‹ Voyage dans les petits cantons et dans les Alpes rhétiennes, trChapitre 21 sur 45 · Spendra, o Segner! Israël da tuottas sias · texte numérisé non relu

Spendra, o Segner! Israël da tuottas sias

tribulaziuns.

Cernetz , l'un des plus forts villages des Grisons , offre un exemple frappant de l'extrême pr'éjudice qui résulte d'un excès d'émigration aussi bien que d'une économie rurale vicieuse ou négligée. Sur quatre cents habitans qui composaient sa population , on en compte cent qui ont abandonné leurs loyers , et dont les maisons tombent en ruines. La grande richesse , en pâ-tarages et en forêts , que possède cette commune , n'a pu ni la rendre plus florissante , ni

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modifier la manie â'émigrer qui règne parmi les habitans. Les vieillards assurent qu on y entretenait autrefois six cents vaches , nombre qui se trouve maintenant réduit à moins de moitié. Les forêts , qui figuraient comme les plus belles et les plus étendues de toutes les communes de TEngadine, ont été cédées en grande partie à des entrepreneurs tyroliens , et abattues pour l'exploitation de la saunerie de Hall. Du bois quont produit les coupes , la commune n'a retiré que huit à dix kreuizers par corde. Si ^ au lieu de sacrifier ces forêts , on avait songé à en utiliser le feuillage comme litière , il est certain que Taugmentation d'engrais qui en serait résultée , eût pu procurer aux habitans de Cernetz uiie masse d'avantages tels que Tâmélioration des prairies , la propagation des bestiaux , et en définitif Texploitation , bien plus profitable ^ des hauts pâturages. La faible population , la cherté de la main d'oeuvre , en rapport avec le peu de valeur des fonds , telles sont les causes les plus apparentes de la décadence de l'économie rurale , qu'on remarque dans la commune de Cernetz.

Sur dix pâturages^ qu'il possède , ce viUage n'en peut exploiter que cinq ; on afferme les autres à bas prix. Celui de Buft'arola , par exem^ pie, qui nourrit cent vaches pendant dix à onze

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semaines y est amodié pour 348 florins , monnaie du pays.

Quoique élevée de 444^ pieds* au-dessus de la mer , la région où est situé Cernetz produit encore du seigle. On le sème dès le printemps avec Forge de mars ; on le fauche après la moisson de ce dernier produit , et on ne lé récolte que Tannée suivante , et en même temps que Forge ; on alterne quelquefois , et , au lieu d*orge y on sème des pois , qu*on fauche à la fleuraison , de même que le seigle. Ce n*est que depuis la disette de 1817 qu'on s*est avisé de planter des pommes de terre : elles viennent bien. La cul-* tare du chanvre donne aussi d'assez bon» résultats , tandis que le lin , moins délicat , et plus sus^ ceptible de résister au froid , ne se cultive point à Cernetz. On n*a pas encore essayé d'y planter des arbres fruitiers. On fume les champs à céréales avec Fengrais que donne la litière forestière. Quant à la valeur numéraire des fonds , le terrain situé dans la proximité du village^ coûte quarante kreutzers la toise carrée de six

* Le i^' septembre^ à midi, le baromètre indiquait, à Cernetz, aS** 7' 3" , le thermomètre 9"; et à Berne, dans le même temps, le premier était à 26" 5' 1'% le second à l3^ L'ouvrage intitulé der neue Sammler, accuse /|,48S pieds f c'est-à-dire du point où se trouve le pont de rinn.

pieds , et plus haut , sur la pente de la montagne j six batzen seulement.

