VILLAGE
YOYAGE
dans les maladies de poitrine. L’arbre, quand je l’observai, avait perdu presque toutes ses feuilles-, cependant, quelques-unes desséchées , qu’il conservait encore, me firent penser qu’il appartenait au genre mimosa , L. Ces feuilles sont longues d’environ un demi-pied., et deux fois ailées ^ leurs axes généraux et particuliers sont pubescens, et leurs folioles très-nombreuses , larges de moins d’une ligne , longues de deux, sont rapprochées et supportées par un très -court pétiole pubescent comme les axes.
J’avais fait une lieue et demie dans les catingas dont je viens de parler, quand le terrain changea $ il prit une couleur rougeâtre , et la végétation changea avec lui. Aux catingas succédèrent des graminées parsemées d’arbres tortueux et rabougris , et je remarquai que quelques-uns d’entre eux commençaient à produire des bourgeons. Cependant la sécheresse était toujours extrême , les fleurs très-rares , et la poussière insupportable comme elle l’avait été tous les jours précédens.
Je fis halte à un groupe de pauvres maisonnettes où la terre, qui se détachait des murs, laissait pénétrer de tous les côtés le jour, le vent et la poussière. Là , je fus reçu pardebons cultivateurs simples, embarrasses, mais qui, malgré leur indigence, ne voulurent rien accepter pour ma nourriture.
En me rendant de Veados (les cerfs) , le lieu dont je viens de parler, à Cayçàra ', qui en est éloigné de deux
1 Caycâra , dans le Diccionario Portuguez e Brasiliano (die-
lieues et demie, je passai sur des mornes un peu moins élevés que ceux où j’avais voyagé les jours précédens. Sur l’un d’eux, les arbres rabougris, au lieu d’être entremêlés de graminées menues comme celles d’Europe , l’étaient de touffes d’une espèce de bambou à tige naine , droite, haute de trois pieds, grosse comme le tuyau d’une plume x. Ce n’était pas , au reste, la première fois que j’observais cette variété de campo ; elle se rencontre dans les terrains les plus rouges , et elle s’était déjà offerte à moi sur plusieurs plateaux de Minas No vas.
Étant à Formigas, ou dans les environs , j’entendis une espèce de crapaud , dont la voix imitait exactement le bruit du to urne-broche. Rien n’est en général plus varié que le coassement des crapauds de ce pays,
tionnaire de la lingoa gérai ) , est indiqué comme la traduction du mot portugais arraial. Je présume que ce dernier mot signifie ici camp et non village.
1 Cette espèce s’appelle , je crois , taquarl. En général , les Brésiliens ne donnent pas le même nom à tous les bambous. Le mot taquâra désigne l’espèce commune ou peutêtre plusieurs espèces confondues ensemble. J’ai longuement parlé du taquarassû , l’espèce la plus grande; j’ai aussi décrit une forêt de laboca , et non toboca comme on l’a imprimé, par erreur, dans le premier volume de cet ouvrage (pag. 97). J’ajouterai ici que l’on désigne sous le nom de cruciama un bambou à tige pleine , et , en effet, il était convenable d’avoir un mot pour indiquer les bambous de ce genre, car le mot guarani taquâ signifie proprement des cannes creuses.
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et je suis persuadé qu’un naturaliste qui s’occuperait de l’histoire des reptiles trouverait dans la province des Mines un grand nombre d’espèces nouvelles de batraciens.
Pour donner une idée du pays que je traversai entre Cayçara et Riachâo , qui en est à quatre lieues, je ne crois pouvoir mieux faire que de copier mon journal.
« Des collines peu élevées comme celles oùj avais passe a le jour précédent 5 un pays qu’il faut plutôt appeler « inégal que montueux; des campos d’arbres raboute gris } point de plantes en fleurs-, une extrême séche- « resse, beaucoup de poussière-, des marais de peu « d’étendue , au bord desquels je trouvai des cavalles <c et quelques bêtes à cornes-, point d’habitations, « point de culture, personne dans les chemins, un « véritable désert. »
Je ne trouvai à Riachâo qu’une très-petite fcizenda dont les bâtimens tombaient en ruines. Là, comme autour de Formigas et de toutes les habitations où je m’étais arrêté depuis quelque temps , les plantes dépouillées de feuilles étaient souillées par la poussière, et dès que l’on touchait une branche avec ses habits, l’on pouvait être sûr d’être couvert de ccirrapalos .
