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pareils fonds dans les vallëes les plus fertiles de rOberland bernois. Les hautes prairies , au contraire , ne coûtent , pour une égale quantité de toises , que cinquante , et dans la région moyenne, que soixante et dix livres de Suisse. Cette énorme différence, qui a pour cause le grand éloignement des lieux habités , n'existerait pas sans doute si la population, plus nombreuse, formait des établissemens dans les régions supérieures de la vallée.
Comme Sus est situé à 4)300 pieds au-dessus de la mer , * cette forte élévation ne peut qu'être préjudiciable à la récolte des regains, et restreindre aussi la durée de la pâture d'automne, en sorte que c'est tout au plus si ces produits équivalent au tiers de ce qu'ils sont dans la vallée d'Interlachen. On peut donc admettre , vu cette modification de rapport , qu'à Sus la valeur numéraire des fonds de prairie , quoicpie matériellement égale à peu près à celle de la vallée bernoise , est de fait beaucoup plus éfevée. Ces prix excessifs , que favorise surtout la concurrence des particuliers qui se sont enrichis dans l'étranger , rendent la position des propriétaires non moins onéreuse que dans l'O-
* Le ^9 août, à une heure après midi,- le baromètre t*tait à aS' 8* 7", le thermomètre à i8'.
berland. Dans l'un et laulre pays, les prairies, situées dans la proximité des bourgs et des villages , sont loin de rapporter Tintërêt admissible du fonds capital. On a calculé qu'à Sus , et presque généralement dans le reste de la basse Ëngadine, le meilleur fonds de prairie ne donne que le un pour cent de sa valeur numéraire; mais ce qui améliore pourtant la position des propriétaires , ce sont les pâturages des montagnes dont l'usufruit se rattache à la possession des fonds de prairie. Quant au terrain de labour , une parcelle d'environ trente-cinq à quarante toises carrées, produit net de trentecinq à quarante livres d'orge, s'admodie pour trente kreuzers , monnaie du pays. Cependant la main-d'œuvre est chère , vu le mince rapport des fonds. A Sus, par exemple , les femmes reçoivent, indépendamment de la nourriture, cinq batzen (soixante cent.) de salaire par jour, les hommes sept batzen et demi, mais ce salaire s'augmente suivant la nature des travaux, et va quelquefois jusqu'à deux francs pour les hommes , sans compter le repas du matin , oà le vin n'est pas épargné.
Dans l'Engadine , de même que dans la plus grande partie des vallées de la Ligue Grise, les fonds de terre sont exempts de dîmes et de toutes contributions foncières; mais ces pro-
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priëtës sont presque génëralement grëvëes de ce droit de pâture que nous avons déjà mentionné plus d*une Tois , qui est très*nuisible , et qui n a été aboli que dans un petit nombre de communes dont Sus fait partie. Quant aux pâturages des montagnes, ils appartiennent exclusivement aux communes , dont chaque membre est en droit d*y envoyer tout le bétail qu*il hiverne. Nous avons déjà signalé les inconvéniens de cet usage.*
Les pâturages de Sus sont tellement étendus, que le bétail de la commune n'en occupe qu'une partie : on afferme le reste. L'un de ces pâturages à ferme qui nourrit pendant trois mois seize vaches , dix chevaux , et trois cent cinquante moutons ou chèvres , ce qui équivaut à cent têtes de gros bétail,** se loue à un pâtre bergamasque pour quatre louis et demi seulement. Comparé à TOberland , ce fermage est si modique , que nous croyons devoir entrer dans quelques détails à cet égard.
Le pâturage de Muntais , celui que nous ve-
* Voyez page i54 de cet ouvrage.
* * Pour que cette évaluation ne paraisse pas exagérée , nous observerons que les moutons de Tespèce dont il est question , sont d'une très-forte taille , et pèsent jusqu'à 70 livres.
