ROUTE DE TARASP A S -MAURICE
Route de Tarasp à la vallée de St-Carlos. — Engrais végétal. «-> Fermentation plus lente de l'engrais dans les hautes vallées. •— Vallée et hameau de Scarla. — Végétation forestière^ — • Mine. — • Economie rurale. -» Irrigations. » Sommets des montagnes. — Produit des p&turages. •*- Littérature nationale. — Cernetz. — Zutz. — Economie rurale. — Forêts ruinées, «-i Campohasso. -• Au. -» Samaden. •— Culture. «« Utilité de la semence du cimhre. — PÂturage sur le glacier de Rocosecco. — PÂturages occupés par les moutons. — Moutons sauvages.— > Celerina. -i- Eaux minérales de St-Maarice.
Nous quittâmes le vieux château de Tarasp avec des impressions peu agréables. H est probable que quelques siècles plus tôt l'aspect d'un fort autrichien détruit eut éveiUé en nous des sentimens d'une toute autre nature ; mais comme , de nos jours , le salut et la prospérité de notre patrie ne dépendent plus de ruines inutiles , nous pensons qu'une école de charité j un institut quelconque , une fabrique de laine , qui eût eu pour principe l'amélioration même de la matière , seraient sans contredit infiniment plus profitables aux Grisons que ne leur furent
nOUTF. DE T4AASP A s'-MAURICF.. 199
jamais préjudiciables les cliAlcaux tbrts d*ciiiie-i mis extérieurs. Laisser lombcr en ruine des bâtimcns aussi vastes et d*une construction aussi solide , dénote toujours un défaut dlndustric et un manque de vie dans Tétat. Telles étaient les réflexions qui se présentaient à notre esprit tandis que nous traversions la vallée de Scharl ou de S'-Carlos , qui s'élève de llnn dans la direction du sud , du côté de la vallée de Munster et de la frontière du Tyrol.
Nos montures gravissaient une pente où crois*sent de superbes mélèzes dans un sol composé des débris de rochers calcaires ; ce chemin , quoi*^ que rapide , est à la rigueur praticable pour les voitures. Nous apprîmes ici de quelle grande utilité le feuillage du mélèze est à ragriculturc. Râtelés en monceaux , de quatre en quatre ans ^ les débris accumulés de ce feuillage , mêlés de terre végétale , et employés en guise de litière ^ fournissent un excellent engrais ; telle en est Tef* Bcacité, que les épingles de mélèze, même sans aucun mélange, peuvent suppléer à l'engrais animal: c'est ce que prétendent du»moins les hnbitans. Il est bon d'observer cependant que si l'opération d'enlever de dessous les arbres la terre végétale avec les épingles, ne nuit point aux arbres déjà formés , il peut en résulter un préjudice sensible quant à la croissance des jeunes
300 KOUTE DE TARASP
plants et la propagation de la semence , surtout si Ton ne s'en acquitte avec prudence et discernement. Pour se ménager les avantages agricoles que procure l'engrais végétal , et ne point nuire à la végétation forestière , il conviendrait , ce me semble , de diviser les bois de haute futaie en dix portions , dont une seule serait utilisée annuellement de la manière indiquée et au profit de la culture. Ce mode serait avantageux aux vallées dont les prairies , peu productives faute d'engrais , ne donnent pas assez de fourrage pour hiverner une quantité de bétail proportionnée à l'étendue des pâturages d'été, et dont une partie , faute de pouvoir être exploitée, s'arrente à vil prix aux pâtres italiens.
Entre autres propriétés particulières de Tengrais végétal que constituent les rejetons et épingles du pinastre et du mélèze , cet engrais est non-seulement des plus favorables à la culture des pommes de terre ,* mais peut servir aussi à accélérer la croissance du cimbre ,** dont le développement est si tardif, qu'à peine un arbrisseau de cette espèce parA'ient-il , dans l'espace de six années , à la faible hauteur d'un empan. Or, la croissance du cimbre devient doublement ac-
* Voyez pages i6i et suivantes de cet ouvrage.
* * Pinus cimbra.
