‹ Voyage dans les prairies à l'ouest des Etats-Unis [microforme]Chapitre 42 sur 76 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

Le gué de la Fourche Rouge. — Arides et tristes forêts. — Buflles. |

Nous levâmes le camp du Cheval Sauvage à huit heures moins un quart, et après avoir fait environ quatre milles, en nous dirigeant presque au sud, nous arrivâmes sur les bords de la Fourche Rouge, et, suivant nos calculs, à soixantequinze milles au-dessus de son embouchure. Cette rivière avait à cette place trois cents toises de largeur, et coulait entre des bancs de sable et des bas-fonds : ses rives, et les longues bandes de sable. qui avançaient dans son lit, étaient empreintes des traces de différens animaux qui étaient venus la traverser ou boire ses eaux.

L'on fit halte, et l’on tint conseil sur le passage de la rivière, qui pouvait être dangereux à cause des sables mouvans. Beatte, qui avait marché un

: peu en arrière, survint pendant le débat ; il était

monté sur son cheval demi sauvage, et menait

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son captif par la bride. Sans articuler un seul mot, il remit le dernier à Tony , poussa son cheval dans le courant, et letraversa heureusement. Cet homme agissait ainsi en toutes choses, avec résolution , promptitude, silence , ne promettant rien d'avance , ne se vantant de rien après.

La troupe suivit l'exemple de Beatte, et atteignit la rive opposée sans aucun accident , bien que l’un des chevaux de bât, en s’éloignant un péu de la ligne, eût failli enfoncer dans un sable mouvant, et en fut retiré avec beaucoup de peine.

Après avoir passé la rivière, nous devions nous frayer un chemin, pendant près d’un mille, à travers un marais de cannes qui, au premier coup d'œil, semblait une masse impénétrable de roseaux et de ronces. C'était un rude travail. Les chevaux enfonçaient souvent jusqu'aux sangles dans la bourbe, et hommes et bêtes étaient déchirés, arrêtés sans cesse par les épines et les buissons. Cependant une trace de buffles se trouvant sous nos pas, elle nous con- . duisit hors de ce marécage, et nous montâmes une côte, et vimes une belle contrée découverte s'étendre devant nous, et à notre droite la ceinture de forêts allant aussi loin que la vue pou-

vait s'étendre vers le sud. Bientôt nous quittàmes la plaine pour entrer dans les bois, l'intention du capitaine étant de porter au sud sud-ouest, et de traverser cette ligne de forêts obliquement pour arriver aux confins de la grande prairie occidentale: il pensait, en se dirigeant ainsi, se rapprocher de la Rivière Rouge tout en traversant la ceinture de forêts.

Ce plan était judicieux; mais il se trouva erroné faute de connaissances exactes sur la nature du pays. Si nous eussions marché directement à l'ouest, deux journées nous auraient conduits hors des forèts, et nous aurions eu un chemin facile le long des lisières des prairies supérieures jusqu’à la rivière. En allant diagonalement , au contraire, nous eùmes plusieurs journées pénibles à travers des bois sur un sol raboteux et rude. ‘

Ces forêts transversales forment une bande de quarante milles de largeur , sur un pays inégal , coupé de petites collines et de bouquets d’yeuses épars; quelques vallées offrent de bons pâturages dans la saison; mais on trouve plus souvent de profonds ravins, qui deviennent, dans le temps des pluies, les: lits de torrens tributaires des rivières, et nommés branches. Au printemps,

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