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Tu ne convoiteras point les biens de ton prochain

Après cela vient en septième lieu les préceptes de l'église qui sont au nombre de six :

Entends la messe tous les dimanches et aux autres fêtes prescrites ;

Jeûne en Carême, aux Vigiles, et aux Quatre-Temps ; ne mange pas de viande le vendredi et le samedi ;

Confesse-toi au moins une fois par année;

Communie au moins à Pâques ;

Paie les Dixmes ;

Ne te marie pas dans la saison prohibée, depuis le premier jour de l'Avent jusqu'à l'Lpiphanie, et depuis le premier jour du Carême jusqu'à huit jours après Pâques.

8° Viennent après les noms des sept sacremens.

9° Les différentes manières de dire l'Ave Maria.

io° Le rituel de la messe en latin.

Et enfin quelques excellentes prières en italien.

Voilà le livre ordinaire d'éducation. Quelques-uns ont de légères variantes, et sont enrichis de passages et de prières tirés de Saint- Thomas d'Aquin ; le décalogue est le mémo dans tous.

APPENDIX. 2o5

Après cela on enseigne la doctrine chrétienne de Bellarmine; et ce serait une bonne chose, si tous les chrétiens proteslans et catholiques l'apprenaient et se conformaient à ses règles. Mais à cette étude , on joint celle de la légende des saints et de toutes ses fables poétiques; car quel autre nom pourrions-nous donner aux tentations de Saint-Antoine et de Saint-Bartholomée. Les miracles des saints surpassent ceux de leur divin maître. Les siens étaient des actes de bienfaisance, et il n'y avait recours que dans des occasions importantes; mais les miracles de la légende ne sont calculés que pour exciter l'étonnement (i) , et doivent certainement faire une profonde impression sur le peuple , à qui on permet de les lire, tandis qu'on lui interdit les saintes écritures. Et il en résulte que la vénération, qui devrait être exclusivement réservée pour l'auteur de notre religion, est au moins partagée par les saints hommes qui possédèrent un pouvoir presque illimité sur les œuvres du créateur. L'homme a besoin de se confier en un être

(i) Par exemple : Saint Albo était un itiarcchal ferrant j lorsqu'on lui amenait un cheval, il ôtait le pied de l'animal, le portait à la lorge , le ferrait, le rapportait au propriétaire, et le rejoignait à la jambe au moyen d'un signe de croix et d'une prière.

supérieur, et si on lui cache la vérité, il se créera une image à la place, ou recevra avec zèle celle qu'on lui offrira.

Les Italiens ont été si long-temps accoutumés à des représentations visibles de la divinité, et à lui voir substituer des formes humaines, qu'on ne doit pas s'étonner s'ils ont oublié le dieu « qui ne demeure point dans des temples construits de nos mains; » celui par lequel « nous vivons, nous agissons et nous existons. » Son nom est rarement prononcé dans les églises, et celui de Jésus-Christ est toujours réuni à ceux de Joseph et de Marie. La Vierge est véritablement la déesse de l'Italie. C'est elle qui accorde les faveurs, et écarte les dangers; et tandis que nous étions à Rome , ses images ont opéré plus d'un prétendu miracle. Le Panthéon lui est dédié ainsi qu'à tous les saints et martyrs ; ses portraits et ses images y sont en grand nombre; et comme la place sur laquelle il est bâti est une place de marché pour le gibier, les fruits , la volaille et les légumes, cette situation est trèsfavorable aux miracles, dont la nouvelle se répand par le moyen des paysans qui viennent au marché. Il y a treize ou quatorze mois, qu'une pauvre femme qui priait en déplorant son indigence , fut secourue par deux étran-

gcrs, aussitôt que sa prière fut terminée; elle crut que la Vierge avait inspiré ses bienfaiteurs , et cria au miracle. La châsse devant laquelle elle priait fut dès-lors entourée nuit et jour, jusqu'à ce que la foule ne remarquant pas de nouveaux bienfaits s'éloigna insensiblement. Dans la même église, une autre Madonne rendit à un sourd-muet l'usage de l'ouie et de la parole ; malheureusement , tout en lui enseignant à parler bon toscan , et à nommer plusieurs objets, elle avait négligé de lui faire connaître son propre nom , ou plutôt les prêtres l'avaient mal dressé ; mais quelque grossière que fût cette imposture, quoique plusieurs étrangers s'en moquassent ouvertement, et la fissent connaître dans l'église même, le peuple resta convaincu de la vérité de ce miracle; les petits écrits qui en contenaient le récit furent achetés avec avidité , et l'image devant laquelle il avait eu lieu fut bientôt couverte de riches offrandes.

