‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 3 sur 52 · TOME II. i · texte numérisé non relu

TOME II. i

fut découvert en 1726 ou 1727 *, et fit d’abord partie de la capitainerie de Bahia. En l’année 1729 ou 1780, on y créa une ville sous le nom de Nossa Senhora do Boni Succès s o de Minas N 00 as do Arassuahj 2 ; mais comme cette ville se trouvait éloignée de deux cents lieues de Bahia, on la soumit, pour ce qui regarde l’administration de la justice, au corregedor de Villa do Principe. Cependant, en 1742 ou 1749, on réunit entièrement les Minas do Arassuahy à la capitainerie de Bahia , et elles firent partie de la comarca de Jacobina. Alors il y avait, à Villa do Bom Successo , un gouverneur, une compagnie de cavalerie , et enfin un hôtel pour la fonte de l’or, dont il existe encore un coin en bronze. Ce nouvel arrangement ne subsista au reste qu’un petit nombre d’années 5 car, vers 1754 ou 1757, le termo de Minas Nouas fut définitivement réuni à la capitainerie de Minas Geraes et à la comarca de Villa do Principe ; mais en meme temps il est toujours resté sous la juridiction de l’archevêque de Bahia.

Ce termo est borné au nord par ceux N Urubu et du Rio das Contas ; au sud, par celui de Villa do Principe; à l’ouest, par la justice de Barra ; enfin, à l’est, par de vastes forêts 3, et par ces continuations ou contre-forts de la chaîne parallèle à l’Océan {Serra do

1 Voy cz Memoricis historiens, vol. VIII, p. ia, p. i3.

3 Son nom le plus connu est Villa do Fanado.

3 Les termos d’Urubü et du Bio das Contas n’appartiennent déjà plus à la province des Mines, mais à celle de Bahia; la justice de Barra fait partie de la comarca de Sabarâ

Mar), auxquels on donne les noms de Serra das Es meraldas y Serra dos Airrtores y Serra Negra et do Jacuhy .

Ce pays peut être divisé, d’après sa végétation naturelle et l’élévation de ses différentes parties, en quatre régions fort inégales, mais très -distinctes. A l’orient, celle des forets s’étend sur la frontière, du sud-ouest au nord-est $ après elle, vient la région des carrascos y qui est fort élevée, et où le froid se fait sentir dans les mois de juin et de juillet-, la région des catingas y beaucoup plus chaude et si propre à la culture des cotonniers, est située sur les bords de ï Arassuahy et entre cette rivière et le Jiquitinhonha 5 enfin la région des campos y peut-être plus chaude encore, se trouve comprise entre le Jiquitinhonha et le S. Francisco : cette dernière est très-propre à l’éducation des bestiaux, et fait partie de l’immense contrée que l’on appelle, à cause de sa faible population, le Sertâo ou Désert. Je donnerai successivement des détails sur ces quatre régions : j’ai d’abord visité celle des cdrrascosy traversée par les afhuens les plus élevés de F Arassuahy \ j ai passé ensuite dans celle des catingas y puis dans celle des forets y et enfin, après être revenu sur mes pas, j’ai exploré la région des campos.

On donne au termo de Minas No vas cent cinquante lieues de longueur sur quatre -vingt -six de large, et cet immense territoire comprend, dit-on, une population de 60,000 âmes 1 réparties sur sept paroisses j sa-

* Ce nombre me paraît exagéré. L’auteur des Memoricu

voir : celle du chef-lieu, sous l’invocalion de S. Pedro dos Fan ados; celles de S . Cruz da Chapada , de Nos s a Senhora da Conceiçâo da Agua Su] a et de S. Domingo s ; celle de la septième division, où il n’y avait encore, en 1817, ni église ni prêtre j la paroisse de Rio Pardo e Preto, sous l’invocation de Nossa Senhora da Conceiçâo 1 ; celle de S. Antonio da ltacambira ; enfin la moitié de la paroisse de N. Senhora da Conceiçâo dos Morrinhos

Il fut un temps où la recherche de l’or était la principale occupation des habitans de Minas Novas ; mais

historicas , etc., ne porte qu’à 27,000 individus la population de Minas Novas , et un tableau statistique pour l’année 1 812 , imprimé en Allemagne , ne la fait monter qu’à 24j°56. J’observerai cependant que ce tableau ne saurait faire autorité; car on y indique comme paroisse Sucuriu, simple succursale à? Agua Sujet, et l’on omet d’y noter comme paroisse le village d '‘Itacambira.

