SECONDE CLASSE
POEMKS BURLESQUES.
A la tête de cette classe, nous placerons le Maggio romanesco ou le mât de Cocagne de Rome, poème en douze chants et en stances de huit vers. Les événemens sont véritables, et tirés de lajie de Nicolas Lorenzi, connu sous le nom de Cola di Rienzi. Le poëte Peresio s'est donné la licence d'introduire des persoin
nages assortis au goût du peuple; le Destin, 1<^ Hasard, un sorcier, une sorcière (i) , une fée, et Madame la Fortune. Nous en donnerons le plan tiré de la préface de l'auteur. Cola di Rienzi, tribun du peuple romain, en i547, ^c)^»lant divertir le peuple, fit élever un mât de Cocagne, et une écharpe futla récompense promise à celui qui le premier atteindrait le haut du mât; le vainqueur devait encore jouir des honneurs du triomphe. Pour le maintien du bon ordre on défendit par une proclamation , de porter des armes près du lieu où se passait la fête. Home était alors divisée en douze
(i) Nous ne savons s'il faut ranger la Beffana du jour des Rois dans la classe des fëes ou sorcières. La soirée de l'Epiphanie est la fête des enfans a Rome : on ne lire pas des rots et des princes conunc chez lious , mais on donne et on achète des gâteaux, des fruits, des confilures et autres bonbons. La Piazza deîla Rotonda (Panthéon) se distingue ce jour-là par l'effet agréable des boutiques de gâteaux et de fruits , *'W)rnées de fleurs et illuminées avec des lanternes de papier. Des personnes costumées comme ma mère l'Oie et nommées â Rome Beffa/ia, se promènent dans les rues et sont l'objet des saillies de la populace. Mais l'importance des Beffana visibles ne peut se comparer a celle des invisibles : lorsque les enfans •vont se coucher ils suspendent un bas a leur chevet , et s'ils ont été sages , ils le trouvent le matin plein de bonbons j mais s'ils ont été méchàns , la Beffana n'y met que des pierres : nous avons été témoins de la satisfaction et du chagrin causés par les dons impartiaux de la Beffana.
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quartiers (maintenant en quatorze). Les principaux jeunes gens de chaque quartier se présentèrent pour disputer le prix; Jaccacio du quartier deMonti, etTitadeTrastevere, atteignirent tous deux le haut du mât et se battirent pour la récompense. Kienzi jugea comme le juge de la fable, car il brûla le mât et se fît un manteau avec l'écharpe; mais cette décision mécontenta le peuple qui, s'étant divisé en deux bandes, s'arma et commença une bataille que le tribun ne put arrêter; le calme se rétablit enfin au son de la cloche duCapilole, et fut suivi de la publication d'un second édit, pour défendre de porter des armes; mais toutes les manières proposées pour décider la question manquèrent leur but, les querelles recommencèrent et durèrent pendant des mois entiers. Enfin Rienzi proposa une lutte, et Jaccacio ayant vaincu son adversaire, remporta le prix pour lequel on avait si long-temps combattu. Le poëme est terminé par l'entrée triomphale de Rome, des habitans del Monti, précédés de leur champion et suivis de leurs amis. Le dialecte est celui du bas peuple de Rome. Ce poëme fut imprimé en 1688 et commence ainsi :
Il palio conquestato, o le sgherrale Bizzarre io caiilo, ci li trcinendi alFionti
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Amoi'i c sdegni , e risse ijigarljiigliate Che fece un Bravo del Rion de' i Monti Li sfarzi (i) de le Belle innamorate, L'austuzie de 1 Zerbini argute e pronti Bisbigli, e impicci, e tlritosti (2) a soma Successi drento (3) al Gran Castel di Roma (4).
Viennent ensuite les complimens ordinaires à François de Médicis, patron du poëtc, une invocation à la muse, et une introduction où ^ se trouvent les noms des douze quartiers :
Campitelli con Ponte era in più ordita Con Trevi e Pigna, e Regola, e Parione: Trastevere e Santagnelo in più sforzo Monti, eRipa, e Colonna , e Canipo Marzo(5).
(1) Sfarzi, folles réjouissances.
(2) Tiritosli , culbutes.
(3) Drento pour dentro , dedans.
