait au moins un ami qui l’accompagnait, et l'on aura quelque idée du brouhaha universel.

A la fin nous partimes dans le bateau, et, passantlelonp de deux paquebots destinés pour le Havre , de deux autres pour la Nouvelle-Orléans, d’un pour Charlestown. d'un autre pour Londres, et d’un dernier pour Liver-

relttämes que mois ce grand dre dans du départ ulte el un » idée, Au bateau à aquebots , le appelée cursion Île avions dù e seule in- > sur le riisant leurs archands, était dù ; ures charncore tout ne, sur le ne de connle passa- ; qu'on se un ami qui brouhaha

santlelong e deux auarlestowu.

our Liver-

pool, nous jetâmes dans chacun les passagers qui lui appartenaient. Des montagnes de caisses, des malles, des sacs, des berceaux, et toute la nombreuse famille des manteaux et des parapluies suivaient chaque lot de voyageurs. Les capilaines prenaient leurs dépêches ; puis venait l'horloger avec un assortiment de chronomètres qu’il soignait comme s'ils eussent été ses enfans. Enfin c'était un désordre incroyable.

À un des bouts du bateau se voyait un groupe de personnes fort gaies , qui babillaieni à l’envi l'une de l'autre , comme si elles avaient réglé le destin des empires. C’élaient des comédiens français , avec tout leur attirail de costumes, de nègres, de petits chiens , de casques , de boucliers, d'épées et de fourrures. Ils avaient joué pendant quelque temps à New-York et se rendaient à la Nouvelle-Orléans, Nosoreilles recevaient à la fois les sons de cinq langues différentes, le français, l'espagnol , l'allemand , l'italien et l'anglais, sans que les orateurs fussent arrèlés dans leur faconde par cette confusion de langages.

Chaque mamtel , à bord des vaisseaux que nous visiâmes, s’écempait exclusivement de ses propres affaires. Le capitaine, l'équipage, avaient à songer aux préparatifs du départ, tandis que les pauvres passagers erraient à l'abandon comme sur une terre inconnue, et voyaient d’un œil humide leurs malles et leurs boîtes chéries jetées au hasard de côté et d'autre ou tombant dans l'infernal abime de la cale. Le pilote jurait de son mieux, déclarant qu'on allait manquer la marée; puis, par ricochets, ces reproches étaient

transmis du capitaine aux officiers, de ceux-ci aux matelots, et de ces derniers aux pauvres et inoffensifs voyageurs. Les poules, attachées par les pattes, par bottes d'une douzaine, piaillaient en haute-contre, tandis que les porcs , avec leur voix de basse, couraient de tous côtés, recevant de chaque voyageur un coup de pied : par-dessus tout, on entendait bruit de la machine à vapeur , pédale d'orgue qui l’emportait sur le reste, et qui grondait comme un tonnerre.

Cons

C’ aux péné res étud bien dant

Ei le co des (

à l’e pou ayec

milé celte soil

effet

-Ci AUX inoffen- > paites, contre, se, Couigeur un ‘le bruit l’emporonnerre.

Page 1