‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 24 sur 52 · tome II · texte numérisé non relu

tome II

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grand nombre dé capsulés. Je n omettrai point de dire en passant , que , lors de mon voyage , les marchands de Villa do Fanado et de S. Domingos allaient acheter le coton, argent comptant, entre les mains des cultivateurs de S. Miguel , et le payaient, sans semences, 45ooo reis (25 f.)l’arrobe de 320 livres et 600 reis avec les graines. La meme qualité se vendait à Bahia de 6 à 8, 000 reis.

Le commandant de la 7e division avait pris tous les moyens imaginables pour me procurer un jeune Botoeudo; mais ne pouvant y réussir dans les environs de S. Miguel , il donna à cet effet des ordres à un soldat, appelé Raimundo Ferreira de Souza , qui vivait au milieu d’une troupe d’indiens, dans les environs du Quartel de Teixeira.

Avant de quitter le poste , je vis Raimundo arriver avec un Botocudo qui pouvait avoir de i5 à 16 ans : c’était celui que l’on me destinait. Ce jeune homme, fds d’un chef que les Portugais nommaient Capitâo BrancOj avait tous les traits des Américains 5 mais sa peau était tellement blanche, ou pour mieux dire blafarde , que plus drune fois j’ai soupçonné qu’il pouvait y avoir chez lui quelque chose de cette bizarre aberration que les albinos présentent dans la race africaine1. Firmiano, c’était son nom , s’était débarrassé des espèces de bondon qu’on lui avait fait porter autrefois : mais il restait un trou tellement énorme à ses / •

oreilles , qu’il pouvait relever la partie inférieure de

1 Le nom de Capitâo branco avait été donné au père de Firmiano à cause de la couleur blanche de sa peau.

celles- ci et la faire passer derrière la supérieure. Le trou de sa lèvre n’avait guère que la largeur d’une pièce de trente sous-, cependant, quand il buvait, quelques gouttes du liquide s’échappaient par cette ouverture.

On n’avait point dit à Firmiano qu’il quittait sa patrie pour me suivre sans retour. Raimundo ne lui avait parlé d’abord que d’un voyage de peu de durée*, ce n’est qu’après être parti qu’il lui avait demandé s’il voulait m’accompagner, et Firmiano y avait consenti. O11 n’avait fait à ce jeune homme aucune violence ; mais on l’avait trompé , et , je l’avouerai avec franchise , je n’aurais pas dû le souffrir. Ce qui pouvait cependant diminuer mes scrupules, c’est que les Botocudos les plus voisins de la 7e division n’étaient déjà plus, à l’époque démon voyage, ce qu’ils furent autrefois loin des hommes de notre race au sein de leurs forêts 5 les mulâtres et les blancs qui les environnaient ne pouvaient que les corrompre -, nos goûts étaient devenus ceux de ces malheureux Indiens, et n’ayant encore aucune industrie pour les satisfaire , ils étaient ainsi tombés dans la dépendance des hommes les plus vils. Je pensais qu’il me serait aisé de rendre Firmiano plus heureux qu’il ne l’eût été à S. Miguel , et j’espérais qu’il ne me serait pas non plus bien difficile de le rendre meilleur.

Au reste , si ce fut un tort de faire sortir ce jeune homme de son pays , je 11e crus pas devoir retourner en France sans rendre hommage à la liberté des Indiens, en faveur de laquelle l’ami de l’humanité ne saurait trop élever la voix. Étant à Rio de Janeiro, je

demandai à Firmiano s’il voulait m’accompagner en Europe ou retourner parmi les siens. Il préféra ce dermei parti, et je fis la dépense de le renvoyer à Minas Novas sous la conduite de mon domestique , l’honnête et estimable Antoine Laruotte. J’avais malheureusement donné ordre à celui-ci de passer par le Sertâo. Firmiano tomba malade chez l’excellent curé de Contendas, M. Antonio Nogueira Duarte. On était alors à l’approche des pluies , et Laruotte pouvait être surpris par elles. AL Duarte le décida donc à partir; il lui promit qa il se chargerait lui-même d’envoyer le Botoeudo au hameau de S. Miguel , et je ne dois pas douter qu’un homme dont j’ai reçu tant de marques d’amitié n’ait rempli un engagement qu’il savait contracter bien plus encore envers moi qu’ envers mon domestique.

