TOME I. l
trouvai les plus douces consolations dans l'amitié de M. Antonio Gomes. Une grande conformité de goûts et de sentimens nous avait déjà liés de la manière la plus intime, et notre attachement réciproque s'accrut encore pendant le long séjour que je continuai à faire à Itajurû.
Le père de M. Gomes avait été l'un des plus riches mineurs de la province , et j'ai vu moi-même à Santa ; Quiteriaune excavation (cata) qui l'avait rendu pos- j sesseur de trois millions de cruzades. Croyant sa mine inépuisable , M. *** prodiguait son or à mesure qu'il le tirait de la terre-, s'il était parrain d'un enfant, il | faisait à sa commère un présent de dix mille cruzades; ; il donnait des fêtes, et ne songeait point à l'avenir. j| Cependant il perdit en peu de temps cinq cents es- j claves ; sa mine s'épuisa ; sa brillante fortune s'éva- | nouit , et M. Antonio Gomes a été obligé de se livrer au I commerce pour racheter l'héritage de son père. Cette histoire est celle d'un grand nombre de mineurs brésiliens -, mais il est bien peu d'hommes dont on puisse citer un trait semblable à celui qui honora la vie de M.***.
Il avait été chargé d'observer la conduite de l'ad- ! ministrateur d'une habitation. Celui-ci, pour se dé- j barrasser d'une surveillance importune , le dénonça comme ayant tué un homme qui effectivement avait disparu. A force de recherches, M. *¥¥ découvrit que l'individu dont on l'accusait d'être le meurtrier, s'était retiré au fond de la province de Goyaz , et il le fit venir à grands frais. Convaincu de calomnie; le dénonciateur perdit son emploi , et tomba dans une pro-
fonde misère. Mais il connaissait le caractère généreux de celui qu'il avait voulu perdre 5 ce fut à lui-même qu'il eut recours, et M. *** le soutint d'une manière honorable jusqu'au dernier moment de sa vie.
Si M. Antonio Gomes n'a point succédé à la fortune de son père, il a hérité de ses vertus. C'est certainement un des hommes les plus respectables que j'aie rencontrés dans ma vie. Il est impossible d'être meilleur père, d'aimer davantage la paix et la justice, d'avoir une âme plus pure, une piété plus sincère. Il a fait ses études au séminaire de Marianna -, il entend bien le latin, l'italien et le français, et sa conversation est également piquante et spirituelle. Il m'écoutait avec intérêt, quand je lui parlais de la France et de ma famille, et il se plaisait à son tour à m'enseigner sa langue et à m'instruire des usages de son pays.
Chaque jour, je faisais quelque promenade , et, le dimanche , nous allions entendre la messe paroissiale au village de S. Miguel , qui est situé à environ une lieue d'Itajurû.
Les cérémonies de la messe sont, au Brésil, absolument semblables à celles qui s'observent en France ; mais quand le prêtre descend de l'autel, les assistans se saluent réciproquement.
Dans la plupart des paroisses de la province des Mines, on fait, avant la messe, une procession hors de l'église pour le rachat des âmes du purgatoire, dont on s'occupe, dans ce pays, plus peut-être que partout ailleurs. Non-seulement on prie pour elles, mais encore on les invoque afin d'obtenir des grâces par leur
intercession. Il n'est pas sans doute de dévotion plus touchante que celle qui, sans cesse, rend présens à notre esprit les objets que nous pleurons, et qui établit entre eux et nous une communication réciproque de prières et de secours. Mais dans la province des Mines , et peut-être dans les autres provinces du Brésil , cette dévotion a souvent dégénéré en abus. On voit, dans toutes les tavernes, un tronc où sont peintes des figures entourées de flammes, et qui est destiné à recevoir les aumônes qu'on veut faire aux âmes du purgatoire : on parie au profit des âmes l , et on leur fait des vœux, afin de retrouver les choses qu'on a perdues.
Le village de S. Miguel de Mato dentro ou da Percicaha est situé à douze lieues S. O. de Marianna et à quatre-vingt-douze de Rio de Janeiro. Il dépend a de la justice ou termo de Caeté, et est le chef- lieu d'une paroisse qui , dans une étendue de vingt lieues de longueur et six de largeur, terme moyen, comprend cinq succursales et près de onze mille habitons. Dans ce village, comme cela a lieu probablement partout dans la province des Mines, le nombre des naissances l'emporte régulièrement sur celui des morts.
S. Miguel est bâti au pied d'une suite de mornes sur les deux bords du Percicaba. Cette rivière serpente au loin dans la vallée qui lui sert de bassin -, un pont de bois qui la traverse, établit une communication entre
1 On désigne les âmes du purgatoire simplement sous le nom à? as aimas , les âmes.
2 Voyez Memorias historicas , vol. VIII , part. 2da, p. 1 12.
les habitans des deux rives ; cinq églises s'élèvent çà et là entre les maisons du village, et les groupes de bananiers , qui sont épars de tous côtés , contribuent à rendre le paysage extrêmement pittoresque.
Les tableaux de la population de la paroisse de S. Miguel pour Tannée 1816, furent faits par un homme intelligent et très- exact1. J'en extrairai quelques détails de statistique d'autant plus intéressans que le mouvement de la population et la proportion des individus de chaque race sont probablement à peu près les mêmes dans la plupart des paroisses qui comprennent les pays boisés et aurifères de la province.
POPULATION DE LA PAROISSE DE S. MIGUEL ( i8i6)\
Blancs
S. masculir
féminin. Des deux se
i474 3oio 2i5 38t 578 1112
tes.
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Mulâtres libres. .
— esclaves.
Nègres libres. .
— esclaves.