SECONDE DIVISION DE LA PREMIERE CLASSE: AVENTURES DE BANDITS FAMEUX
r Histoire de Sufano Spadotini et de ses camarades coniposéepar Nicodemus Lertnil.
Elle commence par une invocation régulière à sa muse :
Musa gentil, deh vola in un instante, O dal Parnaso , o dal Castalio fonte Corri verso di me , che quasi errante Ora mi trovo, e senza rime pronte, Viene perô con tragico semblante Tinta nell' onde amarc d'Aclieronte
(i) « Ainsi Saiil, ainsi Turnus et The'se'e, ainsi Jason, Hector et les courageux Achille et Diomède, et Judas Machabée , qui fut comme la foudre et l'éclair dans la guerre ; les deux Scipions et le grand Pompée ; Alexandre-le-Gvand , dont on a tantparléj César, Camille, Romulus et Trajan ; Euée, Lancelot et le bon Tristan.
Vieni a posar sulla mia propria mente j Onde possa cantar storia dolente (i).
Le poète fait ensuite la description du lieu où se passe l'action.
Verso Baccano in tacituma parte
Di folta selva per le vie coperte
Varie formate da natura od arte
Si veggono caverne e chluse ed aperle ,
Ivi la via battuta , ivi in disparte
Si osserva ognun , che passa in prove cerle
Ivi non \isto si puo dar la morte
Senza temer di vigilante corte.
Un stuol di Ladri temerari, e crudi Barbari disperati, ed oraicidi Ladri Lordi , in qualche parte nudi Erano Abitator di qncsti nidi, Misero Passagier ! e roba e scudi Ti costera ', se fier destin te guidi E forse ancor se alla defesa badi Ti converra, che tu tratitto cadi.
Il più vecchio neU' arte , il più perfetto E quel campion che regola di tulto.
(i) « Muse gentille, vole promptenient auprès de moi, de la fontaine du Parnasse ou de CastaUe ; je suis presque perdu et sans rimes prêtes ; viens cependant avec un visage tragique, plonge-toi dans l'onde amère de l'Achéron , et viens te placer dans nîon esprit , afin que je puisse chanter une histoire lamentable. »
Ei Stefarjo si noma iu fiero aspetto
Di pallido coiore orreado , e brutto (i).
L'histoire a assez de rapports avec le mélodrame anglais du Meunier et ses garçons, suivi de l'arrestation et de la punition de toute la bande.
2" Une nouvelle Histoire dans laquelle on raconte la vie de Guiseppe-Mastrilli de Terracine , à qui l'amour fit connaître plusieurs assassinats ; il fut banni des États de Rome et de Naples , sous peine d'être écartelé ; mais apfès avoir échappé à
( I ) « INon loin du lieu où Baccano est enseveli au milieu de bois efTrayans , on voit plusieurs cavernes ouvertes ou fermées, ouvrages de la nature et de l'art j les unes sont auprès de la roule battue , les autres en sont éloignées. Ceux qui passent dans ces lieux courent grand risque d'acquérir la fatale certitude, que l'on peut y donner la mort sans craindre une justice vigilante.
» Une bande de voleurs hardis, cruels, barbares, de'sespérés et homicides, paresseux, sales et presque nus, étaient habitans de ces repaires. Malheureux voyageur! tes biens et tes écus en souffriront, si un destin téméraire t'y conduit, et tu seias probablement tué si tu veux te défendre.
» Le plus vieux et le plus habile dans cet art , le champion qui règle tout, se nomme Elieime, homme allieux dont l'aspect est féroce, et dont lu pâleur est horrible. »
25o APPENDIX.
la justice , ii mourut tranquillement , en se repentant de ses crimes.
