CHAPITRE VII
LA HAUTE SNGADINE.
Campfer. — Sils; — Culture. -» Climat. -» Economie rurale. — Industrie. — Mœurs. — » Végétation modifiée en raison de rélëvation des lieux. — Détails biographiques concernant un riche particulier.
Les petits potagers de S -Maurice possédaient des choux-raves , des pois en fleurs , des carottes , des raves , des laitues et des choux faiblement pommés. Nous fûmes surpris de trouver encore la végétation aussi satisfaisante dans une contrée dont l'élévation est de 5,500 pieds* audessus du niveau de la mer.
* Scbeacbzer rëvalue à 5^290 pieds , et la carte de Relier porte à 5,63o pieds au-dessus du niveau de la mer la hauteur du plan de Siha, qui se trouve à lrès>peu de distance de St-Maurice. Le 3 septembre, à dix heures du matin , le baromètre nous indiquait 22° 9' o" , le thermomètre 10°; et à Berne, le même jour, à huit heures du malin, le premier était à 26** 5' 4". La température de la source de St-Maurice était de 3° |. Le Manuel des voyageurs en Suisse n'accusant pour St-Maurice que /i,ooo et /i,2oo pieds de hauteur, ce doit être une faute d'impression.
LA HAUTE ENGADINE. aSg
Un chemin de traverse nous conduisit de S - Maurice à Campfer : cet endroit est situé au nord de Tlnn , sur une pente douce qui regarde le sud. Là nous eûmes le plaisir d'exprimer à M. le capitaine Bansi nos sentimens de gratitude , pour les nombreux renseignemens que nous ont procurés les ouvrages économiques dont il est fauteur. Aussi obligeant qu'aifable , ce respectable vieillard s*empressa de nous donner 4:ous les éclaircissemens dont nous avions besoin, soit sur cette contrée intéressante , soit sur les expériences utiles qu'il a faites lui-même. Il nous apprit qu'à Campfer , Forge et les pommes de terre parviennent encore quelquefois à maturité; cette région", élevée de 5,6oo à 5,700 pieds* au-dessus de la mer , constitue saris doute l'extrême limite de la végétation desdits produits , tandis que Tesparcette et le trèfle n'y réussissent pas plus qu'à Zutz. Cette année même, la moisson de l'orge n'avait eu lieu qu'à Célérina.
Ce fut aussi de M. Bansi que nous obtînmes les détails suivans à l'égard de l'économie rurale de la haute Engadine , détails qui , joints à nos
'*' Le 3 septembre , à midi , à Campfer , le baromètre indiquait aa*^ 7' S", le thermomètre 10°; et à Berne, dan^ le même temps, le premier était à a6° 5' 5" , le second
lavec V^aacooï Je >« ,, ,„.«loe ae U
essayé , avec quelq ^^^^^.««ant à 1«^
«les de piastre , ^ g^ere çro
Ycngrais qa'on eu reaUs ^ ^ . co^
^ Ap terrain q^on ^ céréales , ii«
sacré »»"1 ..„^s ae f<»»"8" ^ m
, coi.teïb»c q«e ""f.*!, au cimb«'«'
p,M ce qo' "«" ^^t ae «^a. <^°^j,
'"*ra-^^'''^"C«.-Sr.'
£rais,q«^° , „„ a observe qttO»^ 1
'-"t^atHc--*^"'"''"''^
donne , Ç^"
moitié de ce qu'il en faudrait pour fumer convenablement la portion de prairie , dont le produit est employé alors à alimenter l'animal. Telles sont les circonstances qui font que les prairies et les champs de la haute Engadine ne se fument que de deux en demt ans , et que les derniers restent en friche pendant la seconde année , à moins que le paysan ne sache se procurer , en foin sauvage , un supplément de fourrage sec , ou ne fasse usage du fumier qu*on ramasse dans les hauts pâturages.