(4) « Je chante le prix remporté , les guerres bizarres , les terribles disputes, les amours, les mépris et les dangers qui ont illustré un brave du quartier del Monti ; les folies des belles amoureuses , l'esprit prompt et rusé des merveilleux de ce temps 5 les bisbilles, les embûches et les chutes qui se succédèrent dans le grand château de Rome. »
(5) « Les gens du Capitole et du Pont gardaient le plus d'ordre , ainsi que ceux de Trevi , de Pigna , de Regola et de parione : ceux de Trastevere, de Saut-Angelo, del Monti , de Ripa, de Colonna et de Campo-Marzo étaient les plus nombreux. »
Les douze quartiers en forment maintenant quatorze. Les babilans de Rome sont divisés en quatre classes distinctes : les Monteggiani, Romani, Popolantiet Trasteverinijles premiers,
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Le poète fait après cela une descriplion satirique de Rienzi , après quoi l'action commence. L'écharpe est dépeinte suspendue au mât; elle était de damas bleu, avec des fleurs brodées (1). Le mât était élevé dans le Campo Vaccino, vis-à-vis le temple de la Paix, les bancs étaient élevés pour les spectateurs vers le mont Palatin, et le Colisée paraissait mesquin en comparaison du théâtre de Rienzi; le laurier et le myrte décoraient les ornemens d'archilecture, les colonnes et les pilastres.
Le troisième ciiant contient une description des objets mis en vente dans une foire italienne. Nous en extrairons le passage suivant :
For del ïcatro a passeggiar vicino C'erano a Ceutonara Venderoli, Chl gridava Acquavita d'Anesiiio , Chi strenghe e spille , e Esca , e Solfarole Chi Ciaminellelte IVesche, e'I Confortiiio Chi Petlini, scopctte, e Fusaroli,
habitent les sept collines; les seconds , le Corso et le reste du Champ de Mars; les troisièmes, le voisinage de la porte du Peuple , en dedans et en dehors des murs; et les derniers , le quartier situé au-delà du Tibre.
(i) Les prix distribués aux vainqueurs des courses de chevaux au Corso , pendant le carnaval , sont encore des pièces de brocard d'or, de velours ou de soie; ils sont fournis par les juifs, qui jadis étaient obligés de courir eux-mêmes, (/^o/es Autony Munday's englishman's Life in Rome. )
2r8 APPENDIX.
Ma assai stnllar sentivanse più s^jesse, Fusaglia dolce, e Mosccarelle allcsse.
Meglio che posso ve racconlo, e tes5o La stadona , ch'in campo i Bottegari Haveano fatta una doppo l'altro appresso , Con Merciarie da sbegottir l'avari Sparse a montoni havean pè lerra messo , Prima pile e tegatni i Ptgnaltari, E sotto a tende c'eran da più bande Pratte e boccali délia Ripa grande.
Spesso ferniar vedevase la la gente Dintorno a le cestole, e canestroni Più d'un provava aueora da valente E celere e chefarre e colascioni Mostravanse le donne fisse attente A conletnplar bambocci, et pupazzoni, Chi la scuffia . a lo specchio s'aggiustava , E chi pè bella se pavoneggiava.
Gridava un bottigar scarpe, e pianelle , L'altro caraffe ampoUine, e bicchiere Palette l'altro , trepiedi e padelle, Pendeva el gipponar vestiti intieri El valegiar spandea slivali e selle Buglie, e baulli , bisacci e braghieri L'argenlierj havean cento belle cose E l'orefici più de la curiose.
Stava a un baccone un gran bel mucchio adorno De capelli , scuffioti , e berrettini El caniisciaro havea a la niostra intorno Tele , mutande, caniisci e scarpini L'uccellalor, la pavoncella e 1 storno Cardellucci è cenari e verzelliui
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E piagnea co 'la inainma ogni figliolo Ch'iii iiiane volevo il sorce moscarolo.
C'era un gran sforgio in una bella stesa De pannispalli, veutagli e f'ettiiGce Un altro n'era in una stanga appesa De camisciole, e calze, e de bragucce Strillava el caldarar da bona spesa, Padelle, e concoline trelucce, E mostrava el pizzlcarolo a tutti, De mortatelle i tagli e de presclutti.
Tenea '1 inercanti, e drappo, e teleltone E un gnomerator naspe et conocchic E'I telarol cambraie e zenzilone , E chi le cosce in filze de rannocchie Havea '1 Villa n ripien più d'un cestonc De pigne, et noci melasccche e noecliie Chi al cocchiarar voleva i fusi buoni Chi '1 cocchiarone pè le maccaroni.
