‹ Voyage dans les montagnes de RomeChapitre 24 sur 28 · Histoiî'e d' Attila, surnommé le fléau · texte numérisé non relu

Histoiî'e d' Attila, surnommé le fléau

(i") Il y eut des feux de joie et des arcs de triomphe , une montagne de bonne chère, des concerts, des chants et nne fontaine de bon vin.

de Dieu : On y a étrangement confondu la vérité et la fable , en mêlant le tout avec de vieilles chroniques teutoniqucs.

5. Récit fidèle de la délivrance de Vienne, de la prise de Strigonie, et de la mort du grand-visir j, qui eut la tête tranchée.

C'est un des sujets les plus goûtés, il est traité légèrement et gravement dans l'histoire, et dans les rozzi rime du peuple. Filicaïa l'a illustré, et il est chanté dans la capitale de la chrétienté, comme le triomphe de la croix sur le croissant.

6. La malheureuse reine de Chypre, et les infortunes de Roger, fis du roi de Crète: conte moral et agréable.

Gundobald, roi de Chypre, avait une belle femme , Arimène; tous deux étaient bons et démens ; mais deux médians frères du roi , Osman et Eupramont, conspirèrent contre eux et tuèrent Gundobald. Arimène en s'enfuyant dans un petit vaisseau, échoua sur la côte de Crète, où peu de temps après, elle mit au monde un fils plus beau qu'Adonis ou l'Amour. A la même époque, le roi de Crète ayant découvert que son fils lloger était chrétien , l'avait banni de sa présence. Ce dernier arriva au

fi02 APPENDIX.

lieu où s'était réfugiée la belle reine; il en devint amoureux, et offrit de la protéger; ils s'étaient décidés à se réfugier à Rome, lorsqu'ils furent pris par un pirate, et vendus comme esclaves au roi d'Egypte. Après bien des malheurs et des aventures , qui donnèrent occasion à Arimène et à Roger de signaler leur vertu et leur courage, ils furent de nouveau faits prisonniers, et conduits à la cour du frère de Roger, qui les condamna à mort; mais au moment où on les attachait au pieu , la foU' dre frappa le tyran; Roger et Arimène devin-^ rent souverains de la Crète, et placèrent le bel ppfant sur le trône de Chypre.

Mortale apprendi : è Dio pazienle , e buono , Ma la guistizia al fin gli è cara amante, La spada del signor non taglia in frclta , Quanto piu tarda, fa maggior vendetta (i).

p". La déroute de Roncevaux , où périrent Roland et tous (es Paladins; divisée en deux chants.

Ce poëme est une longue description de la déroule bien connue de Ronccvaux. Les ex-

(i) « Apprends , mortel , que Dieu est patient et bon , mais qu'il aiuie surtout la justice j l'cpée du Seigneur, qui ne frappe pas a la liâte , se vepge d'autant plus sûrement qu'elle sç \pnge plus tard. »

ploils de Roland et d'Olivier, et les bons mots de Turpin, sont minutieusement rapportés. Un des principaux événemens du pocnie, est le moment ou le Paladin donne du cor, malheureusement trop tard pour obtenir la victoire. Le Dante a tiré de cet incident une de ses plus belles comparaisons, lorsque, parlant de Nemrod donnant du cor , il dit :

Dopo la dolorosa rotta , quando Carlo niagno perde la santa gesta , Non sono si terribilinente Orlando(i).

Nous donnerons quelques morceaux de ce poëme. On ne peut le comparer à Chevy Chase (ballade anglaise), mais il n'est pas inférieur à Sir Bevis (autre ballade); la description de l'approche de l'armée Païenne nous paraît être un des meilleurs morceaux du poëme;

E si udivan sonare i g^naccheroni , E tante busne , e corni alla nioresca , Cbe rimbombava per tutti i valloni , E par che sotto terra quel suon esca , Tante pennacchi , e tante stran pennoni Tante divise, la più nuovo Iresca Era cosa a vedere al cerl' oscura ' Da Oiiando in poi, a ognun facea paura.

(i) « Roland ne sonna pas si fort, lorsqu'aprcs la douloureuse déroute Caaileinaguc perdit la sainte Ijataille. »

L'anitrir de cavalli , e il morraorare De Pagan, che venivan minacciando, Che ognun volea i Christiani tranguggiare E Falsiron bravava con Orlando ^ Parea quando piu forse freme il mare 3cilla e Cariddi co* mostri abbajando E tanto r aria di polvere è piena Corne si dice nel mare délia rena.

Qiilvi eran Zingare, Arabi, e Soriaui Dell Egitto, dell' India, e di Etiopia, E sopra tutti di molti Marani , Che non avea nessuno insegna propria , Di Barberia , e di luoghi lontani E di alcuni altri in questi v' era copia. E ancora gente di Guascogna v'era Pensa che anima e questa prima schiera,

Ed avean poi le sue strane armature E più strane cappellacci quelle genti Certe pellacce sopra il dorso dure Di pesci cocodrilli e di serpenti E mazzaf'ursti , e grave accetto , e secure E molti colpi commettono ai ventl Con dardi, archi , spuntoni, e stambecclii E spade assal che lucean corne specchi (i).

