‹ Voyage dans les montagnes de RomeChapitre 27 sur 28 · BALLADES LYRIQUES, SACREES ET PROFANES · texte numérisé non relu

BALLADES LYRIQUES, SACREES ET PROFANES

Nous ne donnerons pas d'exemples de chansons populaires adressées à la Vierge ou à Jésus- Christ. Il en est qui sont chantées avec une dévotion sincère par les basses classes à Rome, et qui approchent tellement du ridicule.que des protcstans ne peuvent les écouter avec recueillement. Quelques-unes ont beaucoup de rapport avec les chansons et hymnes que les méthodistes ont imprimées dernièrement en Angleterre, et nous ne voudrions pas mettre dans un plus grand jour que les sectaires ne le font eux-mêmes , le rapport qui existe entre le méthodisme et la superstition.

Le verset suivant qui commence une canzonnettc en l'honneur de Saint-Louis de Gonzague, est d'un genre que l'on ne connaît pas en Angleterre. S'.-Louis de Gonzague , Saint-

Philippe Neri (i) , et Saint-Charles-Borromée, sont les saints favoris des jeunes romaines , et leurs portraits sont tous fort beaux, le caractère de ces trois saints est bien propre à mériter les hommages de la jeunesse et de l'innocence. Indulgens , magnanimes et pieux , ils compatissaient à des faiblesses qu'ils ne partageaient pas , et aimaient les pécheurs , cil leur enseignant à se repentir de leurs fautes.

Luigi Angelico Dal vostro viso Di Paradiso Spira beltà.

A voi la terra Fiori verniigli O rose, o gigli Pari non ha.

(i) On voit dans le jardin du couvent de Saint-Onuphre un clicne , noinaié le Chêne du Tasse. On rapporte que vers la lin de sa vie ce poëte se faisait porter chaque jour au pied de ce chêne j et nous aimons à penser que l'on suspendit aux cyprès qui croissent auprès la couronne qu'il aurait reçue le 16 avril s'il n'était pas mort la veille. Sous ce chêne , il y a un petit théâtre , bâti par saint Phihppe jNeri, Ce saint homme , s'étant aperçu que malgré son éloquence les Romains préféraient une promenade à ses sermons , fit bâtir ce petit théâtre, d'où l'on découvre une superbe vue sur Rome et ses environs. Puis, ayant placé une chaire de manière à ce qu'il tournait le dos à la vue, il y prêcha afin que le peuple pût piofiter a la fois de sa doctrine , se donner la jouissance de la promenade, et se rc'uécr la vue.

2()| APrENDIX.

Macchiato , o guaslo II bel candore Del voslio core Mai si lendi, etc.

Ce morceau fait connaître dans quel esprit sont composées les chansons que l'on adresse aux saints ; elles sont toujours écrites dans des inomens d'enthousiasme, oucherchentà exciter ce mouvement , lorsque la froide raison recule devant quelque mystère de la foi. Cet enlhousiasmc vient à son aide , et lui fait trouver un auxiliaire dans chaque sensation.

Aux chansons ordinaires qui roulent sur tous les sujets auxquels ce genre de poésie peut s'appliquer , il faut ajouter les chants du mois d'octobre et du carnaval. On découvre dans ces derniers , des couplets tirés de la collection de Trionfi , etc., qui datent du temps de Laurent le Magnifique. Les vers de ce grand homme et ceux de Machiavel (i) se retrouvent fréquemment dans une ballade romaine. Les couplets suivans , tirés d'une des chansons Ie$

(i) Voyez la coUeclion intitulée : a Tutti i trionfi , Carri , )i Maschcratc , o caiili Carnasccalcsche Andali per Firenze da^ ». tempo dcl Magnilico Loreuzo de' Mçditi ; fiu ul auuo iSSf) ; y. rcpublished iu 17S0. »

plus communes du carnaval , donneroiil une idée de ce genre.

Si vede il suo principio Il sabato primiero Che guidaci. al sentiero Di bella società.

Un da piacere al'altro Noi tutti in allegria Di ballo , e melodia Godiam félicita.

Oh quante belle maschere Vedonsi uscire a un tratlo Da giardinier, da matto Da marinaro ancor.

E girano pel corso Vestiti più perfetti, Tirando de' confetti Per burla, or per anior.

Ma poitinisce il tutto Con stare in allegria Andando ail osteria A bere ed a mangiar.

Con polli , et con capretto Con pesce e con presciutto Con vino dolce e asciutlo Finite de scialar, etc., etc.

Api ès le carnaval , l'époque des plus grands divertissemens chez les lloînains est le mois

d'odobie ; aussi fouruit-il le sujet de beaucoup de ballades ; une entr'aulres en forme de dialogue commence ainsi :

Uomo. Or che Ottobrc è letornata Sposa mia deletla e bella Vuô , che andiaino in carretella Fuori , e dentro la cittk ?

A testaccio, o Tor di vallc, Là faremjno i maccaroni , Con buouissiini bocconi Lieli noi sarem cola.