Daniaschino il sapon squisilo raro , Pomate, oglio odorosi, e saponetti Polver de cipro , et guanti havea '1 guantaio Da servir bcne ognuno, et larghi, e strelti. Candelieri. e lucerne l'ottonaro, El collarar collari, e manechetto Chi vendea forbicelte in fià le genli, Chi nettorccchie e chi sluzzicadente.
Havean nierangoîari moite spase, De merangoli a monti , e lemonelli , Fruttaroli de scafi , e de cerase Insallatnri d'agli e ravanelli.
Porlalc havean le donne da le case, Crie fresche, piccione e pollastrelli
Ed allre ce aOblavano abbondenza.
D'erbe odorose , e fiori e mesticauza ( i ).
(i) «Près du théâtre on voyait se promener des centaines de marchands ; les uns criaient de l'anisetle , d'autres des cordons et des épingles, des friandises, des allumettes, des gâteaux , des confitures , des peignes . des brosses, des fuseaux j mais ce que l'on criait le plus, c'était du jus de pommes cuites.
» Les maîtres des boutiques avaient dressé leurs stalles près les uues des autres dans le champ , mieux que je ne pourrais vous le raconter ; les magasins de mercerie, disposés sur la terre , étaient élevés en montagnes, de manière a effrayer les avares; les potiers avaient des pots et des cruches, et, sous leurs tentes > on voyait de tous côtés des plats et des bocaux , délia Ripa grande.
» La foule s'arrêtait souvent devant les paniers et les corbeilles ^ d'autres essayaient des guitares et des lyres pour montrer leur talent : les dames considéraient attentivement les poupées et les poupons j elles essayaient des bonnets devant le miroir , et la plus belle se pavanait.
» Un marchand criait des souliers et des pantoufles , un autre des carafes, des bouteilles et des verres ; un troisième des pelles , des trépieds et des poêles h frire. Le fripier metlait en montre des vêtemeus complets ', le bourrelier exposait des étriers , des selles, des valises , des malles, des besaces et des gibecières; l'orfèvre étalait cent belles choses, et le bijoutier des choses curieuses.
» l'ne grande quantité de chapeaux , de coifïes et de bonnets étaient suspendus a un bâton. Le marchand de toiles offrait des toiles, des caleçons, des chemises et des chaussons j Voiscleur apportait des vanneaux, des étourneaux, des char-
Ce morceau peut donner une idée de la versification de ce poënie , et faire connaître ce que c'est qu'une foire romaine.
donnerets et des serins. Les enfans pleuraient et demandaient à leur mère de leur donner la souris tachetée.
» Dans une boutique étaient étales des manteaux de drap , des éventails et des rubans 5 une autre, établie a côté, était pleine de camisoles , de caleçons et de pantalons : le chaudronnier (•.lait des poêles , des casseroles, des chaudrons de bonne espèce ; le charcutier montrait à tous des morceaux de morladelle et de jambon.
«Quelques marchands tenaient des étoffes de soie et d'or 5 d'autres faisaient l'éiiuméralion de leurs dévidoirs et de leurs quenouilles j et tandis qucfuti vendait des batistes et des dentelles , son voisin ofïrait des cuisses de grenouilles : un paysan avait plusieurs paniers pleins de pommes de pin, de noix, de nèfles et de noisettes. Le cuisinie-. demandait du bois de tous côtés , et d'autres criaient : Cuisinier, les macaronis.
3) Celui-ci offre un savon rare et exquis , des pommades , des huiles odoriférantes , des savonnettes et de la poudre de Chypre 5 et chez le gantier, on trouvait des gants pour toutes les mains , larges ou étroites. Le ferblantier cherchait à vendre des chandeliers et des lanternes 5 le marchand de cols criait ses cols et ses manchettes ; plus loin , on vendait des ciseaux , des cure-opéflles et des cure-dents.