A S-MÀURICE. 201
tive si Ton en dispose la semence dans un mélange de terre et d'ëpingles de pînastre ou de mélèze , ou bien si l'on en entoure le pied des jeunes plants.* Les épingles de pin forment aussi un bon engrais. A Fégard de ces différens engrais , il est nécessaire d'observer que la fermentation putride des substances végétales est d'autant moins active , que les régions sont plus élevées , en sorte que l'engrais végétal est toujours moins efficace dans les hautes vallées que dans les basses. Dans les montagnes où se trouvent des matières calcaires , on pourrait activer la décomposition de l'engrais végétal en y mêlant de la chaux calcinée ; mais ce procédé , et en général la composition d'engrais factices , paraissent être ignorés des habitans dé l'Engadine.** Dans la vallée de l'Inn , les pentes des monts
* L'autenr est redevable de cette communication a M. Gruber ,' chef de Tadministration spéciale des forêts de Farrondisscment de Berne. On lui doit nombre d'expériences aussi utiles qu'intéressantes^ concernant la culture des arbres exotiques et indigènes.
** Des expériences répétées ont montré qu'une légère addition d'oxide vitriolique accélère singulièrement la fermentation de l'engrais végétal. Il serait d'une grande importance pour les hautes régions de la Suisse, de découvrir des moyens efficaces et peu coûteux d'activer la fermentation putride.
202 ROUTE DB TARÀSF
sîtu<^es au nord , et regardant Test , sont dépouil^ lées en grande partie de leurs forêts, qu'on a transformées en prairies ou pâturages. Cette mesure ayant été nécessitée à cause du besoin de fouirage , on ne saurait en blâmer les habi* tans; mais, d*un autre côté, les traces de dévastation forestière qu'on découvre sur les bords escarpés de rii^n , inspirent des regrets d'autant plus fondés , qu'un sol de cette nature ne peut convenir qu'à la culture des bois. L'extirpation de forêts n'est sans doute qu'un mal relatif, souvent même on en retire de grands avantages; mais aussi est-il constant qu'on ne saurait, sans préjudicier à la prospérité d'un pays , ruiner ou négliger la végétation forestière là où le terroir ne peut être utilisé plus avantageusement.
A partir de Tarasp , et après qu'on a gravi la rampe de la vallée de l'Inn , on pénètre dans le val de Scarla , qui , dans la direction du sud , n'offre qu'un désert affreux , dont l'aspect sauvage et désolé ne cesse que lorsqu'on est parvenu au coude qui tourne à l'est : ici les pentes sont moins escarpées , moins âpres , et , dans la partie de la vallée qui s'aplanit près du hameau de Scarla , le torrent est devenu si paisible , qu'on en utilise les eaux pour l'irrigation des prairies qui en bordent les rives. Plus loin , du côté de Schuls , les pentes des monts , tournées au nord-
A S*-MAURICE. ao3
ouest, sont garnies d'espace en espace de mélèzes , de pins et de pinastres , qu interrompent brusquement de larges bandes de pins de lespèce des Alpes, sans que la nature du sol et des lieux annonce rîen qui puisse expliquer la cause de cette transition subite.
n y a deux siècles que Scarla possédait une mine d'argent et de plomb , dont l'exploitation occasiona sans doute la ruine de la plupart des forêts d'alentour. On remarque encore, à la base de la montagne , des places oii étaient établies les charbonnières , et , à peu de distance de là, de vastes emplacemens entièrement garnis de misérables pins des Alpes. Il paraît qu'autrefois ces pentes étaient couvertes d'arbres de haute futaie , et que ce ne fut qu'après leur coupe que leur succédèrent les pins des Alpes. Parmi ceux qui végètent au-dessus de Scarla, sur la pente de l'est , on remarque des mélèzes et des aunes d'une belle venue. Dans la partie occidentale des Alpes , l'aune ne se mêle pas , comme ici , avec les arbres à épingles , et ne croît pas sur les pentes arides. Nous remarquâmes à Scarla même de très-beaux mélèzes , figurant au milieu du torrent, dans des îlots formés d'amoncellemens de débris de pierres calcaires.