C'est peut-être le poëme favori du peuple; il commence ainsi :
Nella bella cilta di Terracina
Nacque qiiesl' uomo di sottil ingegno
Ricco di béni , e pieno di dottrina
Stupore in Roraa, e pregiudigio a un regno
Meuô la vita sua da paladino
Sempre contro la corte ebbe l'inipegno
Li misfatti che fece , e il suo furore
Causa gia fu per contentare amore.
Passa un giorno Mastrilli da una sirada Vede ad una fenestra una zitella Parve agli occbi suoi si bella e grala Candida piii che matutina Stella j L'ha con un bacio mano salutata E poi amoi'osa mente gli f'avella.
Yide suo padre et per saziar sue voglie Li fece dir, che la volea per nioglie (i).
(i) « Dans la belle ville de Terracine naquit cet homme d'un génie subtil , riche et savant, l'effroi de Rome , et le malheur d'un royaume. Il menait la vie d'un paladin , mais ses actions étaient toujours contraires à la justice, et ses fureurs n'avaient d'autre cause que le désir de contenter son amour.
» Mastrilli passait un jour dans une rue . il vit une jeune fille à une fenêtre 3 elle lui parut belle et agréable, plus éclatante que l'étoile du matin; il la salue en lui jetant un baiser, lui parle d'amour, voit sou père , et pour accomplir ses désirs, il dit qu'il la voulait pour femme. »
Cependant Satan qui , suivant l'expression de Sancho-Pança ti'est jamais oisif, mais qui aime à se mêler de tout, inspire à la jeune fille de l'amour pour un autre ; Mastrilli découvre cette passion et tue son rival, dont le père va se plaindre à l'évcque de Frosinone ; qui envoie douze sbirres pour arrêter Mastrilli, et leur promet une récompense de trois cents .écus.
Ecco chi si partirono di Frosinone
Dodici sbirri armati , ed une tenente <
Con brave spie per aver cognizione
Dove Peppe Slastrilli era présente (i).
Ils le trouvent près de Cisterna , sortant d'un bois qui appartenait au prince de Caserte; mais le meurtrier invoque la Vierge , et tue quatre de ses adversaires , les autres se sauvent avec leur lieutenant. Après quelques instans de réflexion , il se décide à quitter l'état de l'Eglise, et à se r^éfugier dans le royaume de Naples. Mais n'ayant pas de passeport , il tue deux gardes à Portella , et continue sa roule vers Gacte. Près de cette ville il entre dans la chaumière d'un pêcheur, dont la femme ve-
(i) « Il parlil alors de Frosinone douze sbirres armes, avec un lieutenant et des espions liabiles , pour découvrir où était i'eppe Mastrilli. »
naît de mettre au monde un fils auquel il sert de parrain , après avoir raconté son histoire aux pauvres gens. Le pêcheur lui dit de boire et manger tandis qu'il va auprès de son bateau , mais il trahit Mastrilli au lieu de le secourir; on arrête ce coupable et on l'envoie aux galères. Trois jours après son arrivée , il raconte adroitemennt son histoire au général des galériens, qui fait ôter ses fers, et lui fait commander douze cents de ses camarades. Sept ans après , la cour de Rome le réclame; on l'enchame et on l'envoie à Rome par mer. Dans le même temps une princesse de la Cour s'était embarquée sur une autre galère ; effrayée par un orage , elle se fait mettre à terre et voyant l'état de Mastrilli, elle le fait délivrer de ses fers. Cet événement se passe heureusement près de ïerracine ; le pauvre bandit frappe à sa porte et est reçu par ses fils avec des transports de joie; il leur raconte SCS aventures, et ils partent tous pour Gaëte, où ils veulent punir le perfide pêcheur qui s'était rendu coupable envers Saint-Jean-Baptiste, en trahissant le parrain de son enfant; ils l'assassinent barbarement. Leur premier exploit fut de saisir le général des galères napolitaines, et de lui imposer une rançon de trois mille écus d'or. Pourvu de cet argent ,
APPENniX. 2DÔ
Mastrilli sert fidèlement de. guide au prince Corsini djins un voyage périlleux, et en obtient comme récompense des lettres de protection. Peu après il rencontre des marchands, et s'empare de la moitié de leur propriété ; mais des rivaux jaloux le dénoncent à la justice; il est poursuivi par des sbirres ainsi que ses fils, et forcé de livrer bataille.
