TOME ÏI
tête du meurtrier. Il est à espérer, qu’en donnant au Brésil une législation nouvelle, l’on renoncera à une coutume barbare, qui associe pour ainsi dire au châtiment les parens et les amis de la victime, obligés d’avoir sans cesse sous les yeux les restes de celui dont le crime les a livrés à de cruels regrets.
Au-delà de Yareda, le chemin devient extrêmement difficile, et passe sur une suite de mornes très- pierreux où, au milieu de grandes herbes, s’élèvent çà et là des arbres rabougris. Plus loin, on arrive à la rivière d’Itamarandiba qui, dans cet endroit, a peu de largeur, et que j’avais déjà vue en allant à Alto clos Bois. L’on passe cette rivière sur un pont en bois assez bien construit. Ses bords présentaient une végéta¬
tion plus fraîche et plus vigoureuse que celle des alentours-, ce fut là que, pour la première fois depuis le commencement de mon voyage , je recueillis une araliée, et en général à cette époque je ne trouvais guère de fleurs avec quelque abondance que sur le bord des ruisseaux. Dans toute cette journée, je ne vis ni une habitation, ni un champ cultivé-, je ne rencontrai pas un voyageur, je n aperçus pas même le moindre bétail -, sur le sommet des mornes, je ne découvrais qu’une immense étendue de carrascos ou de terrains parsemés de petits arbres -, rien ne me rappelait la présence et les travaux de l’homme-, partout régnait la monotonie et l’immobilité des déserts- la sécheresse était extrême-, il n’y avait presque plus de fleurs, et aucun insecte , aucun oiseau ne répandait un peu de vie dans ees tristes solitudes.
Le surlendemain du jour où j’avais quitté Piedade , je fis halte à une habitation assez considérable , bâtie sur les bords de l’Itamarandiba qui, dans cet endroit, n’est déjà plus qu’un ruisseau. Le propriétaire de la fazenda de Culâo , c’est ainsi que s’appelle cette métairie , élève quelques bêtes à cornes , et il cultive des haricots et du maïs qui lui rend cent cinquante pour un.
Il existe de l’or dans l’Itamarandiba , mais on ne s’occupe point à l’extraire. Les poissons qu’on pêche dans cette rivière , près la fazenda de Culâo , sont le j piabanha , le piampdra , le piaü, le traira, le curmatân et le lambari.
Je 11e puis m’empêcher de parler ici d’une manière de prendre le poisson très -usitée dans l’intérieur du Brésil, et que j’observai, si je ne me trompe, pour la première fois dans la rivière de S. Miguel. A un endroit où il existe une petite chute d’eau, on avait fait barrer tout le lit de la rivière, à F exception d’un espace d’environ trois pieds. Là, au-dessous de la chute, on avait établi, dans l’eau même, une longue manne dont le fond était fait avec des perches rapprochées les unes des autres, et relevées au-dessus de l’eau du côté opposé à la chute. Le poisson, qui suivait le cours de la rivière, tombait dans la manne, et, arrêté d’un côté par l’extrémité relevée de celle-ci, 11e pouvant de l’autre remonter la chute, il restait à la disposition du pêcheur. On sent que ce genre de piège appelé pari ne tend à rien moins qu’à détruire en peu de temps le poisson des rivières, et on le prohiberait certainement
clans un pays où il serait possible de faire observer quelque police1.
Après être sorti de la fdze?ida de Culâo , je traversai un immense plateau de trois lieues de longueur. Au bas de ce plateau, je retrouvai le véritable chemin de Villa do Fanado à Villa do Principe , que j’avais quitté un peu avant d’arriver à Culâo -, bientôt je montai sur un second plateau long d’une lieue , et je parvins à l’habitation de M. Jozé Caetano de Mello, qui me reçut aussi bien que la première fois.
