‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 5 sur 56 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Une agence indienne. — Riflemen ( corps de rôdeurs ou batteurs de pays. ) — usages. — Cricks — Chasseurs. — Cliiens,^ — Chevaux. — Métis. — Beatte-le-chasseur.

Quand nous eûmes passé la rivière, nous atteignîmes bientôt l'agence où le colonel Choteau tient ses bureaux et ses magasins pour l'expédition des affaires avec les Indiens et la distribution des présens , des subsides et des provisions nédessaires à ceux qui visitent les prairies. L'établissement, composé d'un petit n^pibre de maisons de bois (log-houses ) construites sur le bord de la rivière , présentait le bizarre mélange d'une scène de frontières : là nous attendaient les hommes de notre escorte , quelc[ues uns à cheval , d'autres se promenant ou s'amusant à tirer au blanc, d'autres encore assis sur des arbres tombés ; c'était une troupe vraiment hétérogène. Plusieurs avaient des habits taillés dans des couver tm^es de laine verte, d'autres portaient des chemises de chasse en cuir,, mais la plupart

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étaient couverts de vêtemens merveilleusement usés et mal feits, évidemment endossés pour épargner à de meilleures hardes un rude service.

Près de ces hommes était un groupe d'Osages , à la mine imposante , aux formes classiques, simples et graves dans leur costume et leur maintien. Us ne portaient aucun ornement, et tout leur habillement consistait en blankets (couvertures de laine) et en mocassins (brodequins). Us avaient la tête nue, et les cheveux coupés très court ,, à Hexcepjiion d'une raie sur le sommet du crâne, cjui faisait l'effet du cimier d'un casque, et d'une longue mèche à scalper, qui tombait par-derrière. La coupe de leurs traits était ceUe dite romaine ^ et comme leurs bknkets éta^nt généralement tournées autour de leurs reins, de manière à laisser le buste et les bras nus, ils ressemblaient a de belles statues de bronze. Les Osages sont les Indiens les plus beaux et les mieux faits que j'aie jamais vus dans les régions de l'Ouest. Us n'ont pas encore cédé à l'influence de la civilisation au point de quitter leurs habitudes de chasseurs et de guerr riers , et leur pauvreté les empêche de déployer aucune espèce de luxe.

En parfait contraste avec ceux-ci paraissait, à

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quelque distance, un parti de Cricks, dans un brillant appareil. Au premier coup d'œil les hommes de cette tribu ont un aspect tout-à-fait oriental. Ils portent des chemises de chasse en calicot de couleurs vives et variées , ornées de franges , et serrées autour du corps par de larges ceintures enrichies de verroteries ; des guêtres de peau de daim préparée ou de drap écarlate ou vert, terminées par des jarretières brodées et des glands ; enfin des brodequins très curieusement travaillés, et ajustent avec assez de grâce autour de leur tête des mouchoirs de toutes sortes de nuances éclatantes.

Là se trouvait encore une foule bigarrée de chasseurs au piège et au tir, de métis, de nègres de tous les degrés, depuis l'octavon jusqu'au noir complet, enfin de toutes les autres espèces d'êtres sans nom , qui fom^millent autour des frontières entre la vie civilisée et la vie sauvage , de même que les chauves-souris, ces oiseaux équivoques, planent sur les confins de la lumière et des ténèbre».

Tout le petit hameau de l'agence était en mouvement. Le hangar du forgeron , en particulier, oflFrait une scène d'activité extraordinaire. Un nègre ferrait un cheval ; deux métis fabri-

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quaient des cuillers de fer dans lesquelles on devait fondre le plomb pour faire des balles. Un vieux chasseur, en veste de cuir et en mocassin , avait posé son fusil contre l'établi, et contait ses exploits tout en surveillant l'opération. Plusieurs chiens énormes flânaient dans la forge et en dehors , ou dormaient au soleil , et un petit roquet, la tête penchée de côté et une oreille dressée, examinait avec la curiosité ordinaire aux petits chiens les procédés du maréchal , comme s'il avait eu l'envie d'apprendre son métier, ou qu'il eût attendu son tour pour être ferré.