N° IIÏ.

Les poésies populaires des Romains modernes peuvent être divisées en plusieurs classes. La première et la plus nombreuse est celle des ballades héroïques, qui sont de trois espèces; savoir, celles qui sont tirées de la légende, celles qui contiennent les aventures de brigands fameux, et celles dont les sujets sont classiques ou romantiques.

La 2® classe contient les poèmes burlesques et satiriques.

La 3^ classe, les ballades lyriques, dont les sujets sont pris dans l'histoire sacrée ou profane.

La 4^ classe , les chansons et les refrains.

Fletcher de Saltouu dit « que celui qui veut donner des lois à un pays , me fasse faire les chansons, et je formerai le peuple à ses lois. « Et personne n'a mieux connu les effets de la poésie populaire , que ce courageux défenseur des libertés de l'Ecosse. Les Italiens sont peutêtre un peuple plus poétique que les Ecossais, et les effets produits par leur poésie vulgaire devraient par conséquent être plus grands. Nous nous sommes donc efforcés de rassem-

blor, non pas les meilleures , mais les plus populaires d'entre ces poésies , et nous en offrons des échantillons à nos lecteurs, comme des matériaux curieux et intéressans, au moyen desquels ont peut juger le caractère des romains modernes.

Nous commencerons par les ballades sacrées qui forment la première division de celte première classe.

Vers spirituels sur la naissance de Jésus- Christ :, la venue des mages. — L'Etoile et les Chœurs des Bergers.

Ce petit poëme commence par les louanges de la Vierge , un récit de ce qui se passait sous le règne d'Auguste, et de la résolution qu'il avait prise de faire le dénombrement de son peuple, tandis que le monde jouissait de la paix. Marie et Joseph vont à Bethléem , et l'enfant vient au monde dans une crèche, entre un bœuf et un âne.

Il Bue , e l'Asinel fu inginocchiato Per riverenza del Figliuol di Dio, Ciascun lo riscaldava col suo fiato Quel puro Agnello Mansuelo et pio(i).

(i) « L'âne et le bœuf s'agenouillèrent pour adorer le Fils de Dieu , et réchauffèrent de leur haleine cet agneau pur, doux et saint. »

^4© APPEîSDIX.

Pendant ce temps, les Romains voulurent ériger des autels à Octave Auguste; mais celuici fit chercher la Sybille et lui ordonna de déclarer s'il y avait quelqu'un de plus grand que lui. La prophétesse lui dit de regarder le soleil, ce qu'ayant fait il dit ;

Ottaviano disse : io veggio in cerchio d'oro

Parmi una bella Donna dentro sia

Ha un figlio in braccio , e chi son costoro ?

Rispose la sibilla , ella è Maria

Col suo figliuol , che d'ogni territorio

Lui e signore ed il vero Messia

Lui e maggior di te , se vuoi onorarlo

Credete in lui e cqn fide adorarlo { i).

Octave refuse les donneurs divins. Dans le même temps , l'étoile apparaît aux sages de l'Orient, et l'histoire est d'accord avec les écritures sacrées, jusqu'à l'arrivée des sages auprès de la Vierge ; depuis là , on y a ajouté les noms des rois mages, et des amplifications tirées des légendes.

Gaspar fu il primo che si approssimava E il primo dono a Gesù donava.

(i) Octave dit : « Je vois un cercle d'or au-dedans duquel il me semble qu'il y a une belle femme qui tient un enfant dans ses bras. » La sybille répondit: « C'est Marie et son Fils, qui est le Seigneur de toutes les nations et le véritable Messie ; il est plus grand que toi j et si tu veux l'honorer, il faut croire en lui et l'adorer avec foi. »

Decendo buon Gesù il mlo tesoro Ti vuo donar quai Incenso odoroso Per dimostrar chc nel céleste Goro Sei soinmo sacerdote glorioso E sei salute di tutli coloro Che nel luo santo Regno han reposo.

