VOYAGE DANS LÆE®PRAIRIES
«Il faut commencer à être sur nos gardes, dit le capitaine. Je vais faire distribuer des ordres écrits pour défendre de chasser sans permission , et de faire feu , sous peine de monter le cheval de bois. J'ai à conduire un équipage indocile. Tous ces jeunes gaillards sont peu accoutumés au service des frontières ; il sera difficile de les rendre circonspects. Nous sommes maintenant sur les terres d’un peuple silencieux , vigilant et rusé , qui , à l'instant où vous y pensez le moins, épie tous vos mouvemens, et se tient prêt à fondre sur les traîneurs ou les vagabonds.
— Comment pourrez - vous empêcher vos hommes de tirer, s'ils voient du gibier dans les alentours du camp ? demanda l’un des cavaliers.
— Ils ne doivent pas porter leur fusil avec eux ; à moins qu’ils ne soient de faction, ou qu'ils n’en aient obtenu la permission.
— Âh, capitaine! s’écria le cavalier, je n’en suis plus ! jamais je ne me soumettrai à cela. Où je vais, mon fusil va; c'est une partie de moimême. Personne ne me remplacerait auprès de lui, et personne ne le remplacerait auprès de moi. Je le soigne , et il me soigne.
— Il y a du vrai dans ce que vous dites , répondit le capitaine , touché d’une sympathie de
les, dit ordres ission , cheval docile.
utumés » de les tenant ilant et moins, prêt à h 1er vos dans les valiers.
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je n’en ela. Où e moiprès de près de
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vrai chasseur. Mon fusil est avec moi depuis aussi long-temps que ma femme , et j'ai toujours trouvé en lui un ami fidèle. »
Ici le docteur, aussi déterminé chasseur que le capitaine, se joignit à la eonversation. « Un de mes voisins, fit-il, avait coutume de dire : Sr je vous prétais mon Jusil, pourquoi ne vous préterais-je pas ma femme ?
— Peu de gens, reprit sérieusement le capitaine , ont pour leur fusil la considération , les soins qu'ils devraient avoir.
— Et de même pour leurs femmes , ajouta le docteur d’un air malin.
— C'est un fait », dit le capitaine.
On vint avertir le capitaine qu'un parti de quatre cavaliers , conduit par le vieux Ryan , ne s'était pas retrouvé. Ils avaient été séparés du corps principal de l’autre côté de la rivière , tandis qu'on cherchait le gué , et s'étaient égarés; personne ne savait dans quelle direction. On fit différentes suppositions sur eux , et l'on exprima quelques appréheusions pour leur sûreté.
« J’enverrais bien à leur recherche, dit le capitaine; mais le vieux Ryan est avec eux; il saura se tirer d'affaire, lui et ses compagnons. Je ne compterais pas beaucoup sur la tête des
autres ; mais il est sur les prairies comme dans sa ferme. D'ailleurs ils sont en nombre suflisant, quatre pour veiller, et le cinquième pour soiguer le feu.
— C'est une triste does de s’égarer la nuit dans un pays inconnu et sauvage , dit un des plus jeunes cavaliers.
— Non, si vous êtes deux ou trois ensemble, dit un ancien. Quant à moi, je serais aussi tranquille , aussi content dans ce vallon que dans ma propre maison , si j'avais seulement avec moi un camarade pour faire sentinelle tour à tour, et entretenir le feu. Je resterais couché là pendant des heures , à contempler cette étoile brillante qui a l'air de regarder le camp , comme si elie était chargée de veiller à sa sûreté.
— Oui, les étoiles sont une sorte de compaguie quand on se trouve seul , et obligé de veiller. Celle-là est vraiment une étoile gaillarde , l'étoile du soir, ou la planète Vénus , à ce que disent les savans.
— Si c'est Vénus, dit un membre du conseil (c'était, je crois, le maître d'école aux cantiques) , cela ne présage rien de bon ; car j'ai lu dans un livre que les Pagvnies adorent cette étoile, et lui sacrifient leurs prisonniers. Ainsi j’aime-
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. — Bien! dit le sergent, vétéran des bois de la bonne roche ; avec ou sans étoile, j'ai passé plus d’une nuit, tout seul, en des lieux plus sauvages que celui-ci, et jy ai solidement dormi, je vous le garantis. Je m'attardai une fois en passant un }ois près de la rivière Tombighe , et me trouva it séparé de mes compagnons, j'allumai du f:u, je mis mon cheval en liberté , et je m'étendis sur la terre. De temps en temps, j'en-
‘tendais hurler les loups. Mon cheval vint se ser-
rer contre moi, terriblement effrayé. Je le repoussai ; mais il revint , et se rapprochant toujours de plus en plus , il resta les yeux fixés sur le feu et sur moi , balançant la tête et pliant les jambes de devant ; car il était harassé. Au bout d’un instant, j'entendis un cri étrange et lugubre. D'abord je pensais que c'était un hibou ; mais il recommença , et je reconnus alors que ce n’était pas un hibou , mais une panthère.