Per quattr'ore di tempo in quel giorno , Treniava ogni Cristian in quel luogo , Altro non si vedcva in quel conloriio Nove persone morte si trovorno(i).
Mastrilli et ses fds vont ensuite à Rome, où ils obtiennent de nouvelles lettres de protection; ils partent delà pour Livourne, et s'y embarquent pour Terracine. A son arrivée , Mastrilli est atteint d'une maladie dont il avait déjà ressenti les effets pendant son voyage; les progrès en sont rapides, il fait chercher un prêtre et se confesse; mais ses fils craignant une trahison de la part du saint homme , tiennent celui-ci renfermé jusqu'à la mort de leur père. Dès que l'officier des sbires apprend la
(i) « Durant quatre heures , dans ce jour-la , tous les chrétiens tremblaient dans ce lieu; on ne voyait tout autour qu'une pluie de plomb et qu'une terre de Teu : neuf personnes pcr- \ dirent la vie. »
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mort du brigand , il se transporte dans sa maison, et après avoir tiré un coup de fusil sur le corps, il lui coupe la tête, afin d'obtenir la récompense promise. Les fijs de Mastrilli désespérés de cet événement , forcent le prêtre à écrire à Rome, pour certifier que leur père s'est confessé, et a reçu l'absolution avant que d'expirer : l'officier, convaincu de fraude, est condamné aux galères^ et la mémoire de Mastrilli est ainsi lavée de la tache d'une mort impénitente.
3° Une nouvelle histoire deBarlholomée , o'omain; dans laquelle on raconte ses exploits et sa mort.
Ce poëme est écrit dans le môme genre que celui de Mastrilli, mais il ne porte pas un caractère si hardi.
4° La belle histoire de la vie et de la mort de Pictro Mancino , chef de bandits ^ dans iaquelie on parie des captifs quil faisait, afin d'en obtenir des rançons , et des meurtres quil com-mettait dans ie royaume de Naples.
Ce poëme commence ainsi :
lo canto li l'ccalli , e il fiero ardirc Del Gran Pictro Mancino fiioruscito
Quanti nemici suoi i'ecea morire Intuttoil tempo, cli' c stato banditoj Perdonatemi Muse , in questo dire Se non vi chiaino d'ail' Eliconio sito Che parlando di guerra , mie carte Di Bellona la Musa Apollo è Marte (i).
En effet, Pietro Mancino a plus de droits à lin poëme d'un style élevé, que la plupart des brigands. Il était fils d'un savant médecin, et avait une belle figure ainsi que ses deux sœurs; en défendant ces dernières, il commit deux meurtres, et comme ses victimes étaient des princes, il n'avait aucun espoir de pardon; ce qui l'engagea à se joindre à une bande de brigands. 11 saisit d'abord un docteur, et puis un homme d'affaires, et obtint pour chacun d'eux une rançon de trois mille écus; il employa une partie de cet argent à secourir des infortunés, et surtout des femmes. Le prince San Severo mit sa tête à prix pour douze mille écus, que Mancino se décida à obtenir pour lui-même.
