‹ Voyage dans les landes par le baron de MortemartChapitre 12 sur 19 · DE LA COMPAGNIE D'ARCACHON · texte numérisé non relu

DE LA COMPAGNIE D'ARCACHON

Directions et soua-direetion».

Fondée en 1837, dans * e but de fertiliser et de coloniser un pays où tout était à créer, la compagnie n'a commencé à pousser avec activité ses défrichements et ses opérations qu'au printemps de i838 : jusqu'à cette époque , elle ne s'était sérieusement occupée que d'organisation.

Deux systèmes étaient en présence : celui de l'exploitation en régie, sous la direction immédiate des gérants, et celui de l'exploitation à l'entreprise, avec des conditions déterminées.

Ce dernier système, remettant le soin des détails à des agriculteurs intéressés personnellement, n'exigeait des directeurs-gérants qu'une surveillance générale, relative aux engagements réciproques, et leur permettait de consacrer tous leurs efforts et tout leur crédit à appeler dans le pays d'Arcachon d'autres forces capables d'y créer une situation agricole et industrielle inconnue jusqu'alors, et destinée à développer les richesses naturelles inactives dans ce territoire. — Les gérants se sont décidés pour celui-ci.

Il faut le reconnaître cependant, le système de l'entreprise présentait des difficultés graves; il fallait trouver des hommes moraux, habiles, actifs, et offrant des garanties de fortune et de bonne exécution. La compagnie d'Arcachon a été assez, heureuse et assez bien inspirée pour associer à sa fortune des notabilités sortant des rangs de l'armée , de la magistrature et de l'administration , qui réunissent toutes ces conditions, et qui concourent avec zèle, capacité et persévérance à la prospérité de cette patriotique entreprise; elle leur a confié les directions et sous-directions de colonisation qu'elle a établies sur ses terres.

M. le comte de Bonneval, directeur principal.

Voici comment la gérance s'est entendue avec ces agriculteurs habiles : elle leur a fait des concessions de terres pour neuf années, qu'elle a classées en directions et en sous-directions, plus une direction principale de mille hectares qui est confiée à M. le comte de Bonneval, si connu par ses grands travaux agricoles , et notamment par ceux qu'il a exécutés dans sa belle terre de Lafont-d'Ambérieux ( Allier).

MM. le marquis de Mazan, le baron de Blacas, le comte Auguste de Puységur et le baron dk Pignol, directeurs.

M le marquis de Mazan, directeur, a reçu 600 hectares et, après lui, M. le baron deBlacas, une égale quantité, ainsi que M. le comte de Puységur et M. le baron de Pignol.

MM. le Baron de Chàbanwes, le marquis de Sal-

VERT, DE MARPON fe COTJltC DE FrESSINKT, JOMJ-

directeurs.

M. le baron de Chabannes, sous-direcleur, a eu 3oo hectares, comme M. le marquis de Salvert.

M. de Marpon et M. le comte de Fressinet en ont eu autant. ( Ce classement est par ordre d'ancienneté sur la colonie. )

Ces concessions réunies forment un total de 4,6oo hectares de landes, aujourd'hui en voie de culture, et qui ont déjà donné des résultats remarquables en pommes de terre, betteraves, maïs, colza, céréales, ainsi qu'en plantes potagères de toute espèce.

Le directeur principal de colonisation, les directeurs et sous-directeurs ont passé des marchés à leurs risques et périls ; le seul désir de coloniser pour leur compte et de prendre l'initiative dans le mouvement agricole qui se prépare les a déterminés à accepter cette mission volontaire et indépendante.

Les obligations principales de MM. les directeurs et sous-directeurs sont celles-ci : ils s'engagent envers la compagnie à défricher et à mettre en culture, dans un laps de temps qui ne peut dépasser quatre années, les terres dont ils se sont chargés.

La compagnie leur paye, pour ces travaux, au fur et à mesure de leur exécution , la somme de a3o fr. par hectare, et leur concède, en sus, le quart de la première récolte (22).

Les directeurs et sous-directeurs s'engagent à rester en tout 9 années sur les terres de leur direction, en cultivant à moitié fruits celles qui ont donné déjà une première récolte.

De son coté, la compagnie s'oblige à leur avancer, pour achats de bestiaux et instruments aratoires (dont les directeurs sont responsables), une somme de a5 fr. par hectare; ainsi, M. de Bonneval, pour 1,000 hectares, a a5,ooo fr, de cheptel et d'objets mobiliers.

