ET LES FORGES DE BOM FIM
Ideo generale du pays que traverse l’auteur après avoir quitté Villa do Fanado. Village de Piedade ; sa situation • ses rues , ses maisons •, son
histoire ; productions - V areda . — Exposition de la tête et des mains
de deux meurtriers. — Fazenda de Culâo. Rivière d’Itamarandiba.
Pari, espèce de piège pour prendre le. poisson - Singulière végétation
des queimadas. — Orangers du Brésil. Manière de manger et de peler les oranges. — Encore quelques mots sur Firmiano.— Village iïArassuahf. — Forges de Boni Fim. — Exemple de gaspillage. — Fazenda de Roca do Contralo. — Gallinacées qu’on devrait Gâcher d’accoutumer
à la domesticité. — Barbados . Courtes réflexions sur les nègres.
Pé do Morro . Carrapatos. — Pays charmant. — L’auteur passe le Jiquitinhonha et entre dans le Sertâo. — Il s’égare et couche sur le bord d’un ruisseau.
De Villa do Fanado je me dirigeai à peu près vers le sud-sud-est , et marchant dans un espace de 26 lieues , parallèlement au cours de FArassuahy, je me rendis à S. Joâo, et de là aux forges de Bom Fim. Ce fut le chemin de Villa do Fanado à Villa do Principe que je suivis, du moins en partie, dans le cours de ce voj^age \
* Itinéraire approximatif de Villa de Fanado aux forges de Bom Fim : °
De Villa do Fanado à Piedade . 5 1
Le pays que je parcourus , peu éloigné de celui que j’avais traversé entreS. Joâo et Alto dos Bois, lui est généralement analogue. Ce sont encore des collines terminées par des plateaux couverts de carrascos , et des pentes où les herbes sont parsemées d’arbres tortueux et rabougris. Le sol et la végétation offrent sans doute diverses nuances, mais on sent qu’il serait impossible de les peindre toutes.
Je retrouvai au milieu des carrascos la meme mimose , les mêmes Jijptis , enfin la composée à feuilles de bruyère , que l’on appelle alecrim do campo, et qui alors était couverte de fleurs. A cette époque fleurissait encore la charmante malvacée à corolles tantôt roses et tantôt d’un rouge foncé , que l’on nomme rosa do campo ; et je reconnus quelle devait être considérée comme une des espèces caractéristiques des carrascos \ D’ailleurs les plantes étaient en général plus ou moins desséchées , et les arbres , ainsi que les
Report . 3
De Piedade à Vareda . 3
— Culao . 4
— Jozc Caetano de Mello . f\
— S. Joao (village) . 4
— As Gangoras . 4
— Arassuahy ( village ) . 4
— Bom Fim ( forges) . 2
Total . 28 îeg.
1 Pavonia rosa campes tris , Aug. Saint — Hil. Jus. Camb. Ce que je dis ici prouve que la localité indiquée pour
arbrisseaux , commençaient à perdre leurs feuilles a. La sécheresse va toujours en augmentant jusqu’au mois de septembre 5 dans le courant d’août, les arbres et les arbrisseaux se dépouillent entièrement de leur feuillage ; mais , immédiatement après , il en naît de nouvelles-, les plantes se couvrent de fleurs, et les principaux fruits sont déjà mûrs vers les mois de novembre et de décembre.
Dans les bois vierges des bords du Jiquitinhonha, j’avais trouvé quelques insectes ; mais, lorsque je fus sorti de ces grandes forêts , je n’aperçus pas un seul coléoptère, et les papillons eux -mêmes étaient devenus très-rares3. Ceci prouve que les insectes ont besoin de fraîcheur et d’humidité, et chacun sait, au reste, que chez nous , à la suite des étés très-secs , on ne rencontre dans les terrains arides aucun de ces petits animaux.