Je ne saurais m’empêcher de raconter ici l’histoire de ce Raimundo Ferreira de Souza, qui m’avait amené Firmiano. Soldat clans la 7e division, il commit une faute très -grave contre la discipline. I^a crainte d’être puni l’engagea à déserter , et il se réfugia au milieu d’une troupe de Botocudos. La, il quitta ses habits, coupa ses cheveux comme les sauvages, et se peignit comme eux de rocou et de genipcipo (. genipci americcina). Bientôt il inspira de la confiance à ses hôtes; leur parlant avec autorité, il sut s en faire obéir, et ils le reconnurent pour chef; mais en même temps il resta subordonne a leui ancien capitaine. Ce pendant celui-ci tomba malade, et avant de rendre le dernier soupir, il engagea sa tribu à reconnaître Raimundo pour son successeur. Devenu capitaine, le

jeune Portugais exerça sur sa troupe l’autorité la plus absolue , et en même temps il sut s’en faire aimer. Comme un tel homme pouvait être utile , le commandant Juliâo obtint de la junte militaire de Villa Rica le pardon de Raimundo. On lui rendit sa paie, et on lui conféra le titre de directeur , pour qu’il continuât à vivre parmi les Botocudos , et travaillât à leur civilisation. Raimundo, redevenu Portugais, quoique vivant toujours parmi les sauvages, a renoncé à leur manière de vivre ; il a cessé d’aller dans les bois -, il a repris ses habits et a laissé croître ses cheveux. Dirigés par lui, ses Botocudos ont construit des maisons ; les hommes ont pris l’habitude de cultiver la terre , et les femmes celle de fder ; la plupart ont quitté les morceaux de bois qu’ils portaient aux oreilles et à la lèvre inférieure; tous savent un peu de portugais , et quelques jeunes gens même ne veulent plus parler leur langue maternelle. C’est en très -peu de» temps que Raimundo a opéré cette espèce de révolution , et toute son histoire prouve que ce n’est point un homme ordinaire. Il n’a pas plus de vingt ans (en 1817), et il est mulâtre; sa physionomie ouverte annonce cle là hardiesse et de l’esprit; il est poli, et toutes ses réponses indiquent du jugement et de la sagacité. Cependant il n’y a personne qui ne sente qu’un homme aussi jeune et sans éducation n’était point celui qu’il eût fallu pour rendre les Indiens heureux, et pour les amener à la<civilisation dont ils sont susceptibles.

Je questionnai Raimundo pour savoir si les Botocudos avaient quelque idée d’un être souverain, et il nio

répondit qu’ils attribuaient la divinité ausoleilMls ont, ajouta-t-il, d’anciennes prières qu’ils adressent à cet astre pour lui demander la victoire sur leurs ennemis, et le bonheur après leur mort 2. Depuis qu’ils vivent , pour ainsi dire , au milieu des Portugais , c’est au soleil qu’ils ont appliqué tout ce qu’on leur a dit du Dieu des chrétiens, et leur foi dans cet astre n’a fait qu’augmenter. Tous , quand ils sont malades, demandent le baptême, et ils pensent que, par ce sacrement, ils seront réunis au soleil , et que là ils vivront parfaitement heureux, vêtus , ne connaissant plus la faim , et n’ayant plus rien à craindre de leurs ennemis.

Ces idées , l’ignorance où sont les Botocudos du mot tupdy tupan ou tupana (Dieu) 3, leur langage di lièrent de celui de tant d’autres peuplades , leurs ornemens bizarres , tendent à prouver , je le répète , qu’ils

n’ont pas tout-à-fait la même origine que les autres In-

1 Voyez ce qui a été dit plus haut , au ctiap. VII, sur les croyances des Botocudos.

a Je ne saurais , je l’avoue , m’empêcher d’avoir des doutes sur cette particularité.

3 Non -seulement ce mot se trouve dans la langue des divers Indiens dont j’ai fait mention , mais encore dans la lingua gérai, parlée avec des différences au nord de Rio de Janeiro et au Paraguay. « Eâ vulgo utuntur circiter decem « nationes barbarorum qui juxta littora atque etiam in medi- « terraneis degunt. »» Laet. Nov. Orb., cap. 3, p. 645, dans le Dicc. Port, e Bras. — Hervas , au rapport de Southey, compte seize nations qui parlaient des dialectes d’un même langage, qui n’est autre que la lingua gérai dont il s’agit ici.