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nons de Ihentionner et que nous prendrons pour exemple , étant situé à plus de mille pieds au-dessus des plus hauts pâturages bernois , le bétail n'y peut séjourner que trois mois , tandis que dans FOberland , la saison propice à la pâture dure quatre à quatre mois et demi.
On peut admettre aussi que les pâtres étrangers , auxquels s'afferment la plus grande partie des pâturages disponibles , venant d'un pays dont la température est infiniment plus douce , font entrer en diminution de fermage , les pertes présumables en bétail que peut leur occasioner Tâpreté du climat; pertes que le manque absolu d'étables rend d'autant plus probables, qu'il arrive fréquemment que les troupeaux, surpris par les neiges plus ou moins précoces, pâtissent plusieurs jours sans abri et sans nourriture ; les Grisons , peu prévoyans sous ce rapport , ne faisant pas de provisions de fourrage sur les Ueux élevés où pâture le bétail. Mais si ces inconvéniens , qui existent aussi en partie dans le canton de /Berne , doivent contribuer à rabaisser les prix des fermages, ils ne sont pourtant pas de nature à les ravaler comme ils le sont.
Pour donner un exemple sensible de Ténorme différence qui , toute proportion gardée , existe cependant en défaveur de l'Engadine, quand
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on compare les prix des fermages que nous venons de' mentionner , à ceux auxquels ces mêmes fermages sont portes dans FOberland, nous admettrons qu'un pâturage de la vallée bernoise, semblable en tout à celui de Muntais, fût occupé aussi pendant trois mois seulement, par une même espèce et une égale quantité de bétail. Voici quel serait le résultat du calcul que nous allons oilrir :
Daus la haute région de Berne , on paie pour la pâture d'une vache quatre livres de Suisse , pour celle d'un cheval six livres, et pour le menu bétail six kreutzers par tête. D'après cela la rente du pâturage de Muntais devrait être évaluée de cette manière :
Pour 35 o moutons à 6 kreutzers . . . Sa*'""* 5 ''***'
i6 vaches à 4 livres 64
10 chevaux à 6 Kv 6o
A défalquer , pour la différence qui résulte , quant à la durée respective de la pâture , qui est de quatre mois et demi à Berne , et de trois seulement dans TEngadine , différence dont le comport , étant de 2 à 3 , demande la réduction de un tiers : soit 58 5
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Report iiS"'^'
Montant du fermage de Muntais , quatre louis et demi , soit 72
Différence en faveur de TOberland . . 46 **''
Considères des hauteurs qui dominent le bourg, le^ environs dé Sus ne sont pas sans agrémens. On ne saurait les comparer sans doute à ceux des lacs de Luceme , de Brientz . et de Thoun , dont les rives pittoresques abondent en détails charmans : ici les maisons, si blanches , si peu rustiques , paraissent étrangères à cette vallée agreste qu'habite un peuple de pasteurs; mais on se réconcilie peu à peu avec ce manque d'harmonie, en considérant les principales parties de Tensemble. Llnn qui , quoique rapide dans son cours , roiile ses flots inoffensifs à travers la vallée; les teintes variées que présentent les compartimens des champs et des prairies; les montagnes, qui, malgré leur hauteur prodigieuse , s'élèvent en pente douce et gracieusement arrondies , et au delà desquelles brillent des pics couverts de glaces; le contraste agréable qu'offrent la verdure piquante des mélèzes, et la teinte sombre des sapins; enfin les anciennes ruines qui décorent trois jolies collines : tel est le tableau intéressant que présentent ces contrées.