Sur les taboleiros dont je viens de parler, je vis plusieurs endroits où le feu avait été mis tout récemment. Quelques plantes fleurissaient déjà au milieu des cendres, et ce qui me parut fort remarquable, c’est qu’ aucune d’elles ne se retrouvait dans les portions de pâturages que le feu n’ avait point consumées. Ces plantes étaient une radiée, une acanthée, un hyptis et deux amaranthacées. On verra par la suite que , pour procurer aux bestiaux une herbe plus fraîche et plus tendre , 011 met le feu aux pâturages et qu’on donne aux campos nouvellement incendiés le nom de queimadas. A peine l’herbe a-t-elle été brûlée , qu’on voit sortir de la terré des plantes naines dont les feuilles sont généralement mal développées,
1 Dans la rivière de l’Ergue et dans celle de l'Hérault , on construit, avec Varnndo clonax , des engins appelés canis qui ont beaucoup de rapport avec les paris des Brésiliens; mais on a soin que ces canis n’embrassent pas le lit tout entier d© la rivière.
et qui bientôt donnent des fleurs. Ces plantes appartiennent à des espèces qui, quand elles 11e sont contrariées par aucune circonstance , fleurissent à une époque différente, s’élèvent davantage et prennent un autre aspect. Ayant souvent observé des queimadas dans mon troisième voyage, je pourrai revenir un jour sur la végétation de ces pâturages récemment incendiés , et chercher à expliquer le phénomène que je viens d’exposer d’une manière succinte. J’engagerai en attendant les botanistes qui décrivent les plantes du Brésil d’après des herbiers , à faire des efforts pour rapprocher des véritables espèces les singuliers avortons que produisent les queimadas , et à 11e pas céder à la puérile vanité de les indiquer avec des noms nouveaux comme espèces distinctes.
Je fis halte pour la seconde fois au village de S. Joâo (voy. p. 27). A une lieue de ce village , je quittai le chemin qui mène à Penha, pour me rendre a la fazenda d’ As Gangoras , et de là, comme je l’ai dit, aux forges de Boni Fim. Le jour où je quittai S. Joâo , je passai , au bas d’un plateau , le ruisseau d ' Itacarambi Pe queno qui se jette dans l’Arassuahy. Plus loin, le pays devient plus inégal-, les mornes, ayant moins d’étendue, n’offrent plus de vastes plateaux à leur sommet, et ils sont généralement couverts d’herbes , au milieu desquelles s’élèvent, de distance en distance, des arbres un peu tortueux de quinze à vingt- cinq pieds.
Entre S. Joâo et la fazenda d 'As Gangoras *, où
* Gangoras est , je crois , synonyme du mot manjola. On
je passai la nuit, je ne rencontrai que deux habitations. D apres ce qu on me dit , il y en a un assez grand nombie dans ce canton, mais elles sont situées dans des fonds, auprès de ces bouquets de bois vierges qui oOiit de tous cotes entoures d espaces découverts et qu on nomme capoes. On cultive avec succès dans les environs de Gangoras le maïs, la canne à sucre, le café et le manioc.
La saison où l’on se trouvait alors était celle des 01 anges. Rien ne m avait paru si triste que les orangers , tant que les fruits encore verts ne s’étaient point distingués du feuillage. Mais je trouvai que ces arbres produisaient un effet charmant dans le "voisinage des habitations, lorsque les oranges mûres conti asterent par leur jaune doré avec le vert obscur des feuilles. On cultive dans le Brésil plusieurs variétés d’orangers. Il n’est peut-être pas au monde de fruit plus délicieux que les selectas 1 de Rio de Janeiro, (pii ont une écorce lisse et épaisse, et qu’on obtient par greffe. On peut citer encore les embigudas de Bahia , dont le sommet découvert laisse voir les diverses loges. Les tangerinas pequenas et grandes , espèces à peau îine et a pulpe rougeâtre, méritent aussi d’être indiquées. Enfin , je ferai encore mention de la variété d oranger la plus commune, qui porte le nom de laranjeira da China , et se plante depuis Bahia et
doit se rappeler que la manjola a été décrite ailleurs (vol. I, p. 106).
Il faut écrire selecta ; mais on prononce seletci ou , si l’on veut, celcta , comme on -fa. imprimé quelque part.