AU BRÉSIL. a3i

diens. Les Botocudos semblent par leurs traits se rapprocher plus particulièrement de la race mongole , et le chant des Chinois n’est réellement que celui des Botocudos extrêmement radouci \ Ne serait -il pas possible qu’ils vinssent du plateau de l’Asie, tandis que d’autres peuplades devraient leur origine à quelqu’un des rameaux les moins nobles de la race caucasique, tel que le phénicien, rameau qui se serait altéré en Amérique par l’influence du climat et par des mélanges avec les Indiens de race plus décidément mongole 2 ? Ce qui me paraît presque certain , c’est que la race africaine tend à se perfectionner dans les parties de l’Amérique que j’ai parcourues , et la race caucasique à s’y détériorer. Si l’on veut lire les récits d’Azara, qui fut si exact, et qui à cet égard n’était prévenu par aucun système, je présume qu’on aura moins de peine à adopter cette idée, sur laquelle j’aurai peut-être occasion de revenir 3.

* Voyez Y Introduction à V Histoire des Plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay.

2 Ces mélanges sont indiqués par les traditions des Indiens de Passanha que j’ai déjà rapportées.

3 Vasconcellos, au rapport de Southey, divise les Indiens en deux classes , les sauvages et ceux qui étaient d’un caractère doux ( tame and wild Indians ). Parmi les derniers ,

il comprend tous ceux qui parlaient la langue tupi ou lingua gérai ; quant aux autres, il les appelle Tapuyas, et il considère comme une branche de ceux-ci les Aymores, souche des Botocudos. Dans mon hypothèse , les Tapuyas seraient mongols ou plus décidément mongols, et les Indiens de la langue tupi auraient quelque chose d un des

Je passai l’Arassuahy à Boa Vista da Barra do Calhao, et je mis deux jours pour me rendre au village de S. Domingos, situé à huit lieues et demie portugaises de cette habitation.

Ce pays fut autrefois couvert de catingas ; mais principalement jusqu’à Azjazeîidci de S. Rit a, je trouvai ces bois remplacés presque partout par des plantations de cotonniers ou par des capoeiras. Depuis que je voyageais dans la province des Mines, je n’avais pas encore vu une si grande étendue de terres en cul-

rameaux les moins nobles de la race caucasique. George de Horn pense que, dans les temps reculés, l’Amérique fut peuplée par des Huns et des Tartares -Catayens , et qu’en— suite des Carthaginois et des Phéniciens furent jetés sur la côte occidentale du nouveau continent. Non — seulement mon hypothèse est conforme à l’opinion de ce savant, mais encore elle s’accorde avec les faits et la tradition historique. En effet, les descendans des Mongols, arrivés en Amérique à une époque extrêmement ancienne , devaient être moins civilisés que ceux des Phéniciens, et, lorsque ces derniers débarquèrent, ils durent , pour s’établir, être forcés de repousser les premiers vers l’intérieur. Or, d’un côté , la tradition historique nous apprend que les Tapuyas, les plus anciens habitans du Brésil , furent chassés du littoral par les Tupis; et d’un autre côté, ceux-ci, dans l’état sauvage , étaient plus civilisés que les Botocudos représentais actuels des Tapuyas, puisque nous savons que, vers le temps de la découverte , les Indiens de la côte de Rio de Janeiro , de race tupi, cultivaient. la terre, faisaient des fortifications, et connaissaient l’art de naviguer dans des pirogues.

ture. Le chemin suit toujours 3e cours de T Arassuahy ; et , dans certains endroits, la vue doit être charmante , lorsque les arbres sont couverts de fleurs et de verdure. Il n’en était pas ainsi à l’époque où je voyageais -, les feuilles à demi flétries des cotonniers pendaient sur leur tige ; les plantes étaient desséchées presque jusqu’aux bords de la rivière, et là seulement s’élevait une ligne étroite de verdure formée par quelques arbrisseaux et par cette graminée à feuilles en éventail que j’ai déjà décrite. Il régnait dans toute la nature une profonde immobilité , et un Européen devait en être frappé d’autant plus que nous sommes accoutumés à voir le défaut de verdure accompagné du bruit des pluies et de celui des ouragans \

Ce ne sont pas seulement les cotonniers que l’on cultive dans ce canton. Il produit aussi du maïs et des haricots , et l’on peut même planter du riz sur le bord de J a rivière. Le maïs rend jusqu’à deux cents pour un ; mais les grandes sécheresses sont fréquentes, et alors les récoltes manquent : l’année où je voyageais en fut un exemple1 2.