A trois lieues et demie de Riachâo, je fis halte à la pauvre chaumière appelée Riacho de S. Lourenço , qui tombait de tous côtés, mais où je fus très-bien accueilli. Les portes de cette chaumière étaient laites avec des pétioles de feuilles de boritj } mis les uns a côté des autres , et réunis parle moyen de deux morceaux de bois passés transversalement dans leur épais-
seur, l’un en haut et l’autre en has. Ces portes ressemblaient à nos jalousies, et, comme l’on voit, elles ne pouvaient arrêter les efforts des voleurs, ni même empêcher la fraîcheur et le vent de pénétrer dans l’intérieur de la maison.
La plupart des agriculteurs des alentours de Riacho de S. Lourenço ont à peine trois ou quatre vaches, et les gens les plus riches n’en possèdent pas plus de cent. On ne cultive que pour ses besoins -, cependant il existe dans ce canton quelques petites sucreries. Chaque année les colons , voisins de Riacho de S. Loureneo, vont à S. Rumâo , ou d’autres endroits sur les bords du Rio de S. Francisco, pour faire leur provision de sel , denrée qi\i , comme je le dirai ailleurs , vient des salines situées sur le territoire de la province de Fernambouc, Dans le canton de Riacho on n’élève point de cochons, et, tandis que les habitans des autres parties de la province se livrent beaucoup à l’éducation de ces animaux, je crois qu’en général on s’en occupe fort peu dans le nord du Sertâo.
Entre Riacho de S. Lourenço et le village de ContendciSy qui en est éloigné de quatre lieues, il existe plusieurs endroits marécageux. Dans la partie la moins élevée de ces marais , les horitjs sont entremêlés d’arbrisseaux très -rapprochés , à tige élancée, à feuilles du plus beau vert , et ces végétaux forment ensemble une espèce de muraille de verdure , qui , s’étendant d’un bout du marais à l’autre , contrastait à l’époque de mon voyage , avec les arbres presque dépouillés des campos environnans.
Avant d’arriver à Contendas on descend peu à peu, et l’on traverse un bois d’une étendue assez considérable. Depuis plusieurs jours j’apercevais dans les campos un assez grand nombre de perroquets 5 mais nulle part je n’en avais vu autant que dans les bois dont je viens de parler. Ils faisaient entendre un ramage tellement bruyant, que je pourrais le comparer au bruit confus produit par la foule au milieu des plus grandes villes.
En arrivant à Contendas , je remis au curé , M. Antonio Nogueira Duarte , des lettres que j’avais pour lui. C’était un homme spirituel, fort gai, et qui avait quelque instruction. Je passai plusieurs jours chez lui, et je 11e puis parler sans reconnaissance des bontés qu’il eut pour moi.
Le village de Contendas se compose uniquement d’une douzaine de maisons bâties sur un morne isolé d’où la vue s’étend au loin. Placé au milieu d’une espèce de plate-forme qui termine le morne, l’église est petite et me parut assez mal entretenue. Tout le pays environnant est boisé , et depuis que j’étais dans le Désert , je n’avais pas encore vu une aussi grande étendue de terrain couverte de bois. A l’époque de mon voyage , les arbres de ces bois , qui étaient des catingas comme tous ceux du Sertâo , avaient perdu leurs feuilles , et les herbes étaient desséchées jusque sur les bords du ruisseau qui coule au-dessous du village.
Contendas n’est qu’une simple succursale. Le cheflieu de la paroisse , dont ce village fait partie , est Mor-
linhos ? autre village qui possède , m’a-t-on dit , une des plus belles églises de la province des Mines, et qui est situé sur les bords du Rio de S. Francisco. Si les curés ont choisi Contendas pour leur résidence , c’est que Morrinhos est un lieu très-mal sain.
La paroisse de Morrinhos , sinon tout entière , du moins en partie , dépend de la comarca de Villa do Principe et de la petite justice de Salgado , où sont des juges ordinaires h Cette paroisse, divisée en sept succursales , a environ cent lieues portugaises en longueur , et soixante-dix en largeur, et elle ne contient pas plus d’onze mille habitans 2. Il est à présumer, au reste , que cette faible population augmentera rapidement, car les mariages sont, dans ce pays, d’une extrême fécondité 3. Rien n’est plus commun que de
1 Ce quê j’écris ici est le résultat de l’examen attentif des renseignemens que j’ai pris. Je ne chercherai point à les concilier avec l’article de M. Pizarro sur Morrinhos.
2 Un mot oublié dans mon journal m’empêche de dire bien positivement si ce chiffre indique les habitans en général ou simplement les communians; cependant je n’hésite guère à croire qu’il s’agit des habitans en général , car les enfans se trouvent compris dans les états de population dressés par les curés.