Donna. Se non ho l'abbito nuovo Con lin altro cappelletto Sposo mio comme ci metto La campagna a passeggiar Che diran l'altre paine? etc. , etc.

Une autre ballade , dont le refrain est , Fiva Ottohre che spasso ci dà, décrit les amusemens des femmes pendant le mois ; ce petit tnorccau de poésie est plein d'images animées eî pittoresques .accompagnées de traits un peu satiriques.

Les plus jolies d'entre ces chansons , sont celles que chantent dans leurs jardins ou au marché les bouquetières et les marchandes de fruits. La manière dont les fleurs sont assignées à différentes personnes , suivant leur âge , nous rappelait la Perditta de Shakespeare et ses bons mois. Les ballades et quelques romances,

ont un peu de la simplicité et de lu douceur des vers de Mestastasc , et reposent agréablement l'esprit fatigué des contes de brigands. Quelques chansons modernes tels que (es lamentations de Napoléon sur sa chute ^ et le retour du Conscrit ^ sont pleines de sensibilité. Le dernier genre de poèmes dont nous nous occuperons , est une sorte de chant populaire très-court nommé ritorneUa ; ce ne sont que deux ou trois lignes chantées dune manière particulière, et dont on se sert comme de la langue des fleurs dans l'Orient , en particulier lorsqu'on veut converser avec sa maîtresse qu'une mère vigilante tient enfermée. On commence la ritournelle en nommant une fleur , et les vers sont ordinairement une comparaison entre la dam j et les fleurs.

Fiore di Zucca

Avetc nel parlare il inielc in bocca

E i voslri sdegni son' oglio di Lucca , Fiore di Aneto

Quando moro se vado in Paradiso.

Se non il trovo me rctorno iadieto , etc. , clc.

D'autres consistent Seulement en trois lignes sans nommer la fleur :

Sino a Ciipidu iuainora lurosle

Di an^cliclic bellczze pure e tasle

Siele pin bcUu dcl splcuduic cclcstc.

298 APPENWX.

Dovc camini nasce un gicnsulmino Qiiando rairone lui il tuo volto ameno Gli parvi da niirar un vago giardino, etc.

Sans le respect dû à la sainteté du sujet , on pourrait appeler ritornella , les invocations à la Vierge, écrites au-dessous de ses images , ou chantées devant elles. Par exemple :

Oli Maria délia bionda testa

I capelli son filia d'oro

Rimirando quel bel tesoro, Tutti gli Angeli fanno festa.

Ainsi que plusieurs autres nations, les Italiens ont beaucoup de proverbes rimes.

Le buone parole ungano E le inale pungano.

Les bounes paroles adoucissent, et les mauvaises irritent.

Ne fieddo ne gelo Rimare in cielo.

11 ne fait ni chaud ni Iroid dans le ciel.

Dair acque chete nie no guarda Iddio Che dalle correntc me ne guardaro lo.

Que Dieu me garde des eaux dormantes, je me garderai des eaux courantes.

Chi due lepri caccia L'una perde et l'altra lascia.

Il ne faut pas courir deux lièvres a la ibis.

Clii Kiscia li poco pcr havcr i'.iSiai ]Nc l'iino ne l'alUo havra mai.

Qui laisse le peu pour saisir le plus, n'aura ni l'un ni l'autre

Plusieurs proverbes se retrouvent clans tous les pays.

A caval donalo non si guarda in bocca. Me regarde jamais à la bouche un cheval qu'on t'a donne.

Tra la bocca c il bocconc mille cose accadono.

11 peut arriver bien des choses avant que le morceau soit

dans la bouche.

Non sveglia , il can che dorme.

11 ne faut pas réveiller le chat qui dort.

D'autres proverbes tiennent aux mœurs et coutumes du pays où l'on s'en sert, et sont à peine compris ailleurs; par exemple : « Tu sei poco uliie, corne la mula di Baiestraccio. » « Tu es aussi inutile que la muledoBalestraccio, » a besoin d'explication pour un étranger, mais en Italie tout le monde sait que le meunier Baiestraccio, ayantacheté une mule, trouva qu'elle ne voulait porter les sacs que jusqu'à moitié chemin, et qu'alors elle retournait au moulin, d'oii il conclut qu'elle aurait aussi bien fait de ne pas les porter du tout.

« Tu sei più rabbioso del cane di ser Bcrgoio. » « Tu es plus hargneux que le chien

JOO APPENDIX.

de M. Bergolo , r> est encore un de ces proverbes locaux. M. Bergolo était maître d'école à Porta Capuana ; il avait un chien qui tournait la broche, réveillait les écoliers, allait au marché, dansait et rapportait, mais il était si hargneux que personne d'autre que son maître ne pouvait l'approcher. Nous ne pousserons pas plus loin ces exemples de proverbes italiens, n'ayant eu en vue que de montrer leur rapport avec la poésie.

APPENDIX. JOl

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