CHAPITRE IV
Le Départ.
Lts notes prolongées d'un cor de chasse donnèrent le signal du départ. Les cavaliers défilaient un à un^ formant une ligne serpentaire à travers les bois. Nous fumes bientôt à cheval, et les suivîmes ; mais nous étions sans cesse arrêtés dans notre marche par l'irrégularité des mouvemens de nos bétes de somme. Elles li'étaient pas accoutumées à garder leur rang , et s'écartaient de côté et d'autre dans les bosquets en dépit des juremeqset des exécrations de Tony, qui, monté sur son gris d'argent avec un long fiisil sur l'épaule, leur courait après en vomissant une surabondance d'injures auxquelles il joignait une surabondance de coups.
Nc^us perdîmes donc assez vite la vue de notre escorte ; mais nous tâchâmes de rester sur ses traces. Nous traversâmes de majestueuses forêts, des taillis presque impénétrables, et nous vîmes ça et là des wigwams indiens et des huttes
-VOYAGE DANS LES PRAIUIKS, CtC. a5
de nègres,jusc{ue vers le soir, où nous arrivâmes a une ferme frontière, propriété d'un colon nommé Ben^yhill. Cette ferme était située sur une colline au pied de laquelle nos cavaliers étaient campés dans un bosquet circulaire près d'un ruisseau. Le maître de l'habitation nous reçut poliment, mais ne put nous offrir l'hospitalité , car la maladie régnait dans sa famille. Lui-même , en dépit de ses formes athlétiques , paraissait en fâcheux état : il avait le teint blême, fiévreux, et une double voix qui passait brusquement d'un fausset tremblotant et sifflant à une basse soiu:de et rauque.
Sa maison étant un véritable hôpital encombré de malades , nous fîmes dresser notre tente dans la cour de la ferme. .
Nous étions à peine campés lorsque nous vîmes paraître notre demi-Osage Beatte, monté sur un bon cheval, et en conduisant un autre en lesse , chargé de différentes provisions pour l'expédition.. Beatte était évidemment un vieux soldat expérimenté , accoutumé et s'entendant à mer veille à prendre soin de lui-même. U se regardait comme attaché au gouvernement, étant employé par le commissaire , et il avait requis des rations de farine et de lard, et les avait mises