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Si , comme on l'assure , des armes et des médailles romaines ont été trouvées anciennement parmi les ruines des antiques châteaux de Sus , il n'est pas douteux que ces forts n'aient été élevés par les conquérans du monde , après qu'ils eurent vaincu les libres et sauvages habitants de la Rhétie , peuple qui a prouvé plus tard à TAutriche qu il est plus facile de vaincre que de subjuguer une nation qui chérit la liberté. Sus a été le berceau de l'Hérodote des Grisons , de ce fameux Ulrich Campel, qui, en introduisant la réforme dans sa vallée natale , délivra ses compatriotes de la seconde domination romaine, moins sanglante, moins décisive sans doute que celle des anciens empereurs, des Gesslers et des Landenbergs modernes, mais bien plus habiles dans l'art de façonner et d'habituer les peuples à son joug.
En traversant Lavin , nous fûmes frappés à l'aspect d'un somptueux palais dont le propriétaire est un riche confiseur. Ce. bâtiment, dépourvu de goût mais éclatant d'un luxe barbare, figure au milieu de maisons abandonnées qui appartiennent à d'autres émigrés encore absens , et dont les fenêtres brisées, les contrevents pendans, les portes, arrachées des gonds, et rentier délabrement, semblent attester les dévastations de hordes furieuses et ennemies. De
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pareils contrastes , qu'on rencontre souvent chez les Grisons, sont plus que désagréables. On les remarque surtout dans les villages dont les habitans possédés de la manie d*émigrer, abandonnent rhéritage de leurs pères et la belle vallée qui les vit naître, pour se transporter sur un sol étranger, où, renfermés dans Fenceinte des villes, ils se livrent à un genre d'industrie qui peut bien quelquefois leur jwocurer la richesse , mais qui d'ailleurs ^ peu digne d'un peuple composé de pâtres libres , les assujettit à une occupation sédentaire et servile.
Il n'est guère en Europe de ville considérable qui ne compte des Grisons dans le nombre de ses limonadiers , confiseurs , pâtissiers et fabricans de liqueurs. Après avoir passé une partie de leur vie dans l'exercice de quelqu'une de ces professions, et dès qu'ils se croient suffisamment riches, ces émigrés s'en retournent au pays pour y étaler aux yeux de leurs concitoyens les avantages de leur nouvel état : du reste leur patrie les revoit avec un esprit tout aussi peu cultivé que lorsqu'ils en sortirent; mais. ils y rapportent en revanche le vernis extérieur des villes , des mœurs plus ou moins corrompues , le dégoût de la simplicité , et tous les genres de prétentions qui découlent du ridicule orgueil des riches parvenus. On aurait certainement
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tort de ne pas admettre des exceptions : des hommes très-respectables, et auxquels ce tableau ne convient nullement, figurent sans contredit dans le nombre des Grisons qui ont émigré et fait fortune; mais il est de fait que la plus grande partie est peu digne d'une opulence qui ne contribue ni au perfectionnement moral des individus , ni à aucun but d'utilité publique. Il n'est pas moins vrai qu'une foule de ces émigrans qui courent après la fortune , ou ne reviennent jamais dans le pays , ou n'y reparaissent pour la plupart que plus pauvres, plus corrompus , et moins capables de se livrer aux travaux de la campagne , qu'à l'époque où ils s'aventurèrent dans les pays étrangers.
C'est un fait notoire et avéré , que la population de ces vallées décroît sans cesse par suite de l'émigration. Vers la fin du seizième siècle, la basse Engadine , depuis Pontalto jusqu'à Finstermiinz , \>ossédait une population de 7,5oohabitans, qui, dans l'espace de deux siècles, a snbi une diminution de près de 2,000 âmes.* Le haut bailliage d'Interlachen , dont la superficie est moindre de moitié que celle de la basse
* La première évaluation est tirée des données approximatives de Campel , et celle de la population actuelle^ de rouvrage intitulé y Der neue Sommier, I^ 35 4.
