NATURE DES MALADIES QUI ONT OCCASIONE LA MORT
Différentes fièvres 3i individus.
Hydropisie 25 — /
Fièvres intermittentes 22 —
Morts subites 22 —
L'année 181 5, il était mort 22g individus.
Je profitai de mon séjour à Itajuru pour m'instruire de la manière dont travaillent les mineurs, et je pris aussi des renseignemens sur la culture des terres.
J'ai déjà fait connaître le système d'agriculture adopté dans l'intérieur du Brésil , et en particulier dans la province des Mines. En parlant des diverses parties de cette province, je donnerai des détails sur les difïé- | rens genres de culture que j'y ai successivement obser- t{ vés. Avant de terminer ce chapitre, je dirai seulement quelques mots du maïs, des haricots, de la canne à sucre et du riz : si je me contente ici de parler de ces plantes, c'est parce qu'elles sont généralement cultivées dans toute la province, et spécialement dans le voisinage de sa capitale.
Tous les agriculteurs plantent du maïs , non-seulement parce que sa farine remplace le pain , mais encore parce qu'il est, pour les bêtes de somme, ce qu'est chez nous l'avoine, et qu'on l'emploie aussi pour engraisser la volaille , et surtout les pourceaux. -Si les haricots sont cultivés plus universellement
encore , c'est que rien ne les remplace nulle part , tandis que dans le désert du Rio de S. Francisco (Sertâo) on fait usage de la farine du manioc au lieu de celle du maïs.
On sent qu'il doit s'être introduit quelques modifications dans la culture de ces plantes suivant les cantons , la nature du sol et les différences de climat résultant de celles des hauteurs. Voici les pratiques qui sont le plus généralement en usage dans les parties de la province les moins éloignées de sa capitale.
Tout le talent du cultivateur consiste à brûler ses bois et à ensemencer en temps convenable \ Au mois de septembre, c'est-à-dire vers la fin de la sécheresse, on fait , dans la terre couverte de cendres , des trous éloignés de trois ou quatre pieds, et l'on jette dans chacun quelques grains de maïs. Quand le terrain est de première qualité, et que les bois qui le couvraient ont été bien brûlés, il n'y pousse point d'herbes, et l'on n'a d'autres nettoyages à faire que de couper les rejets qui reparaissent. Mais le plus souvent il n'en est pas ainsi, et, un mois après les semailles, on enlève les mauvaises herbes avec une sorte de marre ou de houe ( enchada) , sans pourtant creuser la terre de plus de deux pouces et demi à trois pouces (capinaf). Vers la fin de janvier, un peu après la fécondation du maïs , on plante ordinairement des haricots entre les tiges de cette graminée 5 on nettoie encore une fois la terre depuis la plantation des haricots jus-
1 Voyez Eschwege., Jour 11. } I , p. 8.
qu'à la récolte, et, vers le mois d'avril, on recueille à la fois , ou à peu de jours d'intervalle, les haricots et le maïs1. Les haricots rendent souvent, dans de très-bonnes terres, jusqu'à quarante pour un. Le maïs, semé dans un sol ingrat , ne donne guère que quatre-vingts ; mais on assure qu'il a quelquefois produit jusqu'à quatre cents pour un dans certaines terres de première qualité. Le taux le plus ordinaire, dans un bon terrain , est deux cents pour un -, mais si un champ a produit cette quantité de grains immédiatement après l'incendie du bois vierge qui le couvrait, il ne donne déjà plus que cent cinquante pour un dans les cendres du taillis qui a succédé aux forets.
Très- souvent on égraine le maïs avec la main 5 mais , dans les habitations un peu considérables, on le bat sur une machine qu'on appelle batedor, et qui est construite comme je vais l'expliquer en peu de mots. Entre quatre grands poteaux d'environ six pieds , on établit, à la hauteur de trois à quatre pieds, quatre pièces de bois transversales et très -fortes, qui forment un carré de quatre à cinq pieds. Sur deux de ces pièces de bois, on place parallèlement des bâtons arrondis de la grosseur du bras , en ne laissant entre eux qu'un intervalle de cinq à six lignes , et on garnit d'une natte verticale trois des côtés de la machine qui ne reste ouverte que par devant. Quand on veut battre
1 Ne prétendant point donner ici un traité complet de l'agriculture brésilienne, je ne m'étendrai pas sur les différentes manières de cultiver les haricots.
du maïs, on entasse des épis jusqu'à la hauteur d'un demi -pied, sur l'espèce de table ou de claie formée par les bâtons transversaux du batedor, et des nègres frappent sur ces épis avec de longs bâtons. La natte verticale retient les épis qui pourraient s'écarter -, les grains, détachés de leur axe, passent à travers les barreaux de la claie , et ils tombent sur un cuir qui est placé au-dessous.
