CONCLUSION
C'est ici le moment de le dire, les succès ou les revers de la compagnie d'Arcachon n'intéressent pas seulement la colonie et les actionnaires , ils entraînent avec eux les espérances d'autres entreprises commencées ou prêtes à se former ; car le caractère de cette époque est déjà saisi par les économistes et les penseurs : c'est la mise en culture de toutes les terres improductives de la France.
Or, quelles étaient les contrées plus incultes, plus ignorées que les Landes ?... Ces terres inconnues, d'une valeur insaisissable, sont encore aujourd'hui, dans la France et à notre époque, la Thulé mystérieuse, ou l'Atlantide des anciens.
Il y a donc courage et habileté de s'être attaqué à ces déserts inappréciés. — Je ne suis en aucune manière actionnaire, ou iutéressé, de cette compagnie d'Arcachon dont j'apprécie les travaux et les vues; mais je dois à la vérité de dire qu'il y aurait un précieux stimulant de moins et un grand exemple perdu, si des revers qu'on ne peut prévoir, et qui ne sont nullement présumables, venaient arrêter cette vaste et utile entreprise.
Tout le monde sait que les terres improductives du royaume occupent sept millions d'hectares en
France. — Le moment est venu de les rendre à la production.
La mission des patriotiques entreprises qui, comme celle d'Arcachon, tendront k rendre fertiles des contrées stériles et à donner du travail au peuple, en augmentant la production, aura mérité l'appui du gouvernement, le concours des amis du pays, et les distinctions des sociétés savantes et de bien public, qui, semblables à la Société royale et centrale d'agriculture, marchent en téte des sages progrès. «
L'influence de cette compagnie agricole d'Arcachon n'est donc pas seulement restreinte à la plaine de Cazau ou aux rives du bassin ; elle intéresse en France tous ceux qui s'occupent d'agriculture et des industries qui en dépendent; tous ceux qui comptent pour quelque chose le bien du pays, et l'amélioration des classes peu fortunées.
Il me semble qu'on peut appliquer à ceux qui ont fondé cette œuvre par leurs capitaux, leurs combinaisons et leurs travaux agricoles, ce que Platon écrivait à Architas : , 5 . ,
« Ce n'est pas pour vous seul que vous vivez, a mais aussi pour votre patrie et pour vos conci- « toyens(3i). » , • , : : ' . "t
D'après toutes les considérations qui précèdent, j'ai pensé qu'il était utile pour l'exemple, et juste en même temps, de décerner à, la compagnie agricole et industrielle d'Arcachou la grande médaille d'or à l'effigie du roi. ,;< . • t : >
Ma proposition, faite à la Société royale et cen~ traie d'agriculture, au nom de la commission dont j'étais l'organe , a été adoptée dans la séance du 37 novembre 1859, et la Société a , en outre , voté l'impression de ce rapport dans ses Mémoires et un tirage à part de cinq cents exemplaires.
La grande médaille d'or a été remise à l'un de messieurs les actionnaires, représentant la compagnie d'Àrcachon, par Son Excellence le ministre de l'agriculture et du commerce, dans la séance solennelle de la Société, le 26 avril 1840 (3a).
J'ai profité du temps qui s'est écoulé, depuis le 37 novembre i83g jusqu'au 26 avril 1840, pour ajouter un appendice, des notes et quelques développements à cet ouvrage encore trop incomplet.
Quant aux conditions plastiques et esthétiques de ce livre, il m'a semblé que l'union de la science et de la littérature n'était point insolite , et que la science agronomique, plus que toute autre, admettait quelquefois la forme pittoresque. Il me semble encore que, si l'époque de civilisation ou nous sommes arrivés provoque un besoin général de vérités matérielles, elle n'exclut pas de cer*-
taines formes de style, qui ne peuvent nuire, d'ailleurs, à l'expression des faits.
Aujourd'hui les esprits adoptent facilement aussi deux muses qui sont éternelles, la nature et la religion ; l'une est la base de ce livre, l'autre y a naturellement trouvé sa place.