Gesù bcnigno l'Incenso pigliava E Gasparo di porte si tirava.

In questo magnanime e giocondo Si fece inanzi col suc vase in mano E Baldassar, che fu Magio seconde Inginnocchiossi in terra umile e piano E disse • o Re che reggi tutto il mondo Vero FigluoI di Dio , e uomo umano Di questa Amara Mirra in te espone ; Significando la tua gran Passione.

E dette questi si tire da parte E si fece inanzi il più Giovinetto Maichionne ultime Magie , che ogn' arte Ed ero avea messe nel vase nette Disse che più prefeta nellc carie le Irove che tu sei Gesù perfette E per vero Figliuel di Dio t'adore Donando questu vase chû pien d'ore (i).

(i) « Gaspard s'avança le premier, et fit le premier don à Jésus , en disant : « Ben Jésus , je veux te donner mon trésor, cet encens odoriférant, pour montrer que tu es le glorieux Grand-Prêtre du chœur céleste , et que tu es le salut de tous ceux qui se reposent dans ton saint royaume.» Jésus reçut l'encens avec bonté , et Gaspard se retira. Alors Balthazar, le second des mages, magnanime et joyeux, s'avança, tenant son vase entre les mains, s'agenouilla lentement et humblement, et dit : a O Pioi qui gouverne tout le monde, vrai Fils de Dieu et homme humain , je te présente cette myrrhe

242 APPENDI\.

Après cela, les sages retournent chez eux par un chemin différent; le poëme est terminé par une prière qu'ils font pour être remis dans la bonne route, et par une hymne à l'enfant Jésus, fort au-dessus du style ordinaire de la poésie vulgaire , mais dont les expressions appartiennent trop exclusivement au dialecte romain, pour être citées ici.

Petit Abrégé de la Vie, de la Mort, et des Miracles des glorieux Apôtres St.- Pierre et St.-Paul.

Le poëme commence, par une invitation à tous les chrétiens, de prêter l'oreille au récit de la mort cruelle que saint Pierre et saint Paul souffrirent sous Néron. Il paraît que cet empereur, voulant réfuter les doctrines des apôtres avant de les mettre à mort , appela à son aide Simon le magicien, qui bâtit eu sa présence, une forte tour de bois, sur laquelle il se plaça lui-même; après quoi il commanda

amère , qui est l'emblcme de ta cruelle passion ! » Après avoir dit cela il se retira. Marchione , le dernier et le plus jeune des mages, s'avança alors 5 il portait de l'or dans un riche vase , et dit : « Je vois dans les Ecritures des Prophètes que tu es le parfait Jésus; je t'adore comme Fils de Dieu, et te préseute ce vase plein d'or, x

Les premiers peintres ont toujours l'cprésenté l'un des mages avec la figure d'un nègre.

APPENDIX. 2liJ

aux démons qui lui étaient soumis, de l'élever en l'air, ce qu'ils firent aussitôt. Au premier moment les apôtres furent confondus; mais revenant bientôt à eux, ils se mirent en prières, et forcèrent les démons à s'enfuir, et Simon tomba la tétc la première aux pieds du tyran. Cet événement forme le sujet d'une des grandes mosaïques de l'église de S*. -Pierre. Les deux apôtres furent alors enfermés sous le capitole. Saint Pierre s'échappa, et allait quitter Rome, lorsqu'il vit le Christ portant sa croix, illui demanda aSeigneur. où vastu? — A Kome pour être crucifié une seconde fois, » répondit la vision céleste, qui disparut aussitôt. Saint Pierre considéra cette réponse comme un ordre de recevoir la couronne du martyre, et retourna en prison. Le lieu où cette vision lui apparut fut consacré dans la suiie, et l'on y bâtit la petite église de «Domine, quo vadis. » Saint Pierre fut crucifié , et saint Paul eut la tête tranchée, alors:

Venne una sua dlscepola piangeiite

Dicencle il inio maestro ov'e giiiclalo

Gli rispose uno alor di quelle geule ,

lu brève lui sara niartirizato.