Depuis que j’avais quitté la 7e division, je m’étais sans cesse rapproché des sources du Jiquitinhonha et de celles de l’Arassuahy^ par conséquent, le pays était devenu chaque jour plus élevé, et la température avait dû nécessairement changer peu à peu. Le 1 1 de juillet , étant au village de S. Joâo , j’éprouvai un froid sensible , et le lendemain , chez le capitaine Jozé Caetano de
cette plante dans le Flora Èrasiliœ , etc. , est loin d’être unique.
Notes du i3 juillet.
2 Note du 9 juillet. Il est clair que tout ceci devint plus vrai encore à mesure qu’avança la saison des sécheresses.
Mello, je me chauffai avec plaisir. Le i5 juillet, un froid très -vif se fit sentir lorsque j’étais aux forges de Bom Fim y et l’on fut obligé d’allumer un brasier.
Entre le village de Ficdadc et la Jazcnda de G angoras y le pays que je traversai est presque deseit et peu cultivé. Je passai deux journées de suite sans
rencontrer un seul voyageur.
La température froide de la région des carras cos et la terre rouge où se montre ce genre de végétation , n’admettent guère la culture du cotonnier -, mais 011 en serait probablement bien dédommage si 1 on se livrait davantage à l’éducation des bestiaux, auxquels l’herbe des pays découverts est en général très -favorable. Dans les lieux où l’on recueille beaucoup de coton, on élève peu de bétail, non- seulement parce que les bêtes à cornes sont friandes de la feuille du cotonnier, mais encore parce qu’elles peuvent facilement faire tomber les graines en passant auprès des tiges de 1 arbrisseau. Cependant les emballages obligent les cultivateurs de coton de consommer une très-grande quantité de peaux de boeufs, et il me semble que, pour leur en fournir , les fazendeiros de la région des carrascos qui ont si peu de chemin a faire jusqu au pays des catingas , devraient tâcher d’entrer en concurrence avec les colons du Sertâo ou Désert. A la vérité, à cause de leurs terres imprégnées de salpêtre , ces derniers peuvent se dispenser de donner du sel alcin s bestiaux-, mais d’un autre côté les chaleurs excessives, qui font tant de mal dans le Sertâo, ne sont
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point à redouter dans le pays élevé des carrascos \
Je vais entrer à présent dans quelques détails. On les trouvera bien arides sans doute 5 mais il n’en n’est pas de l’intérieur du Brésil comme de l’Europe. Dans nos contrées, peuplées depuis tant de siècles , tout est empreint de diversité. Ici c’est un monument historique , là une manufacture , ailleurs un palais où tout respire la magnificence 5 le moindre village se présente avec des souvenirs , et l’on a partout l’image du travail , du mouvement et de la vie. Dans l’intérieur dej’ Amérique, au contraire, régnent le silence et l’uniformité. Le naturaliste trouve sans doute une grande variété dans les détails ; mais le voyageur qui se contenterait
* Je vis très - peu de vaches entre Villa do Fanado et Bom Fim. A la vérité , le propriétaire de Vareda , lieu situé à 3 1. de Villa do Fanado , me dit qu’il y avait un grand nombre de bestiaux autour de sa demeure ; mais sans doute cet homme jugeait par comparaison, car j’aperçus à peine quelques vaches errant çà et là dans les pâturages voisins de son habitation. J’ai déjà dit (voy. plus haut, p. 25) que l’on donnait pour cause de la rarete du bétail dans les carrascos , les vols auxquels il est expose et la cherte du sel. On m’assura en outre à Gangoras , fazenda voisine du village d’Arassuahy, que si l’on n’élevait pas au milieu des carrascos un plus grand nombre de bêtes à cornes, c’était parce qu'on craignait qu’elles n’allassent fourrager les terres des voisins. Pourquoi n’entourerait- on pas les pâturages de cette contrée , puisqu’on a bien su recourir à ce moyen aux environs de S. Joào d’El Rey, ainsi qu’on pourra le voir dans ma deuxième ou dans ma troisième Relation ?