D'après une observation barométrique , Scarla est situé à 5,58o pieds au-dessus du niveau de
2o4 ROUTE DE TARASP
la mer. * Malgré cette grande élévation , la culture des céréales y est plus considérable qu'on n aurait droit de Tattendre; mais l'orge seul y réussit , et souvent même des gelées précoces , soit en août , soit au commencement de septembre , détruisent Tespoir de la moisson. Dans la basse Engadine , comme ici , on cherche à préserver les champs de la gelée en les enveloppant de fumée. Le rapport de l'orge varie de quatre à six. Les champs sont disposés , du côté du levant , près de la lisière des forêts , sur des plans formés en terrasses : ils se fument avec le feuillage d'arbres à épingles , mêlé de terreau. Quant à l'engrais animal qu'on recueiUe dans les pâturages , on l'emploie en partie pour les prairies du fond ; le reste sert à composer cette irrigation grasse dont nous avons déjà parlé.**
Le reste de notre matinée fut employé à gravir la montagne qui se trouve au nord de Scarla. Au sommet fut pratiqué jadis un conduit pour l'exploitation de la mine d'argent. On met une heure et demie pour y arriver ; pendant la mon-
'^ Le 3 1 août , à sept heures du matin , le baromètre indiquait, à Scarla, 22*" 8' 5", le thermomètre 8*" ; et le même jour, à huit heures du matin , à Berne, le premier était à a6° 5' 7" , le second à x3%
** Voyez page 164 de cet outrage.
À S'-*MAURICE. fkoS
lée I nous eûmes occasion de faire maintes observations intéressantes , quant à la consistance des forêts qui occupent ces régions. Les arbres de haute futaie dont l'exploitation de la mine opéra la destruction , sont remplacés par des pins dégénérés qui , dans un laps de plus d'un siècle de croissance , n'ont acquis que la faible dimension de quatre à six pouces de diamètre y et qui , hormis leur taille droite , ne valent pas mieux que les pins des Alpes. On trouve parmi ces pins chétifs des mélèzes d'une meilleure croissance , et souvent d'anciens troncs des uns et des autres , qui ont un à deux pieds de diamètre , et qui prouvent combien la végétation forestière était plus vigoureuse avant la ruine des anciens bois. Le sol est tellement aride , qu'il ne produit d'ailleurs rien que de misérables buissons à'erica , ainsi que \ononis à feuilles rondes , * qui cependant , protégée par les arbres nains ', parvient à un pied , et offre un luxe de végétation d'autant plus étonnant, qu'il se manifeste dans cette plante à plus de six mille pieds d'élé* vation. Rien ne prouve mieux que ce que nous avions sous les yeux, combien il importe, dans les hautes montagnes , de ne pas couper les forêts à ras : c'est ce qui a enlevé à la population
* Ononis rotundœ folia.
ao6 . ROUTE DE TARASP
de Scarla le produit de plus d'un siècle ; et il n*est pas probable même que , dans les siècles à venir , ce sol appauvri recouvre jamais sa fertilité primitive. Quant aux coupes que nécessiteront les travaux de la mine , exploitation qu'on doit reprendre incessamment , nous conseillons d'abattre les bois dans toute la hauteur des rampes , par bandes étroites , et de ménager dans ces bandes mêmes des interruptions de distance en distance ; d'ensemencer le sol dépouillé de graines d'aune , de bouleau , de mélèze ; et de n'abattre les portions qui auront été respectées , qu'au bout de dix à vingt ans ; enfin , de conserver sur pied une certaine quantité de vieux arbres sur les lieux mêmes où se sera opérée la coupe , non pas dans le but de pourvoir par ce moyen à l'ensemencement , mais afin de préserver en partie les jeunes plants et les arbrisseaux de la chaleur du soleil, de la gelée et des vents, dont l'action frappe le sol de stérilité.
Tout occupés de pareiUes considérations , nous atteignîmes le conduit de Tancienne mine d'argent , qu'on appelle conduit de Madulein. Il est situé à 6,5oo pieds* au-dessus de la mer, et ce
"^ Le 3i août y à midi et demi, le baromètre indiquait 22'' o' \" y le thermomètre lo^; et à Berne, dans le même temps, le premier était à 26° 5' 3" , le second à i3**.
A S'-MAURICS. 207
ne fat pas sans étonnement que nous remarquâmes dans les arbres une végëtation très-vigoureuse partout où la coignëe avait épargné l'ancienne forêt. Toutes les hauteurs d'alentour sont couronnées de bois ; cinq cents pieds audessus du point que nous occupions , se montraient encore des cimbres isolés qui , s'élevant avec force et majesté au milieu de pins rampans, paraissent dominer dans cette triste solitude et aux confins même de la mort.