3 On peut , ce me semble , appliquer aux femmes du Sertao , ce que dit Barrow de celles du Cap de Bonne-Espérance. « L’histoire d’un jour est celle de toute leur vie; elles « ne parient et n’entendent parler de rien , sinon que tel ou « tel est sur le point de partir pour faire un voyage à la « ville ; que tel autre va se marier; que les Boschisman ont
rencontrer des pères de douze , quinze enfans et même davantage , et le curé m’a assuré qu’il avait dans sa paroisse une femme qui, après avoir eu dix-huit fils , comptait à l’âge de 85 ans, deux cent treize enfans, petits enfans et arrière petits-enfans \
L’air de la succursale de Contendas est tellement pur, les maladies y sont si peu communes, et la fécondité des femmes y est si grande, comme on l’a déjà vu , que , pour quarante naissances , on ne compte
« volé le bétail de tel autre, ou que les sauterelles ont dé— « voré leur blé. Les jeunes gens n’ont , pour se récréer, au— « cun de ces rassemblemens en usage dans les campagnes en « Europe; ils ne connaissent ni les foires, ni la danse, ni « la musique , ni aucun amusement quelconque. C’est peut- « être à cette vie inactive que les femmes doivent leur éton- « nante fécondité. On regarde une famille comme peu nom— « breuse , quand elle n’est composée que de six ou sept « enfans; il n’est pas rare d’en trouver dont le nombre s’é— « lève jusqu’à douze et même vingt. » (V^oy cige en Afrique , vol. I , p. i Zp7 . ) A la cause que Barrow assigne ici à la fécondité,, je crois qu’il faut ajouter encore, pour les femmes du Cap comme pour celles du Sertâo , l’espèce d’engourdissement dans lequel les unes et les autres laissent languir leurs facultés intellectuelles.
1 Ce que je dis ici de la fécondité des femmes du Sertao est entièrement confirmé par MM. Spix et Martius. Je ne sais s’il existe au Brésil quelque province où les femmes soient généralement moins fécondes que dans les parties tempérées de l’Europe ; mais ce qui est certain , c’est qu’on ne doit pas , comme on l’a fait , étendre cette assertion à tout le Brésil.
AU BRESIL. jg9
qtie deux morts. Au leste , on en peut dire à. peu près autant de toutes les parties découvertes du Sertâo , qui n avoisinent pas le Rio de S. Francisco et lés rivières qui s’y réunissent.
Les maladies les plus communes dans la succursale de Contendas et les autres parties élevées et sèches du Desert, sontl hydropisie , les pleurésies, et ces paralysies subites appelées ar ou stupor, qui résultent des transitions rapides du chaud au froid, transitions qui se font sentir chaque jour au coucher du soleil h Les phthisies pulmonaires sont à peine connues des hahitans de ce pays , et la petite vérole ne l’est pas davantage. Le curé de Contendas m’a raconté que cette dernière maladie s’était déclarée chez un étranger arrivé depuis peu de temps dans sa paroisse, mais qu’elle ne s’était communiquée à personne, et, ce qui est fort remarquable, on m’avait raconté un fait analogue, à Villa do Fanado,
Les maladies vénériennes sont communes dans cette
1 Pison avait déjà donné , en 1648, des détails sur le stupor ( De Med . Bras. , lib. I , cap. IV) , et voici comment s'expriment sur cette singulière maladie deux médecins modernes, MM. Spix et Martius : « Les Sertanejos appellent ar ou stu— « por des attaques subites de paralysie qui sont assez com- « munes après des transpirations arrêtées et qui peuvent « devenir très -sérieuses. Quelquefois, témoins de ces para- “ iysies aux bras, à la langue, aux orteils, nous ne fûmes « pas moins effrayés de la violence du mal , que surpris de u h* promptitude avec laquelle nous le laisions céder à l’usage d un bain chaud , à celui de quelques sudorifique» TOME II. o/î
contrée comme dans toute la province ; mais on assuie quon peut les guérir avec des racines sudorifiques et purgatives sans le secours du mercure. Un remede que l’on vante beaucoup, et que M. Nogueira Duarte m’a dit avoir administré plusieurs fois avec le plus grand succès , est une espèce de bouillon que l’on fait avec la chair du serpent à sonnettes. Le malade boit ce bouillon le soir avant de se coucher , il sue très-abondamment, et se trouve guéri. Il nest pas nécessaire d’employer la chair fraîche du serpent -, fait avec l’animal desséché , le breuvage produit un effet également salutaire. Ce n’est pas, au reste, uniquement dans le Sertâo que l’on attribue une telle efficacité à ce genie de remède. Les colons des environs de Villa do Principe prétendent que des bouillons faits avec les especes de serpens les plus venimeux , tels que le jararacassu ( bothrops Neuwiedii, Spix) et le surucucü ( bothrops surucucû , Spix) , guérissent parfaitement le mal vénérien. Un cultivateur du Serro doFrio m’a assuré que trois de ces bouillons avaient suffi pour rendre la santé à un de ses nègres chez lequel le mal était invétéré.