Elle les autorise, en outre, à prélever, sur la moitié qui forme sa part, une prime de 10 fr. par chaque hectare cultivé.

La compagnie fournit tous les bâtiments nécessaires à l'exploitation.

Les troupeaux en vaches et en moutons ou autres bestiaux de vente font l'objet de conditions particulières analogues à celles généralement connues.

La compagnie s'est réservé le droit d'arrêter, de concert avec chaque directeur, un plan de culture à suivre dans son exploitation.

Parmi les nombreuses constructions que la gérance a été dans l'obligation de faire pour loger les directeurs et les sous-directeurs, et pour recevoir les hommes et les animaux, on remarque les étables, les écuries, les bâtiments d'exploitation, les hangars, etc.; tous les bâtiments ruraux déjà construits paraissent convenablement appropriés à l'usage auquel ils sont destinés.

Quant aux logements de MM. les directeurs et sous-directeurs v ils sont construits de diverses manières, suivant la nature des matériaux qui étaient le plus à la portée ; mais ils sont généralement bien situés et fort commodes.

Bans mon désir de faciliter la colonisation et de rendre la lande bien habitable, j'ai fait quelques observations sur diverses constructions, simples et utiles, qui me semblaient indispensables ; il m'a été répondu, par messieurs les gérants, qu'on allait compléter, dans les métairies, les caves, caveaux, fours, fournils, greniers, écuries, vacheries, .bergeries, toits à porcs, poulaillers, et puits pour l'eau potable.

On s'occupe aussi à entourer les directions et sous-directions de potagers, vergers et surtout de plantations, afin de donnera ces demeures un peu d'ombre pour les habitants d'abord, et ensuite pour les animaux.

L'aspect pittoresque que des massifs habilement distribués donneront à ces habitations les fera d'autant plus rechercher par les nouveaux colons.

Des herbages plantés de mûriers, de tilleuls, de saules étètés, des vergers enrichis de châtaigniers, de noyers , de pommiers et autres arbres fruitiers seront également utiles et agréables.

Des fossés et des haies viendront sans doute alors clore ces petits domaines à la manière de Normandie ; et ce système aura l'avantage de préserver de la fureur des vents, de l'ardeur du.soleil, et de maintenir, comme à Berganton, une fraîcheur qui provoque la végétation.

La gérance projette d'appeler des Alsaciens, des Badois et autres habitants des environs du Rhin, pour en faire de petits colons, qui compléteront le grand et bon système déjà adopte par la compagnie* On leur donnera des maisons de bois (plus élevées, j'espère, qu'on ne le fait ordinairement dans les landes) et quelques hectares de terre à côté, suivant l'importance de la famille. Ils pourront facilement payer une redevance annuelle en argent, car on les chargera de travaux qui seront

payés par la compagnie. Us vivront à peu de frais, car ils produiront d'abord pour leur consommation.

Quant aux bois de chauffage et aux bois d'œuvre, ils les auront gratuitement dans la forêt de la Teste , comme aussi le parcours pour leurs bestiaux.

Les colons dont les terres seront près du canal, du lac ou des canaux d'irrigation, auront l'avantage de pouvoir se fournir d'engrais salés.

En songeant au noble but de la compagnie d'Arcachon, on comprend très-bien que messieurs les colonisateurs aient pris le parti d'habiter la lande. Indépendamment des avantages réels qu'ils y trouvent pour leur compte, ils dirigent et surveillent plus immédiatement des travaux qui demandent les regards du maître; et enfin ils rempliront leur véritable mission, qui est de coloniser.

Digiti

Comité de colonisât Ion

(présidé par M. le comte de Bonneval).

Bien que, par le système adopté, chacun de messieurs les directeurs ou sous-directeurs demeure entièrement libre d'agir dans les limites de ses traités, cependant, pour coordonner tous les travaux dans une vue d'ensemble , on a cru devoir centraliser leurs lumières dans un comité de colonisation dont M. le comte de Bonneval est président.

Cet habile agronome a quitté sa carrière militaire pour se livrer depuis vingt ans à ses goûts agricoles ; ses travaux , son dévouement à la province qu'il habite, lui ont valu de la part de ses concitoyens des témoignages écrits de reconnaissance. Il a reçu de la Société royale et centrale d'agriculture la grande médaille d'or en i836, et le titre de correspondant ; ce sont les plus hautes distinctions que la Société puisse donner : il appartient à d'autres de reconnaître des services rendus avec le noble désintéressement que M. de Bonneval apporte à tout ce qu'il fait.

