‹ Voyage dans les prairies à l'ouest des Etats-Unis [microforme]Chapitre 61 sur 76 · RG AA PA TR · texte numérisé non relu

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yeux enflammés , effarés, exprimant la colère et la frayeur.

Pendant quelque temps je courus en ligne parallèle avec eux, sans pouvoir forcer mon cheval à les approcher à portée du pistolet , tant il avait été épouvanté de l'assaut du buffle dans la précédente rencontre; enfin je réussis; mais mes pistolets firent encore long feu. Mes compagnons, qui n’avaieut pas d'aussi bons chevaux, ne purent regagner le troupeau ; cependant, M. L... tira son fusil de chasse : la balle atteignit un bufle audessus des lombes, brisa l’épine du dos, et l’animal tomba. M. L... descendit de cheval pour achever sa proie ; alors j'empruntai son fusil, qui contenait encore une charge , et, reprenant le galop, je rattrapai les fuyards, que poursuivait aussi le comte. Avec cette arme je n'avais plus besoin de pousser mon cheval aussi près de notre gibier formidable; et lorsque je fus à leur niveau ,.je choisis un des plus beaux buflles, et je l'abattis par un coup heureux. La balle avait porté sur une partie mortelle : il ne put faire un seul pas , et resta par terre à se débattré dans les angoisses de l’agonie , tandis que le reste de la troupe continuait à courir tête baissée à travers la prairie avec un bruit égal au tonnerre.

Je mis pied à terre, je liai mon cheval afin qu'il ne pôt s’égarer, et je m’avançai pour contempler ma victime. Je ne suis point du tout chasseur; j'avais été entraîné à cet acte inusité par la grandeur de la proie et l'excitation d’une chasse aventureuse. Maintenant cette excitation était passée , et je regardais avec un sentiment de pitié ce pauvre animal luttant contre la mort et répandant son sang à mes pieds. Son énormité même, sa puissance, accroissaient mes regrets ; il semblait que j'avais infligé une peine proportionnée à la dimension du patient, comme s’il y avait cent fois plus de vie détruite que s’il se fût agi d’un animal du plus petit calibre.

Pour ajouter à ces tardifs remords de conscience, la malheureuse bête ne. pouvait mourir ; sa blessure était mortelle, mais il était de force à lutter encore long-temps. Il eût été cruel de le laisser là exposé à être déchiré vivant par les loups , qui avaient déjà senti le sang, et rôdaient en hurlant à peu de distance, attendant mon départ; ou bien par les corbeaux qui planaient au-dessus de nous, et remplissaient l'air de leurs croassemens lugubres. C'était un acte de miséricorde de lui donner le repos , de mettre fin à ses douleurs. J’armai un des pistolets , et je

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