‹ Voyage dans les prairies à l'ouest des Etats-Unis [microforme]Chapitre 12 sur 76 · IL: Ger · texte numérisé non relu

IL: Ger

A L'OUEST DES ÉTATS-UNIS. 5r

entre eux , lorsqu'ils sont particulièrement frappés de quelque chose; mais ils réservent leurs commentaires pour le m'ment où ils seront seuls : c’est alors qu'ils donnent carrière à ieur verve caustique, bouffonne ; à leur talent pour contrefaire , et à leur gaîté.

Dans le cours de mon voyage, j'ai pu remarquer en plus d’rne occasion à quel point ils sont susceptibles de s’animer, de s’égayer en communiquant ensemble. Souvent j'ai vu une petite troupe d’Osages rester assis autour d’un feu jusqu'à une heure très avancée de la nuit, engagés dans une conversation vive et agréable, et faisant retentir les bois à chaque instant de leurs joyeux éclats de rire.

Quant aux larmes, elles ne leur manquent point, soit réelles , soit affectées. Aucun peuple ne pourrait lutter avec eux s’il s'agissait de pleurer abondamment et amèrement la perte d’un parent ou d’un ami; ils ont même des époques fixes auxquelles ils doivent aller hurler et se lamenter sur la tombe des défunts. J'ai entendu quelquefois des gémissemens douloureux, au point du jour, dans le voisinage des villages indiens : on me dit que ces lamentables sons provenaient de quelques habitans du hameau qui

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sortaient à cette heure pour aller dans les champs pleurer leurs morts. En ces momens les larmes coulent par torrens sur leurs joues.

Autant que je puis en juger, l'Indien des poètes est, comme le berger des églogues, un être de raison, une personnification d’attributs imaginaires.

Le chant nasal de nos hôtes se changea graduellement en murmures confus , et cessa enfin tout-à-fait. Ils se couvrirent la tête de leurs blankets, et s’endormirent profondément. Au bout de quelques minutes le silence fut complet autour de nous ; et le bruit des gouttes de pluie tombant sur notre tente se faisait seul entendre au dehors.

Le lendemain matin, nos trois visiteurs indiens déjeunèrent avec nous ; mais on ne trouva point le jeune Osage qui devait servir d’écuyer au comte dans sa campagne de chevalier errant ; on ne trouvait pas non plus le cheval pie : et après mille conjectures , on fut obligé de s’arréter à l'idée que le jeune chasseur avait pris congé de nous à la sauvage, pendant la nuit. Nous sûmes par la suite qu'il avait été persuadé d'agir ainsi par les Osages avec lesquels nous nous élions rencontrés, lesquels lui avaient représenté

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le danger d’une expédition sur les territoires des Pawnies, où il pouvait tomber dans les mains de ces ennemis implacables de sa tribu : ils n’insistèrent pas moins sur l'ennui d’être assujetti aux caprices et à l'insolence des blancs ; et j'avais pu moi-même reconnaître combien leurs notions étaient justes à cet égard , et quelle tendance nous avons à traiter ces pauvres Indiens aussi durement que s'ils n'appartenaient pas à notre espèce. Celui-ci avait manqué de bien peu d'être un exemple de cette injustice attribuée aux blancs; car, sans notre intervention, il aurait subi une flagellation cruelle, en vertu de la loi des frontières , pour le flagrant délit d'avoir trouvé un cheval.

La disparition de ce jeune homme fut généralement regrettée : nous aimions tous sa belle mine , franche et résolue, et la grâce naturelle de ses manières : on. pouvait dire qu’il était né gentilhomme dans l’acception littérale du mot. Cependant personne ne s’affligeait de son départ autant que le comte, qui se voyait ainsi privé de son écuyer. Quant à moi, je fus fâché de la désertion de l’Osage, par rapport à lui-même ; nous aurions, très certainement , soigné et

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protégé peudant l'expédition, et la générosité du comte m'était assez connue pour être persuadé que le sauvage serait retourné à sa tribu chargé de toutes sortes de présens.

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