Soit à Cernetz , soit dans le reste de TEngadine , les pentes des monts qui regardent le sud ^ sont moins rapides et plus propres à la culture , que celles qui leur sont opposées. Du côte de Zutz cependant, lorsqu'on remonte ITnn, la vallëe se présente sous un aspect de plus en plus sauvage, et les lisières des forêts sont plus rapprochées des bords de la rivière; au rétrécissement par ou les eaux se frayèrent jadis un passage , succèdent alternativement des espaces qui formaient sans doute le lit de l'immense lac de la vallée de Tlnn ; les formes ondoyantes du terroir , qui s'élève des bords de la rivière jusqu'aux lisières des bois , attestent l'action de l'élément liquide et mobile. Ces pentes , jusqu'à Zutz , sont occupées par des champs couverts d'orge et d'avoine, dont la belle apparence a de quoi surprendre , vu la grande élévation des lieux ; le chanvre y croît aussi , mais il est chétîf ; et nous filmes surpris qu'on ne lui substituât pas le lin , qui réussit plus haut encore , sur les rives du lac de Sils. Près de Breil , les mélèzes se sont domiciliés dans la vallée , et bordent la route ; nous en remarquâmes plusieurs d'un diamètre de trois pieds , ce qui nous confirma ce que nou$ avions déjà observé à Scarla , c'est-à-dire que cet

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arbre réussit parfaitement dans un soi compose de débris de rochers calcaires.

Naus n arrivâmes à Zutz qua la nuit , et comme nous dûmes en partir de grand matin , nous ne pûmes ni consacrer notre attention à ce bourg , qui nous parut très-beau^ ni visiter les ruines du château des Plantas, famille dont FE»gadine composait jadis le fief héréditaire. Nous fûmes redevables des données suivantes à notre hôte, aussi complaisant que bien instruit.' •

Non moins riche en pâturages que la plupart des communes de l'Engadine , ce bourg en possède sept, qu'occupait son propre bétail jusqu'en 1773; mais comme depuis lors la population, aussi bien que le nombre des troupeaux , a été en décroissant , la coriimune n*en exploite main^ tenant que cinq , et afferme les deux autres à des prix modiques. Celui de Beuda , par. exemple, qui nourrit trente vaches pendant dix semaines, ne rapporte que soixante-deux florins , monnaie du pays.

Quoique plus élevé que Cernetz , le bourg de Zutz l'emporte sur ce dernier , quant à la valeur des fonds , la quantité de riches particuliers que possèdjî cette commune donnant sans doute une plus grande lutilude à la concurrence. Dans la proximité du bourg , le lerrain de première qualité vaut quinze • batzen de Berne la toise ,

c'est-à-dire trente-sîx pieds carres ; * et plus haut , dans la région des pâturages , un morceau de prairie de dix à treize quintaux de rapport , se vend cent dix-huit livres de Suisse, Il est remarquable quà 5,3oo pieds de hauteur, ** le prix des prairies basses égale presque celui des meilleurs fonds de la vallée tempérée dlnterlachen , tandis que , dans la région des pâturages , il leur est inférieur de plus d'un tiers, A Zutz , le salaire des journaliers , indépendamment de la nourriture , est de six à neuf batzen du pays , suivant la saison ou la nature des travaux.

Après qu'on a dépassé ce bourg , la vallée se rétrécit et devient plus sombre. Près de Maduleîn et de Campobasso , les ruines solitaires d'un castcl féodal rappellent la fin tragique d'un tyran qui l'habitait, et qui, semblable au Làmmer^ geier ^*^^ dont l'aire repose sur les rochers les plus inaccessibles , dominait dans ce lieu sau-

* Ce qui équivaut à 5oo livres de Suisse, ou 760 francs, pour un fonds de prairie de onze à quinze quintaux de rapport.

'^'^ Le 2 septembre, à six heures du matin, le baromètre indiquait, à Zutz, 23^ o' çj* , et le thermomètre 6°, en plein air; et à Berne, dans le même temps, le premier 26° 5' 8", le second iV.

***. Grand vautour des Alpes.

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vage. Ce tyran périt sous les coups d*Adain de Camogask , père d'une belle villageoise , qu'il voulut rendre victime de sa brutalité. L'attentat d'un despote qui se croyait tout permis , que Toisiveté, doublement accablante dans une telle solitude , portait à rechercher toutes les jouissances qui se trouvaient à sa portée , est moins fait pour surprendre que l'action des pâtres , qui sacrifièrent l'oppresseur puissant à l'innocence menacée. Ces pâtres étaient pauvres ; mais ils étaient aussi vertueux que remplis d'honneur et de courage. Ce furent sans doute des sentimens de cette nature qui caractérisaient ce que nous appelons l'âge d'or.

