‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 40 sur 52 · tome · texte numérisé non relu

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de Faulo Affonso, et, dans un intervalle de vingtsix lieues , la navigation reste impraticable. Elle recommence ensuite, et n est plus mteuompue juscju à l’Océan. Du point où le fleuve redevient navigable, jusqu’à Villa doPenedo , ville de la province de Fernarabouc, on compte trente lieues, et ensuite environ sept lieues de cette ville à la mer. L’embouchure du fleuve, qui est difficile et embarrassée par des bancs de sable l, se trouve par le io° 5o' lat. sud ’.

1 Les détails que je viens de donner sur le cours et l embout ehure du Rio de S. Francisco, m’ont été communiqués par M. le capitaine Serrao , homme recommandable , qui avait descendu le fleuve avec des barques chargées de coton. Je do‘S avertir, au reste, que les distances indiquées ci — dessus n ont point été mesurées et ne sont qu’approximatives. — J’ajouterai encore ici quelques renseignemens curieux que j’emprunte à un savant naturaliste. « La hauteur du Rio de S. Francisco, « au passage de Para près du confluent du Parapeba , est , ,< dit M. Martius d’après d’Escbwege , de 1777 pieds par.; « de là aux cataractes de Pirapora , le fleuve s’abaisse de

« 94 pieds; et quelques milles allemands plus loin, vers le « nord , il n’est plus élevé que de 1602 pieds au-dessus de « l’Océan. Depuis cet endroit, le courant perd beaucoup de « sa rapidité , et , aux frontières des provinces de Babia et de « Fernambouc , les courbures deviennent de plus en plus « nombreuses. Joazeiro est situé à 936 pieds au-dessus de la « mer ; ainsi , dans un espace de 9 degrés de Para à Joazeiro , « le niveau du fleuve s’abaisse d’environ 64 pieds par mille

« allemand ou deux lieues de France. » ( Reis p.. 766 et

* Voyez Pizarro

Sur îa rive gauche du Rio de S. Francisco, on voit , à trente lieues de Salgado, le village d e Carunhanha ? qui a été bâti sur la limite de la province des Mines et de celle de Fernambouc.De Carunhanha jusqu à la mer, la meme rive appartient tout entière? à la dernière des deux provinces, et Fon y trouve successivement la ville de Rio Grande ou Barra do Rio Grande ; S. Antonio où sont des salines* la ville de Pilâo Arcado qui possède d’autres salines très-importantes 5 le village de Cabrabo ou peut-être Quebrôbô ; Villa da Assumpçâo y petite ville qui est habitée par des Indiens depuis long-temps civilisés, et que gouvernent deux juges, l’un indien et l’autre portugais 5 Porto d a V argent Redonda situé près delà cachoeira de Paul o Affonso 5 Porto das Piranhas ; enfin Villa do Penedo jusqu’où remontent les petits bâtimens appelés sumacas. En partant de Salgado , la rive droite du S. Francisco offre d’abord le village de Morrinhos, qui est encore dans la province des Mines. Viennent ensuite Malhada et Paratica , autres villages déjà situés dans la province de Bahia , et qui , comme Morrinhos , n’ont pas plus de douze à vingt maisons. A Malhada est un registro \ où les marchandises qui entrent dans la province de Minas paient en raison de leur poids , comme cela a lieu au registro de

1 Dans le chapitre IV du premier volume, on trouvera rczistro. C’est une erreur que je m’empresse de relever ici, quoiqu’elle ait déjà été corrigée dans un errata. Le véritable mot est registro ou regis to.

Mathias Barbosa \ Au-delà de Malhada 2 se trouvent Villa d Urubu; les villages de Xiquexique , de Centocé , de Joazeiro ; la petite ville de Santa Maria , située dans une île près de la cachoeira , et habitée par lès Indiens civilisés -, enfin Villa da Propid , située vis-à-vis de Villa do Penedo.

A l’exception de ces deux dernières villes , tous les lieux que j’ai cités plus haut comprennent très -peu d’habitans. A mesure que l’on descend le S. Francisco , ses deux rives deviennent plus sèches et plus sablonneuses, et depuis les limites de la province des Mines jusqu’à la mer, il ne se jette dans le fleuve que cinq rivières 3.