J’ai dit un mot de cette paroisse dans le dernier chapitre du premier volume.

a Le chapitre qu’a publié M. Pizarro , sous le titre de Cilla de N. S. do Bom Successo do Fanado ou das Minas do Arassuahy cbmprehendida na comarca do Serro do Frio , offre les documens les plus intéressans; mais on est étonné de trouver dans ce chapitre les paroisses de Barra et de S . An — tonio de Curvello , qui ne dépendent pas du termo de Minas Novas. L’auteur aura voulu sans doute réunir avec Villa do Fanado, Chapada, etc. , des lieux qui appartiennent également à l’archevêché de Bahia. Quel prix ajouterait à l’ouvrage de Pizarro une table générale qui faciliterait les moyens d’y faire des recherches !

aujourd’hui ils se livrent à peu près tous à l’agriculture , et ils ont presque entièrement abandonné la minération. Minas Novas ne fournit actuellement qu’une très-petite quantité d’or à l’hôtel de la fonte de Villa do Principe : le peu que les mineurs de celle contrée tirent encore de la terre passe presque entièrement à Bahia par le moyen de la contrebande.

Depuis un certain nombre d années , le tei jtlo de Minas Novas est bien connu des négocians de l’Europe par l’excellence de son eoton. Les paroisses de Villa do Fanado, Âgua Soja, S. Domingos, Chapada , et enfin la septième division, en fournissent une glande quantité. ïtacambira , Rio Pardo et Morrinhos, au contraire, produisent peu de coton-, mais on y élève des chevaux et des bêtes a cornes.

Dans tout le termo , on recueille du maïs, des haricots, un peu de froment, des patates, des bananes, et l’on cultive en particulier le manioc sur les trois paroisses où, comme je lai dit plus haut, Ion soc cupe spécialement de l’éducation du bétail.

Le riz réussit bien partout, principalement dans les parties basses et boisées et dans les endroits marécageux.

L’or de Minas Novas, et en particulier celui de la rivière d’Arassuahy, est de la plus belle couleur, et généralement au titre de 24 h. On a tiré, pour le compte du roi , beaucoup de di amans de la Serra de S. Antonio de Itacambiruçü , appelée vulgairement Sena Diamantina y et l’on pense quelle n est point encore épuisée. Les petites rivières de Calhâo y Piauhj y Très

b VOYAGE

Americanas et Jtinga ou Utinga , fournissent clés aigues-marines cfun vert naissant ou d’un vert bleuâtre , des chrysolithes 1 , des topazes blanches et quelquesunes d’autres couleurs, des grenats, des tourmalines rouges et vertes, et enfin ces pingos de agua (gouttes deau) qui imitent si bien les diamans, et ne sont que de petites topazes blanches roulées par les eaux. On a extrait en particulier un grand nombre d’améthistes des Americanas. 11 existe du fer près Penha, S. Jodo et peut - être sur les bords du Jiquitinhonha. Les cavernes du Sertâo ou Désert ont alimenté de leur salpêtre les fabriques de poudre de Villa Rica et de Rio de Janeiro : on trouve du soufre audelà de Rio Pardo dans la fcizenda de Tabüa } de 1 antimoine sur le plateau d 'Alto dos Bois , etc.

On puiserait probablement dans le règne végétal des richesses non moins importantes que celles qui sont fournies par le règne inorganique. Les cultivateurs emploient dans leurs maladies une foule de plantes médicinales, et plusieurs d’entre elles, mieux connues f pourront sans doute devenir d’une utilité très -grande.

L’air pur que l’on respire dans les Minas Novas proprement dites, et les eaux excellentes que l’on y boit, doivent faire considérer ce pays comme étant en général très -favorable à la santé. Cependant on m’a dit que la paralysie, l’éléphantiasis et les goitres , autrefois presque inconnus sur la paroisse de Chapada, avaient

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1 Chrysoberil TV erner, cymophane Haiïy .

cessé d’y être rares depuis environ dix années* Il appartiendrait à des hommes de l’art de rechercher les causes de ce changement fâcheux.