Les pentes des montagnes , situées à Test , sont garnies de bois composés en grande partie de cimbres. Une vaste forêt de cette espèce , qui se trouve en face de Scarla, est frappée depuis long-temps d'interdiction , vu Tabri tutélaire contre les avalanches que lui attribuent les habitans du hameau. Les arbres qui composent cette forêt clair-semée sont d'une bonne croissance , et ne portent aucune trace de l'âpreté de la haute région où ils végètent; mais les intervalles qui existent entre les vieux cimbres sont entièrement dégarnis d'arbrisseaux, soit que la pâtm:e n'y soit pas interdite , soit que l'ombre épaisse nuise à la végétation , ou enfin que le sol ne reçoive pas la semence du cimbre, que les habitans récoltent, et dont ils sont trèsfriands. Pallas témoigne que, dans plusieurs montagnes de la Sibérie qui abondent en forêts
!108 EOUTB DB TA&ÀSP
de cimbres , les indigènes font une récolte ré^ glée de la semence pour en extraire Thuile , dont ils assaisonnent leurs alimens. Cette huUe n étant pas siccative , lés fabricans de savon pourraient l'utiliser avec non moins de succès que rhuile dolive. H est fâcheux qu'en Suisse et chez les Grisons , au. lieu de l'employer de cette manière, la semence du cimbre soit gaspillée partout, et consommée comme pore friandise , sans qu'on ait même la précaution d'en tenir quelque peu en réserve pour l'ensemencement et la propagation de l'espèce,
n régnait dans le hameau et dans la vallée de Scarla une activité inaccoutumée , qu'entretenait la présence d'une cinquantaine d'ouvriers ou de mineurs , occupés à la construction des bâtimens et des fournaises nécessaires à la reprise des travaux de la mine d'argent et de plomb , que l'incurie et l'incapacité des précédens administrateurs avaient fait abandonner depuis nombre d'années. Qu il est satisfaisant ce tableau d'activité et d'industrie dans une vallée confinant à une région où cesse toute espèce de vie , où, pendant neuf mois de l'année, régnent les neiges et les frimas! Le cœur s'épanouit de joie, on est pénétré de reconnaissance envers le sublime dispensateur en songeant que ces lieux, que la nature semble avoir traités avec tant de
rigueur, peuvent , non-seulemenl fournir le simple nécessaire aux habitans , mais procurer même, àThomme industrieux et actif, ce degrë de bien-être qui donne l'indépendance, et permet de perfectionner la nature morale de notre être. Nous formons des vœux pour que de brillans succès couronnent cette entreprise , et récompensent le noble dévouement de Thomme respectable qui s'est relégué volontairement dans ce désert, pour se rendre utile à sa patrie. *
Biche sous le rapport des pâturages, la commune de Scarla n'en peut utiliser qu'une partie. Tablazot, Tun de ces fonds non exploité par les habitans , et dont la consistance permet de nourrir, pendant trois mois , quatre-vingt-dix têtes de gros bétail , et deux cent cinquante à trois cents moutons ou chèvres , est amodié à des pâtres tyroliens en raison de cent deux florins d'empire par an,** fermage qu'on réduit à soixante-dix florins lorsque la commune s'y réserve la pâture du menu bétail. On évalue que , dans le cours de la beUe saison , une vache rapporte à peu près soixante livres de fromage maigre et quarante livres de beurre , en sorte qu'eu admettant vingt livres de lait pour une livre de beurre , le produit
* M. Hitz, landamman de Kloster.
** "Le florin d'empire vaut ao8 centimes de France.
IXO ROUTB DE TARASP
en lait serait de huit cents livres pour quatrevingt-dix jours, ou d'un peu moins de neuf livres par jour. Ce faible rapport , bien au-dessous de celui qu'on obtient dans les vallëes bernoises , doit être une conséquence de la mauvaise nourriture que reçoivent les vaches pendant la mauvaise saison , de la grande élévation des pâturages de Scarla^ et du manque absolu d*éta* blés , inconvénient qui expose le bétail à toutes les intempéries de ces hautes régions. Aussi y la valeur de ces pâturages est si basse , qu'un des riches particuliers de l'endroit nous assura avoir acquis pour quatre louis (une fois payés) le droit illimité de pâture , c'est-à-dire pour tout le bétail qu'il est ou qu'il sera en état d'hiverner, leijuel se compose actuellement de quatre vaches.