La culture suppose toujours des habitations , aussi en trouvai -je un assez grand nombre dans l’espace

1 A une demi-lieue de S. Domingos , le chemin s’éloigne de l’Àrassuahy, et alors , ce qui est assez singulier, je trouvai les arbres moins dépouillés de feuilles.

2 On me dit dans le pays que ce n’était pas seulement en septembre qu’on semait le maïs , mais qu’on pouvait aussi le semer à la Saint— Jean.

de terrain que je parcourus le jour que je quittai Boa Vista ; mais elles n’annonçaient point l’opulence. Je fis halte à celle de Santa Rita , dont le propriétaire, qui était un vieillard, père de quinze enfans , m’accueillit avec beaucoup d’hospitalité. Quoique paraissant jouir de quelque aisance, M. Martinho Vieira dos Santos n’était qu’un simple charpentier, et cependant il ne voulut rien recevoir pour ma nourriture , ni même pour celle de mes bêtes de somme.

Mon hôte me fit voir sur les bords de l’Arassuahy une mécanique que lui- même avait construite, et qui faisait mouvoir en même temps des cylindres propres à séparer le coton de ses graines , et des pilons destinés à tenir lieu de manjola et de moulin à moudre. L’eau faisait tourner une roue placée à l’extrémité d’un axe assez long. Dans son milieu, cet axe était traversé par les pièces de bois qui soulevaient les pilons -, et, à l’extrémité de l’axe opposée à celle où était la grande roue que l’eau faisait mouvoir, en était une autre plus petite également verticale. Cette dernière s’engrenait avec une autre roue verticale comme elle , et sur Taxe de cette roue était bâti un tambour qui mettoit en mouvement les petits cylindres destinés à séparer le coton de ses graines.

Lorsquej’étaiscbez M. Martinho Vieira dos Santos, un nègre à qui l’on avait mis un collier de fer vint se jeter à mes pieds, me conjurant d’intercéder auprès de son maître en sa faveur. Quelques mots me sufïirent pour mettre un terme à la punition de ce malheureux, et cependant il était visible que le maître ne cédait qu’avec

une extrême répugnance. En général, c’est rarement en vain qu’un blanc sollicite la grâce d’un esclave % patronage bienfaisant qui montre tout à la fois combien sont douces les mœurs des habitans du Brésil, et combien ils ont d’estime pour la couleur blanche.

Mais ce n’est pas à ce qui concerne les esclaves que se borne le pouvoir des sollicitations. Le desservant de Sucuriü m’avait prié de m’intéresser auprès du commandant Juliâo en faveur d’un soldat qui désirait obtenir son congé. J’en parlai très - légèrement au commandant, et, sans la moindre difficulté, il m’accorda ma demande. Ce serait dans ce pays une trèsgrande impolitesse de refuser à un homme qui jouit de quelque considération , une grâce, qu’il demande pour autrui; mais si cette molle condescendance a pour principe un. sentiment honnête, il n’en est pas moins vrai qu’elle fait violer sans cesse les lois et la justice 2.

1 C’est uniquement à Porto Alegre , dans la province de Rio Grande , que j’ai essuyé un refus de ce genre

a Ces sollicitations irrésistibles se nomment en portugais empenho , mot qui n’a pas d’analogue en français. « En ce « pays , dit d’Eschwege , les empenhos ont , dans toutes les « affaires possibles, plus de pouvoir que la raison et les lois. » ( Bras . Neue Welt. I, p. i/f)- — Obs. Je dois beaucoup regretter de n’avoir pas reçu , avant l’impression du premier volume de ma Relation , l’intéressant ouvrage&que je viens de citer. Si cet ouvrage m’était parvenu plus tôt, on n’aurait point trouvé , dans mon premier volume , quelques remarques qui ne tombent que sur des fautes d’impression , relevées par

Avant mon départ de \&fazenda de M.VieiVa dos Santos, on me montra une plante purgative que I on appelle gond, et dont on fait un très- grand usage, principalement dans les fièvres malignes (malinas). Ce remède est d’une amertume extrêmement désagréable, et il faut l’employer avec précaution, car sans celai! pourrait causer de fâcheux accidens. On donne le nom de racine à la partie dont on fait usage , mais ce n’est autre chose qu’un renflement conique et allongé du bas delà tige. La partie supérieure de ce renflement se montre hors de la terre; la partie inférieure y est enfoncée , et c’est d’elle que naissent les fibres radicales. Cette espèce de tubérosité contient un suc propre, jaune, qui peut-être s’emploierait avec succès dans la peinture. Le gond croît dans les catingas , et était , lors de mon voyage, entièrement dépouillé de ses feuilles. Cependant, comme on me dit à S. Rita qu’elles étaient trilobées, je soupçonnai que la plante, qui est une liane , appartenait aux cucurbitacées. Plus tard , une dame de Villa do Fanado qui s’occupait un peu de médecine , me confirma encore dans cette conjecture, en m’assurant qu’il y avait identité entre le gond et l’ aima pinta , ou capitcio do mato des Ge~ rues } espèce que j’avais étudiée , et qui bien certainement appartient à la famille des courges \

M. d’Esehwege tpi-même dans son nouveau livre. Qui plus que moi doit avoir de l’indulgence pour les fautes d’impression !