(i) « Je chante les criminels et le féroce courage du grand Pierre Mancino exilé , et le nombre d'ennemis qu'il fit mourir pendant qu'il était bandit. Muses, pardounez-moi si, pour ce récit, je ne vous appelle pas de l'Hélicon j mais, en parlant de guerre , Bellonue sera ma muse , et Mars sera ApolUou pour moi. »
256 APPENDrX.
Il se déguise, et muni d'une tête de mouton , il va auprès du prince, lui montre une partie de la tête, et reçoit l'argent. Dès qu'il le tient il se met à rire, et dévoile la ruse au prince , puis retournant vers ses camarades, ils vont en Sclavonie , où ils reçoivent une généreuse hospitalité. Lorsque leurs moyens sont épuisés ils reviennent dans la Fouille, pour se procurer de l'argent. Leur premier exploit, en rentrant en Italie, est de se déguiser en moine, de visiter le chef d'un riche monastère, et de lui extorquer trois mille écus;puis, Mancino, par son adresse , contraint un de ses camarades qui voulait le trahir, à abandonner son dessein, et à lui payer six mille écus. Après s'être emparé d'un demi-million en or, qui appartenait au vice-roi deNaples,il traverse l'Italie et s'embarque à Barlette pour la Dalmatie, où il possédait un château. Il y vit avec une magnificence royale. Il est employé dans la défense de Corfou contre les Turcs ; enfin , il tomba ma- Lide, et
A Pietro intanto il mal si aggravava E da se stesso lo conosccva Che giorno, e notte chiamava, e pregava Per avvocata Maria , che teneva , Perche semperre il sabbato guardava E mai peccalo non vi commeteva
Maria chiamava, e bagnava le gote Rese l'anima a Dio col sacerdote(i).
5" La vie et la mort infortunée de Henri Gobertinco, voleur de grand chemin , qui tua neuf cent soixante- quatre personnes et six enfans , sur le territoire d'Otrante.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette histoire atroce, est le regret de ce scélérat, de n'avoir pas assez vécu pour accomplir le vœu qu'il avait fait de tuer mille personnes. Il tenait un journal où il inscrivait chaque meurtre avec la date.
6° Histoire véritable de la vie , des prouesses , des exploits et de la mort du fameux bandit Angelo del Duca , natif de San-Gregorio.
Ce poëme ne mérite pas qu'on en cite des morceaux , et le peuple ne le goûte pas beaucoup.
(i) « La maladie de Pierre devenait plus sérieuse^ il le connaissait bien : jour et nuit il appelait et priait Blarie d'être son avocat, parce qu'il avait toujours observé le samedi (*) , et ne commettait aucun péché ce jour-la ; il appelait Marie , et les joues baignées de larmes, il rendit l'âme à Dieu, ayant le prêtre auprès de lui. »
{*) Le samedi csl consacré à la Vierge.
7° Lamort d'Oromo Alhegna de Brescia, fjui fut exécuté pour avoir tué son père et sa mère, avoir étranglé deux fr ères , et coupé la tête à sa sœur encore au berceau.
L'auteur commence ainsi , d'une manière très-convenable :
Canto non gi'a d'amorj non gia di morte, Canto non gia di gioja , o di contento ; Canlo solo d'oror(i).
8° Spectacle atroce, etc., etc.
C'est le récit d'un autre parricide.
9° La cruauté punie., ou le récit des barbaries commises à Venise, par Veneranda Porta, et Stefano Fantini, avec leur mort.
Ce poëme est écrit en pur toscan.
io° Nouvelle histoire d'une femme d'A~ iicante, qui tua son fils et qui le fit manger d son chien et d son mari; on y voit comment elle fut portée en vie aux enfers , par les diables.
11° Nouveau livre, où Von voit la tncchante vie que menait un ^ministre dEtat,
(i) 0 Je ne chante ni l'amcur, ni la guerre; » Je ne chante pas la joie ou le bonheur ; » Je ne chante que des choses liorribles. f
ÀPPENDIÎ. ajcj
qui fut sauvô par sa bienfaisance en fondant un hôpital.
Ces échantillons suffiront pour fuire connaître au lecteur, l'espèce de poëruc que comprend cette seconde division, la liste pourrait en être plus longue; mais- les listes sont pour la plupart des répétitions dégoûtantes de meurtres , et l'on peut regarder comme bien dégradée ceux qui font leur amusement habituel de la lecture de ces ouvrages.
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