sans doute depuis la rivière des Amazones jusqu’à Rio Grande do Sul inclusivement1. On cultive encore au Brésil le citron doux (limâo doce )2 et plusieurs sortes de limettes ( lima) 3 5 mais ces fruits me paraissent mériter peu d’estime. L’oranger amer {citrus vulgaris ,
Riss. LC.), dont les Brésiliens n’emploient le Iruit
qu’en confiture, est devenu chez eux sauvage ou presque sauvage, et, si l’on ne savait pas si bien que les orangers sont originaires de l’Asie , le nom de laranjeira da terra (oranger du pays) , applique a cette meme espèce depuis Bahia jusqu’à Rio Grande do Sul, pourrait faire penser quelle est indigène de 1 Amérique. Cependant, si les Portugais avaient appoite au Biesil
» Pizarro (vol. VII, p. 101) distingue trois sous-variétés de tangerinas sous les noms suivans : da China , da India et da terra ou Boceta; et il ajoute qu’on reconnaît ces sous -variétés à la manière dont elles se ramifient , à leur feudlage et a leurs fruits plus grands ou plus petits , couverts d’une écorce plus ou moins épaisse. Le même auteur admet deux sousvariétés de laranjas da China , l’une à écorce et pulpe plus blanche, l’autre rouge en dedans et en dehors. — Les différentes variétés dont je viens de parler, savoir, select as , embigudas y tangerinas et da China , avec la variété qui produit les laranjas secas et qui est de Bahia , doivent être rapportées au citrus aurantium , Riss. — DG. (Voyez Flor. Bras, mer. I, p. 338)- — Je présume aussi que c’est au C. aurantium qu’appartient la turanja qui m’est inconnue.
» Variété du citrus limonium , Riss. — DG. (Voyez Flor.
Bras. mer. I , p. 33g. )
2 Citrus limetta , Riss. — DC.
] oranger amer, son fruit y aurait sans doute conservé le nom de laranja agra qu’il a en Portugal et à Madère, et personne n aurait probablement songea nommer un aibre qu 011 aurait fait venir d’Europe oranger indigène (lai anjeira da terra). N est-il donc pas vraisembîe , contre l’opinion des botanistes modernes , que l’ôîanger amer n est que le type primitif des orangers à fruits doux, et que des graines de ces derniers, nées d elles -memes, auront reproduit ce meme type dans plusieuis endroits du Brésil, d’où sera venu naturellement le nom d oranger indigène? Xdw fait milite peutetre encore en faveur de cette opinion, c’est que le fruit de 1 oranger amer est plus doux sous le climat chaud de Bahia et de Puo de Janeiro que sous la température beaucoup plus froide de Rio Grande do Sul, ce qui tend a prouver que cet arbre est susceptible d’être modifié, suivant les influences auxquelles il est soumis b
Quoi qu’il en soit , les Mineiros ont coutume de servir les oranges coupées par quartiers en même temps qu’ils servent les autres mets -, on mange des haricots, du riz ou tout autre chose, et en même temps on prend des quartiers d’oranges dans un plat qui en est rempli. Ce mélange paraîtra bizarre à ceux qui ne l’ont point essayé,
1 Pizarro ( Mem . liist., vol. VII, p. 100) dit qu’il existe a Kio de Janeiro trois qualités (sous - variétés) de laranjas du terra ; l’une très-douce, une autre aigre-douce, et la tioisieme très — acide, b existence de ces trois sous —variétés tend, ce me semble, à confirmer encore ce que j’avance; car 011 voit ici un retour gradué vers le type primitif.
mais il est réellement très -agréable. Les Brésiliens pèlent les oranges en enfonçant de la main gauche une fourchette dans le fruit , en assujétissant ainsi ce dernier, et enlevant l’écorce tout autour avec le couteau qu’ils tiennent de la main droite. Ils font cette opération avec beaucoup de vivacité -, mais on sent qu’ils doivent laisser à l’écorce des portions de la pulpe \
A environ une lieue et demie de Gangoras , je passai par l’habitation de Sobrado, l’une des plus grandes et des mieux tenues du termo de Minas JNovas. A Sobrado, la végétation change de nature, et ce sont des bois que l’on apperçoit de tous les côtés sur les mornes. Il me fut impossible de découvrir la cause cl’un tel changement, car le terrain 11e me parut point avoir éprouvé de variation , et les mornes n’étaient pas moins élevés que ceux où j’avais passé auparavant. Au reste, les bois voisins de Sobrado diffèrent beaucoup des forets vierges ; ils 11’ont ni le meme aspect ni la même hauteur-, ils n’offrent aucune continuité, mais ils sont disposés par bouquets, et entremêlés de carras cos plus ou moins hauts et d’espaces simplement herbeux. Sur plusieurs côtes pierreuses, je revis, entre Gangoras et le village d’Arassuahy, cette singulière composée à tige laineuse ( Ijchnophora) que j’avais déjà trouvée près de Capellinha , et que l’on appelle ici fanella d’ema (jambe d’autruche), nom que l’on donne ailleurs à des vellozia.
