VOYAGE DANS LES PUAIRIES
poêle II frire avec assez peu de soin , moulu dans un sac de peau , sous une pierre ronde y et on le faisait bouillir ensuite dans notre priiKipal et presque unique ustensile de cuisine, la marmite de camp, dans de l'eau de branche , ou de ruisseau, laquelle est toujours, sur les Prairies, fortement colorée par le sol, dont elle contient d'abondantes particules en état de solution ou de suspension. Nous avions en effet, dans le cours de notre voyage, senti le goût de toutes les variétés de terrain , et les eaux que nous avions bues pouvaient lutter, sous le rapport de la diversité de couleur, sinon de saveur, avec les teintures de la boutique d'un apothicaire. Une eau pure et limpide est un luxe très rare et très précieux siir les Prairies , du moins pendant cette saison.
Le souper fini , nous posâmes des sentinelles autour de notre miniature de camp ; les peaux et les couvertures furent étendues sur les branches des arbres, mxiintenant presque dépouillés de leur feuillage, et chacun «dormit d'un sommeil profond et rafraîchissant jusqu'au jour.
Le soleil se leva .brillant et pur; le camp résonna encore de» sons de la joie : on était ranimé par la pensée d'arriver bientôt au fort , et de se
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régaler de pain et de végétaux ; même notre homme saturnin , le métis Beatte, sembla se dérider un peu. en cette occasion, et je l'entendis , en amenant les chevaux pour commencer la journée , chanter d'un ton nasal une très mélancolique chanson indienne. Cependant toute cette gaîté se dissipa bientôt dans les fatigues de la marche , sur un terrain aussi rude , aussi montueux y aussi difficile que celui de la veille. Nous atteignîmes, dans le courant de la matinée, la vallée où la Petite Rivièi^e coule en serpentant à travers un large fond d'alluvion. Elle était alors débordée , et avait inondé la plus grande partie de la vallée. La difficulté était de distinguer le courant des grandes nappes d'eau qui s'étendaient sur ses bords, et de trouver un endroit guéable. La rivière semblait en généralprofonde et bourbeuse, et ses rives étaient escarpées et d'un terrain peu sûr. Pilotés par notre métis Beatte, nous errâmes assez long-temps parmi les nombreuses boucles de cette rivière : c'étaient
de vrais labyrinthes de marécages , et de mares stagnantes, d'où nos chevaux épuisés ne pouvaient quelquefois retirer leurs pieds, arrêtés tantôt par des racines, tantôt par des plantes grimpantes , ou bien enfoncés dans la bourbe ;