» Les marchands d'oranges étaient les plus nombreux : on les voyait entourés de leurs paniers d'oranges en montagnes , de citrons, de prunes et de cerises j de salades d'ail et de radis. Les paysannes avaient apporté des oeufs frais , des pigeons , des poulets , des aromates , des fleurs , des herbes fines et une foule d'autres choses. »
Quoique ce poëme roule principalement sur les passe-temps desPiomains, il renferme aussi des remarques satiriques sur Rienzi, comme on doit s'y attendre d'après la date de cette composition , et les opinions politiques de la famille dans laquelle l'auteur avait choisi son patron, car ces patriciens détestaient et méprisaient le législateur plébéien qui avait donné une constitution libre : on ne retrouve pas dans le Cola deRenzo, chei principe faceva du Maggio, le sprilo Genlil de Pétrarque ; ce dernier poêle même y est tourné en ridicule, et il y est qualifié de campion (Cun Notaruzzo. La vie de Colas de Rienzi, écrite en prose dans le langageromainde son temps, et publiée par Fortifiocca, en 1624» rend plus de justice au tribun; ce livre, maintenant très-rare, est fort intéressant.
2° LeMeo Patacca, ou la gloire de Rome, ioTs de la délivrance de Vienne ; poëme hérol-comique , dans le langage du peuple romain, par Joseph Rerneri;.. dédié à l'illustre D. Clément y seigneur de Rospigliosi,
Ce poëme est peut-être encore plus aimé du peuple que le précédent , et c'est probablement parce qu'il est entièrement écrit dans son dia-
lecte. Nous rapporterons ce que l'auteur dit à ce sujet clans sa préface.
La première chose à remarquer dans le dialecte du peuple romain, est la répétition de certains mois dans la môme phrase, pour donner plus de force au discours; cette répétition est précédée d'une courte pause : tels que iii vu fini , la va; on a en anglais une locution du même genre:/ wUl niake an, end ofit^ tliat I wlU.
En second lieu , on retranche souvent la dernière syllabe des infinitifs, comme : fini pour finira, finir; fà pour fare, faire; sapé pouv sapere, savoir; quelquefois aussi on laisse de côté la dernière syllabe d'autres mots, et quelquefois c'est la première, comme sta tu hravura , pour questa tua hravura.
UnetroisièmedifTérencedansle bas-romain, est la substitution que l'on fait de la particule ne pour les syllabes retranchées dans quelques mots, tandis que dans d'autres on ajoute cette même particule : ainsi , fane pour fare, faire; sa^pene pour sapere, savoir; f/uine pour r/ui, ici; chine pour ciii ^ qui; piùne pour più:, plus.
La quatrième particularité est le déplacement et changement des lettres i et r, comme
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grolia pour gioria ^ la gloire; crape pour câpre, chèvre; la lettre d est aussi fréquemment omise, comme quanno pour quando, lorsque; annà pour andare , aller.
Outre ces formes usitées , de mots et de phrases, il en est un grand nombre d'autres en vogue parmi le peuple, que l'on n'entendra pas prononcer aux personnes qui parlent bien, et que l'on ne trouvera pas dans les bons ouvrages modernes. Quelques-unes sont tombées en désuétude. Nous pouvons ranger dans la première classe , ino pour adesso , maintenant; et stracco pour stanco, fatigué. Dans la seconde, nous mettrons des mots tels que ^parapigiia , confusion, que l'on traduirait mieux j)àr huriuhrelu,' fungo, un chapeau, littéralement champignon; «c/m^^nassc» , cri de joie; et beaucoup d'autres.
Le Meo Patacca commence au moment où la nouvelle du siège de Vienne se répand à Home; aussitôt , le héros Meo Patacca , champion ou brave de la basse classe des Romains, rassemble un corps de ses camarades, et leur persuade de marcher à la délivrance de la ville. Le second chant est rempli des représentations faites au chef, par les familles, les femmes, et les amantes de ces héros, lors de leur départ; le troisième contient les disputes et querelles
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du chefàcetteoccasion ;le quatrième en estaussi rempli ; dans le cinquième ces querelles se terminent, toutes à l'honneur de Meo; dans le septième il se prépare enfin à marcher, mais la nouvelle de la délivrance de Vienne arrive pendant ce temps. Le huitième chant nous apprend que Meo veut célébrer cet événement par des réjouissances, et réclame, à cet effet, l'assistance de ses anciens soldats. Le neuvième contient les amours et les jalousies de Meo, les préparatifs de sa fête; le dixième et le onzième offrent le récit de la fête et des prouesses de Meo Patacca, qui châtie tous ceux qui font l'insolent avec lui; enfin, le douzième donne la nouvelle de la prise de Bude par les chrétiens; et comme on dit que cette place était défendue par les Juifs et les Turcs, Meo attaque le Ghetto, ou quartier des Juifs, le prend, et son triomphe termine le poëme.