La maison rustique que nous occupions à Scarla contenait une collection de livres , qui piqua d'autant plus notre curiosité , que la plupart des œuvres qui en faisaient partie, étaient composées en langue romane. Notre hôte bénévde ayant remarqué que quelques livres allemands et romans , épars dans la salle commune , fixaient notre attention , nous alla quérir du grenier une corbeille entière des derniers , qui tous , d'après l'assurance du propriétaire , consistaient en productions polémiques. Comme nous ne pouvions disposer d'assez de temps pour former un cata-
À S'-MAUEICB. S 1 1
logue complet de ces ouvrages , qui n*ont sans doute d'autre mérite que la .^rareté , nous nous contentâmes de prendre note des intitulés qui nous parurent les plus remarquables , savoir ,
Chror^ica rhetica^ ou tHistoria dal origine^ guerras , alleanzas et auters eçenimaints da nossa chiara Patria , la BJietia , our da dwers Authurs componeda da Notl da Porta^ V. D. M. , etper bain Public a cusst seis fatta siampar da N. Schucan. In Scuol^ anno iji^.
Zardin da tOrmafidela. (Psautier.)
Philomela , quai ais , lauzuns spiritualas sun divers temps et occasiuns. Stampa à Coira , 1797.
Testimonianza dalt amur stupendo da Gesu Christo^ çers pechiaduors umans^ in verso missa da Giovani Frizzoni, Stampa in Cellerina , 1739.
IlNou/TestamaintdanosSegnor Gesu Christo^ tradut in romansh dEngadina bassa. Stampa in Baselj 18 12.
La Religion reformaeda , declaraeda in seis ar^ tichels principaels in un cumpedio da theologia pror tica , da Jacob de Chiasper. Coira , 1807.
La Pratica da Pieta chi intraguida il Christian €0 cKelpossa sinstruir in la tema da Dieu 177 1.
Cient et quater Historias sacras; 1770, etc.
Un coup d'œil rapide sur le reste du contenu
lia ROUTE DE TàAASP
de la corbeille suffit pour nous convaincre que , dans la première moitié du siècle passe , -les œuvres polémiques des ecclésiastiques réformés occupaient presque exclusivement les imprimeries des Grisons. II parait que ce peuple éprouva alors ce que les nations ont éprouvé de nos jours après la longue lutte qu a nécessitée leur indépendance. Une des conséquences de la guerre que la Ligue Grise eut à soutenir contre l'Autriche pour le maintien de sa consistance politique et religieuse , fut sans doute Fépuîsement ou le relâchement des esprits , et cette atonie morale fut encore aggravée par la circonstance que beaucoup de familles passèrent dans les pays conquis et démembrés de lltalie , pour y exercer des charges et des emplois : cette circulation, ces rapports nouveaux, qui ne concernaient que les principales familles , c'est-à-dire la partie la plus éclairée de la nation , durent nécessairement nuire à la propagation des lumières et de la science. Aussi , depuis la paix qui fut conclue avec l'Autriche , jusquen 1779, ^po* que où se manifesta la première tendance à cultiver les lettres , et à laquelle parut un Journal Economique, composé en allemand , on ne peut nommer aucun ouvrage digne d'être cité , et, abstraction faite des Chroniques Rhétiennes, qui furent traduites en langue romane y les ba-
bilans dont celèç) langue forme Tidiome , n eurent , pour nourrir leur esprit pendant le laps de temps que nous venons de signaler, que d'insipides ouvrages Ihéologîques , des livres de prières et des psautiers. Ce n est même que depuis 1812 que la Bible a été traduite et imprimée en ' langue romane. Combien ne serait-il pas désirable pour ce peuple qu'on Uii fît connaître, par des traductions , les Œuvres d*un Zschokke et de ncps meilleurs auteurs nationaux ! C'est dans TEngadine particulièrement, ou les artifices de Borne ne peuvent s'essayer pour étouffer Tenteiidement humain, que de bons ouvrages k la portée du peuple produiraient les meilleurs effets.
On voit, d après l'intitulé de la Chronique Rhétienne de Porta , que ce livre , écrit dans mi bût d'utilité publique , dut être imprimé aux frais de l'auteur: preuve quen 174^9 un ouvrage de ce genre était moins apprécié que les productions polémiques. Il est aussi étrange qu'affligeant que cette tendance de l'esprit semble vouloir se reproduire après un siècle. Cet aliment, spiri/uet dans un seul sens, devait être singulièrement goûté par les montagnards , puisque , dans le siècle passé , il occupait une presse à Célérina , village situé à plus de cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer.
^l4 ROUTE DE TAHÀSP
Comme la langue romane , qui , selon toute apparence , cessera bientôt de figurer dans le répertoire des langues vivantes , n*est pas sans intérêt pour les étymologistes et les antiquaires, et comme on Ta enrichie depuis peu d'un dictionnaire, nous en offrons aux lecteurs un morceau dans la traduction du aS"^ psaume :
Verset