‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 41 sur 56 · CHAPITRE XXVll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVll

Campement de ploie. — Histoires d'ours. — Notions des Indiens sur les présages. — Scnxpule^oncemant les morts.

' Lorsque je rejoignis la troupe y je la trouvai établissant le camp dans un riche fond boisé y traversé par un petit ruisseau qui coulait entre dbs rives profondes et croulantes. La détonnation des armes à feu dura quelque temps de différens côtés ^ sur un troupeau nombreux de ^ndohs éparpillés dans le taillis. Nous étions depuis peu de temps à cette halte^ quand une pluie abondante nous annonça l'orage d automne qui se préparait depuis le matin. On fît à l'instant les préparatifs nécessaires pour le recevoir. Notre tente fut plantée , et nos provisions et nos bagages mis en sûreté sous cet abri. Nos hommes , Beatte , Tony et Antoine, enfoncèrent dans le sol des piquets dont les extrémités étaient fourchues , placèrent des bâtons au travers en manière de solives, et formèrent ainsi une sorte de hangar couvert d'éçorces et de peaux , fermé du côté opposé au

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vent, et ouvert en face du feu. Les cavaliers construisirent de semblables logettes, et allumèrent de grands feux devant leur ouverture.

Il était temps de prendre ces précautions : la pluie augmenta et continua pendant deux jours avec de très courts intervalle^. Ijc ruisseau qui coulait paisiblement à notre arrivée , devint un torrent bourbeux et bouillonnant', et la forêt se transforma en marécage. Les hommes se réfugiaient sous leurs hangars de peaux et de blankets , ou bien ils se tenaient en cercles pressés autour des feux. Des colonnes de fumée déroulaient leurs anneaux vaporeux à travers les branches, et, se perdant ensuite dans les airs, étendaient une sorte de voile bleuâtre sur les bois environnans. Nos pauvres chevaux, harassés, réduits à une maigreur, à une faiblesse pitoyables , par la longueur du voyage et la mauvaise nourriture, perdirent tout ce qui lem* restait de courage. Ils restaient immobiles, la tête basse, les yeux à demi fermés , secouant les oreilles et fumant à la pluie ; tandis que les feuilles jaunes de l'automne formaient, à chaque boufïëe de vent , des vagues légères autour d'eux.

Cependant, nonobstant le mauvais temps, nos chasseurs ne restèrent pas oisifs ; mais dans

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les intervalles où la pluie cessait y ils sortirent à cheval pour se mettre à l'afi&t dans les bois. De temps en temps le bruit éloigné d'un fasil nous annonçait la mort d'un daim.

On apporta de la venaison en abondance; quelques uns des cavaliers s'occupèrent, sôus les abris , à écorcher et à dépecer les pièces ; d'autres étaient employés , autour des foyers , à faire usage des broches et des chaudrons ; et bientôt une sorte de bombance régna dans le camp. La hache ne se reposait pas un instant, et fatiguait les échos de la forêt. Crac! un arbre gigantesque tombait, et en peu de minutes ses branches flambaient , pétillaient dans les énormes feux de camp; et quelque m.alheureux daim, qui se jouait naguère sous leur ombre , rôtissait alors devant elles.

Le cliangement de temps avait singulièrement afïectc notre petit Tony. Sa maigre stracture, composée d'os et de nerfs, était ix)ngée de rhumatismes; il avait mal aux dents, mal à la tête, le visage tiré, des douleurs dans chaque membre; et tout cela semblait accroître son activité : il se démenait autour du feu, rôtissait, fricassait, gix>gnait, gix)ndait ot jurait comme un vrai démoniaque.

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Beatte revint de la chasse .triste et mortifié : il avait trouvé un ours d'une dimension formidable^ et l'avait blessé ; mais il était entré dans le ruisseau qui maintenant coulait rapidement et à plein bord^ et Beatte, s'y lançant après lui , l'attaqua par derrière avec son couteau de chasse : à chaque coup, la béte, furieuse , se retournait en montrant des dents blanches et terribles.

Beatte avait pied dans le courant, et trouva moyen de pousser l'aninial hors de l'eau avec son fusil; et lorsqu'il se serait retourné pour se' mettre à la nage , il voulait essayer de lui couper les jarrets; mais l'ours parvint à s'échapper parmi les broussailles , et notre métis fut obligé d'abandonner sa poursuite. ;

Son aventure, si elle ne produisit point de gibier, rappela du moins différentes anecdotes qui furent contées le soir autour du feu , et dans lesquelles l'ours terrible figurait toujours en première ligne. Ce puissant et féroce animal est un thème fevori d'histoires de chasse parmi les hommes rouges et blancs de ces contrées. Un brave Indien porte à son cou les énormes griffes de ce redoutable ennemi comme un trophée plus honorable qu'un scalp humain. On voit rarement cet ours au-dessous des hautes prairies

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et des premières chaînes des montagnes de rochers. Les autres espèces d'ours sont dangereuses quand elles sont blessées , mais cherchent raréfient à combattre si on leur permet de fuir.

L'ours teï*rible est le seul , parmi les animaux de nos déserts occidentaux, qui soit enclin à des hostilités non provoquées. Sa grandeur et sa force prodigieuses en font un adversaire redoutable, et sa vie est tellement dure qu'il brave souvent l'adresse des chasseurs en échappant aux coups de feu et aux blessures du couteau de chasse.

Une des anecdotes contées en cette occasion ofïrait une vive peinture des accidens et des vicissitudes auxquels sont exposés les rôdeurs de notre frontière. Un chasseur, en poursuivant uti daim , tomba dans un de ces puits profonds qui restent dans les Prairies après les grandes pluies^ et sont connus sous le nom à'égouts. A son inexprimable horreur il se trouva en contact , au fond de ce trou, avec un ours terrible .d'une grandeur énorme. Le monstre le saisit , une lutte mortelle s'ensuivit ; et le malheureux chasseur, grièvement déchiré et mordu, ayant eu un bras et une jambe fracassés , réussit néanmoins à tuer son formidable ennemi. Pendant plusieurs jours

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il resta au fond du puits ^ trop brisé. pour se mouvoir^ se nourrissant de la chair crue de l'ours, et prenant soin de tenir ses blessures ouvertes, afin qu'elles pussent se guérir par degré et radicalement. Enfin il reprit assez de force pour grimper au sommet du puits et sortir sur la prairie : il gagna, en' ranapant'et avec beaucoup de peine , un ravin formé par un rtMSseau presque sec ; là il but avec délice de l'eau fraîche qui le ranima un peu , et , en se traînant d'une flaque d'eau à une autre , il se soutint avec de petits poissons ,et des grenouilles.

" Un jour il vit un loup chasser et tuer un daim sur la prairie voisine. A l'instant il rampa hors du ravin , effaroucha le loup , et se couchant à côté de sa proie , il y resta assez de temps pour faire plusieurs repas succulens qui lui rendirent une grande partie de ses forces.

En retournant au ravin , il sbivit le cours du ruisseau jusqu'à ce qu'il devînt une rivière assez fi)rte. Il la descendit en se laissant aller au courant , et juste , à son embouchure dans le Mississipî, il trouva un arbre tômbé"qu'il lança avec quelque difficulté , et , se mettant dessus à califourchon, il flotta jusqu'en face du fort à Council- BlufTs. Heureusement il arriva de jour, autrement

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