‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 29 sur 56 · CHAPITRE XVUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVUI

e prairie. — Château de rocliers. — Traces de buf- — Daim chassé par les loups. — Les forêts transversales.

Après une marche assez longue et très fatigante à travers un pajs coupé de ravins et de petites rivières, et encombre de taillis épais, nous débusquâmes sur une grande prairie. Ici l'un des traits caractéristiques des régions les plus éloignées de l'Ouest s'offrit à nos yeux : une immense étendue de pays vert, onduleux, ou, comme on l'appelle sur !a frontière, roulant, et çà et là des gi-oupes d'arbres à peine distincts daiisie lointain qui produisait l'eiret de vaisseaux en pleine mer. La simplicité, la grandeur de ce paysage, lui donnaient xme expression imposante , sublime , dont ii était impossible de n'être pas vivement frappé. Au sud-ouest, sur le sommet d'une colline, ou voyait une crête de rochers d'une apparence singulière : ils ressemblaient à une forteresse démantelée, et me rap-

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pelaient les ruines d'un château des Maures couronnant une éminence au milieu d'une solitaire campagne espagnole. Nous donnâmes à cette colline le nom de Château de Rochers.

Dans ces vastes regions de chasse, les prairies diftèrent, par k nature de leur végétation , de toutes celles que j'avais vues jusqu'alors : au lieu d'une profusion de hautes plantes fleuries et de longues herhes flottantes , celles-ci étaient couvertes d'un herbage plus court, nomme gazon de buffles, dont les tiges, quoique assez dures, fournissent un abondant pâturage dans leur saison. Maintenant elles étaient presque desséchées, et, en plusieurs places, ne pouvjiient plus être broutées.

Nous approchions de cette saison agréable et sereine, mais un peu aride, nommée l'été indien. Une teinte vaporeuse tempérait l'ardeur du soleil et adoucissait les lignes du paysage en jetant sur les objets éloignés un vague mystérieux. Ce voile de vapeurs dorées s'étendait tous les jours de plus en plus , et on l'attribuait à des prairies incendiées au loin par des chassem^s indiens.

A peine avions-nous fait quelques pas sur la prairie que nous vîmes des empreintes profondes de pieds d'animaux (jui la traversaient en

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tous sens ; quelquefois deux ou trois allaient &i parallèle et à une petite distance l'une de Fautif : celles-ci furent reconnues pour des tnœMdé buffles^ sur lesquelles de nombreuses huidM avaient passé. On voyait aussi des traces de chevaux qui furent examinées avec attention par nos chasseurs expérimentés. Ce ne pouvaient être des traces de chevaux sauvages ^ puisqu'on ne voyait aucune empreinte de poulains. U était évident que les chevaux n'étaient pas ferrés, ils devaient donc appartenir à des chasseurs pawnies. Dans le cornas de la matinée, les traces d'un seul cheval ferré fuirent aperçues ; peut-être le cheval , d'un chasseur cherokis les avait laissées, ou bien c'était un cheval de la frontière volé par les sai^ vages. Ainsi, en voyageant dans ces solitudes périlleuses, la marque'dTun fer de cheval devient un sujet d'observations, de soupçons, de précautions. La question est toujours de savoir si ce vestige vient d'un ami ou d'un ennemi; s'il est récent ou d'ancienne date; si l'être qui l'a laissé est à portée ou non d'être rencontré.

Nous avancions toujours de plus en plus sur les tenues de chasse , et nous voyions à tous momens bondir à droite et à gauche des daims , qui s'enfonçaient dans les taillis; mais ces appari*