San Paolo a lei dice con voce oresia

Donna prtstame il vel che tieni in testa (i).

(i) c< Un de ses disciples vint en pleurant et disant: v Où

L*Ange gardien trempa ce voile dans le sang du marJyr, et le remit à cette femme, revêtue du pouvoir de faire des miracles. La têle de saint Paul fit alors les trois sauts miraculeux, qui firent sortir de terre trois montagnes près de St.-Anastase. Un paysan qui avait été lémoin du martyre des deux saints, s'endormit dans une vigne voisine, et y sommeilla cinq cents ans; lorsqu'il se réveilla, il lui arriva les mêmes aventures qu'aux sept dormeurs: il fut amené devant le sénateur romain , à cause de la monnaie ancienne qu'il offrait à un marchand, et l'on découvrit ainsi qu'il avait été témoin de la mort des deux apôtres, dont le monde chrétien désirait ardemment de posséder les reliques. La désignation qu'il fait du lieu où on pouvait les trouver, termine le poëme.

Nous avons donné un récit détaillé de ces deux petits poëmes , parce qu'ils sont delà classe la plus relevée des ballades sacrées ; mais ces dernières sont très - inégales , et presque aussi nombreuses que les ballades profanes. Nous

conduisent-ils mon maître ? » Alors quelqu'un du peuple répondit: « Il souffrira le martyre dans peu de temps. » Et saint Paul lui dit avec amilie' : k Femme , prête-moi le voile qui couvre ta tcte. »

ne donnerons que les titres de quelques autres, tel que:

Exemples de deux compagnons , ConS" lantin et Bonne-Foi , qui altèrent à Saint- Jacqxies de Galice. On fait le récit des malheurs qui leur arrivèrent , et comtnent ils ne s' abandonnèrent jamais l'un l'autre.

Histoire de Saint- J ean-C liry sas tome , par laquelle on apprend comment il tomba en péché mortel, et comment il obtint le pardon de Dieu par une sévère pénitence.

Histoire de la Vie et de la Mort de l'Etnpereur Néron , suivie du récit de la Mort de Saint-Pierre et de Saint-Paut.

Celte dernière pourrait appartenir à la seconde division de cette classe , mais la mort des Martyrs nous a engagé à la mettre ici. L'histoire est tirée en grande partie de Suétone , mais elle doit à la tradition populaire quelques embellissemens, d'un genre bouffon.

Outre ces ballades sacrées qu'on peut comparer aux mystères représentés sur le théâtre à la renaissance des lettres, il en est d'autres

qu'on pourrait appeler morales , telles que:

L'Histoire de Senso { Bon Sens) qui soU' haitait ne jamais mourir.

L'Auteur après un long préambule , et une prière, introduit le cavalier Senso , homme fier , riche , jeune et gaillard , qui abandonne sa viiie natale , monté sur un cheval nommé Piaison , pour aller à la recherche d'un maître qui puisse le défendre contre son grand ennemi la Mort. Il rencontre dans ses voyages, le Monde , le Plaisir et la Philosophie , mais aucun d'eux ne peut le défendre contre la Mort ; enfin il trouve la Religion qui lui promet qu'il ne mourra pas tant qu'il conservera son cheval Raison. Il voyage donc pendant huit cents ans, jusqu'à ce que tenté par la curiosité, il quille Raison, et la Mort s'empare de lui en lui reprochant sa désobéissance.

L'Histoire du cavalier Torchino est de la même classe et du même genre ; on y remarque, ainsi que dans le dernier, un mélange singulier de noms tirés de l'écriture, de noms profanes et de héros de Romains, ainsi qu'on le verra dans le passage suivant :

Coi Saul , cosî Tiirno e Tcsco Cosî Jason , Ettor, e'I forte Achille

E Diomede, e Giada Maccabeo Che fu neir arme folgoie e faville Ei due Scijjione , e'I gran Pompeo , Magno descritto giù iu tante postille César, Camillo, Roniolo , e Trajauo Enea , Lancilotlo , e'I buou Tri^auo ( i ), etc., etc. ( Istoria di Senso. )

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