1 Dans le Serro do Frio, on a fait un très-grand usage de Tonna pirita comme purgatif; mais actuellement ce remède.

Le jour que je quittai S. Rita , j’arrivai, comme je l’ai dit, à S. Domingos. Ce village est bâti au-dessus du ruisseau appelé Ribeirâo de S. Domingos , et s’élève sur le sommet d’un morne , dominé de tous les côtés par d’autres mornes couverts de bois. Quelques rues de peu d’étendue et une très - grande place qui forme un carré long, composent tout ce village. L’église ou le service divin se célèbre aujourd’hui est très -petite et mal ornée ; mais on en construit une autre qui conviendra mieux à la population actuelle. Les maisons sont propres, couvertes en tuiles, et construites les unes avec des adobes , les autres avec de la terre et des perches croisées (pao a pique).

S. Domingos fut fondé, en 1728 1 , par des aventu-

est abandonné. Lorsque j’étais à Tijuco, je devins possesseur d’un échantillon , que je puis considérer comme authentique; car il avait été donné par le fils de la nommée Anna Pinta , à laquelle on était redevable de la connaissance de la plante, ou du moins de ses propriétés. La fleur est blanche, le fruit ovoïde et à dix stries. L’ovaire est intérieurement traversé par une seule lame dont les bords s’étendent jusqu’au péricarpe; ces mêmes bords se bifurquent; chaque bifurcation, se recourbant à droite et à gauche, porte six ovules, et chaque ovale a dans la pulpe sa logette particulière. Le fils d’Anna Pinta assurait qu’il y avait une saison où la plante cesse d’être amère et où les bestiaux la mangent. On la dit encore bonne contre les maladies vénériennes. 11 peut se faire qu’elle forme un genre particulier, et, dans ce cas, je proposerais de l’appeler pinteci.

1 Date empruntée à Jozé de Souza Azevedo Pizarro e Araujo.

riers , qui trouvèrent de For dans le lit du Ribeirâo de S. Domingos, et sur la pente de quelques mornes voisins. Leurs succès n’eurent pas une longue durée , et ce lieu fut abandonné presque entièrement comme Font été tant d’autres. Cependant, un particulier de Bahia ayant annoncé qu’il prendrait à 4>ooo reis tout le coton qu’on lui présenterait , quelques colons pensèrent que, si cette culture prospérait dans le canton , ils pourraient, au prix offert, être dédommagés de leur travail. La réussite la plus complète couronna leur tentative : les cotonniers produisirent en abondance une laine de la meilleure qualité. Attirés parle, succès des premiers colons , d’autres arrivèrent bientôt; les environs de S. Domingos se peuplèrent-, le village fut rebâti , et , il y a peu de temps , on F érigea en cheflieu de paroisse \ On ne montre pas sans un certain orgueil une maison qui, actuellement la plus petite de tout le village , en était la plus grande, et portait le nom de casa grande , avant que la culture des cotonniers se fût introduite dans le pays, ce qui date à peu près de l’année 1808.

C’est cette culture qui fait vivre aujourd’hui les habitans de S. Domingos, et ce lieu peut même être considéré comme le centre du commerce des cotons dans le termo de Minas Novas. Avec le coton, on fabrique à

1 L’auteur des Mcmorias historicas dit , vol. VIII , p. 2da, p. 174» que ce lut par un décret du iZ mars i8i3, et que cette paroisse, qui auparavant dépendait de celle d’Agua Suja, comprend aujourd’hui Tocoyos et iV. S. Mai dos Homcns.

S. Domingos des couvertures, des hamacs, de grosses toiles, et même quelquefois des nappes et des serviettes assez fines. Comme à Chapada, il n’existe à S. Domingos aucune manufacture -, mais les particuliers font dans leurs propres maisons les différens tissus. On voit dans ce village plusieurs boutiques , et elles sont même assez bien garnies.