(i") « On entendait le son des limballes, des trompettes et des cors a la Moresque , qui retentissaient dans les vallons et semblaient sortir de dessous terre. Tant de panaches , tant de drapeaux étrangers , tant de devises , qu'une obscurité partielle rendait plus bizarres , effrayaient tout le monde , excepte Roland. On entendait les hennisseraens des chevaux , les cris et les menaces des païens qui annonçaient la morPaux chrétiens , et Falsiron qui défiait Roland ressemblait au fre'missemeut de la mer, aux monstres aboyans de Scylla et de

La bataille continue, on voit tomber les chefs les uns après les autres; la malheureuse vallée est remplie de sang jusqu'à la hauteur du genou, et les Sarrazins tombaient comme des poires trop mûres.

E Roncisvalle pcreva un tegame iDove fosse di sangue un gran bollito Di capi di pieducci et d'altr' ossame(i).

A la fin Roland, épuisé de fatigue, vient faire boire son cheval Vegliantin, à une fontaine, mais à peine a-t-il mis pied à terre, que le pauvre animal expire, et Roland s'adresse à lui en ces termes :

O Vegliantin , tu m'hai servito tanto , O Vegliantin , dov' e la tua prodezza ,

Charybde , et les tourbillons de sable étaient si épais , qu'ils semblaient avoir été soulevés des abîmes des mers.

» Là étaient les Bohémiens , les Arabes , les Syriens , les habilans de l'Egypte , de l'Inde , de l'Ethiopie , et surtout beaucoup de Maures , qui ne portaient aucune enseigne ,* des Barbaresques venus de loin , une foule d'autres guerriers el des Gascons 3 quel courage avait une telle armée !

» Ils avaient d'étranges armures et des manteaux plus étranges encore , car ce n'était auti-e chose que des peaux dures de poissons , de crocodiles , de serpens et de léopards , étendues sur leurs dos, et ils frappaient l'air d'inutiles coups avec des dards, des arcs, des spontons, des frondes et des épées brillantes comme des miroirs. »

(i) « Roncevaux paraissait un chaudron où l'on faisait bouillir du sang, des têtes , des pieds et d'autres os» »

'a66 appendix.

O Vegliantin, nessiin si dia più vanlo, O Vegliantin, venuta e l'orasezza, O Vegliantin , tu ni'bai cresciulo il pianlo . O Vegliantin , tu non vuoi più capezza , O Vegliantin , se ti fece mai torto , Perdonami, ti prego, cosi morto(i).

Le cheval ouvre les yeux, et fait signe de la tête qu'il lui pardonne ; et la situation du comte et de Vegliantin à la fontaine, est aussi touchante (à ce que dit la ballade), que le conte de Pyrame et Thisbé. Roland se confesse à un ange qui lui donne l'absolution, et le récit finit par sa mort. Le poënie qui est tiré de Pulci a été probablement écrit par des conteurs d'histoires.

Histoire de la vie de Guerrino , surnomiïié il Meschino [ie inisérable), où l'on fait le récit des nombreuses batailles qu'il livre aux Turcs et aux Sarrazins , et de la manière dont il retrouve son père et sa mère en prison à Durazzo.

Ce poème est en grande faveur auprès du

(i) O Vegliantin 1 tu m'as bien servi 5 ô Vegliantin ! où est ton courage j ô Vegliantin ! personne ne doit plus se vanter j 6 Vegliantin ! l'heure fatale est sonnée ; ô Vegliantin ! lu as accru la cause de mes larmes ; 6 Vegliautiu ! tu n'obéis plus a la bride j ô Vegliantin ! si je t'ai jamais iait de tort, pardouuc-moi maî^rrc la niorl. »

APPENDÎX. 267

peuple. On peut se rappeler que le sitjnor Cherubitii parle d'un brigand qui s'amusait à le lire, pendant que ses camarades dormaient. On a introduit dans le sujet qui nous occupe, l'histoire de tous les pays, la fable et les enchantemens, et c'est peut-être pour cette raison qu'on le préfère même au conte de Roncevaux; après une invocation à la

Musa geulil, che sopra eccelsi allori, D'Elicon godete aiire tranquille (1).

viennent les infortunes du paladin Milo, prince d'Apulie et d'Albanie, qui avait été battu par les Turcs , et prisàDurazzo. Pendant ce temps, la nourrice à qui Milo avait confié son fils unique Guerrino, s'embarque pour le mener eu lieu sûr; elle est saisie par des pirates , emmenée comme esclave, et l'enfant est vendu à un autre maître; ce dernier élait un homme charitable, il porte Guerrino à sa femme, et lui raconte comment il l'avait trouvé presque affamé, et exposé en vente; elle s'écrie : « Oh misérable » (Meschino), et ce nom si bien ap-