1 On m’a assuré que cette manière de peler les oranges n’était point générale.
Comme il n’est peut-être pas inutile de faire connaître les développemens successifs du caractère et de l’intelligence du Botocudo Firmiano, je dirai de temps en temps quelques mots sur ce jeune homme. Il n’y avait pas un mois qu’il avait quitté son pays, et déjà il était parfai tement accoutumé à notre manière de vivre, lise montrait docile, assez gai et d’un caractère doux; mais il était très -paresseux et fort gourmand. Habitué à se nourrir de viande , il ne voulait point manger de haricots ; sans cesse il lui fallait du sucre , et un jour il se mit à pleurer, parce qu’il trouvait que Prégent ne lui en donnait pas une portion suffisante. Il aimait toujours beaucoup son cheval, et il en prenait un très -grand soin. Étant à Villa do Fanado, il nous dit qu’il voyait bien que le soldat Raimundo l’avait trompé , puisqu’il ne venait pas le rejoindre comme il l’avait promis ; mais cette réflexion 11e lui inspira pas la plus légère tristesse.
Le jour que je quittai la fazenda de Gangoras , je fis halte au village d 1 Arassuahy'. Je m’arrêtai à une auberge, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps , et je fus installé avec mes gens dans des chambres étroites et sans croisées. Des appartemens de ce genre ne sont pas au reste particuliers à cette hôtellerie. Dans toute la contrée, les maisons qui n’ont point été bâties par des hommes riches , sont général Aient
1 II ne faut pas confondre ce village avec Nossa Senhora de Bom S accès so e Aimas de Arassuahy , paroisse de la justice de Barra , au confluent du Rio das V elhas.
divisées en petites cellules où l’on a de la peine à pouvoir se retourner1.
Le village d’Arassuahy est une succursale de Villa do Fanado qui en est éloigné de vingt - six lieues. Il est situé dans un fond et dominé par des mornes dont la végétation maigre communique à tout le paysage un air de tristesse. Au-dessous du village, coule la rivière dont il a emprunte le nom et qui , dans cet endroit, sépare le termo de Minas Novas de celui de Villa do Principe. Les maisons d’Arassuahy forment les deux côtés d’un carré long 5 elles sont construites avec une terre d’un gris cendré, petites, couvertes en tuiles, et elles ont des fenêtres très- étroites. L’église , dont l’extérieur est joli, se trouve placée a une distance à peu près égale des deux rangs de maisons , et, devant elle, est une petite terrasse entourée d’une balustrade en bois. Presque toutes les maisons d Arassuahy appartiennent à des cultivateurs qui 11 y viennent que les dimanches et les jours de fête; et, pendant les jours ouvrables , le village reste désert.
Le canton où Arassuahy se trouve situé, est certainement un des plus élevés de la province ; car il avoisine les sources delà rivière qui donne son nom au village. A l’époque où je parcourais ce pays, l’air devenait très-frais au coucher du soleil; mais aussitôt que cet astre se montrait sur l’horizon, il s’opérait un chan-
1 J’ai parlé ailleurs (vol. I, p. 128) de chambres que l’on donne aux voyageurs sur la route de Rio de Janeiro à Villa Rica et qu’on appelle casas d 'cscoteiro. On a deux fois imprimé à tort casa d 'escuteiro. Escoteiro vient d 'escotc (écot).
gement dans la température. Pendant deux jours le temps resta couvert, et alors il ressemblait à celui de nos journées d’octobre. Les environs d’Arassuaby me parurent avoir beaucoup d’analogie avec ceux de Penha pour leur élévation et la nature de leur sol. Ces deux villages au reste ne peuvent guère être éloignés de plus de quatre à cinq lieues-, et, le jour où je vins faire halte à Arassuahy, je découvris les hautes montagnes voisines de Penha.
Je profitai de mon séjour à Arassuahy, pour aller à Itangua rendre au capitcio môr Meirelles des malles que je lui avais empruntées. Dans la province des Mines, toutes les classes de la société montrent une politesse pleine de bienveillance ; mais jusqu’alors je n’avais trouvé le ton de la bonne compagnie que dans la famille du capitcio môr. Les dames qui en faisaient partie ne se cachaient point, elles avaient l’usage du inonde, et leur conversation était agréable. Cependant , comme presque toutes les Brésiliennes que j’avais vues auparavant, les dames d’Itangua avaient cette voix rauque , que fait probablement contracter aux femmes de ce pays l’habitude de commander à des esclaves.