Les ruines de la forteresse de GardovaH , et , près de Capello , une église qui tombe aussi en ruines , sont des objets peu propres à dissiper le sentiment de mélancolie qu'engendre cette contrée ; mais Tâme se sent soulagée à l'aspect de la plaine verdoyante qui s'étend du côté de Bevers , et qui se présente subitement. Arrivés dans la plaine d'Au , nous nous arrêtâmes quelques instans dans la belle hôtellerie qui se présente solitairement à peu de distance du bourg de Samaden et des bains de S*-Maurice. L'hôte, homme aimable et civil , ne néglige rien pour rendre sa maison agréable. Une boiserie complète en bois de cimbre , exhalant son agréable

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parfum y compose Tunique , mais prëcieux ornement d*une salle spacieuse , qui est dédiée à Therpsicore. Ici , une planche de bois de cimbre de seize pouces de largeur sur douze pieds de longueur , ne coûte pas moins de un florin (un franc soixante -quinze centimes), et la cherté de ce bois ne peut qu'augmenter , vu la grande consommation qu'on en fait pour en décorer les appartemens , et le peu de soin qu'on apporte à sa reproduction. Le fruit du cimbre , ici comme ailleurs, est un objet de friandise pour les habitans ; ils en consomment en quantité , surtout dans les réunions qui ont lieu en hiver ; dans ces occasions , le beau sexe , habile à extraire le pépin , y développe une vivacité , une adresse, dont Técureuil même pourrait se glorifier. Les appartemens , lambnssés en bois de cimbre, sont respectés. des punaises et des teignes ; c'est ce que nous confirma notre hôte. Cette propriété , qui est sans doute dûment appréciée par les aimables habitantes de l'Engadine, devrait les engager à employer leur influence pour qu'on donnât des soins à la propagation de cet arbre utile , dont l'espèce devient de jour en jour plus rare.

Quoique située à 5,270 pieds* au-dessus de la

* he^ septembre, à dix heures du matin , le baromètre

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mer, la vallëe d'Au admet diverses espèces de culture. Le potager de Thôtellerie offrait des carottes, des choux-fleurs, des raves d'une bonne croissance , des choux blancs faiblement pommés ; mais on n'y plante point de pommes de terre , production qui réussit pourtant à Zutz , quand les années sont favorables. On nous a assuré que le seigle qu'on a essayé de semer dans le commencement de septembre , a réussi déjà plusieurs fois. Si cette vallée l'emporte peut-être sur celle de Zutz sous le rapport de la végétation, il est probable que cela tient à la projection de l'ombre des montagnes , qui occupe , dans cette dernière , une plus grande étendue de terrain. Cette circonstance doit influer sur la force végétative , dont le degré d'eflicacité ne dépend pas toujours de la hauteur absolue des lieux. C'est ainsi que , dans la vallée de Davos , les produits agricoles réussissent dans des lieux infiniment plus élevés que dans les vallées bernoises , parce que celles-ci sont plus profondes. Dans la vallée de l'Inn , on cultive encore avec succès l'orge et le lin , soit à Campfer , soit sur le plan de Silva , qui sont situés à plus de

éiaît à 23° i' 7", et le thermomètre à 1 lo. Le même jouTi à huit heures du matin , le baromètre était ^ à Berne, à a6o 5' 8".

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5,4oo pieds au-dessus du niveau de la mer, tandis que ces céréales ne croissent plus à Laret, commune la plus élevée de la vallée de Davos , mais qui ne compte que 499^0 pieds. Cependant ces deux vallées sont à peu près parallèles , et paraissent circonscrites par des monts d'une hauteur égale ; elles sont abritées Tune et Tautre contre le vent du nord-est; et leur sol, où domine le calcaire , est de même nature ; mais , dans la vallée de l'Inn , les vents chauds dltalie ne sont interceptés que par une seule chaîne de montagnes , au lieu qull s'en trouve , non-seulement deux entre l'Italie et la vallée de Davos , mais qu'en même temps celle-ci, moins large que la première , tire aussi moins de chaleur du soleiL Telles sont les causes qui expliquent sans doute la différence qu'on remarque dans la végétation de ces deux vallées.