Je me sentis un peu embarrassé ; car je n'avais pour toutes armes qu'un couteau à deux lames. Cependant je me préparai à me défendre de mon mieux , et j'empilai de petits brandons de mon foyer pour les lui jeter à la face si elle appro-
chait. Maintenant la compagnie de mon cheval me rassurait. Le pauvre animal se coucha à mes côtés , et s’endormit d'extrême lassitude. Je tàchai de me tenir éveillé ; mais mes yeux se fermaient involontairement. Souvent j'étais un moment assoupi , et me réveillais en sursaut, regardant autour du foyer, et m'attendant à voir les yeux étincelans de la panthère fixés sur moi. Eufin le sommeil et la fatigue furent les plus forts , et je m'endormis profondément. Le matin, je vis les traces d’une panthère à soixante pas de mon bivouac. Ces traces étaient larges comme mes deux poingts, et elle avait évidemment avancé et reculé pour tâcher de se décider à m'attaquer. Heureusement elle n’en eut pas le courage. »
Le lendemain , 16 octobre, je m'éveillai avant le jour. La lune éclairait faiblemeut le ravin , à travers de légers nuages; les feux de camp étaient presque éteints , et les hommes étaient couchés auprès , enveloppés dans leurs couvertures. Au point du jour, Beatte, notre chasseur, et Le jeune métis Antoine, partirent pour aller à la recherche de nos chevaux , de l’autre côté de la rivière , accompagnés de quelques cavaliers qui avaient laissé leurs fusils et leurs bagages sur
| A L'OUEST DES ÉTATS-UNIS. LOI 16 eval , | He | | D is à cette rive. Comme le gué était profond , et qu'ils à. | vs 5 étaient forcés de le passer en ligne diagonale (er | contre un rapide courant, ils montérent les plus L grands et les meilleurs chevaux. À huit heures , 1: vs Beatte revint. Il avait retrouvé les deux chevaux ; L : su mais il avait perdu Antoine. Ce dernier était , à 1È . ce qu'il disait, un étourdi, un blanc-bec, ne | Ke . connaissant rien aux bois et aux prairies. Bien- | | do tôt il l'avait perdu de vue ; et il s'était égaré. Ce- l: 2 pendant il avait la chance de trouver des com- Kl non pagnons ; car plusieurs cavaliers s'étaient perdus, | È n et le vieux Ryan et sa troupe n'étaient pas en- À idem- | cider core revenus. | | f | . É | Nous attendimes assez long-temps dans l'espoir Li BE de voir arriver nos gens égarés , mais pas un ne | | parut. Le capitaine observa que les Indiens de la ne rive opposée étaient tous bien disposés pour les N blancs, et qu'on ne devait pas être sérieusement “es inquiet des absens : leur plus grand danger était ma d'avoir leurs chevaux volés la nuit par les Osages. : Notre commandant se détermina donc à mareur cher en laissant une arrière-garde au camp pour Fe “4 attendre le retour de leurs camarades.
Assis sur un rocher au-dessus de la source, je | 1 rs qui , ’ { x F
l m amusai des changemens de scène qui se fai-
s sur | à ci
“aient sous mes yeux. D'abord les préparatifs du
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départ ; les chevaux ramenés des environs du camp; les cavaliers courant à travers les rochers et les buissons à la quête de ceux qui s'étaient écartés; les clameurs après les chaudrons et les poêëles à frire, empruntés d’une table à l’autre; et les juremens, les exclamations colériques proférés contre les chevaux rétifs ou ceux qui s’éloignaient pour aller paître, même après avoir été chargés ; tout cela produisait un bruit confus dans lequel on distinguait particulièrement la voix perçante de Tony.
Le signal donné. la troupe défila en ligne irrégulière à travers le vallon et une forêt coùverte, tournant et disparaissant graduellement parmi les arbres, bien que le son des voix et du cor se fit entendre quelque temps après la disparition des derniers de la colonne. L’arrière-garde resta sous le bosquet au fond du vallon, les uns à cheval, le fusil sur l'épaule, d’autres assis ou couchés près des feux, causant ensemble à demi voix et nonchalamment, tandis que les chevaux à demi assoupis se tenaient immobiles autour de leurs maîtres, comme eux à demi assoupis. Cependant un des cavaliers profitait de cet instant de loisir pour se faire la barbe devant un petit miroir accroché au tronc d’un arbre.
Fi A L'OUEST DES ÉTATS-UNIS. 103 11 us du Enfin le bruit des voix et du cor se perdit en- ; ochers tiérement, et le vallon retomba dans un silence 4 taient paisible, interrompu en certains momens par le | et les murmure indistinct du groupe rassemblé autour f | autre ; du foyer, le sifflotement pensif de quelques pro- | >s pro- meneurs sous les arbres, et le frôlement des ‘à ui s’é- feuilles sèches que la brise là plus légère empor- | { avoir tait en pluies abondantes, signes de la fin des | confus beaux jours. ju ent la !
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