‹ Voyage dans les prairies à l'ouest des Etats-Unis [microforme]Chapitre 60 sur 76 · A ‘À LE · texte numérisé non relu

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et de terre. Un de ces buffles s’y lança, moitié en sautant, moitié en roulant , et prit sa course au milieu des roches inégales. Voyant l’inutilité de le poursuivre plus long-temps, je m’arrêtai, et le regardai s'éloigner, jusqu’à ce qu'il eût disparu dans les détours du ravin.

Tout ce qu'il me restait à faire était de tourner bride, et de rejoindre mes compagnons. Ici quelque petite difficulté se présentait. L’ardeur de la chasse m'avait entraîné bien loin, et je me trouvais au milieu d’une vaste solitude, où la perspective était bornée par les mouvemens d’un terrain onduleux , uniforme , et sur lequel, faute de traits distincts et de points de reconnaissance, un voyageur inexpérimenté peut s’égarer aussi facilement qu’en pleine mer. Pour comble d’infortune, le temps était couvert, et je ne pouvais me guider sur le soleil. Ma seule ressource était de retourner sur les traces de mon cheval, et bien souvent je les perdais dans les lieux où les herbes desséchées étaient abondantes. Pour un homme non accoutumé à explorer ces solitudes , elles ont un caractère d'abandon, d’absence de vie qui surpasse de beaucoup l'effet d’une forêt déserte. Dans celle-ci, la vue est bornée par les arbres, et l'imagination est libre

de se représenter au-delà quelque scène plus animée; mais sur les Prairies, l’œil se perd dans une immense étendue sans apercevoir un signe d'existence humaine. On se sent hors des limites des terres habitées; on croit errer dans un monde dépeuplé. Tandis que mon cheval repassait lentement sur les sites de notre récente course, le délire de la chasse étant dissipé, jesentis vivement l'impression de ces circonstances décourageantes. Le silence du désert était interrompu de temps en temps par les cris d’un grand nombre de pélicans, qui se promenaient comme des fantômes autour d’un étang très éloigné, ou par le croassement sinistre d’un corbeau. Souvent aussi un loup effronté détalait devant moi; puis, ayant atteint la distance nécessaire pour se mettre en sûreté , il s’asseyait, et se mettait à hurler sur un ton si lamentable que la solitude en recevait un nouveau degré de tristesse. Après avoir marché quelque temps, j’aperçus au loin un homme à cheval sur le bord d’une colline; c'était le comte; il n'avait pas été plus heureux que moi, et tous deux nous rejoignimes bientôt notre digne camarade le virtuose, qui, les lunettes sur le nez, avait tiré deux ou trois coups infructueux.

sait d'environ quarante têtes , taurezux, vaches et veaux. Nous nous séparâmes l'un de l’autre à quelque distance, puis nous nous approchâmes

id Nous nous décidàmes à ne point rentrer au à Ÿ camp avant d’avoir encore tenté la fortune. T7 É Jetant les yeux sur l’immense prairie, nous ” { vimes à la distance d’ei:viron deux milles un le 4 troupeau de bufiles qui paissaient tranquillement ‘à | auprès d’une ligne peu profonde d’arbres et de le À buissons. Il fallait un léger effort de l’imaginais L tion pour se figurer que c’étaient des bestiaux sur Y un pré commun , et que sous le bosquet se trou- PS 4 vait une ferme solitaire.

li- : Notre plan était de tourner les buffles ,-et , en de î les prenant du côté opposé, de les chasser dans 7 L la direction où.le camp était situé. En agissant di à autrement , nous nous serions trop éloigné: nour a h qu’il nous fût possible de revenir au gîte avant di | la nuit. Ainsi donc, en prenant un long circuit, à D nous avançâmes lentement et avec circonspecjé ÿ tion, nous arrétant chaque fois qu’un des bufsal ë fles cessait de brouter; heureusement nous Eù d avions le vent en face, car sans cela ils nous auà L. raient : ‘tis et auraient pris l'alarme. De cette PL 4 manie: c nous parvinmes à les dépasser sans les si L: déranger de leur repas. Ce troupeau se compos 5

sur une ligne parallèle, espérant arriver près de ces animaux sans attirer leur attention. Cependant ils commençaient à se retirer tout dou-

cement , s'arrétant presque à chaque pas pour :

prendre encore une bouchée d’herbe, quand un taureau que nous n'avions pas vu parce qu'il faisait la sieste sous un massif d'arbres à notre gauche, se leva brusquement et se hâta de rejoindre ses compaguons. Nous étions encore assez loin d'eux; mais l'alarme était donnée, nous pressâmes le pas ;, ils se mirent au galop, et nous entrâmes en pleine chasse.

Le terrain étant plane, ils couraient à la file avec rapidité, deux ou trois taureaux formant

l'arrière-garde : le dernier, avec son corps énorme, son toupet et sa barbe vénérable, avait l'air du patriarche du troupeau d’un ancien monarque de la prairie.

L’apparence de ces grands animaux en fuite est en même temps grotesque et sublime quand ils déplacent leur lourde masse par l’abaissement et l'élévation alternatifs de leur cou raide et de leur grosse tête ; avec leurs queues retroussées à la Jeannot, dont la pointe hat l’air d’une manière formidable et pourtant ridicule , et leurs

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