Rarmi lés arbres feuillus , et non à épingles , qui croissent sur la rampe de la montagne exposée au soleil levant , le tremble est l'espèce qui végète le mieux. L'aune , qu'on trouve dans les îles que formé Tlnn, croît aussi dans les Alpes occidentales et le long des torrens des vallées. Quant au bouleau , qui réussirait sans doute'dans la haute Engadine , nous n'en aperçûmes point f mais , en revanche , le cimbre se montre encore à plus de quinze cents pieds au-dessus des rives

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de rinn, qu'on peut évaluer elles-mêmes à cinq mille ou cinq mille quatre cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Parmi les arbres qui croissent avec le cimbre , les plus abondans sont le pinastre et le mélèze.

A Bevers , un événement des plus tristes venait de plonger toute la contrée dans le deuil. Un père de famille chéri et considéré , le capitaine Schukan , avait disparu subitement de chez lui, depuis quinze jours, sans quon eût pu obtenir le moindre renseignement sur son compte.

On sait seulement que dans la soirée d'où date son absence , il avait quitté sa famille en manifestant rintention de se rendre à la montagne. Le caractère du capitaine , le bonheur domestique dont il jouissait , ne permettant pas de douter qu'il n'ait été victime de quelque accident, on s'est ressouvenu qu'à une époque très-antérieure, deux autres personnes avaient disparu de la même manière, et l'on présume avoir acqub l'aifreuse certitude que ces infortunés auront péri sous la dent meurtrière des chiens féroces que tiennent les pâtres bergamasques, qui amodient une partie des pâturages. On présume aussi que ces pâtres auront trouvé et enseveli secrètement les cadavres.

A Samaden , nous jouîmes , chez M' le docteur Wettstein, de cette hospitalité cordiale, de cet

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accueil gracieux qu'on n'oublie jamais. Comme la célërité entrait pour beaucoup dans le plan de notre voyage , nous regrettâmes de ne pouvoir consacrer un plus long loisir aux charmes d'une société que la conversation instructive de M. le landamman Gaudence de Planta rendait aussi des plus intéressantes.

L'aspect extérieur de ce bourg dénote une grande mesure de bien-être; mais, habitués à l'étalage fastueux qui règne dans les appartemens des citadins de la Suisse occidentale , nous fûmes frappés de la grande simplicité qu'offre ici l'intérieur des maisons mêmes des plus riches particuliers : cependant cette simplicité ne nous parut rien moins que désagréable. Au contraire , nous sommes convaincus que le luxe toujours croissant qui s'introduit dans nos contrées, doit avoir pour conséquence immanquable la ruine économique des familles les plus distinguées sous le rapport de la naissance et des lumières 5 malgré les ressources que peuvent leur offrir tôt ou tard la patrie et l'étranger , à moins que , par un heureux retour , on n'en revienne à 'ce système de simplicité qui caractérise les Iiabitans de Samaden. Ici , dans la superbe maison du plus riche particulier de l'endroit, dont la noblesse remonte aux temps les plus reculés , nous cherchâmes vainement à découvrir le plus

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mince canapé , ou tout autre meuble du genre de ceux dont la riche paysanne de TEmmenthal oi: la petite bourgeoise de nos cités ne saurait "Si passer.