Le termo de Minas Novas a l’extrême inconvénient d’être situé à une très- grande distance de la capitale du Brésil-, mais, depuis la découverte récente du cours du Jiquitinhonha , on ne trouverait peut-etre pas dans toute la province des Mines un pays mieux situé pour le commerce , que celui qui nous occupe »

dans ce moment.

Ses habitans sont, pour la plupart, des hommes de couleur peu riches et sans éducation. Ils ont quelque chose de la rusticité grossière qui caractérisé trop souvent nos paysans français -, mais ils sont bons , religieux, soumis à leurs supérieurs, affectueux, hospitaliers, généreux, ennemis des querelles, et se prêtent sans difficulté à faire les dépenses nécessaires pour futilité publique1.

Je reviens aux détails de mon voyage. Déjà, avant d’arriver à Mundo Novo , j’avais observé des différences dans l’aspect des paysages : le changement le plus complet s’opéra à mes yeux quand j’eus quitté çette habitation. Ju montai d’abord sur un morne raide et élevé , dont le flanc présentait encore des

* Une grande partie de ce tableau général est extraite d un manuscrit de M. l’avocat Sào Paio. J’ai aussi emprunte quelque chose à MM. Pizarro, Spix et Martius. Ce que je dis du caractère des habitans de Minas Novas convient spécialement à ceux des Minas Novas proprement dites. Le Sertao

diffère beaucoup de ce pays.

capoeiras; mais, au sommet de ce morne, la terre devient noirâtre, sablonneuse, et je ne trouvai plus que des arbrisseaux et des sous-arbrisseaux 5 un cinchona à fleurs odorantes, deux malpighiées à fleurs roses et à tige ti es -basse, dont 1 une répand une odeur de muguet extrêmement agréable, une éricacée à corolles roses, des cassia, de petites myrtées, plusieurs cuphecij etc.

Ce fut au haut du même morne que je reconnus combien Je pays que j’allais parcourir différait de celui que j’avais visité précédemment. Je n’apercevais plus de foiets sombres et sauvages : les montagnes qui, à perte de vue, s’offraient à mes regards , étaient découvertes , et je ne voyais des bouquets de bois que de distance à autre.

Bientôt j’arrivai à une petite fazenda , bâtie dans un fond sur le bord du ruisseau de Cocaes. Cett q fazenda s appelle (dcichocirci à cause d une cascade que l’on voit tout près d’elle, et dont le bruit s’entend au loin. Entre des arbres et des arbrisseaux d’une végétation maigre, s’étend obliquement, au-dessous du lit du ruisseau , un immense rocher grisâtre et presque lisse. Ce n’est point sur le milieu de ce rocher que 1 eau s épanché j mais elle se précipite, en écumant, dans un canal resserré qu’elle s,’est creusé latéralement.

Au-delà de cet endroit, je fus açcasté par un homme qui m’offrit des améthystes; je témoignai le désir de les voir , et le propriétaire m’en demanda un prix qui , autant que j’en pus juger, était cinq à six fois plus élevé

que ceux de Rio de Janeiro. Les Mineurs ont avec la capitale des communications si peu suivies, qu’ils ignorent la véritable valeur de leurs pierres précieuses. Quand ils en ont quelques-unes entre les mains, ils croient posséder des trésors, et ceux qui vont a Rio de Janeiro avec ces richesses imaginaires sont fort étonnés de voir qu’on leur en propose des prix souvent très-rinférieurs à ceux qui leur avaient été offerts chez eux \

Je ne décrirai point toutes les nuances de sol et de végétation que l’on observe entre Mundo Novo et le village de Penha ; cependant je ne puis m’empécher de dire quelque chose du morne très - remarquable appelé Morro d: \Andciici. Ce morne, situe a environ une lieue et demie de Penha , est eleve , et son sommet forme une vaste plaine ou la terre sablonneuse ne pioduit que des herbes, des sous- arbrisseaux et quelques arbustes rabougris. Sur la droite , cette végétation s’étend fort loin-, sur la gauche, la vue est bornée par d’autres mornes plus élevés encore , où des rochers noirs et couverts de lichens se montrent au milieu d’un gazon jaunâtre , enfin devant soi 1 on decouvie une vaste étendue de hauteurs stériles, sur lesquelles ciois-r sent à peine quelques bouquets de bois, et dont 1 aspect, m’attrista d’autant plus, que, la veille encoie, j’avais traversé des terrains féconds et des forêts vi-

1 Ceci m’a été dit par un homme instruit qui avait longtemps habité Villa Rica , et me parait conforme à toutes les vraisemblances.