La description du midi, à Rome, qui commence le second chant, nous rappelle les premiers vers du poëme de Tain O'Shanter, de Burns.
Era quell' hora, ch' i Pizzicaroli
Con le Perticha aggiiistano le tenne , [ tenne, tende. ]
Innanzi aile lof Mostre , e i Fruttaroli
E Ogmin, che robba magnaticcia venne, [venrte, vende.]
2 86 APPEXni?!.
Perche pc fa servizio à i Nevaroli
El caldo insiipportabile se renue [ renne . rende. ]
E allora il Sol, se non ci son lipari
Scalla le robbe, e scotta i Bottegari. [scalln.scalda.'j Questo ero il mezzodi, etc. ^i)
Ceux qui veulent se former une idée du costume, des manières et des mœurs des Romains des basses classes, ne peuvent mieux faire, que de lire Meo Patacca.
Dans le second chant dont nous avons cité le commencement, on voit une diseuse de bonne aventure; ses ruses, et la crédulité de ses pratiques sont décrites avec beaucoup d'esprit; son costume et celui d'une jeune femme d'une classe un peu plus relevée , sont peints avec une grande vérité, et ne diffèrent pas du costume actuel des femmes romaines du même quartier (2). Depuis la défense de porter
(i) « C'était l'heure où les charcutiers dressent avec des perches des tentes devant leurs boutiques : les fruitiers , et tous ceux qui vendent à manger, en font autant , parce que le soleil , porr rendre service aux glaciers , devient alors d'une chaleur insupportable , et brûle les marchandises et les marchands , si l'on n'a soin de s'en garantir : c'était midi . etc. »
(a) Le costume des femmes des quatre quartiers dont nou3 avons parlé plus haut, n'est point uniforme j les Monteggiane portent un chapeau noir comme les hommes; les Romaines, une pièce de toile qui couvre la tête . costume qui n'est près-
des épées ou des couteaux, on ne voit plus les combats singuliers, dont la description se trouve dans Meo Patacca ; au lieu de la fronde et de l'épée, on fait usage maintenant d'une pierre cachée dans la main , avec laquelle on donne des coups mortels sur la tempe , ou d'un couteau, ou petit poignard porté de manière à échapper aux regards. Tel est l'usage des Romains de basse classe, et particulièrement de l'habitant deTrastevere. Nous avons fait mention du Meo Patacca, surtout à cause de sa popularité; il y a dans ce poème beaucoup d'esprit, et des plaisanteries particulières aux Italiens, la bouffonnerie dePasquin, d'Arlequin et consorts, sorte de gaucherie adroite (si l'on peut s'exprimer ainsi), qui, sans prétendre à l'esprit, excite de grands éclats de rire, et produit le même effet que le vin ou les liqueurs fortes qui échauffent la tête sans nourrir.
5. Le Testament de i' Ahhé Vcccei qui, chose étrange, est prohibé, mais qui passe par traque plus en usage ; les femmes Popolante s'habillent de diverses manières , mais elles ont toutes une chemise plisse'e autour du cou ; celles de Trastevere se vantent d'avoir conservé, avec le plus d'exactitude possible, l'habit des anciennes romaines ; mais leur corsage roide n'appartenait sviremcnt pas au costume antique.
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dilion de bouche en bouche , et dont il reste quelques copies que ion vend secrètement. C'est un testament en vers plaisans, dans lequel l'abbé lègue plusieurs objets supposés à ses amis et parens, ainsi :
Item lascio il pugnale al mio Tutore
Clie lo defendera nell' ore fosche , ''
E con questo ammazzar solea le mosche
Cesare Domiziano Imperatore, Gli lascio un Ferajol di pauno nero
Clie mandato mi fu d' Inghilterra
E se la mente mia forse non erra
Credo 3 che fosse di Martin Lutero.
Due bragiole di più coite , e salate Gli do con libre selte di lombetto E gli sô dir che son di quel porchetto,
Che andava appresso à Sant' Antonio Abbate Gli lascio di pregiutli pieno un* arca
Che dentro il Grego vin fur cotti allessi E gli giuro , che son' de' Porci istessi Che guardù Sisto quinto nella Marca(i].