l86 PASSAGE DE LA FLUCLA
Engadine j compte le doaUe de la population qui existe dans cette dernière. On peut opposer à la vérité que Félévation moyenne de la grande vallée de ITnn est de ^€h>o jneds au-dessus de la mer, tandis que celle dlnterlachen n'est que de 2,000 pieds ; mab les avantages qui résidtent de cette dernière situation , compensent à peine la perte de trois lieues carrées , qu on peut faire entrer hardiment en déduction de compte , comme absolument impropres à la culture ; et , en effet , les mcHitagnes du haut bailliage dlnterlacben sont tellement escarpées et rocailleù* ses , les terres arables des vallées latérales de Lauterbrunnen et de Lutscben sont tellement rétrécies, que les facultés productives de la grande vallée de ITnn , malgré le surcroit d'élévation , sont pour le moins équivalentes à celles dlnterlacben. Cette partie des Grisons pourrait, en conséquence , nourrir une double quantité d*habitans, d autant plus que le voisinage de l'Italie , les passages ouverts , la grande route qui traverse la vallée de llnn , et qui communique avec le Tjrol , l'exemption presque totale d'impôts , procurent à TEngadine de nombreux avantages que les vallées bernoises ne possèdent qu'à un moindre degré , ou dont elles sont totalement privées.
U est aussi étrange que fâcheux que l'indus-
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trie externe de ce peuple de pâtres se réduise presque exclusivement à la fabrication de friandises. De retour dans sa vallée , l*Engadinais ne sait que confectionner des gâteaux ou fabriquer des liqueurs fortes , sans avoir acquis dans l'étranger aucune des connaissances qui eussent pu faire fleurir l'industrie naturelle de son pays. Les maçons , les serruriers , les charpentiers , sont tous étrangers , et d'ordinaire peu habiles , parce qu'ils ne redoutent pas la concurrence des indigènes , qui méprisent ces métiers. Ce pays , où les bestiaux abondent, étant entièrement dépourvu de tanneries , on exporte les peaux crues , tandis qu'on importe les cuirs. H est certain que si , au lieu de ne s'appliquer qu'à la fabrication de sucreries , les habitans se livraient à l'exercice de métiers utiles , s'ils cherchaient à améliorer l'espèce des bestiaux , et à perfectionner leur économie rurale en général; il est certain , dis-je , que les ressources qu'offrent cette belle vallée , suffiraient pour nourrir une population doublement nbmbreuse et fortunée.
L'industrie que professent les Grisons, qui paraît si peu analogue à leur position locale , et qu'on peut considérer comme anti-nationale , offre cependant , dans ses résultats , une leçon importante aux pays de la Suisse qu'accable une population surabondante , et dont les habitans ,
ne voyant point de terme à la misère d<mt son accroissement progressif les menace, ne savent comment y porter remède. jSi les friandises que débite le confiseur grison lui procurent une existence honnête , et souvent même la richesse , à combien |dus forte raison ne doit-on pas espérer que d'habiles menuisiers , charpentiers , maçons , tonneliers, fruitiers, économes, etc. trcmvent également moyen de se tirer d'affaire dans l'étranger, tandis qu'une expatriation nécessaire allégerait leur pays natal? Cette question est de nature à faire reconnaître, non-seulement et Timportance quon doit attacher à Téducation populaire , et la direction qu'il convient xle lui donner ; mais elle sert aussi à prouver combien est excellent l'esprit qui a présidé à ï^a. fondation de l'institut de charité de Hofwyl.
De Sus à Lavin , on remarque sur les bords de la route une quantité de voûtes en pierre, tonstruites dans le but de préserver les voyageurs des dangers auxquels les expose la chute des avalanches. Cette mesure de précaution , dictée par l'humanité , fait d'autant plus d'honneur au caractère national , qu'il n existe rien de pareil dans aucune des vallées de la Suisse que nous avons parcourues , si ce n est pourtant dans la vallée de Fermel , située dans la haute région du canton de Berne.