Pendant que j’étais à S. Domingos, on y célébra les fêtes qui , dans tout le Brésil, se font à la Pentecôte , mais que les habitans du canton avaient remises cette année-là au jour de la Saint-Jean.

La veille de ce jour on alluma des feux dans toutes les rues , et il y eut une illumination telle assurément qu’on n’en fit jamais de semblable dans nos villages de France. Tout autour de l’église qui est bâtie isolément sur la place publique , on avait formé une allée de deux rangées de lampions placés sur des bâtons de la hauteur d’un homme. Enfin on tira un feu d’artifice qui avait été fait sur les lieux mêmes, et, si les pièces n’en étaient pas très- variées , du moins elles étaient assez belles.

Le lendemain, le commandant du village, chez lequel j’étais logé, me demanda si je voulais accompagner l’Empereur. J’ignorais entièrement quelle était cette cérémonie 5 mais comme je vis qu’on voulait me faire un honneur, je crus ne pouvoir refuser. Après m’être habillé, je me rendis avec le commandant à la maison de celui qui , cette année-là , jouait le rôle de l’Empereur. Un grand nombre de personnes étaient rassemblées devant la porte , et il 11’y avait pas moins de monde dans la première pièce où nous entrâmes. Là

on me donna, ainsi qu’au commandant et à deux autres personnes , un grand bâton rouge pl as haut que moi , dans les deux extrémités duquel était passée une faveur rose. L’Empereur parut bientôt. Il était vêtu, comme toutes les personnes un peu distinguées du pays , en frac et en culotte courte-, mais il portait un sceptre et une couronne d’argent, et , derrière son habit, était attachée, en guise de manteau, une longue bande de velours rouge, garnie de galons croisés eh larges losanges. Deux officiers, dont F un portait un sabre nu et l’autre un plateau d’argent, le précédaient, et un troisième portait son manteau. Moi et les trois autres personnes à qui l’on avait donné des bâtons rouges , nous formâmes avec ces bâtons un carré autour de l’empereur. Celui des officiers qui portait son manteau était avec lui dans le carré, et les deux autres se placèrent en avant.

Cependant on sortit de la maison. Une troupe de musiciens détestables, tous vieux métis, se mirent devant les deux officiers , et entonnèrent un hymne en l’honneur de l’Empereur. A la tête de ces musiciens se rangèrent quelques prêtres simplement vêtus de soutanes , et enfin une foule considérable de peuple suivit tout ce cortège.

Arrivé à la porte de l’église , l’Empereur se mit à genoux. Un prêtre en surplis vint lui présenter l’encens, et un autre lui fit baiser le crucifix. En entrant dans 1 église, nous séparâmes nos bâtons. L’Empereur s avança jusque dans le sanctuaire 5 il se plaça audessous d un dais , a coté d’un des autels latéraux , et

ses trois officiers se rangèrent devant lui. Alors on entonna un Te Deum, et ensuite on chanta une messe en musique. Les voix étaient agréables et fort justes, la musique me parut très- bonne, et Ton n’eût entendu rien de semblable dans nos petites villes du milieu de la France. Avant le Credo > le commandant du village et les principaux habitans sortirent de l’église, et je les suivis. Le curé , qui n’avait point officié, sortit également ; il monta au haut de l’escalier qui conduit à la chaire , et qui est placé en dehors de l’église, comme cela a lieu dans presque toutes les églises de la province : là il nous fit un salut ; nous le lui rendîmes, restant au bas de l’escalier, et ensuite nous rentrâmes dans l’église. Le curé avait choisi pour sujet de son discours le respect et l’amour qu’on doit au Saint-Esprit , et prêcha pendant une demi -heure. Quand le sermon fut achevé, nous ressortîmes de l’église, et nous saluâmes le curé pour la seconde fois. A l’évangile, le commandant et un des principaux habitans du pays tinrent chacun un cierge à côté du diacre.

Pendant l’office , la plupart des hommes restèrent à la porte 5 c’étaient des femmes qui remplissaient presque entièrement la nef. Presque toutes étaient des mulâtresses, et à peine en comptai-je une demidouzaine qui fussent bien réellement blanches. Toutes se tenaient accroupies , et étaient, suivant l’usage, affubl ées de longs manteaux de laine. Elles portaient généralement sur leur tête un fichu de mousseline ou de toile des Indes $ cependant quelques-unes, plus élégantes, avàient un petit toquet de gaze, garni de ru-

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