Il y a peu de morfeas (espèce d’éléphantiasis) à Contendas et probablement dans toutes les parties hautes du Désert 1 • mais une autre maladie de peau , qu on ap-
« employés avec persévérance , à un sinapisme ou à des fric- « lions ammoniacales. » (Reis. I, 528.)
* On peut écrire tout à la fois morfea , morfeya et morphea (voy. Mor. , Die., II ); mais j’ignore quelle est l’étymologie de ce nom. J’ai donné une description abrégée de cette maladie , vol. I, p. i85; mais la suppression de quelques mots
pelle lepra, n’y est point rare. Elle ne produit pas de protubérances comme le morfea ; mais elle forme sur tout le corps une croûte qui en gêne beaucoup les mouve mens, tombe quelquefois, mais reparaît ensuite. Ceux qui sont attaqués de la lèpre éprouvent une faim presque continuelle. Cette maladie, avec laquelle on vit souvent fort long -temps, mais dont il n’est point rare de guérir, est attribuée aux fruits très-échauffans que les habitans pauvres mangent avec excès, et l’on pourra être tenté d’admettre la réalité de cette cause, si l’on se rappelle ce que j’ai dit de l’effet que produisent sur les Botocudos les cocos et les sapucaias (fruits d’une espèce de lecythis). On prétend aussi que les Sertanejos, qui mangent habituellement du poisson assaisonné avec du miel sauvage , sont très -sujets à avoir la lèpre.
Il ne faut pas s’étonner si les habitans du Sertâo emploient le miel comme aliment. Il existe dans cette contrée, dans la province des Mines en général, et probablement dans toutes les parties chaudes du Brésil , un grand nombre d’espèces differentes d’abeilles qui fou rnissent un miel très -limpide et exempt de cet arrière-goût désagréable qu’a celui de l’Europe. On considère ce miel comme très-médicinal , et il se vend quatre pataquès ($f.) les trois bouteilles. Plusieurs des
a ôté son véritable sens au trait le plus frappant de cette description. Il a été imprimé : d’énormes verrues déforment entièrement le visage des personnes atteintes de cette maladie , et souvent les yeux se distinguent à peine de ces hideuses protubérances. Il fallait : les yeux se distinguent à peine au milieu de ces hideuses protubérances .
abeilles de la province des Mines font leur nid dans la terre-, un plus grand nombre le construit dans les arbres. Aucune d’elles n’a d’aiguillon 5 cependant une espèce qu’on nomme tataira, laisse , à ce qu’on assure , échapper par l’anus, une liqueur brûlante, et c’est ordinairement la nuit qu’on lui enlève son miel. Les espèces appelées uruçïi boi , sdnharô 3 burd bravo y chape , arapud et tubi, se défendent quand on les attaque-, mais il paraît qu’elles n’ont pas plus d’aiguillon que les autres , et qu’elles se contentent de mordre. Ceux qui cherchent le miel des abeilles abattent ordinairement les arbres où elles se logent, et détruisent sans pitié les œufs et les nymphes. Quelques-uns pourtant scient la partie de l’arbre où ces insectes ont fait leur nid, et la suspendent horizontalement au-dessous du toit de leur maison. On a imaginé du côté de Sabara un moyen de multiplier les abeilles qui a parfaitement réussi. Pendant qu’ elles sont aux champs , on tire de la ruche quelques-uns des gâteaux qui contiennent les nymphes et les œufs, et on les met dans une ruche nouvelle qu’on a soin de parfumer avec de l’encens. Une partie des abeilles adoptent la nouvelle ruche, et celle-ci se remplit bientôt de miel et de cire. Au reste , toutes les espèces d’abeilles ne peuvent pas s’enlever pour être placées près des maisons j la plupart abandonnent leur demeure lorsqu’on les transporte , et il n’en est , m’a- 1- 011 assuré, que trois espèces qui s’accoutument à cette sorte de domesticité. Les abeilles de Minas Geraes et probablement d’une grande partie du Brésil , sont extrême-
ment familières v elles viennent se poser sur les mains , sur le visage, et se laissent prendre sans peine \ La plupart d’entre elles ont une odeur agréable qu’elles empruntent des fleurs sur lesquelles elles vont chercher leur nourriture. Le pins grand ennemi de ces insectes si innocens et si utiles, est sans doute l’homme} mais ils en ont encore un très-grand nombre d’autres , principalement plusieurs sortes d’oiseaux et de petits lézards : les tatous en particulier détruisent les espèces qui font leur nid dans la terre. Les abeilles connues dans le Serlào, sont les mandAçAya, jatai, monduri,
CRUÇÛ , URUÇTJ BOI , BURÂ MANSO , BURÂ BRAVO , SANHARO , IrATI , SEXE PORTAS , MÜMBUCA , MARMELADA , CHUPÉ ,
arapuâ , tataira , xuBi 2. Celles qui font le meilleur miel
1 On verra , dans ma troisième Relation , combien je fus incommodé, sur la route de Goyaz à Saint-Paul, par une petite espèce d’abeille qui était sans cesse sur mon visage et entrait dans mes oreilles.
