‹ Voyage dans les landes par le baron de MortemartChapitre 11 sur 19 · BESTIAUX · texte numérisé non relu

BESTIAUX

Rares bovines , ovines et ehevalines.

Lorsque les déserts de communaux, imprégnés d'eau stagnante, couverts d'ajoncs et de fougères -, seront rendus à la culture, et que Içs parties qui le permettront seront converties en prairies naturelles ou artificielles, alors, entre autres bienfaits, se généraliseront l'éducation des races bovines et celle des races ovines; l'amélioration des espèces chétiv^s et dégradées du pays ne sera plus un problème pour personne; le voisinage de l'Espagne, l'analogie du climat et les exemples, soit au Teich, chez M. de Lauzac, soit dans d'autres localités analogues , garantissent que les résultats justifieront Ces espérances ; car, je le dis avec une profonde conviction, la fortune à venir des Landes est dans les forêts, les prairies et les bestiaux.

L'abandon et l'ignorance, transformés ainsi en travail et en application, porteront d'autres fruits: tous les animaux qui concourent aux travaux de l'agriculture, qui servent à la nourriture et aux vêtements de l'homme, s'amélioreront aussi sensiblement.

Les chevaux, tenus aujourd'hui, presque tous, . dans l'état sauvage, ne seront pas les derniers à ressentir ces bienfaits; ils seront mieux nourris et plus soignés; à leur vigueur native viendront se joindre les formes qui se dégradent chaque jour. On re-

trouvera bientôt dans ce sang arabe toutes ses qualités primitives, telles qu'elles existent encore dans quelques chevaux du Marensin.

C'est ainsi que tout ce qui contribué à aider l'homme dans ses travaux, tout ce qui tend à le soulager, à le mieux nourrir, à le mieux vêtir* apporte l'aisance qui commence la civilisation que l'éducation achève après.

Qu'il me soit permis, à propos des races ovines et bovines, de dire un mot sur la question si agitée de la suppression ou du maintien des droits sur les bestiaux étrangers.

Si le nombre des bestiaux est stationnaire depuis trente ans en France, comme on l'assure, tandis que la population a été constamment progressive et que le nombre des consommateurs de viande s'est beaucoup accru, il fallait, depuis trente ans, encourager par tous les moyens l'élève des races ovines et bovines; il fallait suivre l'exemple de l'Angleterre, qui, sur un sol si exigu, a plus de bestiaux que n'en possède notre vaste territoire , habité par 53 millions d'âmes.

Il fallait assainir 600,000 hectares de marais qui restent improductifs; il fallait rendre à la culture nos déserts de communaux, nos landes, nos terres vaines et vagues.

Voilà les moyens principaux d'économie politique que nos divers gouvernements auraient pu employer pour parer à l'inconvénient qu'on signale

aujourd'hui; il eût été plus efficace que la libre

entrée des bestiaux étrangers qu'on demande actuellement.

Au reste, il me semble qu'il y a encore d'autres causes à la rareté des bestiaux en France et, par suite, à la cherté de la viande : ce n'est peut-être ni le maintien ni la suppression du droit qui doit nous occuper, il faut chercher plus haut.

Les charges territoriales qui privent les cultivateurs d'un fonds de roulement toujours nécessaire dans une exploitation rurale ne sont-elles pas à observer ?

L'abandon presque constant des intérêts agricoles , comparativement à l'active sollicitude de nos gouvernements pour l'industrie et le commerce, ne doit-il pas compter dans la balance?

Enfin le morcellement de la propriété n'est-elle pas une des causes de la difficulté d'élever en grand toutes les races de bestiaux?

Les manufactures, les arts, le commerce, tout en France a ses organes, ses interprètes, ses délégués, ses avocats, l'agriculture seule est en quelque sorte livrée à elle-même , et des secours insignifiants pour de si grands besoins viennent en forme d'encouragement se répartir , sans résultats bien notables, entre quatre-vingt-six départements!

Aucune somme importante n'est affectée pour concourir aux défrichements des terres incultes qui forment encore , une si grande partie de la France; l'industrie seule s'en occupe.

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