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Puisqu*il est question d'avalanches , nous albns faire connaître de quelle manière les habitans de la vallée de S*-Antoine * préservent leurs maisons de ces masses destructives. On élève des pyramides, disposées comme celles de Davos ,•* mais formées simplement de neige ; Tangle aigu de l'extrémité supérieure se compose d'une poutre façonnée en tranchant; et l'on verse sur cette masse devneige de l'eau , qui , une fois congelée , lui donne beaucoup de solidité. Lorsque le temps du danger est passé, on active le dégel en saupoudrant de terre noire ou de poudre de charbon le côté qui est exposé au soleil; et, pom* empêcher qu'à la fonte de la neige l'eau ne détériore k bâtiment , on l'en détourne au moyen • d'un talus disposé près des murs.
Le tiers de la population mâle de Garda est en état d'émigration, pour faire valoir à tout hasard, dans l'étranger, l'art du confiseur et du distillateur. Quantité de maisons, dont le délabrement atteste l'abandon , impriment à ce village, d'ailleurs agréablement situé, un aspect sombre et mélancolique. En 1780 , la population , repartie dans quatre-vingt-treize maisons spacieuses , se composait de trois cent quatre per-
* Elle est située dans le Prettigau.
** Voyez page i55 de cet ouvrage.
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sonnes des deux sexes , dont cent quarante mâles , tandis qu*actuellement on ne compte , pour terme moyen ,. que deux personnes par feu.
Les habitans de Garda ne se sont jamais avisés encore de planter des arbres fruitiers , pas même des cerisiers. Il en est de même dans la vallëe basse , quoique ces arbres ne pussent manquer d'y réussir dans les lieux abrités contre le vent du nord. Mais la crainte des dégâts, qu*il serait difficile de prévenir, décourage les planteurs. A une aussi grande élévation, la belle apparence des champs prouve combien les forêts protectrices et les parois des montagnes sont favorables à la végétation. Protégés contre les vents glacés du nord-ouest , les coteaux qui environnent le village produisent du lin , et même du chanvre , ainsi que de Torge , de Tavoine et du seigle , qui se sème dans le commencement de septembre; nous trouvâmes l'avoine en parfaite maturité ; * il est vrai que la pente regarde le sud , situation qui contribue toujours à accélérer la maturité des semences. Mais , ce qui offre une preuve frappante combien , dans certains endroits , les monts rhétiens remportent , quant à la végétation , sur ceux de la haute région de Berne , c'est la comparaison entre Garda et Miirren , le sol de
* Le 29 d'août.
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ce dernier village , situé comme Tâutre sur la pente d'une montagne , ne produisant ni chanvre, ni pommes de terre , ni orge.
La pluie nous retint toute la matinée à Garda. Dans l'après-midi , le temps s'étant mis au beau , nous nous hâtâmes de jouir de l'aspect que nous offraient les cimes altières des monts, et le fond de la vaste vallée que parcourt Tlnn , et qu'obscurcissent en partie les forêts qui l'ombragent. Au delà du vieux château de Tarasp , du côté du Piz- Pizoc et de la chaîne du Miinsterthal , on découvre une montagne calcaire , dont les profondes fêlures dénotent une décrépitude bien plus fortement prononcée que celle qu'on remarque sur les flancs de la Fluela ou des autres montagnes de la haute Engadine , formées les unes et les autres de hornblende schisteuse et de gneis. On peut admettre en général que les torrens des montagnes composées d'argile schisteuse ou matières calcaires , sont toujours plus dangereux aux contrées qui en sont voisines , que ceux que produisent les montagnes primordiales.