A Capâo do Cleto , où je vis le S. Francisco pour la première fois , il peut avoir la même largeur que la Loire devant Orléans; mais quoique dans la saison de la sécheresse où l’on était alors , ce fleuve soit guéable en plusieurs endroits , je n’aperçus dans son lit aucun banc de sable. Ses eaux ont un cours lent et majestueux, et ne sont point sans cesse arrêtées par des rochers , comme celles du Jiquitinhonha. La vallée où elles coulent s’étend de chaque côté à environ une ou deux lieues de leur lit, et se trouve encaissée entre deux pla-

1 Voyez le volume premier, p. go.

2 Voy. sur l’insalubrité de Malhada ce qu’ont écrit MM. Spix et Martius.

3 A l’exception peut-être de ce que je dis sur l etablissement d’un registro à Malhada, je dois encore à M. Serrào les détails que je donne ici sur les villes et villages situés sur les deux bords du Rio de S. Francisco.

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teaux, auxquels les habitans donnent le nomde Serra.

Dans la saison des pluies, qui commence vers la fin de septembre et dure jusqu’au mois de janvier, la rivière grossit peu à peu-, elle finit par déborder, et dans les endroits où la Serra n’en est pas très -rapprochée, les eaux s’étendent jusqu’à une lieue et meme davantage. A Capâo do Cleto , elles couvrent une demi-lieue de terrain , c’est-à-dire qu’elles vont jusqu’à ce retiro où j’avais reconnu que la végétation changeait de nature. La rive gauche , plus élevée que la droite , est généralement moins exposée aux débordemens \ C’est ordinairement à la fin de décembre que l’inondation est arrivée au point le plus élevé. La terre reste inondée

» Je ne saurais dire à cjuelle distance de ia source du S. Francisco commence l’inondation de ce fleuve, ni si elle s’étend jusqu’à son embouchure; cependant un passage du Brasilien Neue elt de d’Escliwege prouve que l’inondation se fait déjà sentir au Porto de S. Miguel , qui doit être situé, je pense, entre les iq° et 20° de lat. S.; et il paraît, d’après un article du Journal du même auteur, que le paj s des salines est encore inondé. — Pizarro dit ( Mem . hist. , vol. VIII , p. 2t,a, p. 68) qu’on a vu le S. Francisco s’étendre à plus de six lieues de son lit et quelquefois bien davantage , comme cela arriva en l'année 1773, où les eaux du fleuve se répandirent à plus de vingt lieues. S’il en est ainsi , il est dais qu’il est des endroits où la Serra est moins rapprochée que je ne le dis ici, ou bien que le fleuve ne coule pas partout dans une vallée encaissée. On sent que les renseignemens que j’ai recueillis, quoique pris sur les lieux, ne sauraient pourtant s’appliquer à toute l’étendue du fleuve.

pendant un mois et quelquefois davantage. Peu à peu les eaux se retirent ; elles s’écoulent dans le fleuve, et, au mois d’avril , la terre n’offre plus qu’un limon fangeux. Les matières animales et végétales en putréfaction corrompent l’air; et alors commencent les maladies qui régnent tous les ans sur les bords du Rio de S. Francisco, et qui les rendent si redoutables.

Des fièvres intermittentes attaquent les babitans de cette contrée; elles leur laissent souvent des obstructions qui conduisent au tombeau les individus d’un tempérament faible, et quelquefois elles prennent un caractère de malignité qui les rend très-dangereuses. Les enfans et les étrangers sont plus exposés à ces fièvres que les adultes et ceux qui sont nés dans le pays. Cependant il y a des personnes qui, nées dans le pays meme et douées d’un tempérament robuste, sont malades régulièrement chaque année. Un vomitif pris après cinq ou six accès est considéré par les Sertanejos comme le remède le plus efficace. En général , toute la population des bords du Rio de S. Francisco a un air de langueur et un teint jaunâtre qui ne s’observent pas chez les habitans des autres parties de la province \

1 Les bords du Parannan, rivière qui coule dans la province de Goyaz , sont, dit- on, beaucoup plus malsains encore que ceux du Rio de S. Francisco; et les étrangers qui ne s’abstiennent pas des femmes pendant les cinq ou six premiers mois de leur séjour dans le pays, s’exposent à être enlevés par la maladie, comme ceux qui, arrivant sur la côte d’Angola , ne veulent point se soumettre à la même tempérance.

