‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 13 sur 56 · VOTAGK DANS LES PRAIRIES · texte numérisé non relu

VOTAGK DANS LES PRAIRIES

Les cliasseui's examinèi^nt attentivement la direction qu'elles prenaient ^ et la suivirent en se frayant le chemin à travers des racines entrelacées et des arbres tombés y les yeux toujours tournés vers le ciel. De cette manière ils ne perdirent point la trace des abeilles chargées, et les virent arriver à leur ruche , pratiquée dans le creux d'un chêne mort; elles entrèrent après avoir bourdonné autour, un moment, dans un trou situé à plus de soixante pieds au-<lessus du sol.

Deux chasseurs d'abeilles usèrent alors vigoureusement de leur hache au pied de l'arbre; les simples spectateurs et amateurs se tenaient <;ependant à une distance respectueuse pour être à l'abri de la chute de l'arbre et de la vengeance de ses habitans. Cependant les coups de hache ne paraissaient nullement effrayer ni inquiéter l'industrieuse communauté. Elles continuaient de vaquer à leurs travaux accoutumés, les unes arrivant au port avec leurs cargaisons , les autres sortant pour de nouvelles expéditions , à peu près comme les navires marchands, dans le port d'une grande ville de commerce , entrent et sortent sans se douter des banqueroutes et des dé-^ confitures qui les attendent; même un violent

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craquement qui annonçait la rupture du tix>nc ne les détourna point de leur intense poursuite du gain. Enfin l'arbre tomba avec un horrible fiticas et s'ouvrit du haut en bas^ laissant àdé* couvert les trésors accumulés de la république.

Un des chasseurs accourut à l'instant avec un paquet de foin allumé pour se défendre des mouches. Cependant elles n'attaquèrent point ^ ne cherchèrent point à se venger : elles semblaient stupéfaites, et voletaient , couraient autour des ruines de leur empire en bourdonnant, sans songer à nous faire le moindre mal. Chacun se mit à l'œuvre , pour retirer du tronc , avec des cuillers et des couteaux de chasse, les rayons de miel qu'il contenait. Plusieurs étaient d'un brun foncé et d'ancienne date ; d'autres étaient d'un beau blanc, et le miel de leurs cellules était presque limpide. Les rayons entiers furent mis dans des bidons pour être transportés au camp ; et ceux qui avaient été brisés dans la chute furent dévorés siir la place. On voyait tous ces rustiques chasseurs d'abeilles , tenant chacun un riche fragment qui dégouttait entre leui^ doigts, et disparaissait aussi vite qu'une tarte à la crème disparait devant l'appétit du dimanche d'un écolier.

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G/| YOYAGF. DAJVS LILS HHAIRIËS

El le chasseur d'abeilles ne profitait pas seul (le la ruine de cette industrieuse communauté. Pour compléter ranalogie de leurs habitudes à celles des hommes laborieux et avides de gain^ ces mouches ne négligent point de s'enrichir pai; le malheur de leurs semblables : je vis arriver à tire d'ailes un grand nombre d'essaims des ruches voisines- qui se plongèrent dans les cellules des rayons brisées avec la joyeuse avidité de riverains se jetant sur un bâtiment naufragé, puis s'envolèrent chargées de butin. A l'égard des propriclaires de la ruine ^ elles ne paraissaient avoir cœui' à rien, pas même à goûter au nectar qui coulait autour d'elles; mais on les voyait se traîner tristement et nonclialammeuty comme j'ai vu parfois un pauvrg malheureux regarder, les mains dans ses poches , en sifflant , d'un air distrait et découragé , les décombres de sa maison incendiée.

Il est difficile de décrire i é])abissement, la confusion des abeilles de la ruche en banqueroute, qui se trouvaient absentes lors de la catastrophe, et arrivaient de temps en temps avec leur cargaison. D'abord, elles décrivaient des cercles en l'air autour de l'ancienne place de l'arbre, étonnées de Ja trouver vide. Enfin ,

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comme si elles comprenaient leur désastre , elles se rassemblaient en groupes sur une branche desséchée d'un arbre voisin ^ et semblaient de là contempler la ruine gisante et se lamenter sur la destruction de leur empire. C'était une scène sur laquelle le mélancolique Jacques aurait pu moraliser pendant des ^heures entières.

Alors nous quittâmes la place j laissant encore beaucoup de miel dans le creux de l'arbre. « Il sera tout emporté par la vermine y dit l'un des chasseurs.

— Quelle vermine ? dis-je.

— Oh , les ours , les i^coons , les opossums ! Les ours sont les vermines les plus habiles du monde pour découvrir un arbre d'abeilles et en tirer parti ; ils Vous le rongent pendant plusieurs jours, et finissent par y faire un trpu assez large pour y passer leurs pattes ; et alors ils em-* portent le miel , les mouches , et tout ! »

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