3 MM. Spix et Martius , qui ont donné quelques détails sur les àbeilles du Sertào, ne font point mention de l’espèce appelée tiibi ; mais en revanche ils en nomment plusieurs autres dont je n’ai point entendu parler, savoir : munbubinhci , mandaguira, cabeqa de latâo, caga fogo,vamos einbora, cabiguara, abelha de cupim, preguicoso grosso , fnio et mosquito. Les mêmes savans distinguent en outre Vurucû en urucâ de clicio ,
O Oh p
de pao , boi et pequeno ; l’abeille jatai en grande et pequeno y marmelada en prêta et branca y monduri, en preto , vernielho , legitimo , mirim et papaterra. Quant au para des mêmes savans , ce n’est certainement que le burâ dont la prononciation allemande aura fait changer l’orthographe. — Les mots
BCHB
sont les jutai, mondurà , mandaçaja, marmelada et uruçû ; les espèces qui en donnent la plus grande quantité sont les uruçû et mumbuca. La cire des abeilles du Brésil est noirâtre , et jusqu’à présent on a inutilement essayé de la rendre blanche 1 -, cependant on l’emploie pour faire de ces petites bougies menues qui se plient et se mettent dans la poche 2.
Aux détails dans lesquels je suis entré sur les abeilles, la lèpre, etc., détails que je recueillis pendant mon séjour à Contendas, j’ajouterai le récit d’un fait qui me fut raconté dans ce village, et qui peut-être ne sera pas sans intérêt pour les naturalistes. Deux tortues de terre avaient été envoyées à M. Nogueira Duarte.
sete portas (sept portes), marmelacla (marmelade), cabeca de latâo (tête de cuivre jaune), caga fogo (excrément de feu), vamos ernbora ( allons -nous- en ) , preguicoso grosso, fino et mosquito (le paresseux gros, menu et moustique), sont portugais. Les autres noms sont indiens. Sanharo écrit canard dans le Tesoro de la lengua guarani veut dire abeille rouge; tataira vient évidemment de taturâ, mot qui désigne aussi une abeille rouge; uruçû signifie vermillon; mondori est simplement une abeille; yraiti signifie cire; mombucâ, faire sortir une chose; tobi , aigu; enfin munbubinha vient peut-être de mombu , percer. ( Voy. Tes. leng. guar.)
1 On verra cependant, dans mon voyage à Goyaz , qu’un homme de Veilla Boa avait obtenu du succès par des blanchimens réitérés. La cire qu’on emploie généralement au Brésil vient d’Afrique. Elle n’est pas très-blanche, mais sa qualité est excellente.
a II n’est question dans tout cet article que des insectes ap-
Lune d’elles mourut en route. L’autre arriva, et on lui fit quelques marques sur le corps. Peu de jours après on cessa de la voir, et on la crut perdue. Cepeni dant, sept ans plus tard , on la retrouva sur le bord du Rio de S. Francisco, et c’était précisément à l’endroit I 011 on lui avait fait passer ce fleuve pour la transporter à Contendas.