Vers la fin de juin , l’humidité a déjà entièrement disparu-, l’eau ne se conserve que dans des lacs, et l’on peut habiter sans inconvénient les bords de la rivière. Les terrains qui ont coutume d’ètre inondés portent le nom à' alagadiços , et sont généralement indiqués par les deux plantes épineuses dont j’ai déjà parlé , le bauhinia à petites feuilles et la mimose à fleurs odorantes. Cependant bientôt la sécheresse se fait sentir \ les arbres et les arbrisseaux perdent leur feuillage, les herbes se flétrissent, et l’on ne voit plus de fleurs que sur quelques arbres, qui, comme nos amandiers et nos pêchers , fleurissent avant d’avoir des feuilles. Les mois d’aout et de septembre sont les plus chauds de toute l’année. Alors la surface de la terre n’offre plus qu’une poussière fine qui brûle la plante des pieds-, une vapeur rougeâtre obscurcit l’air 1 • les sables qui bordent le fleuve réfléchissent les rayons du soleil , et ils échauffent encore l’atmosphère. Vers la fin d’août et au commencement de septembre, on met le feu aux herbes des pâturages. C’est l’époque à laquelle les pluies commencent 2. D’abord elles sont peu abondantes j mais à peine est -il tombé de l’eau pendant quelques jours, que les champs reverdissent, et bientôt toutes les plantes sont couvertes de fleurs. 11 ne faut pas croire que les pluies tombent pendant plusieurs mois sans interruption : elles durent trois, qua-

1 Ces vapeurs , dont j’ai déjà parle a la fin du chapitre précédent, seraient — elles simplement le résultat de 1 incendie des pâtura ges?

2 Quelquefois la sécheresse se prolonge jusqu’en octobre..

Ire , huit ou quinze jours ; puis viennent des intervalles de plusieurs jours de beau temps. On cite comme trèsextraordinaire une année où il plut durant quarante jours.

L’inondation ne survient pas tout à coup, mais il se passe dix à quinze jours entre le moment où elle commence et celui où elle s’arrête, et les nombreux bestiaux que l’on élève sur les bords du S. Francisco ne sont jamais surpris brusquement par le fleuve. Construites sur de petites éminences, les habitations n’ont rien à craindre des inondations, et forment alors des îles au milieu d’une immense étendue d’eau. Pendant les débordemens , les colons communiquent entre eux avec des pirogues. Ils se servent aussi de ces frêles nacelles pour aller à la recherche des bêtes à cornes qui, étant restées sur de petites collines, finiraient par être submergées ; ils forcent ces animaux à se jeter à la nage, et ils leur font gagner la terre ferme T.

* On a fait, dans une relation moderne, une effrayante énumération des dangers qui attendent le navigateur dans ces courses. « Il conduit avec peine sa nacelle vacillante à tra- « vers les courans , sans cesse exposé au danger d’être jeté u sur le sommet d’un rocher ou d’un arbre, ou de voir des « troncs renversés passer par-dessus sa barque. Des serpens « monstrueux et des caïmans se cramponnent dans la na- « celle, et y montent pour se reposer. Le navigateur appro- « cbe-t-il d’un arbre, des amas de fourmis s’y laissent tom- « ber, et, tandis qu’il cherche à se débarrasser d’elles, un « tigre ou un serpent à sonnette saute dans la barque. S’il « cherche à échapper, en se jetant dans l’eau , il court le

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Dans ces voyages, les bestiaux sont exposés à la rencontre d’un ennemi redoutable, le poisson qu’on appelle piranha (poisson-diable, mjletes macropomus > Cuv. ex Spix). Ce beau poisson atteint à peine deux pieds de longueur-, mais il va par bandes, et a les mâchoires années de dents triangulaires et tranchantes. Lorsqu’un animal ou un homme tombe dans l’eau , il est ordinairement attaqué dans l’instant meme par les piranhas. Leur morsure est tellement prompte et si vive qu on la sent aussi peu que la coupure d’un rasoir; c est du moins ce que m’assura le propriétaire de Capao, qui, étant tombé dans un marais, avait été mordu par des poissons -diables en deux endroits différens. Les piranhas habitent en très -grand nombre nonseulement le S. Francisco, mais encore les lacs fangeux ( lagons ) qui sont si nombreux sur ses bords, et où l’eau séjourne toute l’année. La chair de ces poissons est ferme et d’un goût très - délicat: leurs arêtes n’ont point cette ténuité qui rend -tant d’autres espèces désagréables à manger. On prend les piranhas avec le filet ou des lignes dormantes auxquelles on met pour appât un morceau de viande. Ces poissons ont une telle voracité , qu’ils se laissent prendre par la

« risque d’être mis en pièces par des nuées de piranhas. Par- « vient-il enfin à ses bestiaux abandonnés , il les trouve affai-

« blis par la faim, etc . » J’avouerai bien franchement

que l’on ne m’a point fait une si terrible peinture, et que l’on m’a tout simplement pàrlé du mal que peuvent causer les piranhas 3 dont je vais parler tout à l’heure.

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