Les chroniques communales de Samaden men tionnent une députation , qui fut envoyée , il y fi deux cents ans , à la ville commerçante de S'- Gall , pour y négocier un emprunt de deux cents florins, tandis que maintenant la fortune réunie des riches particuliers de ce bourg , qui ne compte que cinq cents habitans , et qui est situé à 5,3oo pieds * au-dessus de la mer , est évaluée à trois millions de florins. **

A Samaden, les raves réussissent encore ^ e< nous y trouvâmes des turneps en pleine florai* son; mms les pommes de terre n*y vienneni point. Cent pieds plus haut , du côté de Célérina , Forge , comme lavoiïie , se trouvait en parfaite maturité. Cette particularité eut de quoi nous surprendre , attendu que , dans la haute région de Berne , ni Tune ni l'autre de ces céréales ne se cultivent plus dans les lieux dont la

'^ Le 2 septembre , à midi , le baromètre était , à Samaden, à 230 x' 2"y et le thermomètre à 90. Le même jour et à la même heure, le baromètre était , à Berne, à a6** 6' o", et le thermomètre à i/|®,

* * Plus de cinq millions de francs.

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hauteur absolue serait de quatre mille pieds seulement. Nous avons observé aussi, dans une vallée bernoise qui n'a pas plus de 3,4oo pieds d'élévation , que les turneps ne peuvent y résister à Faction du froid , à moins qu'on ne les plante au printemps qui précède la récolte; tandis que les navets d'hiver n'en souffrent nullement , et donnent de l'huile en abondance»

Les prairies particulières sont grevées du droit de pâture , mais seulement en automne , lorsque le bétail est descendu des montagnes. On a essayé d'abolir cette coutume pernicieuse , sans pouvoir y réussir, à cause des plaintes qui s'élevèrent ; la commune de Samaden , aussi bien que toutes les autres communes de l'Engadine , ne possédant pas , dans le fond des vallées , des pâturages communaux , les pauvres ne peuvent se passer des ressources- que leur offre le droit de pâture dans les propriétés particulières.

Le temps , qui n'était pas favorable , et le manque de loisir pour en attendre le changement, ne nous permirent pas de visiter le Rocosecco , excursion accessoire qui nous eût détournés de la route que nous nous étions tracée. Peu connu encore , ce glacier , qui forme l'une des branches de la Bernina , offre une particularité remarquable en fait de végétation , laquelle , du moins que je sache , n'a été consignée dans aucun livre. Il

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existe au sommet du Rocosecco une vallëe presque horizontale , et remplie de glace , dans, laquelle l'action des avalanches qui se précipitent des hauteurs , fait ébouler des masses de terre. Une chose vraiment curieuse , c'est que cette terre , qui repose sur un fond de glace , et qui en occupe une assez grande étendue , produit diverses plantes alpestres , * dont la végétation , aussi belle que vigoureuse , fournit une abondante nourriture aux troupeaux que les habitans de Samaden conduisent sur les lieux. D'après des documens et des actes de partages qui furent passés entre les communes , l'exploitation du pâturage de Rocosecco a commencé dès Fannée i536. Ce phénomène rappelle ces inmaense» blocs de glace couverts de terre et de broussailles ^ qu'on rencontre assez fréquemment sur les cô — tes de la mer Glaciale , et montre en même temp^ comment le sol des terres polaires , dont le dégel ne s'opère que très-superBcièllement , peut cependant produire quelques espèces de plantes. On sait qu'à l'égard du calorique , la glace est un mauvais conducteur, en sorte qu'il se pourrait que cette propriété, jointe aux exhalaisons insensibles de la glace , fussent des causes éga-

* Enlre «lulres, VachiUœç mosckata , dont on distille \\ une cau-dc-vie estimée.

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l«ment favorables à la végétation. S*il en est ainsi , les faits mentionnés réfuteraient en partie les hypothèses qui ont été formées à Fégard du feu central que renfermerait notre globe , et dont Faction se ferait sentir à sa surface ; si ces feux souterrains existent , il paraît , d'après ce que nous venons de rapporter , que leur influence sur la végétation des plantes est nulle , ou du moins peu sensible.