D'excellentes eaux minérales , qu'on trouve dans les environs de Schuls , et dont les sources sont plus abondantes peut-être que celles de S%4 Maurice , se perdent sans être presque utilisées. Il en est de même des riches sources de Tarasp , qui s'écoulent dans l'Inn sans autre emploi que
192 pàS5ag£ de hX nXEUi
de servir, dans certaines affections da bas-ven'* tre , au soabgeaient de quelques campagnards. S'il est vrai , comme on le prétend , que le sel neutre qui est oMnbiné avec ces eaux le soit aussi avec du sel commun , peut-être pourraiton en extraire ce dernier, et étendre ce genre d'exploitation sur d*autres sources de même nature , comme celle de Fettan ,parexemple.Queb précieux avantages pourrait retirer la basse En* gadine de cette profusion d'eaux minérales! 11 n*est pas douteux que si Ton formait des établi»semens convenables là ou il en existe, les bains en seraient très-firéquentés, et particulièrement ceux qu'on établirait à Schuls.
 notre entrée dans ce bourg , de très-belle apparence , nous nous arrêtâmes près d'une grande maison de pierre qu'on était en train de construire , et dont toutes les embrasures , portes et fenêtres , se composaient de pur granit. Parmi les manœuvres, il en était un dont Textérieur noble, quoique simple, nous frappa; il était occupé à façonner un bloc de pierre. A no* tre grand étonnement , Tune des personnes de notre société , Tayant examiné avec une attention marquée , 1 accosta , et Tembrassa avec de vives démonstrations de joie. Cet ouvrier n'était rien moins que le landamman et le plus riche particulier de Tendroit , qui ne trouvait pas qu'il
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(àt au-<lies9ous de sa dignité de coopérer de ses mains à Tédificcitiou de la superbe demeure qu'il ambitionnait. Cette simplicité vraiment suisse BOUS rappela les mœurs du bon vieux temps , et quoiqu'elle fût accompagnée d'un certain prestige de luxe , ce luxe ne nous parut nullement dangereux, bien persuadés que nous sommes que tout citoyen qui sait en acquérir la jouissance de cette manière , est incapable d'oublier la patrie pour lui préférer le clinquant étranger. A Schuls, ainsi que dans plusieurs autres contrées de la basse Engadine , l'irrigation est un objet auquel on apporte autant de soin que d'industrie. Ici , l'eau est amenée de trois lieues de distance , et conduite à travers les prairies de manière que les propriétaires puissent l'utiliser à tour de rôle , soit de jour ou de nuit , et pendant un espace de temps déterminé. Des gardes veillent à l'exécution des règlemens adoptés à cet égard , et les contrevenans sont condamnés à une amende proportionnée au délit. On tolère les chèvres dans les prairies particulières jusqu'au 25 avril; les terres cultivées sont exemptes * de cette charge pernicieuse , et tout membre de la commune est en même temps autorisé à en-. * tamer , pour la culture , telle portion de fonds de prairie qu'il est susceptible de pourvoir d'engrais. Chacun a aussi le droit d'entretenir un
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nombre iffîmité île cbèrres; mais mi règlement communal bamiil ces animaux des forêts. Pour en diminuer le nombre, on avait établi un impdt lie quatre batzen par tête; mais les juntes des pamrres decinrcnt si |MieaBantes, qu'on fut obligé de se départir de cette nMsure.
Chaque année, fl se détache an printemps une forte aralanche de la montagne de Slotta on tle NaDuns, qui s'élere annlessus de Schuls; ces ébonlemens périodiques eussent été sans doute depuis long-temps funestes à cet endroit, si les hahitans n'araent imaginé un moyen ingénieux pour en neutraliser les effets. Ds ont creusé , au pied de la montagne, des fosses vastes et profondes , ou une portion de la neige qui compose Fénorme masse, riolenunent comprimée , prend pied, et en arrête la rotation. Cependant ce moyen n*est pas exclusivement rec€»nmandahle ; car il se pourrait que , dans d'autres endroits, la nature du sol ou la ^tuation locale fût j trile, que les fosses mêmes produisissent des ébonlemens de terre non moins terribles que les avalanches.