Pour faire servir le maïs à la nourriture ordinaire des hommes , on le prépare de deux manières différentes.
Sa farine simplement moulue et séparée du son, à l'aide d'un tamis de bambou, prend le nom de fubd. C'est en faisant bouillir le fuba dans de l'eau, sans y ajouter de sel, que l'on fait cette espèce de polenta grossière qu'on appelle, comme je l'ai dit, angû, et qui forme le principal aliment des esclaves.
La farine dont se nourrissent généralement les hommes libres, exige quelques préparations de plus. On sépare le maïs de ses enveloppes à l'aide de la machine que j'ai déjà décrite (voyez p. 106), et qu'on nomme manjola. A cet effet, on met le grain dans l'auge où tombe la lourde dent de la machine \ cette dent dépouille le grain sans le broyer, et un peu d'eau qu'on a eu soin de verser dans l'auge, en facilitant la séparation des enveloppes , empêche encore les grains de sauter et de se perdre. Quand le maïs est ainsi nettoyé, on le fait tremper dans d'autres auges dont on tâche que l'eau se renouvelle sans cesse \ on l'y laisse pendant deux ou trois jours , et même davantage, jusqu'au
moment où la fermentation va commencer } alors on le reporte Lien imbibé dans la manjola, et, parle moyen de cette machine , on le réduit en une espèce de bouillie1. On passe cette dernière à travers un tamis au-dessus d'une chaudière peu profonde, sous laquelle on a allumé du feu -, la pâte ou bouillie se sèche ; elle se réduit en une poudre grossière , et c'est là ce i qui forme cette farine (farinha) dont on saupoudre, comme je l'ai dit , les alimens , et qui , sans aucun j doute , est plus savoureuse et plus nourrissante que celle du manioc.
On fait aussi avec la farine de maïs des gâteaux, des espèces de biscuits , et même de petits pains d'un goût agréable, mais dont la mie est très -compacte. Quelquefois on mélange cette même farine avec celle du riz, du seigle ou du froment, et il en résulte un pain beaucoup moins mat.
Dans la partie boisée et orientale de la province des Mines, on cultive deux sortes de riz barbu, l'un blanc et l'autre rouge , qui , tous deux , présentent l'extrême avantage de n'avoir pas besoin de terrains inondés. Le riz se plante souvent dans le même champ que le maïs-, mais alors on donne d'avance une façon à la terre, et des deux espèces de grains, c'est le riz que l'on sème le premier.
La canne à sucre, qui, assure -t- on, épuise beau-
1 Quand on n'a pu faire tremper son maïs dans une eau courante, on a soin de le bien laver, avant de le réduire en farine.
coup la terre, réussit mal sur le penchant des mornes } elle se plaît surtout dans les terrains plats et un peu humides -, et l'on a observé qu'elle était moins douce , quand elle succédait immédiatement à un bois vierge, que lorsqu'on la plantait dans les capoeiras. Avant de faire une plantation de canne à sucre, on creuse de longues rigoles d'environ une palme et demie de profondeur, et on laisse entre elles une distance de deux ou trois palmes. Dans ces rigoles , on met, à environ deux palmes et demie les unes des autres, des morceaux de canne qui ont deux ou trois nœuds ou davantage, et ensuite on recouvre ces boutures avec de la terre. Au bout de quinze à dix-huit mois, la canne est déjà bonne à récolter ; mais il faut que, dans l'intervalle, la terre ait été sarclée quatre à cinq fois. Dans les pays voisins de Villa Rica, Villa do Principe? etc. , la canne ne produit généralement que deux fois, et en quelques endroits même, elle ne produit qu'une fois1. On la coupe le plus près possible du pied -, ensuite on enlève ses feuilles et on la transporte au moulin.
Ces détails suffiront , j'espère , pour donner une idée de la culture des plantes les plus généralement répandues -, je vais passer actuellement à ce qui concerne le travail des mineurs.
1 Dans les provinces plus chaudes, la canne dure plusieurs années. Eschw. , Journ. , I.
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