(i) « Je laisse mou poignard à mon tuteur pour le défendre pendant la nuit ; c'est le même avec lequel l'empereur Donatien tuait des mouches j je lui laisse un manteau de drap noir qui me fut envoyé d'Angleterre : si je ne me trompe . il appartenait à IMartin Luther. Item , deux côtelettes bien cuites et salées. Je lui donne sept livres de -filet de porc, et je peux lui dire que c'est du même cochon qui suivait saint Antoine. Je lui donne enfin une caisse de jambons cuits dans du vin grec , et je peux jurer qu'ils proviennent des mêmes porcs que Sixte v garda dans la Marche. »>
ArPENDTX. 289
L'abbé continue; il lègue un corset, dont les baleines ont été tirées du poisson qui engloutit Jonas; la queue de l'âne de Balaani; le clou avec lequel Joël tua Sisera; une mesure de cendres provenant, en partie, de l'incendie de Rome, sous Néron, et de l'incendie de Troie; et une foule d'autres articles profanes et sacrés. L'énumération qu'il fait des curiosités contenues dans le trésor papal, est la vraie cause de la prohibition de ce petit poëme. Il contient, outre le testament, quelques pétitions au papeet au roi de Portugal; des sonnets, et la fameuse chanson à la louange du cochon, qui est remplie de bons mots sur les sbirrcs, et d'allusions aux contes populaires; ces vers, devenus proverbiaux, sont dans la bouche do tout le monde.
4. Le Margvande , ou la Grande Mer, par i'ahùé Sperandio , est une collection de contes, d'histoires satiriques et do chansons, qui n'a pas été imprimée depuis long-temps.
5. Le pays de Cocagne de Ilossi. L'auteur célèbre dans ce poëme la découverîe de cet heureux pays, où, suivant l'histoire, des petits cochons croissent tout rôtis sur les arbres, et crient : « Venez me manger. » Ce poëme est
au nombre de ceux qu'avoue le Parnasse italien :
Cucagna respondear gK scioglie e il marej Cucagna il cieio , e i venli imbalsamati Di mille odor soavi , e senza pare Che spirando vcniar di tutti i lati, INon d' incenso, di mirta, ovver di costo Ma di Salami, e di braggiole arosto(i).
6. Les Insectes, dans lequel on chante la mouche, \i\ puce et les cousins, est aussi placé au rang des poèmes classiques; mais, étant devenu populaire, ainsi que le dernier dont nous avons parlé , nous avons cru devoir en faire mention ici.
11 en existe encore une foule d'autres, tels que ceux dont nous donnons les titres :
L'histoire plaisante et agréable de latnort et du testament de M. Barbariccia; où l'on voit le legs qu'il fait à différentes personnes du contenu de son vaste cerveau.
Querelle plaisante entre une belle - mère et sa belle- fille
(i) « Cocagne répondait les rochers et la merj Cocagne re'pétait le ciel , et les vents embaumés de mille odeurs suaves et sans pareilles, qui se répandaient de tous côtés et que n'exha- 1 aient point l'encens , la myrrhe, ou des parliuus de prix , mais des viandes salées . des côtelettes et du rôti. »
Bialoffuc où l'on voit les avantageai et ^<'S inconvéniens d avoir une femme.
Dispute agréable, par laquelle on appren d quel est le plus grand tourment de la faim ou de l'amour.
Tous ces poëmcs sont pins remarqiiaMc^s par les bons mots et par la saillie, que par l'esprit qui y r^gne; ils ressemblent aux histoires en prose de Bertoldo et sa famille, qui sont l'équivalent du Petit Chaperon Rouge , ete. Ces contes sont intitulés :
Faits et gestes de Bertoldo , où l'on voit comment un paysan sage et rusé, après phisieurs événemens étranges, devient, grâce à son esprit vif et peu commun, courtisan et conseiller s suivis de son testament et de plusieurs de ses bons mots; viennent ensuite Vi~ qnorance amusante et risihie de Bertoldino, fils du sage et rusé Bertoldo. Ces écrits qui sont de véritables contes de nournce,contienncntde< proverbes et des sentences fort en usage parmi le peuple, et procure le même divertissement que Polichinelle, d'accord en cela avec le génie de l'Italien, qui, bien que généralement grave et pensif, se laisse aller quelquefois aux accès (rnne gaîté enfantine. Les histoires de Bertoldo, d<; son fds et de son pelit-fds Cn-
casenno , Ont été mis en vers , et l'édition poétique a remplacé , chez les gens bien élevés, l'original en prose.
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