d’observer l’ensemble , succomberait bientôt sous le poids de l’ennui. La vue d’un bois vierge le transporterait d’abord d’admiration; mais s’il était obligé de passer vingt jours dans une lorêt , il maudirait ces arbres gigantesques , et soupirerait après nos campagnes dont la végétation est à la vérité si mesquine , mais qui sont si riantes et si animées. Que serait-ce s il était obligé de parcourir pendant des mois entiers des campos qui réalisent le supplice qu’un génie infligea à une femme légère , celui de traverser éternellement des plaines couvertes d’herbes , et où l’œil avide de changement cherchait en vain quelque objet sur lequel il pût se reposer ! « Le voyageur , dit M. d’Es- « chwege, n’a souvent rien à écrire sur son journal- « ses heures s’écoulent les unes comme les autres , sans « qu’il puisse rien découvrir qui indique l’industrie « ou le goût des habitans.... On ne marche point au a Brésil sur des chemins tracés avec art ; on ne traverse « point des campagnes cultivées. Les sentiers tortueux, h étroits et souvent dangereux, qu’il faut parcourir à « travers des forêts ou des campos dépouillés d’ar- « bres, vous endorment parleur monotonie, et les « fazendas que l’on rencontre de loin en loin se res- « semblent tellement dans leur construction que la « description de l’une d’entre elles rend inutile celle « de toutes les autres. Une position agréable n’est « point ce qui a décidé ceux qui les ont construites; « l’avantage de jouir d’un courant d’eau, est la seule « chose à laquelle on ait eu égard. Les jardins sont « plantés sans goût, et, en un mot , tout ce qui peut
« rendre la vie agréable a été négligé. Dans ce pays, a les occupations scientifiques perdent même de leur « charme , parce que celui qui s’y livre ne peut corn- « muniquer avec personne qui le comprenne , et qu’il « ne trouve nulle part des écrits qui entretiennent ses « connaissances. » ( Journ . von Bras., I, p. 4-)
Après avoir quitté Villa do Fanado , je montai et descendis d’abord des mornes pierreux dont le sommet avait peu de largeur. La végétation y était analogue à celle que j’avais déjà observée dans de pareils terrains, et elle présentait de petits arbres rabougris et tortueux, rapprochés les uns des autres, entremêlés quelquefois d’arbrisseaux à tige grêle et plus souvent de sous -arbrisseaux et d’herbes. Je fis deux lieues sur ces mornes pierreux-, je traversai ensuite deux plateaux couverts de carras cos , et j’arrivai au village de Piedade.
Ce village, situé à trois lieues de Villa do Fanado, n’est qu’une succursale de la paroisse dont cette ville est le chef- lieu. Il s’étend sur une pente douce au pied d’un morne ; sa forme est celle d’un triangle1, et il se compose d’une rue fort large et de quelques autres latérales plus courtes et plus étroites. L’église est bâtie à l’entrée du village dans la partie la plus élevée. Les maisons, au nombre de quatre-vingt-quatorze, sont petites, mais assez bien entretenues, construites en adobes, couvertes en tuiles , et, lors de mon voyage, elles avaient été nouvellement reblanchies \
1 Peut-être y a-t-il dans les rues latérales des maisons
Le village de Piedade , qui peut avoir une soixantaine d’années (en 1817), manqua d’abord d’eau, et alors sa population était très -peu considérable. Cependant on a fini par y amener un ruisseau qui a procuré les moyens de faire des adobes et de cultiver de petits jardins*, le nombre des maisons s’est accru, et l’on a été obligé d’augmenter l’église , qui ne suffisait plus à la population actuelle.
Il n’y a point de lavages dans les environs de Piedade. Les maisons de ce village appartiennent à des cultivateurs qui 11e les habitent que le dimanche, et qui trouvent un débit facile de leurs denrées à Villa do Fanado. Le froment qui se consomme dans cette ville est en grande partie vendu par les cultivateurs des environs de Piedade *, mais , comme tant d autres agriculteurs brésiliens, ils se plaignent beaucoup de la rouille ( ferrugem ) *. O11 compte, auprès du même village, douze sucreries plus ou moins importantes 5 les colons du pays élèvent aussi beaucoup de pouiceaux ,
qui ne sont pas bâties avec des adobes ni couvertes en tuiles,
ni en aussi bon état que les autres.