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lions n'excitaient plus la même aixleur de pom** suite. En descendant une pente de la prairie , entre deux plis de terrain , nous eûmes le spectacle d'une association de chasse naturelle : sept loups noirs et un loup blanc chassaient de compagnie un daim qu'ils avaient presque réduit aux abois. Us trayersèrent notre ligne sans parakre nous apercevoir; nous les vîmes courir leur gibier pendant un mille y en gagnant toujours du terrain , et ils sautèrent enfin sur sa croupe au mo-^ ment où il plongeait dans un ravin. Plusieurs de nos gens poussèrent leurs chevaux sur une hauteur d'où l'on découvrait le ravin. Le pauvre daim était complètement cerné; les uns le te-" naient aux flancs , d'autres à la gorge : il fit deux ou trois efibrts, deux ou trois bonds désespérés; mais il fut entraîné, terrassé, mis en pièces. Les loups noit*s> dans leur rage famélique, ne faisaient nulle attention au groupe de cavaliers ^ mais le loup blanc , probablement moins déterminé chasseur, les vit , lâcha sa proie, et se mit à fiiir à travers la Campagne, en faisant lever sur son passage quantité de daims qu'il troublait dans . leur repos au fond des ravins , et qui prenaient leur course en difiérentes directions. C'était une scène complètement sau-^

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va^e cl touL*a-fait digue des territoires de cillasse.

Nous avions alors une vue plus étendue de la Rivière Rouge, qui roulait ses eaux troubles entre des collines richement boisées^ et aiiimait un vaste et magnifique paysage. Dans ce canton^ les pi^iries voisines des rivières sont toujours variées, par des bois placés d'une manièi'e si heureuse qu'on les dirait plantés par la main de Tnrt. Il manque seulement un clocher de village ou les tours d'un château s'élevant çà et là au-? dessus des arbres , pour doimer à ces sites agrestes l'apparence des scènes naturelles ornées les plus célèbres de l'Europe.

Vers midi y nous atteignîmes la lisièi'e du bois transversal , cette ceinture de forêts qui s'étend sur quarante milles de largeur à travers le pays , du nord au sud^ de l'Arkansas à la Rivière Rouge^ et sépare les hautes prairies des prairies basses. Sur les confins de ces forêts, ù l'entrée d'une prairie, nous vîmes les traces d'un campement de Pawnies de cent à deux cents loges ; le crâne d'un bufUe gisait près du camp , et la mousse qui le couvrait montrait qu'un an au moins s'était écoulé depuis le séjour des Indiens en cet endroit. A environ un mille plus loin , nous campâmes

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SOUS un bosquet superbe , arrosé par une fontaine cpii formait un beau ruisseau. Notre journée avait été de quatorze milles.

Pendant l'après-midi, deux hommes de la troupe du lieutenant King, que nous avions laissés en arrière quelques jours avant pour chercher les chevaux égarés , nous rejoignirent; tous les chevaux avaient été retrouvés , mais plusieurs à de très grandes distances. Le lieutenant et dix-sept cavaliers étaient i^estés à notre deiv nier campement pour chasser un buffle dont ils avaient aperçu les traces rédentes; de plus, ils avaient vu un beau cheval sauvage, mais il s'était enfui avec une vitesse qui défiait leurs pom'suites.

On se flattait maintenant de rencontrer le lendemain, non seulement des buffles^ mais des chevaux sauvages, et la joie ranima tous les co^rs. Nous avions besoin d'un stimulant de cette sorte, car nos jeunes gens conunençaient à se lasser de marcher et de camper en ordre , et les provisions du jour étaient bornées. Le capitaine et quelques hommes allèrent à la chasse , et ne rapportèrent qu'un daim fort petit et quelques dindons. Nos deux chasseurs, Beatte et Tony , se mirent aussi en campagne. Le premier revint avec un daim couché en travers de son

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cheval , et le déposa ^ selon sa éoutnme , près de notre loge , sans rien dire. Tony revint sans gibier, mais avec sa charge habituelle de contes merveilleux ; lui et les daims qu'il poursuivait avaient tous fait des miracles. Pas un de ces derniers n'était venu à la portée de son fusil sans être toucbé dans une partie mortelle ; cependant , chose étrange à dire y tous avaient continué leur chemin comme si de rien n'était. Nous décidâmes que Tony , vu la justesse de ses coups ^ avait probablement tiré avec des balles enchantées; mais que les daims eux-mêmes étaient probablement enchantés. Cependant il nous rapporta une nouvelle plus importante : il avait vu les traces de plusieurs chevaux sauvages y et maintenant il se voyait sur le point de se signaler par de grandis exploits; car un des talens dont il se glorifiait le plus était son adresse à prendre les chevaux des prairies.

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