De retour à Arassuahy, je partis bientôt pour les forges de Boni Fini , qui en sont éloignées de deux lieues et qui appartiennent au capitaine Manoel Jozé Alves Pereira. Je passai bientôt dans des fonds couverts de bois. En plusieurs endroits, on avait brûlé les arbres, et ils avaient été remplacés par cette grande fougère que je n’avais pas vue depuis que j’avais quitté Villa do
Principe. En général, dans les environs des forges, les mornes n offrent point à leur sommet de larges chapadas, ils finissent par des crêtes que couvrent des graminées parsemées de petits arbres ; et les pentes , ainsi que les fonds, sont revêtus de bois. Ceci prouve la vérité de ce que j’ai dit ailleurs , que les ccimpos sont principalement dûs à la forme des hauteurs; car, vers Boni Fim, l’élévation du sol, prise dans son ensemble , doit être la même que du côté de S. Joâo , où l’on voit des campagnes découvertes, mais où les vallées sont moins profondes et où les plateaux ont une étendue très -considérable.
Après avoir eu si souvent sous les yeux l’image affligeante de la misère et de l’apathie , j’éprouvai , comme je l’ai dit ailleurs % une véritable jouissance en contemplant, aux forges de Bom Fim, le spectacle de l’industrie et du travail. Ces forges sont certainement le plus bel établissement que j’aie vu dans la province des Mines, et l’on ne saurait leur comparer celles que j’avais visitées précédemment auprès d’Itabira. C’est le capitaine Manoel Jozéqui, lui-même* dirige ses forges jusque dans les moindres détails, et toujours il se montre supérieur à ses travaux. La maison qu’il habite avec sa famille a été bâtie très-récemment (écrit en 1817), et tout y annonce la richesse. Sous un hangar immense sont placés deux martinets et les fourneaux à la catalane destinés a fondre le
1 Voyez f Introduction à V Histoire des Plantes les plus remarquables.
fer. /Les soufflets sont mis en mouvement par l’eau , et M. Manoel Jozé prétend qu’il doit la supériorité du fer qu’il fabrique à la manière dont il conduit son feu. Le métal se travaille dans l’établissement même, et l’on en fait des haches, des cognées et des fers de chevaux. On va chercher 3e minerai à une montagne située à une lieue des forges; mais des voitures, traînées par des bœufs, peuvent arriver jusqu’à la mine. C’est de la surface même de la terre que l’on extrait le minerai qui est d’un grain fort gros et doit rendre beaucoup. Le capitaine Manoel Jozé possède plusieurs lieues de bois ; il obtient son charbon en suivant les procédés usités en Europe , et il a calculé que celui qui, fait d’après l’ancienne méthode , se vendait, vers 1817,2 pataquès (4 fr.) le panier à Rio de Janeiro, ne lui revenait qu’à 3o reis (env. 18 cent.) h Lors de mon voyage, M. Manoel Jozé faisait creuser un étang pour tenir en réserve l’eau nécessaire à ses forges ; et je ne pus m’empêcher de témoigner ma surprise de ce que, dans un établissement où tout paraissait si bien combiné, on n’avait pas encore admis l’usage de la brouette.
Le capitaine assurait qu’il pouvait fondre par jour 4o ou 5o arrobes de fer; mais il ajoutait qu’il n’en
1 M. de Freycinet, dans son savant ouvrage ( Voyage de V Uranie), a indiqué les bois que l’on regarde à Rio de Janeiro comme les plus propres à faire du charbon. L’on m’a assure aux forges de Gaspar Soares , que celui que l’on faisait avec des troncs de palmier pétillait, éclatait avec force, et était fort dangereux pour les ouvriers.
eût pas trouvé le débit, à cause du défaut de chemins et de communications. S’il était possible de rendre l’Arassuahy navigable au-dessus d’Âgua Suja , les forges de Bom Fini , déjà si florissantes , deviendraient extrêmement productives. Ce sont elles au reste qui fournissent aujourd’hui (1817) une grande partie du fer qui se consomme dans les Minas Novas et dans les environs de Tijuco , ville peu éloignée.