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goureuses. Cependant si, considérée dans son ensemble, la végétation qui s’offrait à moi ne pouvait qu’affliger mes regards , examinée dans ses détails , elle me transporta d’admiration. Je n’avais jamais vu une telle diversité de végétaux -, c’étaient principalement des corymbiféres, une foule à'hjptis , des radiées, des convolvulacées, des verbénacées à feuilles aromatiques , etc. Les genres qui , dans les bois , fournissent des arbres et de grandes lianes , ne produisent ici que des plantes à tige naine-, j’observai , par exemple, une myrtée qui n’avait qu’un pied de haut , des bignonees , des cas sia , une foule de malpighiées qui ne sont que des sous - arbrisseaux ou de petits arbustes. Cependant, comme cela arrive peut-être généralement dans les campos , il y a sur cette montagne, il faut en convenir, une variété beaucoup plus grande d’espèces que de genres.

Après avoir fait quatre lieues et demie depuis Mundo Novo, j’arrivai au village de Nos s a Senhora da Penha (Notre-Dame du Rocher), plus généralement désigné sous le seul nom de Penha. Ce village , situé à vingt ou vingt - cinq lieues de Villa do Fanado, chef- lieu du termo de Minas Novas, est une succursale de la paroisse de cette ville. Il se compose d’une cinquantaine de maisons1, dont les plus considérables, au nom-

1 Pizarro ne donne à Penha que vingt maisons. Il est évident que les renseignemens qu’il a reçus datent d’une époque antérieure à mes voyages. Ce fut en 1766, dit le même auteur, que l’on fonda le village dont il s’agit.

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bre de dix-huit, sont bâties autour d’une petite place qui s’étend en pente douce , et forme un carré irrégulier. Ces dix-huit maisons sont basses, petites, mais en bon état et couvertes en tuiles. Au milieu de la place est l’église, et, de tous côtés, le village est dominé par des montagnes dont le sommet n offre que des gazons , et dont le flanc est couvert d’arbres qui se ressentent de la maigreur du terrain. Les maisons appartiennent à des cultivateurs , dont la plupart ne viennent au village que le dimanche, et, en grande partie, elles restent fermées les jours ouvrables. Ces jourslà on ne voit personne sur la place -, on n’entend aucun bruit autour de soi, et l’aridité du terrain, la verdure foncée des végétaux qui couvrent la montagne , ajoutent à la tristesse qu’inspire l’abandon où semble etre le village-, quoique d’ailleurs il résulte un ensemble assez agréable de l’arrangement respectif des maisons qui le composent, et de leur position, relativement aux montagnes qui les environnent.

Il est, autour de Penha, des terres qu’on ne peut cultiver , tant elles sont arides , et contiennent peu d’humus végétal-, mais de l’autre côté d’un des mornes qui dominent le village, sont de grandes forêts qui se rattachent à celles de Passanha , et c’est là que sont établis la plupart des cultivateurs de ce canton. Ils plantent le riz , le maïs et les haricots , denrees dont on trouve un débit facile dans le District des Diamans. Il y a aussi, aux environs de Penha, quelques sucreries-, mais, dans ce pays élevé, l’on ne plante point de coton. Les cultivateurs de Penha jouissent aujourd hui

d un grand avantage ; on a établi une petite forge auprès de ce village, et le fer, qui autrefois se vendait une pataque dans le pays ( 2 fr. ), n’y vaut plus que ^5 reis la livre (un peu moins de 5o cent.), prix qui doit nécessairement diminuer encore, lorsqu’il y aura plus de concurrence.

Les habitans peu nombreux qui restent toujours à Penh a sont des hommes de couleur, pauvres , ignorans , oisifs. Je les trouvai d abord impolis et peu communica-r tifs 5 mais je ne tardai pas à savoir la cause de la mauvaise réception qu’ils m’avaient faite. On parlait beaucoup alors de la révolte qui avait eu lieu à Fernambouc ; on savait que le régiment de Villa Rica s’était mis en route, et, quand on m’avait vu arriver, l’on s’était imaginé que j’avais la commission de faire une levée d’hommes. Il était naturel d’accueillir assez mal celui que l’on croyait envoyé pour répandre beffroi dans les familles -, mais lorsque l’on connut le véritable but de mon voyage, l’on devint plus honnête.