Après avoir quitté Contendas (i5 août) , je traversai encore des campos , et pendant quelque temps je suivis une vallée , qui doit être délicieuse dans la saison i des fleurs. Les collines qui la bordent sont couvertes d’arbres rabougris, épars çà et là -, et ceux de la vallee, plus grands et plus rapprochés , offrent le même as-
pelés vulgairement dans les Mines abelhas . Je crois que le polystes lecheguana dont j’ai parlé dans ma relation d un empoisonnement , etc. (voy. Y1 Histoire des Plantes les plus leniai— quables, etc.) , n’appartient point à cette province , au moins je n’ai aucun souvenir d’y avoir entendu parler de cette espèce. Dans tous les cas , il est vraisemblable que l’on n’y donnerait pas au leclie guana , qui a un aiguillon , le nom d abelha.
MM. Spix et Martius disent {Reis. 553) que les divers
miels du Sertâo présentent entre eux de grandes différences , et que quelques-uns sont un véritable poison, tels que celui de l’abeille munbubinlia dont la couleur est verte et qui purge violemment. Les Sertanejos , ajoutent les mêmes savans , ont observé que le miel de la même sorte d’abeille est nuisible et utile dans les différentes saisons de l’année , selon qu’il a été recueilli sur telle ou telle espèce de plante. Ceci confirme entièrement ce que j’ai écrit dans le récit de mon empoisonnement par le miel de la guepe lecheguana, *
pect que ces arbres fruitiers que Fou voit dans les prairies de quelques provinces de France. Le chemin n est qu’un sentier tortueux 5 mais des gazons le bordent à droite et à gauche, et, de chaque côté, les arbres 11e commencent guère qu’à sept à huit pieds du sentier, comme s’ils eussent été plantés par la main des hommes. Cependant la vallée finit par devenir un vaste marécage, dont le milieu présente un gordon d’arbres serrés, du vert le plus agréable. De distance en distance, des groupes de boritjs s’élèvent au milieu du marais 5 ils sont très-rapprochés les uns des autres , et les lanières , tantôt droites , tantôt pendantes de leurs feuilles en éventail, forment des masses épaisses d’un vert luisant et foncé. Un ou deux individus , plus grands que les autres , se montrent orgueilleusement au-dessus de ces touffes, et semblent des rois entourés de leurs sujets. Des troupes d’aras aux ailes bleues , à la poitrine dorée ( psittacus ararauna ) ,’ vivent au milieu de ces palmiers pour en manger les fruits , et partagent cet asile avec une autre espèce moins commune, qui est entièrement bleue et ne va que par paire {psittacus hyacinthinus) \
Le borily n est pas le seul palmier qui croisse dans
1 Le psittacus hyacinthinus est le véritable ararauna des Brésiliens, et, au contraire, le psittacus ararauna des natuîalistes , qui a le ventre jaune, est connu au Brésil sous le nom de canindé ou arara azul. A la vérité, c’est l’ara à ventrejaune que Marcgraff appelle ararauna ; mais cet auteur s’est certainement trompé. En effet, ararauna , dans la lan-
le Sertâo. Avant même d’arriver à la fazenda de S. Éloi , j’avais déjà vu mie espèce qu’on appelle cabeçudo ( cocos capitata , Mart. 114, t. 78, 79), et je la rencontrai en grande abondance jusqu’à mon arrivée au village de Contendas.
Une autre espèce très-élégante , le macauba ( acroco mia sclerocarpa , Mart. p. 66, t. 56) , se trouve tout à la fois dans le Désert et dans quelques autres parties de la province des Mines. Ses tiges , parfaitement droites, peuvent avoir trente-cinq à quarante pieds de haut, et un pied et demi de diamètre. Elles sont revêtues , dans toute leur longueur, de grandes écailles embriquées, triangulaires, épineuses, qui ne sont autre chose que la base persistante des pétioles et qui tombent quand l’arbre devient vieux. Celui-ci se termine par une large touffe de feuilles nombreuses, ailées, ovales -alongées, arquées, pliées en gouttière et d’un vert luisant. Le pétiole et l’axe des feuilles sont parsemés d’épines. Le fruit , qui est rond , d’un vert rougeâtre, lisse et luisant, peut avoir un pouce et demi de diamètre. Sous une écorce compacte , dure , épaisse d’environ une ligne , à peu près de la consistance de celle de la grenade , se trouve une pulpe d’un jaune tirant sur le vert, épaisse d’à peu près cinq
gue des Indiens, signifie ara noir, et il est bien évident que , dans aucun pays , on n’a pu donner le nom de noir à un oiseau qui a le dos d’un bleu d’azur avec le ventre d’un jaune doré, tandis que ce même nom s’applique très-bien aux teintes uniformes et foncées du ps . hyacinthinus .
