‹ Voyage dans les petits cantons et dans les Alpes rhétiennes, trChapitre 32 sur 45 · ROUTE DE SPLUGEN · texte numérisé non relu

ROUTE DE SPLUGEN

tain que si les rochers et les passages de nos Alpes étaient dépositaires d'une morale populaire, du miroir de l'honneur helvétique , exprimés en courtes sentences , ou s'ils rappelaient de beaux souvenirs du passé , il est certain , dis-je , que de pareilles inscriptions s'insinueraient bien plus aisément dans l'esprit du peuple , et lui seraient bien plus salutaires, que de vains monumens jx>urvus d'inscriptions dorées qui lui sont incompréhensibles.

L'art, en aplanissant une route à travers la Viamala, a eu de bien plus grands obstacles à vaincre que dans la Rofla ; obstacles qu'il a partout surmontés tout aussi heureusement. En effet les rocs paraissent bien plus profondément percés dans cette montagne, et le Rhin lui-même

y forme aussi de bien plus profondes cavernes. Une lutte à mort semble s^être établie dans ces lieux , entre le dieu puissant du fleuve et les esprits du sombre abîme : semblable aux voix mugissantes, des monstrueux Titans, tel le bruit effroyable des ondes qui se précipitent , sort et s'élève tonnant du ténébreux séjour. Deux ponts prêtent leurs voâtes hardies au voyageur, pour le transporter en delà et en deçà des parois opposées que forment les rochers; on dirait que l'art , forcé de le céder à la nature , n'a pu vaincre que par la ruse un adversaire trop puissant.

Plus loin le roc percé artificiellement , dans une longueur de deux cents pieds , forme le passage dit le trou perdu. La route , large et commode , vous conduit ici de l'obscurité à une perspective dont l'effet ^st prodigieux. A droite , le vieux clocher du couvent de S'-Jean , s*élève sur un rocher inaccessible, tandis que, du côté opposé, de verts pâturages tapissent les flancs arrondis du Heinzefiberg; au milieu , se présentent et le bourg de Tbusis et la vallée de Domlesch , ou le fleuve , dégagé des entraves de la Viamala , et semblable à un peuple qui vient de briser les fers de Fesclavage, signale son cours par les horreurs de la destruction.

Dans le but de ménager les chevaux et d'arriver de bonne heure à Coire, nous louâmes à Thusis un char, qui nous transporta rapidement à travers la vallée de Domlesch.

A partir de l'Adula, où le Rhin prend sa source, jusqu'à l'ancienne forteresse de Baezuns, où les deux bras du fleuve se réunissent, la vallée dite du bas Rhin est sans doute l'unique des Alpes qui offre tant de rochers déchirés, tant de restes de l'ancienne grandeur humain^, et qui , eu même temps, soit aussi riche en monumens modernes attestant le génie de l'homme et les efforts dont il est susceptible. La vallée de Domlesch , formant la partie inférieure de cette Ion-

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gue vallée du Rhin , se distingue sui*tout par les horreurs et les beautés que la nature y a entassées , ainsi que par une profusion de monumens historiques. De Thusis à Ortenstein , cette vallée va en s*élargissant ; là le Rhin, réuni à l'Aibula et à la Nolla , trouve un vaste théâtre pour y développer sa Kbre et terrible énergie. Les fonds les plus florissans sont couverts de décombres et de fange , tandis que les pentes du beau mont de Heinzçnberg, doucement inclinées vers les rives du fleuve , portent le maïs et les fruits de zones tempérées ; c'est de là seulement que l'habitant considère d'un œil moins alarmé, les terribles efforts de l'élément destructeur. Sur la rive droite , la pente de la montagne , héris- Éée de rochers , est plus escarpée que sur la gauche , et partout , sur les deux rives du fleuve , où quelque rocher avancé oflre à l'aigle un refuge inaccessible , partout on aperçoit de hautes tours et des restes de châteaux forts ; * ces ruines semblent figurer comme monumens de l'instabilité des choses humaines au milieu d'une nature sans cesse variable et sans cesse créatrice» Au-de&-

* Baldensteln , Furstenaa, Halensprung, SiU, PaspelSy. Ortenstein , Nieder- Juvalta , Hoch-Javalta , sont ceax qui figurent snr la rive droite , et sur la gauche Tagstein et Realta.

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SOUS d^Ortenstein , la vallëe va en rëtrëcissant jusqu'à Raezuns. Tout autour de cette ancienne forteresse autrichienne , d'énormes amoncèlemens de décombres attestent que , déjà dans les premiers âges , le fleuve avait miné ses bords , dans le haut de la vallée , et qu*il en a déposé successiv/ement les débris à Fembouchure, dans la vallée du haut Rhin.

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