Cet établissement emploie quatre-vingts individus, dont une partie se compose d’esclaves. Lorsque le capitaine commença à travailler, il 11e voulait avoir pour ouvriers que des hommes libres ; mais il ne put exécuter ce projet. Les hommes libres qui sont pauvres ont, dans ce pays, des moyens trop faciles de vivre sans rien faire , pour, se résigner aisément au travail pénible des forges. Le capitaine n’est parvenu à en fixer quelques-uns dans son établissement, qu’en leur faisant des avances, en leur donnant des habillemens, et en les traitant presque comme ses égaux.
Quand j’allai visiter la mine de fer du capitaine, j’eus encore sous les yeux une preuve de cet esprit de gaspillage et d’incurie qui ne caractérise que trop les habitans de ce pays. Un grand nombre de beaux arbres avaient été abattus et étaient restés sur la terre. Les oisifs du pays , me dit le capitaine, vont se promener dans les forêts , et , quand ils découvrent un nid d’abeilles, ils coupent l’arbre pour avoir le plaisir de manger un peu de miel.
J’avais eu le projet, comme je l’ai déjà dit, de me rendre de Bom Fim à Villa do Principe -, mais mon
hôte me fit observer que, si je tardais à partir pour 3e Sertâo, je pourrais être surpris dans cette contrée par les grandes eaux, qui rendraient mon voyage extrêmement difficile. Je manquais de beaucoup de choses , et mes fonds étaient épuisés ; le capitaine pourvut a tout$ il me fit acheter du plomb, des vêtemens et les autres objets dont j’avais besoin} il me fit faire des planches pour conserver mes échantillons de plantes desséchées^ et m’avança de l’argent contre un billet sur mon correspondant de Rio de Janeiro. Il est impossible d’exercer l’hospitalité d’une manière plus aimable que ne le fit à mon égard le capitaine Manoel Jozé. Plein de gaité et de bienveillance, cet homme excellent n’a rien d’affecté dans sa politesse, et l’on voit qu’il oblige parce qu’il aime à obliger.
Je me liai à Bom Fim avec le beau-frère de mon hôte, M. Francisco Le andeo Pires. Ce jeune homme, sans autre maître que son père qui était Portugais, sans avoir jamais conversé avec aucun Français, était cependant parvenu non - seulement à traduire notre langue , mais encore à l’écrire et à la parler un peu. On verra au reste que M. Francisco Leandro n’était pas le seul jeune homme de Tijuco qui eût de la facilité pour l’étude et du goût pour l’instruction.
Accompagné de cet excellent ami, je partis de Bom Fim pour me rendre à une habitation qui appartenait à son père , et qui porte le nom de Roçct do Con trato. Cette habitation, située à deux lieues des forges, sur les bords de l’Arassuahy, avait été créée par un des anciens fermiers du District des Diamans , lorsque
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le gouvernement donnait encore à bail l’ extraction de cette précieuse pierre. Deux cents nègres avaient été placés sur les terres de l’habitation, et ils y cultivaient du maïs et des haricots pour la nourriture des esclaves employés à la recherche des diamans. On avait appelé contrato dos dianictntes 1 la ferme diamantine , et de là était venu le nom de Roca do Contrato, plantation de la ferme.
La position de cett efazenda est fort agréable. Elle est entourée de mornes, mais, comme ceux-ci s’élèvent par une pente très -douce, ils laissent voir une assez grande étendue de pays. Outre l’Arassuahy, lui petit ruisseau coule près de l’habitation , et contribuerait à l’embellir, si l’on voulait tirer parti de ses eaux 5 mais ce n’est que pour arroser le potager qu’on profite de ce ruisseau, divisé en rigoles qui passent entre les carrés. Des choux sont au reste le seul légume que 1 on cultive dans ce potager comme dans beaucoup d’autres. La demeure du maître et les hâtimens d’exploitations sont disposés autour d’une cour carrée. Parmi ces bâtimens , est une sucrerie dont le moulin est mis en mouvement par le moyen de l’eau , et où j’eus encore l’occasion d’admirer des roues à la fois légères et solides. ïci, et dans toutes les sucreries du voisinage, les fourneaux sont bâtis de manière à pouvoir se chauffer en dehors; mode de construction qui offre l’avantage de diminuer beaucoup la chaleur du
* Je reviendrai sur ce sujet dans la seconde partie de cette Relation.