De même que dans les vallées de la basse Engadine , on aiferme à Samaden une partie des pâturages de la commune à des pâtres italiens , et à bas prix; proportion gardée, la valeur numéraire des prairies du fond y excède aussi de beaucoup celle des hautes prairies. A l'égard des moutons , on a remarqué , dans la haute Engadine et dans toutes les hautes Alpes , que leur présence dans les pâturages est d'autant plus pernicieuse , que ceux - ci sont plus élevés. Comme ces animaux dévorent les plantes jusqu'à la racine , et percent le gazon avec leurs ongles aigus , ces dégâts , déjà suffisans en euxmêmes pour nuire à la croissance de l'herbe , sont plus funestes encore dans les hautes régions , soit à cause de la difficulté qu'y éprouve l'ensemencement naturel , soit parce que l'air , plus subtil que dans les bas lieux , ne s'oppose que faiblement à l'impulsion des pluies d'orage.

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Les Bergamasques , qui d'ordinaire afferment depuis plusieurs générations les pâturages disponibles , sont tellement convaincus des dommages qui résultent des moutons , qulls en réduisent volontairement d un tiers ou d'un quart le nombre fixé dans les baux. Une pareille mesure de conservation , adoptée par des fermiers italiens en faveur des propriétés suisses, prouve que les baux à long terme , passés avec des étrangers , sont aussi efficaces , quant à la culture des hautes régions, que lui est préjudiciable le système d'exclusion qui règne dans la plupart des communes montagnardes de la Suisse.

Une particularité qui concerne les moutons , qui se présente assez fréquemment dans le pays des Grisons , et qui nous fut confirmée par plusieurs propriétaires de l'Engadine , nous parut digne de remarque. On nous assura que les.

moutons égarés dans les montagnes , deviennent^ souvent toutà-fait sauvages, et trouvent moyea de se nourrir pendant l'hiver. Un de ces moutons sauvages qu'on avait tué tout récemment d'un coup de feu dans l'un des pâturages de Samaden , fut trouvé très-gras. M. de Buchs raconte qu'en Norwége , lorsque le fourrage d'hiver manque , on conduit les moutons en champs , et que , guidés par l'instinct, ces animaux grattent la neige jusqu'à ce qu'ils aient atteint les plantes

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dont ils se nourrissent , et dont les lieux qu'ils fouillent ne manquent jamais. Nous ne saurions dire si , dans les montagnes des Grisons , les moutons , devenus sauvages , se nourrissent de la même manière que ceux de Norwége ou des ressources alimentaires que leur offrent les forêts ; nous ne pûmes rien apprendre de positif à cet égard , malgré toutes les informations que nous crûmes devoir prendre sur des faits qui nous paraissent d'une haute importance , quant à l'éducation des moutons , qui , selon toute apparence , deviendra dans les temps à venir , pour nos montagnes, la principale source de prospérité.* I

La superbe perspective qu'on découvre de Célérina, et qui s'étend au delà de l'Inn jusqu'à l'embouchure de Valresîna , n'a pas encore été décrite , du moins que nous sachions , non plus que la délicieuse vallée de Cresta, située dans la

* De pareils exemples , concernant les moutons sauvages , nous ont été rapportés du Jura. En Islande ^ les moutons, et les agneaux mêmes, qui passent souvent Thiver sur les montagnes et en plein air , y deviennent plus gras que dans les étables. On se sert quelquefois, dans le nord, de charrues pour sillonner la neige , et faciliter l'accès de rhcrbe aux moutons. Voyez Fojrage en Islande, /ait par ordre de S. M, Danoise, traduit par Gauthier de la Peyronnie^ tom. V, pag. 176 et suivantes.