Je passai à Penha un jour de fête, et je visitai l’église, qui est large, bien éclairée et fort jolie. On a peint sur ses murs des bouquets où dominent le rose et le bleu clair : ce ne sont pas des chefs-d’œuvre sans doute; mais leur ensemble produit un effet assez agréable ; et du moins ils n’offrent aucune de ces plaques de couleurs dures qui choquent si souvent dans les peintures de nos églises de campagne , où d’ignorans barbouilleurs semblent avoir voulu racheter ce qui leur manquait du côté du talent , par la quantité de la matière.

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Si Ton excepte le sommet de quelques hautes montagnes, il n’est peut-être pas, dans la province des Mines , un seul endroit qui offre une végétation aussi variée que les environs de Penha. Je restai plusieurs jours dans ce village, et il s’en faut probablement de beaucoup que j’aie recueilli toutes les plantes qui croissent dans ses alentours $ aussi est- ce un des lieux que je crois devoir recommander aux botanistes qui voudront visiter la province des Mines.

Un des terrains où ils trouveront le plus de végétaux est celui que j avais traverse immédiatement avant d’arriver au village. La nuit m avait surpris, et, entre des arbrisseaux tortueux , il me semblait voir, aux rayons de la lune, la terre couveite de neige, illusion produite par un sable pur, quartzeux , à gros grains et d’une parfaite blancheur. Un de mes soins fut d’aller herboriser dans ce lieu , et je puis dire que , pendant tout mon séjour au Brésil , je n ai vu nulle part rien de semblable , ni pour la nature du sol, ni pour l’ensemble de la végétation. C’était une sorte de forêt naine d’arbustes écartés les uns des autres et hauts d’environ cinq à six pieds , dont le tronc était fort gros relativement a la hauteur, 1 ecoice noue ou fendillée, le bois très-duE, enfin dont le feuillage était généralement velu et d’un vert sombre. Entre ces arbustes se trouvaient des sous - arbrisseaux plus petits , quelques plantes grimpantes appartenant suitout à la famille des asclépiadées , et enfin des touffes rares de graminées à tige raide et à feuilles glauques. Là je trouvai principalement encore des corymbifères

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et des hyptis . Parcourant ce lieu singulier, j’arrivai à une petite source 5 le sol y était le même avec un léger mélange de terreau d’une couleur noire, et, combinée avec l’humidité, cette différence, si mince en apparence, en produisait de très -grandes dans la végétation. La terre, aux environs de la source, était entièrement couverte de graminées et de cyperacées à feuilles arides, peu propres à la nourriture des bestiaux; et, au milieu de ces plantes se trouvaient des sauvagesiees, des utriculaires, plusieurs mélastomées qui ne croissent point dans les lieux secs, une jolie orchidée, un grand nombre iïeriocaulon , un polygala à tige longue et grêle ( polygala paludosa 9 Au g. de Saint- Hil.), un lycopode, etc.

Lorsque j étais encore à Villa do Principe , l’intendant des Diamans , M. Manoel Ferreira da Camara Bethancurt e Sa, m’avait écrit qu’il partirait bientôt pour la fazenda àdtangua % située à une lieue et demie de Penha. Ayant appris qu’il venait d’arriver à cette habitation , je me mis en route pour m’y rendre. Le chemin est montueux, et, du sommet d’un des mornes sur lesquels il passe, je découvris une vue immense qui présentait un mélange de terrains découverts et de bois d une végétation assez maigre. Je tra- Veisai, dans cette excursion, tantôt des capoeiras ,

’ Probablement pour ltagua , itâ , pierre , guâ, en voûte. Cette étymologie est d’autant plus vraisemblable, qu’en parlant de Penha, M. Pizarro fait mention d’un ruisseau ou rivière qu’il nomme Itâéoa.