Le comité de colonisation se réunit, chaque dimanche, dans les bureaux de la compagnie : on commence à y organiser des cours que M. de Bonneval anime souvent de ses allocutions sur Tagri-

culture ; M. de Selle, de ses analyses sur la législation rurale; et M. Chantelat, de ses explications sur la botanique (a3).

A d'autres heures les intérêts de la colonie sont agités; les directeurs et les sous-directeurs exposent leurs plans, leurs systèmes; on en cherche les avantages, les inconvénients, et chacun mettant en commun le résultat de ses observations, on profite de l'expérience de tous.

L'institution de ce comité pourra contribuer à amener la compagnie à des résultats généraux capables d'avoir une grande influence sur le sort^de l'agriculture et de l'industrie rurale dans le pays d'Arcachon.

L'agriculture, en effet, s'est présentée jusqu'ici sous une forme purement individuelle; chaque propriétaire en cultivant ses champs n'agit directement que pour le soin de sa propre fortune, et ne se trouve que très-peu rattaché à l'ensemble d'une province et à la direction d'économie politique du pays ; ici, au contraire, en prenant part à la création et à l'amélioration de. vastes domaines appartenant à des compagnies, toutes les améliorations et tous les soins de détails du cultivateur ne tournent pas exclusivement à son profit, mais contribuent encore au bien général. Sous ce rapport, la compagnie d'Arcachon peut exercer la plus belle et la plus sensible influence sur la civilisation de la contrée où elle opère; chacun de MM. les directeurs est en quelque sorte un fonc-

tionnaire public qui cultive et administre un sol qui, parle fait de la constitution de la Société par actions, appartient, ou peut appartenir, indistinctement à tous.

Envisageant cette question sous ce point de vue d'économie sociale, la gérance unie aux membres du comité de colonisation a appelé des jeunes gens appartenant à des familles riches et considérées, qui, sans recevoir aucun traitement de la compagnie, habitent une direction, sous le titre d'aspirant sous-directeur. Ils exercent une surveillance consciencieuse, s'instruisent des meilleures méthodes de culture, étudient le pays, et, après avoir complété leur éducation théorique par les conférences des dimanches, perfectionnent leurs connaissances pratiques par des travaux journaliers, dans le but de devenir aptes à recevoir de la compagnie une subdivision coloniale de 5o à i5o hectares, qui leur servira d'échelle pour obtenir ensuite le rang de sous-directeur.

Par cette organisation agricole , la compagnie se prépare les moyens de cultiver non-seulement les terres qui lui restent à défricher, mais encore toutes celles qu'elle pourra acquérir.

Prix, ot mention» honorables décernés pur le eomtté de colonisation.

Le dimanche 27 octobre 1839, une distribution de prix a été faite à messieurs les aspirants-sousdirecteurs de la compagnie agricole et industrielle d'Arcachon. Lesujet du concours e'tait :

L'établissement des prairies en général et dans les Landes en particulier.

Le premier prix a été décerné à M. Larmeroux aîné,* aspirant sous- directeur et inspecteur principal de la direction-Bonneval. Son mémoire, qui m'a été remis par M. de Bonne val, m'a paru digne d'être placés aux notes de cet ouvrage (24). -

Des mentions honorables ont été accordées à messieurs de Salve, Reboul et Girard, aspirants sous-directeurs et inspecteurs dans les directions Mazau , Bonnevai et Blacas.

La distribution a eu lieu publiquement à la Teste, en présence de toute la colonie et des notabilités de la ville et des environs.

Cette paisible arène, ouverte ainsi à toutes les intelligences agronomiques, formera, avec le temps, des sujets capables de devenir les chefs des colonisations qui se sont formées dans les landes de Gascogne et de celles qui s'y établiront.

C'est ici que je crois devoir placer les détails matériels sur la manière d'opérer de MM. les directeurs de colonisation dans les défrichements, défoncements et préparations de leurs terres.

Deux méthodes ont été mises en usage pour les premiers défrichements de la colonie Tune à main d'homme par la pioche ou bêche recourbée, l'autre par la charrue.

Des Espagnols que des troubles sanglants tenaient éloignés de leur patrie étaient venus chercher du travail du côté de la Teste; on essaya de leurs bras pour exécuter une partie de ces défrichements; ils reçurent de 60 à 90 francs par hectare, suivant la nature du terrain, et l'on fut satisfait de leurs travaux, qui ne se bornaient pas aux seuls coups de pioche; ils étaient, en outre, obligés de réunir en tas les brandes (ou bruyères ), fougères, ajoncs et racines, et de les brûler.