lignes, chanvreuse, un peu gluante $ et enfin dans la pulpe est un noyau gros comme une petite noix, un peu anguleux , noirâtre , extrêmement dur, épais de deux lignes , et revêtu intérieurement d’une pellicule jaunâtre. A l’intérieur du noyau se voit une petite amande blanche, d’un très -bon goût, revêtue d’un tégument roussâtre. Dans les environs de Santa Luzia et ailleurs , on tire de la pulpe du fruit du macauba une huile abondante , qui sert à éclairer et à faire du savon, et de l’amande on extrait une autre huile bonne à manger \
Le macauba me conduit naturellement à parler du pao pobre , ou puta pobre , qui a aussi des semences oléagineuses , et que Ton peut considérer comme l’un des arbres les plus utiles du Sertâo. Lors de mon voyage, cet arbre était dépouillé de ses feuilles, mais ses fruits trigones , très-obtus au sommet, lisses , divisés en trois loges monospermes, presque semblables enfin à ceux du palma christi , me font croire que la plante appartient à la famille des euphorbiacées , et ce qui achève de me confirmer dans cette opinion , c’est que l’huile du pao pobre a une vertu purgative. Cette huile que l’on brûle et dont on fait du savon , s’obtient d’ailleurs de la même manière que celle du ricin.
M. Nogueira Duarte m’accompagna jusqu’à l’habita-
1 La propriété qu’a le fruit du macauba de donner de l’huile , rend ce palmier extrêmement remarquable ; car, s’il existe une foule de semences oléagineuses, l’olivier est, à ma connaissance , le seul arbre dont le péricarpe ait été signalé jusqu’ici comme fournissant de l’huile.
lion de Tamanduà 1 , qui est située à cinq lieues du village de Contendas, et me donna, avant de me quitter, un se rie ma qu’il venait de tuer, et qui fait à présent partie de la collection du muséum de Paris. Malgré la distance des lieux, j’ai encore eu des rapports avec cet excellent ami, et deux fois j’en ai reçu des plantes desséchées.
Entre Tamandua et la petite habitation de Tapera (maison ruinée), qui en est éloignée de trois lieues et demie , j’eus encore à me plaindre beaucoup de la chaleur et de la sécheresse. Quand je trouvais quelques plantes en fleurs , c’était presque uniquement dans les endroits marécageux , où cependant prèsque tous les végétaux étaient aussi brûlés.
Les marais de ce canton où il y a le plus deau, servent de repaire à des sueur y s ou sucuriüs ( boa murina , L. ex Spix et Mart.), ces énormes serpens qui atteignent trente à quarante palmes, mais qui, je pense, sont aujourd’hui moins nombreux qu’autrefois. Les Mineiros 11e craignent point de livrer des combats à ces monstres , et ils en sortent victorieux. On tanne la peau du sucuriü, qui est épaisse et couverte de larges écailles, et l’on s’en sert pour couvrir des malles, pour faire des bottes et des housses de chevaux a.
1 Tamandua est le nom du fourmillier. Il ne faut pas confondre l’habitation dont il s’agit ici avec la petite ville de Tamandua qui est située à l’entrée du Sertâo dans la comarca du Rio das Mortes , et dont je parlerai dans ma troisième Relation.
a N’ayant pas été assez heureux pour voir le sucunü vi-
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À cette époque , il y avait environ deux mois que Firmiano m’accompagnait; il était fort gai, très-docile, et devenait beaucoup moins paresseux. C’était lui qui séchait le papier que j’employais pour mes plantes , et il commençait à avoir beaucoup de petites attentions. A Contendas il avait très-souvent amusé le curé par ses grâces sauvages ; il se couchait sans cérémonie sur le meme lit que lui ; il venait régulièrement à l’heure du dîner , et il en mangeait très-gaîment sa
vant, je ne crois pouvoir mieux faire que de traduire ici , sans pourtant les garantir, les détails qui ont été donnés sur ce reptile par deux savans voyageurs. « Au rapport de « M. Nogueira Duarte , disent Spix et Martius, le sucuriû « atteint quelquefois une si grande longueur, qu’on peut « le prendre pour la tige renversée d’un palmier. Il n’a « point de venin ; mais il est redoutable par son extrême « force. Quant il veut attaquer quelque animal , il roule sa « queue autour d’un arbre ou d’un rocher, s’élance rapide- « ment sur sa proie, lui broie les os dans ses replis, et l’a- “ vale lentement par une sorte de succion. De vieux serpens « affamés ont attaqué un cavalier et son cheval ou même des « bœufs, et ont avalé ces derniers animaux jusqu’à leurs « cornes, qui tombaient quand le corps du bœuf était consom-» « mé.. . Plusieurs Sertanejos nous ont rapporté qu’ils avaient « trouvé dans l’estomac d’un sucuriû, de quarante pieds un « chevreuil et deux cochons sauvages... Souvent nous avons « eu l’occasion de voir de ces serpens qui étaient roulés « comme des câbles sur le bord des lacs. On peut faire, sans « danger, la chasse à ces animaux, parce qu’ils sont stu-
« pides, paresseux et craintifs . C’est pendant l’engour-
« dissement de plusieurs semaines qui succède à leur repas
AU BRÉSIL. 38 î
part. Le muletier Silva lui montrait à prier -, mais malheureusement il lui faisait réciter de si longues formules qu’il était difficile que rien restât dans sa mémoire.