Nous trouvâmes le comte et son compagnon le virtuose prêts à marcher : comme ils avaient l'intention de regagner les Osages et de passer quelque temps a chasser au buffle et au cheval sauvage , ils avaient ajouté à leurs montures de voyage, des chevaux de la meilleui'e espèce qu'on devait' mencîr en lesse et ne monter que pour la chasse.

Ils avaient de plus engagé à leur service un métis français-osage , sorte de maître Jacques propre à la chasse , à la cuisine,. à prendre soin deç chevaux ; mais il joignait à ces talens variés une propension irrésistible à ne rien faire, com-

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mune à cette race mêlée , engendrée et nourrie autour des missions. Par-dessus tout cela, c'était un joli garçon, un Adonis de la frontière; il était fier de ses avantages personnels , et plus encore d'être, à ce qu'il croyait, hautement allié , sa sœur étant la maîtresse d'un riche négociant blanc.

De notre côté, nous désirions aussi , le commissaire et moi, ajouter à notre suite un homme accoutumé aux courses dans les bois, et capable de nous servir comm.e chasseur; car notre petit créole , chargé de la cuisine pendant les haltes et de la conduite des chevaux de bât pendant les marches, avait assez à faire. Un individu tel qu'il nous le fallait se présenta , ou plutôt nous fut recommandé dans la personne d'un certain Pierre Beatte, de race croisée d'Osage et de Français, On nous assura qu'il connaissait parfaitement le pays , l'ayant traversé dans toutes les directions en participant à des expéditions de chasse ou de guerre. Il pouvait nous être également utile comm.e guide et comme interprète , et passait pour un chasseur habile et déterminé.

Cependant sa mine me déplut quand il me fiit d'abord designé , tandis qu'il rôdait dans le hameau , vêtu d'une vieille veste de chasse avec des

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guêtres ou mé tusses y de peau de daim crasseuses ^ tachées ) presque vernissées parmi frottement longuement prolongé. Il n'annonçait pas plus de trente-six ans, et sa structure était carrée' et forte; ses traits n'étaient point mal, puisqu'ils étaient à peu près dans la forme de ceux de Napoléon : seulement les hautes pommettes indiennes donnaient à ceux-ci un caractère moins noble. Peut-être la teinte d'un jaune verdàtre de ce visage le faisait ressembler encore davantage à un buste en bronze de l'Empereur que j'avais vu autrefois; mais à tout prendre sa physionomie était sombre et sournoise, et cette expi*ession peu agréable était renforcée par un vieux chapeau de laine rabattu sur ses yeux , et 'des mèches de cheveux enmêlées qui retombaient le long de ses oreilles.

Telle était Tapparence de l'homme ^ et ses manières n'avaient rien de plus engageant : il était froid, laconique, ne faisait aucune promesse , ne se vantait d'aucun talent. Il nous dit à qtidles conditions il consentirait à nous engager ses services et ceux de son cheval; nous les trouvâmes dures; mais il ne parut nullement disposé à en rabattrl^ , et nullement empressé de s'assurer l'emploi qui s'offî^ait a lui. Il tenait un

peu plus de l'homme rouge que du blanc, et j'avais appris depuis long-temps à me défier des métis , race inconstante et sans foi. Je me serais donc volontiers dispensé de la éoopération de Pierre Beatte; mais nous n'avions pas le temps de chercher une autre personne, et il fallut s'arranger avec lui sur-le-champ. Alors il nous dit qu'il allait faire ses préparatifs pour le voyage , et promit de iious rejoindre à notre campement du soir.

Une chose essentielle manquait à mon équipage* pour les prairies : c'était un cheval sûr et docile. Je n'étais pas monté selon mon goût ; l'animal que j'avais acheté était fort, de bon service, mais sa bouche et son allure étaient dures. Au dernier moment , je réussis dans mes vues , et je me procurai une excellente bête, un bai brun, vif, généreux, puissant, et en très bon état. Je le montai en triomphe, et transférai le gris d'argent au petit Toriny, qui fiit datîs une extase complète de se voir en parfait ca^ {palier. •

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