Cette opération varie suivant l'état du terrain. Ainsi, lorsque les brandes et racines sont menues, on les brûle en totalité et on étend ensuite leurs cendres sur le sol. Ces cendres renferment, dit-on , 1 1/2 p. 0/0 de potasse et 5 0/0 de chaux; mais je ne garantis nullement cette analyse et ces évaluations.

Lorsqu'au contraire les braudes sont plus fortes, on se contente de brûler le cbevelu et les petites racines. Les grosses racines sont ensuite converties en charbon pour tous les besoins de la colonie. — Ge charbon, dont la quantité parait fort grande, est destiné à servir plus tard, suivant les projets de la compagnie, à alimenter le haut fourneau qu'elle va établir.

Des essais, tous concluants, ont déjà été faits à cet égard.

Ce défoncement à la pioche a été remplacé sur un certain nombre de points de la colonie par un premier labour à la charrue , k laquelle on ne peut atteler, dans ce cas, moins de quatre bœufs ou de quatre chevaux. Mais cette opération présente des difficultés : La charrue-Rosé , bien que forte par elle-même, a besoin d'être consolidée par de bonnes ' garnitures en fer; sans cette précaution , on la voit souvent se briser contre les nombreuses et énormes racines qu'elle rencontre.

Après ce premier labour, et lorsque le sol est débarrassé, autant que possible, des brandes et racines, on donne un second labour à la charrue , puis un hersage avec la herse à lames de fer.

Tout compte fait, pour résumer ces deux espèces de travaux, je dirai qu'y compris l'entretien et le renouvellement des instruments, l'intérêt de la valeur du bétail , les chances de maladie et la

m iers fournis par eux, la majeure partie des per-

sonnes que j'ai consultées préfèrent le travail à la pioche à celui fait par la charrue , surtout depuis que les ouvriers qui sont arrivés dernièrement en grand nombre de l'Espagne ont réduit à 5o francs par hectare le prix de leur défrichement, attendu la concurrence, et aussi parla certitude que leurs devanciers ont acquise qu'ils seront toujours payés avec bonne foi et régularité.

Les partisans du défrichement à la charrue assurent que ce système a un avantage certain sur les défrichements à la pioche, dans le cas où l'on voudrait laisser écouler plus de cinq à six mois entre ia première et la deuxième façon, parce que, renversant la terre dune manière plus complète et plus uniforme, on n'a pas à craindre de voir la bruyère reprendre racine et reverdir comme cela •a lieu dans les défrichements à la pioche, lorsqu'on les abandonne trop longtemps à eux-mêmes, sans leur donner la deuxième façon.

Il faut reconnaître que quelques défrichements faits avec la charrue m'ont paru fort bien, mais j'en ai vu aussi de très-mauvais.

Toutes ces diverses façons exigent au moins un an, et la terre a besoin aussi de ce temps pour s'imprégner convenablement de l'action vivifiante de l'atmosphère; mais en cet état, comme je l'ai fait remarquer, elle donnait déjà des récoltes abondantes.

- Au surplus, ces récoltes étaient bien supérieures sur les terres dont on avait commencé les défriche-

ments six mois plus tôt que sur celles qui n'avaient reçu ces façons que six mois plus tard, quoiqu'elles en eussent reçu un nombre égal.

La plaine de Cazau est couverte de plantes si nombreuses, et dont les racines , enlacées les unes dans les autres, forment des réseaux tellement ténus, qu'il serait impossible, à quelque prix que ce fût, de briser toutes les mottes et d'enlever tout le ligneux la première année; il faut attendre Faction irrésistible du temps , et ce ne sera qu'après deux et peut-être même trois années; que les terres pourront être complètement nettoyées et en plein rapport. Toutefois, quoique, dès la première année, les plantes agrestes, comme la pomme de terre, le blé , le seigle, le maïs, les betteraves , les carottes-, le colza et toutes les espèces de cboux y viennent déjà bien, il est reconnu que les plantes fourragères herbacées, les plantes délicates ne réussissent ordinairement que la seconde ou même là troisième année, et quand la terre est suffisamment débarrassée du ligneux qui gêne les racines faibles et cassantes des graminées.

Je ne veux pas négliger de dire que j'ai vu des labours remarquablement bien exécutés chez M. le comte de Freyssinet.

uigm

Travail* divers «le cultures, de boisements et de plantations déjà opérés par la compagnie d'Areaenon.