* J’ai de la peine à croire que le blé, transporté du Portugal en Amérique , n’ait pas éprouvé quelques modifications dans ses caractères. Il serait intéressant d’observer quelles ont pu être ces modifications sous les diverses latitudes et dans les différens sols, de chercher quels remèdes on pourrait apporter à l’altération des qualités, si tant est qu’elles se soient altérées , et comment on reproduirait artificiellement les amelioiations que la nature peut avoir offertes sans le secours de 1 art. Jusqu’à présent , il faut l’avouer, les botanistes ont beaucoup trop
et ils commencent à cultiver le coton avec assez de succès. Cependant, quoiqu’il n’y ait pas cent ans que ce pays soit habité , on se plaint déjà de ce que les terres se fatiguent, et j’avais aussi entendu faire la même plainte à S. Domingos, où l’on ne cultive guère que depuis vingt-cinq ans. Tels sont les inconvéniens d’un système d’agriculture qui consiste à demander sans cesse à la terre, sans presque rien lui rendre.
Qu’on ne s’étonne point, je le répète , si je donne autant de détails sur de simples villages. Après avoir quitté Villa do Fanado, je voyageai plus de trois mois sans apercevoir une ville. Au - delà de Piedade , je ne trouvai plus de village qu’ après cinq journées de chemin, et, pour en rencontrer un autre , je fis ensuite neuf journées (environ 27 legoas ). Dans un pays désert, on sent que le moindre hameau a autant d’importance qu’en ont chez nous de très- grandes villes. D’ailleurs, à mesure que la population augmentera , ceux de ces faibles villages qui sont heureuse-
neglige les plantes qui intéressent le plus notre espèce, pour courir après l’honneur futile de faire des divisions et des subdivisions nouvelles , et d’attacher les lettres initiales de leurs noms aux noms souvent barbares qu’ils donnaient aux plantes. L’heureuse direction que prend les esprits doit faire espérer que la science s’ennoblira par des observations de plus en plus philosophiques et par des applications utiles. Si mon inimitable ami, M. le Dr. Dunal, peut terminer les recherches qu’il avait commencées sur les variétés du blé et de la vigne, on verra combien de science et de philosophie on peut faire entrer dans ce genre de travail.
ment situes deviendront plus considérables. S. Miguel da Jiquitinhonha, Alto dos Bois, les chétifs villages des bords du Rio de S. Francisco seront sans doute un jour d’importantes cités, et il est essentiel pour l’histoire de constater leur état actuel. Comme les maisons des villages du Brésil , celles de Rome primitive ne furent autre chose, pour la plupart, que des espèces de cages construites avec des branches d’osier, dont les intervalles étaient remplis de terre ; un humble chaume couvrait leurs toits, et Rome est devenue la maîtresse du monde.
Entre Piedade et l’habitation de Vareda , qui en est à trois lieues , et où je passai la nuit , on traverse deux plateaux couverts de carrascos parsemés de petits arbres. Sur les pentes , les arbrisseaux sont plus rapprochés qu’en d’autres endroits , et les fonds au contraire présentent moins d’arbrisseaux et sont plus herbeux.
À peu de distance de Vareda, je passai, sur le sommet d’un morne, devant deux poteaux élevés, auprès desquels était une petite croix-, et, sur chaque poteau, je vis une tète d’homme, au-dessous de laquelle on avait attaché deux mains. J’appris que ces tètes étaient celles de deux nègres qui avaient assassiné leur maître ; ils avaient été exécutés à Tijuco, et l’on avait exposé leur tète et leurs mains dans le lieu même où ils avaient commis leur crime. Il paraît au reste que ce genre de châtiment est en usage partout; car auprès de Ccitonio,fazenda du Sertâo, où je m’arrêtai plus tard , et dont le maître avait été assassiné par un esclave, on avait également exposé sur un poteau la
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