(i) « Muse gentille qui , assise sur des lauriers élevés . jouis de l'air pur de l'Hélicon. »

La mélodie agréable de ces paroles en compense Tinàigniliance dans l'italien j ainsi qu'une belle ouverture préparc les suditeiirs a être coiitcus saiia qu'ils sachent pourquoi.

proprié à son élat , lui reste. Le maître s'attache à cet enfant qui, à cinq ans, annonce déjà une naissance distinguée et de grands talens. L'empereur qui en entend parler, désire l'avoir près de lui, et le fait élever avec son fils. A peine âgé de seize ans , Meschino se présente secrètement à un tournoi, est vainqueur, mais ne peut obtenir les prix parce qu'il était esclave et non chevalier; il fait alors chercher tous les devins pour découvrir ses parens; mais ses recherches sont inutiles. Enfin un vieux satrape lui dit d'aller à l'Arbre du Soleil, où il apprendrait ce qu'il voulait savoir , ajoutant que c'était le même arbre où Alexandre-le-Grand avait été s'informer de l'heure et de la manière de sa mort. Meschino part, et rencontre des géans, des enchanteurs , des animaux , et toutes les merveilles que raconte Marco Paolo, jusqu'à ce qu'il arrive à la place où le soleil touche les racines de la terre ; en un mot à la dernière montagne du monde, il abandonne son cheval et son armure de verre, et trouve l'arbre, qu'il veut consulter sur-le-champ; mais un vieillard lui apprend qu'il faut attendre le lever du soleil; au moment fixé, il en reçoit l'information suivante qui ne le satisfait guères :

Ser Meschino Guenicr dcl gcuitor ibsti

La tua Stii^pe è di sangue Paladino.

Zeffiia fu la balia , e per destino

lia madré, e il padre sta incatenato :

Detto che gliabbe queste parole

In silenzio reslo 1' albero, e'I sole (i).

Le vieillard lui conseille d'aller demander une explication à la sibylle au milieu de l'Italie. Il se remet en route et passe, on ne sait pourquoi, à Marseille et à Livourne. Il rencontre la fée Alcine, qui essaie sur lui toutes sortes d'enchantemens; mais il lui résiste, et la voit un jour où la mécromancie perdait tout pouvoir sur elle; elle lui paraît alors vieille et laide, et cette vue encourage le chevalier à lui résister. Enfin il la quitte sans en avoir reçu de meilleures instructions sur son père, et se rend à Rome où le Pape le bénit. De là il va en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, délivrant les pays qu'il traverse , des voleurs et des monstres. A son retour il Joint l'armée chrétienne qui marchait contre les Turcs. Durazzo est pris dans cette guerre, et Meschino , ou plutôt le chevalier Guerrino, retrouve ses parens,

(i) «Meschino, ton père fut un guerrier, ta race est celle des Paladins; Zéphire fut ta nourrice; et le destin a voulu que ton père et ta mère fussent emprisonne's. Après avoir prononcé ces paroles , l'arbre et le soleil gardèrent le silence. »

et épouse une grande reine avec laquelle iî \it fort heureux.

Ecco quanto pvopôsi , O niio lettore L' istoiia oncsta . cbe vcnni a narrare Del Guerrino , clie forte nel valore Per il padre vendetta voile fare Acquistô ancor la sposa che nel fiore L' eta gentile allor solea passare ; Cosi tra di loro ebbero a giojre E chi sia più contento io non so dire(i).

La ballade moderne de i\îeschino est l'abrégé d'une longue histoire en prose, dans laquelle l'auteur conduit son héros à travers l'Europe, l'Asie, l'Afrique et même jusqu'à la Taprohane. Il va non- seulement à l'Arbre du Soleil, mais dans la Caaba; il devient chef des forces militaires du prêtre Jean; il tue des lions comme Antar, et des Sarrazins comme Roland; cependant il combat sans scrupule à la tête des armées du Soudan, et s'excuse en disant que Moïse avait été aussi au service des Égyptiens. Pour obtenir un oracle de l'Arbre du Soleil, il prie Apollon et Diane avec autant

(i) « Voila , mon lecteiu" , ce que je me proposais : je viens de raconter Tliistoire honnête de Guerrino , qui , voulant employer son courage à venger son père , acquit encore nne épouse dans la fleur de l'âge ; ainsi tous Curent satisfaits, et je ne puis dire qui fut le plus ronfent parmi eux. »

AppENmx. 271

de foi que Saint-Jacques de Compostellc. En un mol, il n'y a pas d'iiistoire, de fable, aucune sorte de guerre, des nations sauvages ou civilisées; aucune espèce d'ennemi, soithomme, géant, dragon ou enchanteur que l'on ne trouve dansGuerrino Meschino : ces aventures étranges et sauvages doivent avoir, sans doute, un grand intérêt pour les personnes entre les mains desquelles on la trouve, les bandits de Sonnino.

Page 1