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et tantôt des carras cos , espèce de buissons d’une étendue immense, dont je parlerai bientôt avec détail. Parmi les plantes c[ue je trouvai dans les ccii i ascos , je ne puis m’empêcher de citer deux gentianees , dont l’une produit de grandes fleurs bleues inclinées et en cloche, et l’autre des fleurs roses (i^i)1 * 3*, je citerai aussi , comme une des espèces les plus remarquables de ces lieux, un sous -arbrisseau du geme lanterna? , dont la tige est très -menue, les feuilles incisées, et dont les fleurs en tête sont du plus beau rouge ( lan tana? pulchêrrima , N.)\ Avant d’arriver à Itangua , on descend dans un fond, et le tenain devient meilleur. En général , tout ce canton offre une alternative assez singulière de bonnes terres et de teirains très- arides.

Dans le chemin de Penha à Itangua , je remarquai des habitations de termès que je n’avais pas encore observées ailleurs. Ce n’étaient plus des bornes, comme celles que j’ai décrites dans le premier volume de cet ouvrage, mais simplement de petites bosses qui s élevaient au milieu de la route à la hauteur d un demipied environ.

La fazenda d’Itangua, qui appartenait au capitcio môr Antonio Gomes de Oliveira Meirelles, était ceitainement la plus belle que j’eusse vue depuis Uba. Ses

1 Ce numéro , et d’autres analogues, renvoient à une liste que l’on trouvera à la fin de l’ouvrage , et qui coutiendia les

vrais noms des plantes indiquées.

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bâtimens, qui venaient d’être reblanchis, sont disposés avec régularité autour d’une grande cour qui forme un carre long , et au milieu de laquelle on a , suivant l’usage du pays , planté une très-grande croix. Le local réservé pour le maître est vaste, et, conformément à la coutume, le haut seul est habité par lui et par sa famille. Après avoir monté l’escalier, on arrive à une grande piece dont les murailles sont peintes , comme cela a lieu chez les gens riches, et dont le plafond, fait en planches également peintes , s’élève en dôme , ce qui se voit généralement encore dans les maisons dont les propriétaires jouissent de quelque fortune. En général, tout l’intérieur de l’habitation d’Itangua indiquait une aisance dont je n’avais depuis long-temps aperçu aucune trace.

A mon arrivée > je fus présenté au maître et à la maîtresse de la maison par l’intendant desDiamans, qui m’avait accueilli avec beaucoup d’amabilité» C’était un homme de ^cinquante et quelques années > gai , spirituel et fort instruit* Apres avoir étudié à l’université de Coimbre , il avait voyage, pendant plusieurs années , aux frais de son gouvernement , dans le but d’augmenter ses connaissances en chimie et en minéralogie, de voir différentes mines et de s’instruire de la manière de les exploiter. Ayant habité Paris pendant un an, il parlait parfaitement le français, et il savait aussi un peu d anglais et d’allemand. Nous causâmes ensemble depuis 1 instant de mon arrivée jusqu’au moment où chacun se retira pour se coucher, et la journée se passa d’une manière d’autant plus agréable pour

moi, que, pendant huit jours , je venais d’être réduit à la société de mes plantes.

La veille de mon arrivée à Itangua , on avait célébré le mariage d’une des fdles du maître de la maison. Des amis et plusieurs voisins, la plupart décorés et fort bien mis, étaient encore rassemblés. Au moment où l’on allait se mettre à table, les dames se présentèrent. Elles étaient au nombre de quinze ou seize , et presque toutes fort jeunes. Plusieurs d’entre elles avaient des cheveux blonds, un beau teint et des joues colorées. Leur tête était découverte-, elles portaient des robes blanches brodées en couleur, et le bon goût avait présidé à leur toilette. Dans un pays où les blancs sont si rares, il était véritablement extraordinaire de rencontrer une réunion aussi nombreuse de femmes de notre race sans aucun mélange de sang africain.

On ne donna point la main aux dames : cet usage est absolument inconnu dans toute la province des Mines 5 il l’est également dans beaucoup d’autres provinces , et probablement dans toute l’étendue du Brésil.

Les jeunes mariés se mirent à l’un des bouts de la table. Le reste des convives se sépara en deux bandes , et les hommes s’assirent d’un côté pendant que les femmes se placèrent de l’autre. C’était déjà beaucoup que ces dernières se montrassent aussi librement.

Il y avait au dîner beaucoup de viandes , mais peu de légumes, et l’on mangea, comme partout ailleurs, avec une promptitude désespérante. On ne voyait point d’eau sur la table. Les femmes comme les hommes buvaient du vin pur, mais tous en petite quantité , et

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