Les habitans prétendent que le gypse , comme les cendres , ne sont point efficaces pour fertiliser les prairies. Ceci peut être vrai , vu que ces moyens, par eux-mêmes , n'opèrent pas comme engrais ; ils servent simplement à activer la décomposition des substances qui alimentent le sol , et ne contribuent conséquemment qu'à vivifier la végétation. Employées dans ce but, les matières g'ypseuses et calcaires , qui commencent à se montrer près de Sils et de S*-Maurice , pourraient être utilisées à la composition d'engrais factices. Quant au combustible qu'en re- .quiert la calcination , il n'en manquerait certainement pas si l'on apportait des soins convena-
- -Jales à l'amélioration de l'économie forestière , et • « l'on s'appliquait à l'exploitation des fonds de
- tourbe qui nous ont pa«u exister en quantité
a4a ^f^ HAUTS
dans la contrée de Maloya , de Surlag et de S*- Maurice. Une espèce de tourbe maigre s'emploie à Célérina en guise de litière. M' Bansi ayant , entre autres expériences , fait semer des cendres dans ses prairies , ce résidu donna naissance à une quantité de petit trèfle. Le même fait nous a été communiqué par un propriétaire de POberland , et nous ne saurions en expliquerla cause qu'en admettant qu'il ait existé de la semence de ce trèfle dans les prairies qui font produit , mais à une profondeur trop grande pour qu'elle ait pu se développer sans le secours de quelque stimulant.
n est constant que dans la haute , ainsi que dans la basse Engadine , la culture était autrefois plus florissante. Maintenant la pâle verdure de l'herbe , surtout dans la première , atteste le mauvais état des prairies. Il est vrai que , dans cette partie de la vallée , le sol ne possède qu'une mince couche de terre végétale , et que la grande élévation des lieux n'est pas moins défavorable à la végétation ; mais , indépendamment de ces inconvéniens , on remarque aussi , en ce qui concerne le mode de culture , beaucoup de défectuosités, qui prennent leur source dans la négligence, les préjugés du peuple, et surtout dans la direction qui a été imprimée à Findustrie nationale , et qui est telîe qu elle fait considérer
ENGADINB. ^k^i
les progrès de réconomie rurale comme les moins importans et les moins dignes de fixer Tattention.
On dit qu'autrefois la haute Engadine ^tait abondamment pourvue dlrrigations artificielles,* et souvent on rencontre des traces de fosses, qui furent sans doute creusés dans ce but. En effet, rien ne parait plus facile que d*utiliser, pour Farrosement des prairies , les eaux de Tlnn et des torrens nombreux que fournissent les montagnes , et de faire servir en même temps à l'augmentation de la terre végétale le limon que ces eaux déposent ; mais il n'est guère possible que de pareilles améliorations puissent avoir lieu, à moins que la population trop faible ne prenne de l'accroissement , et que la main dœuvre ne devienne moins coûteuse.
On compte qu'à l'époque de la fenaison , TEngadine reçoit quinze cents journaliers , soit du Tyrol, des Grisons italiens et des vallées du nord* Telle est la cherté du salaire , que chaque journalier revient à un florin et demi ou deux florins** par jour, y compris la nourriture , dont la distribution est tellement abondante , qu'elle
'*' De pareilles irrigations existent encore à présent à Célérina et à Scamfs ; mais aussi la situation de ces lieux leur est on ne peut plus favorable.
** Le florin vauti franc 75 centimes, ou environ.
244 ^^ HAUTB
a provoqué même un règlement particulier. En vertu de ce règlement, qui a eu lieu dans le riche bourg de Samaden , il est défendu de fournir plus de six repas aux ouvriers étrangers.
n est évident que la grande cherté des journées dérive principalement, soit du manque de population , soit de la concurrence , qu*entretiennent surtout les émigrés qui se sont enrichis dans l'étranger. Quant à la population même , il paraît que sa faible consistance a eu pour cause primitive les événemens qui ont eu lieu dans le dix -septième siècle, et, pour principe permanent , Texistence de lois qui entravent à la fois et les progrès de l'économie ruralç , et la colonisation de cultivateurs étrangers ; telle est , par exemple , celle qui autorise les indigènes à prélever des acquéreurs étrangers un certain droit de mutation. Rien n'égale , du reste , la circonspection inquiète que développent les communes pour exclure les étrangers du droit de bourgeoisie , ou les empêcher d'acquérir. On nous a cité à ce sujet une loi qui en offre la preuve, et qui aurait existé autrefois dans certaine commune de la haute Engadine:
cette loi portait défense , sous peine de èent couronnes d'amende , de proposer simplement qu'un étranger y participât au droit de paroisse. Baldi- ' ron , ce féroce dévastateur qui commandait les