A quelque distance de Tapera , j’entrai dans des catingas absolument semblables à celles de Minas Novas , et j’y retrouvai le barrigudo , Yimburana ( bui sera leptophloeos 9 Mart.), et Yimbirassu. J’avais eu trop souvent à me plaindre de l’absence des insectes ;
« qu’on les attaqiie avec le plus de sûreté. La chair du suit curiü ne peut se manger, mais on emploie sa graisse dans
« différentes maladies , telles que la phthisie . » {Reis ,
p. 522.) Le boa dont il s’agit ici est identique avec celui que M. de Humboldt dit avoir vu nager dans l’Orénoque ( Tableaux,!,^. 187); cependant M. de Humboldt assure que le boa qu’il a observé entoure sa victime d’une humeur visqueuse , et MM. Spix et Martius n’admettent point ce fait pour ce qui regarde le sucuriü. Ce qui bien certainement doit être rejeté comme une fable , c’est l’existence de ces griffes, à l’aide desquelles des écrivains de diverses nations ont prétendu que le sucuriü se cramponnait avant de se jeter sur sa proie. Quoi qu’il en soit, il est clair que c’est le sucuriü que Casai a appelé sucuriüba , nom que , suivant M. le prince de Neuwied, le reptile qui nous occupe porte réellement à Belmonte. Je ne sais trop si l’on n’a pas confondu quelquefois le sucuriü avec le giboya ; mais , d’après M. de Neuwied , il paraît que ce sont deux espèces entièrement différentes , quoique toutes les deux appartiennent également au genre boa. Le serpent dont l’historien français du Brésil a fait une description romanesque sous le nom de libo'ia (Alphonse de Beauchamp , Histoire du Brésil, t. I, p. 76) , n’est évidemment Autre chose que le sucuriü des Mineiros.
mais dans les campos qui succédèrent aux catingas dont je viens de parler , et qui avaient aussi peu de feuilles qu’elles, je vis de grandes sauterelles vertes et bleues qui s’élancaient par troupes nombreuses d’un arbre à un autre.
A environ deux ou trois lieues de la fazenda appelée Capdo do Cleto, je descendis par une pente rapide dans une vaste plaine. La chaleur devint plus forte encore que les jours précédens; le ciel n’offrait plus cette teinte pure et brillante que j’avais admirée tant de fois, mais il était chargé de vapeurs rougeâtres. Près d’un retira, situé à une demi-lieue de Capdo, la végétation changea tout à coup; la terre, crevassée , était encore d’une extrême sécheresse , mais il était évident quelle avait été naguère couverte d’eau; deux plantes épineuses , que je n’avais rencontrées nulle part , formaient çà et là de larges buissons : l’une me parut identique avec cette mimose à fleurs jaunes et odoriférantes, que l’on cultive à Rio de Janeiro sous le nom (¥ esponjeira 1 ; l’autre était une espèce de bau hinia à très-petites feuilles et à fleurs verdâtres ( baühinia inundata, N.1 2 ). Ces végétaux n’avaient point perdu leur verdure comme les arbres des catingas , et la mimose offrait une multitude de fleurs dorées au milieu de son feuillage d’un vert obscur. Quelques es-
1 Acacia farnesiana.
2 Son nom vulgaire est unha de gato. M. Martius , peutêtre avec raison , croit cette espèce distincte des bauhima, et l’appelle perlebia baahinioïdes .
pèces de petits oiseaux qui jusqu’alors ne s’étaient point offerts à mes regards , voltigeaient sur les arbrisseaux. Tout annonçait l’influence d’une cause que je ne découvrais point encore : enfin j’arrivai à l’habitation de Capâo do Cleto sur le bord du Rio de S. Francisco , et je reconnus que les cbangemens qui venaient de me frapper étaient dus au voisinage du fleuve.