‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 30 sur 54 · EXPLOITATION DES MINES DOR · texte numérisé non relu

EXPLOITATION DES MINES DOR

Du mode d'acquisition des terres. Sesmarias. Juiz das sesmarias. Prix de la sesmaria. — De la concession des terrains aurifères. Data. Guarda i?wr gérai. Guarda môr substituto. — Réglcmens sur les eaux des lavages. — Exploitation des Mines. Lavvas; leurs diverses espèces. Minéralion ; ses divers modes. — Du lavage en général et de ses divers temps. — Description de quelques lai'ras. — Résidu des lavages. — Faiscadores. — Description d'une cascade près Villa Rica.

Les terres qui n'ont point encore de propriétaire sont censées appartenir au roi : le gouvernement en concède à tous ceux qui en demandent-, mais, dans la province de Minas Geraes , il n'accorde à la fois qu'une étendue d'une demi -lieue de longueur, qui porte le nom de sesmaria \ Lorsqu'un homme veut devenir possesseur d'un terrain libre {terra devoluta), il adresse une requête au général de la capitainerie, et celui-ci renvoie la demande à la municipalité (ca- ] mara) du district, afin qu'il soit fait une enquête pour savoir si réellement le terrain sollicité est sans propriétaire. Si l'enquête est favorable au demandeur, le général donne ordre au magistrat appelé juge des sesmarias (juiz das sesmarias) de concéder le terrain

1 De sesmar, partager.

sollicité1. Celui-ci le mesure, y pose des limites, et délivre au concessionnaire le titre de possession {cartel de sesmaria) , que ce dernier est obligé de faire confirmer par le roi. Les frais à payer, pour obtenir une sesmaria y peuvent s'élever à 100,000 reis (625 fr.) 2. On pense bien que les terres mesurées par des hommes étrangers à la géométrie le sont souvent fort mal : aussi naît-il souvent entre les voisins des procès interminables 3.

Si, clans l'espace d'une année, le nouveau propriétaire d'une sesmaria n'a pas commencé à la cultiver, elle retourne au gouvernement. Cependant, on a quelquefois éludé cette loi sage, en établissant sur le terrain nouvellement concédé un esclave que l'âge ou les infirmités ont rendu inutile , et qui ne peut guère constater que par sa présence la propriété de son maître.

Il ne faut pas croire que la possession d'une sesmaria donne d'autre droit que celui de la cultiver. Un titre particulier est nécessaire pour pouvoir tirer l'or de la terre, et ce titre est délivré par l'oflicier auquel on donne le nom de guarda môr. On peut obtenir le droit de chercher de l'or dans un terrain

1 Un écrivain d'ailleurs exact a confondu le juge des sesmarias avec le guarda mdr, dont les fonctions , comme on va le voir tout à l'heure, sont entièrement différentes.

a Dans le cours de cet ouvrage , je calcule le franc sur le pied de 160 reis; mais cette évaluation ne convient que pour une époque où les valeurs métalliques circulaient généralement au Brésil.

3 Eschw. , Journ. , I , p. 6.

cultivé par un autre, mais sous l'obligation d'accorder une indemnité au cultivateur. Il est facile de sentir qu'une telle coutume doit avoir les plus graves inconvéniens, et être une source de disputes et de haines.

L'étendue de terrain que le guarda môr peut accorder à la fois, porte le nom de data. Il la concède sur une simple requête, mais il a soin de s'as- j surer auparavant que la concession du terrain de- j mandé n'a pas déjà été faite-, ce n'est qu'après avoir mesuré ce dernier, qu'il délivre le titre sollicité, et ce j titre n'a pas besoin d'être confirmé par le gouverne- \ ment. Le guarda môr reçoit 3,ooo reis (18 fr. 75 c.) par jour de celui qui l'emploie, et en outre il lui est alloué six testons (un peu moins de 4 fr.) pour chaque ; titre qu'il délivre.

Il arrive souvent que l'on sollicite la permission de chercher de l'or dans un terrain , sans avoir l'intention d'en profiter pour le moment; c'est seulement une espèce de droit que l'on espère se ménager dans l'avenir. On se borne alors à une première demande, et l'on ne fait aucune des dépenses qu'exigerait la délivrance du titre.

Il n'en est pas des eaux employées pour les lavages comme des terrains aurifères. D'après d'anciens réglemens, le roi s'en réservait la propriété. Il n'en concédait que l'usage, et lorsqu'un mineur cessait de se servir d'un ruisseau, un autre mineur pouvait le demander au guarda môr. On avait eu la sagesse de défendre de couper les bois autour des lieux où prennent leur source les eaux qui servent au lavage.

La place de guarda môr général (guarda môr gérai) est héréditaire dans la famille d'un riche particulier de la province de Saint-Paul % qui avait fait ouvrir à ses frais la route de Rio de Janeiro à Villa Rica.

Le guarda môr général a le d.oit de délivrer luimême le titre de minération (mlneraçâo) a -, mais comme il n'habite pas ordinairement la province des Mines , sa place se réduit à un titre , et des guardas mares substituts (guarda môr substituto) en remplissent les fonctions. Quand le guarda môr général se trouve dans la capitainerie, c'est lui qui nomme les substituts; en son absence ce droit appartient au général. Depuis quelques années, on a singulièrement multiplié les guardas mores substitutos , que , dans l'usage habituel, on désigne simplement sous le nom de guardas mores.

Après avoir dit comment on devient possesseur des terrains aurifères, je ferai connaître de quelle manière on les exploite. Je n'entrerai clans aucun détail scientifique-, je me bornerai à signaler les divers travaux de ceux qui se livrent à l'extraction de l'or.

Ce que les Mineiros entendent le mieux, c'est la

1 C'était Garcia Rodrigues Paes, fils de cet illustre Fernando Dias Paes Leme dont j'ai parlé ailleurs, et qui découvrit le pays des Mines. Garcia Rodrigues fut nommé guarda môr le 4 décembre 1 702 , et ce fut ensuite, à ce qu'il paraît, qu'il ouvrit la route de Rio de Janeiro. (V. Hist. of Braz. ,

3 J'ai cru pouvoir traduire le mot mineraçâo, dont l'équivalent manque dans notre langue.

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