Après quon a passé le pont, on remarque, sur la route qui conduit de Schuls à Tarasp, beaucoup de monticules , composés de décombres de roches calcaires , sur lesquels le mélèze réussit parfaitement. L'extérieur formidable du f
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château fort de Tarasp excita notre curiosité , et nous détermina à en visiter Tenceinte. Du haut des créneaux élevés , nous jouîmes de la vue des pics resplendissans qui se dessinent au-des- , sus des chaînes du Piz-Pizoc et du Pîz-Lînard , dont les premières se présentent au sud , les secondes au nord. Ainsi que les murailles , les tours du château sont intactes ; mais le corps de logis , quoique encore pourvu d'un toit, offre partout les signes de l'abandon et de la décadence. Dans rintérieur , les portes , ainsi que les fenêtres, sont brisées ou enlevées, les gonds arrachés ; tous les objets en métal ont été pillés , et Ton n*a pas même épargné les poêles , dont [ es décombres sont épars sur le plancher. Nous n'y trouvâmes ni vitraux peints , ni sculpture , ni tableaux , ni aucun monument historique.
Les profondes citernes menacent ruine , et la chapelle , située au pied de Péminence sur laquelle le château est assis ; la chapelle même , quoique dans la proximité d'un village composé de zélés catholiques , n'offre que poussière et pourriture , tandis que tous les signes de la dégradation entourent les images des saints oubliés. Du reste, les appartemens de ce château, où des princes résidaient autrefois,* portent
* Jusqu'à la paix de Lunéville^ le château de Tarasp appartenait au prince de Dîetricbstein.
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Tempreinte d'une grande simplicité : car telles étaient , il J. a trois siècles , les mœurs qui caractérisaient la haute noblesse des Alpes , à l'époque même de sa plus grande prépondérance.
Boisées en bois de cimbre , qui , actuellement encore , compose le plus riche ornement intérieur des habitations de l'Engadine , les salles et la plupart des chambres du vieux château de Tarasp possèdent toujours le parfum suave qui est particulier à ce bois , et qui n a pas cessé de s*en exhaler. Il est aussi surprenant qu*inexpli-> cable , que la substance qui constitue le parfum du cimbre , ait la faculté de s'évaporer pendant des centaines d'années , sans que le poids de cette espèce de bois en subisse aucune diminution.
Quoique les forteresses de Tarasp et de Razun* figurassent naguère encore, comme attributs de l'Autriche , dans le sein même des Grisons , nous ne pensons pas que ce soit de ce côté que l'indépendance de la république ait jamais couru les plus grands dangers. Lorsque les forteresses de Huningen , de Tarasp et de Razun étaient à craindre , il eût été toujours plus facile aux Suisses de les réduire , qu'il l'est de résister aux menées tortueuses de la politique, de ce
* Elle est située à Tembouchure de la vallée de Domlesch ( DomleschgerthaL )
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pouvoir occulte et formidable qui», sans avoir besoin de s'ëtayer d'une force armée , étend , dans le sein même de la paix , sa domination sur les états. Les républiques constituées en fédération ont-elles jamais su résister à cette influence?
Tarasp , Tunique viUage de TEngadine attachiî aux dogmes de Rome , se présente sous un aspect sale , négligé et misérable. Comme les habitans en sont moins portés à s'expatrier que les réformés , la|population y est comparativement plus nombreuse que dans tout autre endroit de l'Engadine ; elle ne se compose pourtant que de ^ trois cents âmes sur quatre-vingts maisons , ou d'un peu moins de quatre personnes par feu , tandis qu'elle est portée à plus de six dans la haute région de Berne. Je ne sache pas qu'il existe de charrues plus simples que celles dont on se sert dans ce village. Pour s'en former une idée , qu'on se représente un palonnîer pour l'attelage , avec un timon prolongé en arrière en forme de pioche , et muni d'une pointe de fer , le tout surmonté d'un manche ou ret : telle est au total la disposition de cet instrument aratoire aussi grossier que bizarre , dont l'invention ^ qui paraît devoir être très-ancienne , remonte peutêtre au temps des premiers RhétienSi.