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cette contrée peut avoir un aspect agréable quand la terre est tapissée d’herbes vertes, le feuillage frais, les clairières animées par des ruisseaux. Malheureusement nous arrivions trop tard , l'herbe était desséchée , les feuillages jaunissaient , une teinte brune et triste dominait sur le paysage ; le feu des prairies incendiées par les chasseurs indiens avait , en plusieurs endroits, pénétré daus les forêts, et les flammes légères avaient couru le long des herbes, et grillé les bourgeons et les branches les plus basses des arbres, en les laissant tout noirs et assez durs pour entamer la chair des hommes et des animaux obligés de s'ouvrir un chemin au milieu d’eux. Je n’oublierai de long-temps la mortelle fatigue, les tourmens de corps et d'esprit auxquels nous fümes exposés en traversant ce qu'on pouvait appeler une forêt de frr.
Une rude marche de plusieurs milles nous conduisit à une suite de collines et de vallées découvertes , entremélées de hois. La, nous fûmes tirés de notre accablement par le cri de Bufñle! buffle! On éprouve un effet semblable lorsqu'on entend crier en mer: Voile! voile!
Ce n'était pas une fausse alarme : trois ou quatre de ces énormes animaux étaient visibles à notre
droite, paissant sur le penchant d’une colline éloignée.
Il se fit un mouvement général , et ce fut avec beaucoup de difficulté que l’on vint à hout de réprimer l’ardeur des plus jeunes de la troupe. Le capitaine et deux de ses officiers, après avoir donné l’ordre de continuer de marcher dans la même direction, allèrent au pas du côté des buffles, accompagnés de Beatte et de Tony, qu'il fut impossible de retenir ; il extravaguait de joie en se voyant prêt à montrer ses prouesses à la chasse des bufiles.
Bientôt les collines intermédiaires nous dérobèrent la vue du gibier et des chasseurs. Nous continuâmes notre course en cherchant un lieu convenable pour le campement; ce qui n'était point facile à trouver , presque tous les ruisseaux étant à sec, et le pays dépourvu de sources.
Quand nous fûmes à quelque distance, on cria encore : Au buffle! et deux de ces animaux furent montrés sur une colline à gauche. Le capitaine étant absent, on ne put retenir les jeunes chasseurs dans les rangs : plusieurs s’élancèrent, et en un moment disparurent dans les ravins; les autres continuèrent leur marche, désireux de trouver un bon campement.
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172 VOYAGE DANS LES PRAIRIES, elcC.
Nous commencions, en effet , à sentir les désavantages de la saison; le pâturage des prairies était rare et desséché, les: pois-vignes des fonds boisés étaient fannés , et la plupart des branches ou ruisseaux étaient à sec. Tandis que nous errions dans cette perplexité, le capitaine nous rejoignit avec toute sa troupe, à l'exception de Tony. Ils avaient poursuivi un buffle assez loin , sans arriver à portée de le tirer, et ils avaient renoncé à la chasse, de crainte de fatiguer les chevaux ou d’être menés trop loin du camp. Cependant le petit Français avait galopé après les buffles comme un fou ; et quand ses compagnons l'avaient perdu de vue, il était engagé, pour ainsi dire, vergues contre vergues avec un grand buffle mâle , et tirait presque à bout portant sur ses flancs. Je pense ce petit homme étre un peu fou , observa Beatte froidement.