‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 51 sur 56 · H) VOYAGE DANS LES PRAIRIES · texte numérisé non relu

H) VOYAGE DANS LES PRAIRIES

prairie seulement quand ceux-ci les ont abandonnées à cause de la mort de quelque parent; car il parait que la sensibilité de ces singuliers petits quadrupèdes ne leur permet pas de rester dans un lieu où ils ont perdu un ami. D'autres affirment que le hibou est une sorte d'intendant, de concierge pour le chien de praiiûe, et l'on prétend même , vu la ressemblance de leur cri , que l'oiseau apprend à japer aux jeunes chiens y et sert de précepteur dans les familles.

A l'égard du serpent à sonnettes y on n'a rien découvert de satisfaisant sur le rôle qu'il joue dans l'économie domestique de cette intéressante communauté. Quelques personnes insinuent que cet animal rusé s'introduit comme un vrai sycophante dans l'asile de l'honnête et cré<dule chien de prairie y qu'il trompe indignement. 11 est certain qu'on l'a surpris parfois mangeant quelques uns des petits de ses hôtes , et qu'on peut inférer de là qu'il se permet ,en secret des dédommagemens au-dessus de ceux qui sont ordinairement accordés aux parasites soufiire-douleurs.

Tout ce que j'avais entendu dire sur ces petits animaux sociaux et politiques me faisait appro-^cher de leur village avec un grand intérêt; mal-

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heureusement 9 dans le courant de la journée ^ il avait été visité par quelques chasseurs, qui avaient tué deux ou trois des citoyens. Toute la république était donc outragée et irritée. Des sentinelles avaient été posées, et à notre approche y nous entendîmes cette garde avancée décamper poiu* donner Talarme. Les citoyens, qui se tenaient prudemment assis à l'entrée de leui^ trous respectifs ^ après un court japement , s'enfoncèrent dans la terre , leurs talons a'agitant en l'air, comme s'ils avaient battu des entrechats.

Nous traversâmes le village , qui couvrait un espace de trente acres. Pas un seul habitant ne s'y montrait. On y voyait d'innombrables trous, chacun desquels avait à côté de lui un monticule de terre formé par le petit animal en creusant ses galeries souterraines. Tous ces trous étaient vides aussi loin que nous pûmes les sonder avec les crosses de nos fusils , et nous ne dénichâmes ni chien, ni hibou, ni serpent à sonnettes. Nous nous retirâmes à petit bruit ; et nous asseyant à terre non loin du terrier , nous restâmes assez long - temps immobiles et en silence , les yeux fixés sur le village abandonné. Par degrés, nous vîmes de vieux bourgeois expérimentés qui , se trouvant logés près des limites du village, pas-

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saient doucement le bout de leui^ nez, puis se retiraient à l'instant ; d'autres plus éloignés sortaient tout-à-fait; mais, en nous apercevant, ils faisaient leur culbute ordinaire, et se plongeaient dans leur trou. Enfin , quelques habitans du côté opposé , encouragés par la tranquillité continue, se glissèrent hors de leur maison , et se hâtèrent de courir à un trou situé à une assez grande distance , comme s'ils allaient, chez mi ami ou un compère , juger et comparer leurs observations mutuelles sur les derniers événemens. D'autres, encore plus hardis , formaient de petits groupes dans les rues et les places publiques , et s'occupaient évidemment des outrages récens faits à la république, et du meurtre barbare de leurs concitoyens. Nous nous levâmes, et nous avancions en tapinois pour tâcher de les voir de plus près ; mais, biouf ! biouf! biouf! fut le mot passé de bouche en bouche. Il y eut descampatwos général. De tous côtés , nous vîmes des pieds tricotant; et , dans un instant , tout disparut âous la terre.

La nuit mit fin à nos observations; mais, longtemps après notre retour au camp , nous entendîmes une faible clameur s'élever du village; on eut dit que ses habitans déploraient en commun la perte de quelque grand personnage. '

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