Dans son rapport à l'assemblée extraordinaire, la gérance a présenté un aperçu de la situation de l'entreprise; je crois ne pouvoir donner une idée plus juste de l'importance des travaux déjà exécutés qu'en plaçant ici un extrait de cet aperçu :

« A la fin de 1 838, i ,3oo hectares avaient reçu le premier défrichement, 6oo recevaient les dernières façons , une centaine était ensemencée en céréales ou plantes fourragères; un millier de charrettes d'engrais avait été employé; il y avait i^o bcwfs ou chevaux de labour, et i5o vaches venaient d'être remises à MM. les directeurs ; une pépinière de mûriers était plantée par les soins de M. de Mazan ; on commençait à ouvrir cles chemins, — Environ 800,000 francs avaient été dépensés tant en travaux et dépenses de toute nature qu'en intérêts payés aux actions.

« A la fin de 1839, a,8oo hectares ont reçu le premier défrichement, et la plus grande partie a reçu le second labour et le nettoyage de la bruyère; ia ou i,4oo ont reçu toutes leurs façons et seront ensemencés dans le courant du printemps, ou l'ont été à l'automne dernière. »

Tous ces travaux m'ont paru bien exécutés, et

j'ai eu la satisfaction de voir sur les terrains mis en culture des plantes d'une vigoureuse végétation malgré l'extrême sécheresse.

J'ai parcouru aussi, dans toute leur étendue, les forêts de la compagnie et j'y ai remarqué des bois de la plus belle venue.

Actuellement la compagnie d'Arcachon joint à de vastes terres en culture une Forêt de pins, de divers âges, d'environ i,qoo hectares; elle continue ces semis sur 5,ooo hectares, et ses acquisitions nouvelles lui permettront de les porter à environ 12,000 hectares!... Ce serait donc à juste titre que cette société se nommerait aussi Compagnie de boisement.

L'industrie du boisement était méconnue ici , contrairement à l'intérêt général et à l'intérêt particulier. On ne comprenait pas encore que les principales cultures des Landes, celles sur lesquelles on peut fonder des espérances de fortune , étaient les bois en général, dans les parties les plus étendues , les prairies dans les localités privilégiées, et que l'élève des bestiaux complétait ce système. On allait au hasard, on défrichait des landes, on y semait tout ce qui venait bien dans les terres de la Brie, de la Beauce ou de la Bresse, et on était étonné de ne pas avoir des résultats pareils !

Je le répète, la culture des céréales dans les Landes doit être réduite au strict nécessaire des ouvriers qui y sont employés. La compagnie d'Ar^

cachou appliquera certainement ce principe, quoique ses terres soient plus propres à la production des grains que les landes en générai.

Cette compagnie a fait aussi des plantations importantes d'arbres divers ; celles de mûriers s'élèvent en ce moment à 212,000, et celles des arbres fruitiers, des peupliers, ormes, acacias et autres arbres à hautes tiges, à 73,5oo.

Elle a établi une grande pépinière à la Hume dans le terrain le moins fertile, mais très-près du bassin, et à portée de recevoir à très-bon compte les engrais maritimes qu'on tire de ce bassin. C'est sur ce point qu'on est à même de reconnaître, à la vigueur de la végétation, la bonté de cet engrais, et de prévoir quel secours puissant ce sera pour la compagnie, lorsqu'au moyen du canal elle pourra le transporter à très-peu de frais sur presque tous les points de sa propriété.

foMéfl qui les traversent.

Grâce aux importantes voies de communication qui s'ouvrent dans les terres du bassin d'Arcachon, cette intéressante contrée acquiert tous les jours une plus-value qui est constatée par les actes de vente déposés chez les notaires.

Avant que la hausse se soit fait sentir dans un grand rayon, la compagnie d'Arachon a été assez bien inspirée pour faire des acquisitions avantageuses, notamment dans les environs de Bordeaux; elle a acheté, à 5 lieues de cette ville et près du chemin de fer de la Teste, les domaines de Berganton et de Beaulieu, des bois en bon état et des terrains propres à faire des prairies.

La gérance n'a pas voulu se borner à attendre la plus-value du temps; elle fait tous ses efforts pour augmenter le prix des propriétés de la compagnie en les colonisant , les cultivant, en provoquant des travaux d'art du gouvernement; enfin en formant de nouvelles compagnies pour exploiter des industries qui se rattachent à l'agriculture ou à la colonisation.

Parmi les travaux divers que la compagnie a fait

terminer en i858 et i83g, je citerai les belles routes que j'ai parcourues dans tous les sens.

En voici le tableau.

Page 1