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direction du Maloya. La belle rivière dont le cours sinueux se dessine au milieu de plaines^ verdoyantes ; le bourg riant de Samaden , qu'on reconnaît à Téclat des maisons; les ruines d'un fort , la tour de l'ancien monastère de S^Jean ; puis , à l'embouchure de la vallée , la masse de b4timens dont se compose Ponterésina ; tels sont les divers objets qui frappent plus particulièrement, tandis que l'amphithéâtre que forment les parois peu rapides de montagnes richement boisées, et au delà les cimes altières des innombrables glaciers de la Bernina , bornent à la fois l'horizon et la vue. Embellis par le pinceau d'artistes habiles , de pareils sujets formeraient des tableaux attrayans , si toutefois , dans l'Engadine , la structure des habitations était plus en harmonie avec la nature des lieux. Le voisinage de l'Italie, où l'élégance a présidé de tout temps au style de l'architecture , n'en a pas introduit le goût dans cette vallée ; et cependant on n'y découvre rien de national dans le mode de construction. En vain y chercherait-on de ces simples chaumières de bois , qui font l'ornement des vallées septentrionales de la Suisse , et surtoufc de la haute région de Berne ; toutes les maisons y sont en pierre , et , quoique bâties par des maçons italiens , le slyle en est en général tellement

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bizarre , qu'on ne saurait Fassimiler à aucun autre.

Non moins efficaces que celles de PfefFer , les eaux minérales de S*-Maurice ^ justement réputées , ont restauré une infinité de santés délabrées; mais, si Ton en juge d'après Tînconcevable négligence qui préside à l'administration de ces eaux , d'après l'apathie qui règne en général à S*-Maurice pour tout ce qui tient à quelque but d'utilité publique , il n'est peut-être point d'enàtoit où les travers qu'on remarque souvent dans les petites démocraties, se manifestent sous un jour aussi défavorable. Quelques notables , profitant de la prépondérance que leur procure la richesse ou l'influence qu'ils exercent sur l'esprit borné de leurs concitoyens , se sont arrogé , à ce qu'il paraît , le droit exclusif de donner pension aux malades. Quoique l'intérêt , si ce n'est l'humanité , dût engager ces hôtes privilégiés , aussi bien que la commune à laquelle la source appartient , à faciliter aux visitans la jouissance des eduji , ce point a toujours été négligé. Le Gouvernement même n'a pu obtenir qu'on établît les bâtimens les plus indispensables. Rien n'a pu déterminer l'administration à prendre des mesures convenables pour que les malades fussent mieux soignés, mesures que réclamerait

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même l'hospitalité gi*atuite ou la simple compassion. Cette négligence est inhumaine ; elle doit paraître insupportable aux êtres souflfrans qui s'arrachent du sein de leur famille et des douces habitudes de leurs foyers , avec l'espoir de trouver , dans cette âpre contrée , la guérison de leurs maux. La source , située à un quart de lieue de toute habitation , s'échappe dans une espèce de caveau ou de réservoir , auquel est contigu un hangar exposé à tout vent , qu'on a qualifié , bien à tort , du nom pompeux de salle : c'est là que siègent les buveurs. L'espace compris entre le village et la source , est en partie marécageux , et le chemin qu'on y a pratiqué est mal entretenu. Il est donc présumable que les malades qui se rendent à la source , exposés pendant le trajet à des intempéries accidentdles , puis à la station , à des refroidissemens presque inévitables , doivent être souvent dans le cas de racheter , par de nouvelles incommodités , le soulagement que l'usage des eaux peut apporter à leurs anciennes souffrances.

Si , comme nous l'avons entendu répéter souvent , le régime démocratique exalte le patriotisme 5 et rend faciles les sacrifices que réclame la patrie , S*-Maurice , comme plusieurs autres petites démocraties des hautes régions de la Suisse , prouverait en revanche qu'un pa-

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reil régime n'alimente guère cet esprit public qui, sans égard à l'intérêt particulier, se manifeste dans ses œuvres en faveur de l'humanité en général. Que l'amour de la patrie soit, ce qu'on l'a qualifié , non sans quelque raison , un égoïsme plus étendu ou moins exclusif que celui qui dérive de nos aifections particulières, cet égoïsme est sans contredit des plus nobles , et ne le cède qu'au sentiment plus généreux encore , qui , se rattachant à l'humanité entière , constitue la philanthropie sublime que nous enseigne l'Évangile. Considérés comme citoyens , les administrateurs des eaux minérales de S - Maurice peuvent être de très-bons Suisses , rien ne nous porte à en douter; mais ils sont encore loin de posséder le plus précieux des attributs que nous venons de signaler.

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