‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 43 sur 54 · MAXIMUM DE LA MORTALITE · texte numérisé non relu

MAXIMUM DE LA MORTALITE

Pour les blancs de. . .

Plus grand nombre après

le maximum

Mulâtres libres.

Plus grand nombre après

le maximum

Mulâtres esclaves. . . .

Nègres libres. .

Nègres esclaves.

S. masculin.

S. fémini

1 3o à 35 ans . .

1 an

6 moi

5o ans

1 6 mois

j 1 an à 5 ... .

6 moiï Sans .

) 6 mois

| 5 à 10 ans .

j 6 mois

1 5 à 10 ans .

L'hydropisie a fait périr le plus grand nombre de personnes. Elle a enlevé :

S. masculin. S. féminin. Des deux sexes.

Blancs 3 ï 4

Mulâtres libres 89 61 i5o

— esclaves 4 5 9

Nègres libres 41 5 4 §5

— esclaves 78 27 io5

Total 2i5 148 363

Les autres blancs sont morts de différentes espèces de fièvres.

La fondation de Villa do Principe date d'environ centans. L'or que renfermaient les mornes qui l'entourent, et celui que l'on trouvait dans le ruisseau de Quatro Vintcis , qui coule au-dessous de la ville, attirèrent ses premiers habitans \ Tout le monde raconte dans le pays que ce ruisseau fut ainsi nommé , parce que la première batea de sable qu'on tira de son lit fournit effectivement quatre vintêis d'or (env. 20 s.). Une négresse fut, à ce qu'il paraît, la première personne

1 Un voyageur anglais , déjà justement critiqué par d'Esehwege et Casai , a appelé ce ruisseau Corvinha de Quatro fengtems , écrivant probablement corvinha pour corregos , comme ailleurs il avait déjà écrit corsos, à la place du même mot corregos. S'il avait fallu relever toutes les erreurs de cet écrivain, la tâche eût été également longue et fastidieuse. J'aurais cependant essayé de la remplir, si par là j'avais cru pouvoir me rendre utile; mais l'ouvrage du voyageur dont il s'agit est aujourd'hui trop bien apprécié à sa juste valeur, pour que personne soit tenté d'y puiser des renseignemens géographiques.

qui s'établit où est actuellement Villa do Principe-, elle eut le bonheur de s'enrichir, et fut bientôt suivie par d'autres \

1 Villa do Principe fut érigée en ville, le 14 janvier 1714 , sous le gouvernement de D. Braz Balthasar. Elle est située par le i4° 17' lat. et le 333° 45' long, au N.-E. de Villa Rica (Voy. Mem. hist. , vol. VIII, p. 2da) , et elle est élevée de 3,2oo pieds au-dessus du niveau de la mer (Spix et Mart.). Selon Casai {Corog., I, p. 396), suivi par Spix et Mar— tius, il n'y a que 106 1. de Villa do Principe à Rio de Janeiro; mais, d'après l'abbé Pizarro, il y en aurait 124, et ce dernier calcul s'accorde bien mieux avec le mien; car, admettant les distances indiquées par Pizarro de Rio à Villa Rica et de Villa Rica à Catas Altas , supposant ensuite qu'il faille compter 3 1. de Catas Altas à Cocaes, j'établis l'itinéraire de la manière suivante :

De Rio de Janeiro à Villa Rica Sol.

— C tas Altas 8

— Cocaes 3

— Ponte do Machado 2

— Duas Pontes 3 ~

— Itambé 4

— Ponte Alta 3

— Gaspar Soares 2 -j

— Sumidouro 2 |

— Conceicâo 4

— Toporoca 4

— Tapanhuacanga 2

— Villa do Principe . 4

Total 122 £

On sent, au reste, que toutes ces indications ne sont que

33o VOYAGE

Aujourd'hui les lavages ne rendent plus autant qu'au-k trefois \ cependant quand les mineurs sont heureux ,1 ils peuvent encore être amplement dédommagés dej leurs travaux. On m'a montré un morceau d'or qui avait! été tiré de la terre auprès de Villa do Principe , et qui! pesait quatre-vingt-dix oitavas ( 3^4 gram.) -, d'autres! morceaux en ont pesé , m'a-t-on dit,, jusqu'à deux cents] (720 gram.), et il n'est pas très-rare de trouver des lames d'or du poids de 10, 12 et 14 oitavas, mais ces brillantes découvertes n'ont presque jamais de suite; c'est un appât qui séduit les mineurs , et qui les excite à faire des dépenses dont ils ont été trop souvent mal récompensés. Au reste, comme les habitans de Villa do Principe n'ont pas en général assez d'esclaves pour établir des lavages un peu considérables, les plus riches sont les seuls qui s'occupent de l'extraction de For ; les autres se livrent à l'agriculture, et ont des jazendas dans les environs de la ville.

L'or des alentours de Villa do Principe est d'une belle couleur. On le trouve quelquefois disposé en filons $ mais plus souvent il est épars dans la terre argileuse dont se composent les mornes environnans et celui sur lequel la ville est bâtie.

très -approximatives, et il est vraisemblable que de longtemps on n'en aura de parfaitement exactes. Quoi qu'il en soit, s'il est à peu près vrai qu'il y ait, comme le dit Pizarro , 42 1. de Marianna à Villa do Principe , il est bien clair que cet écrivain s'est trompé, quand il a indiqué Tijuco comme situé à 38 1. de Marianna; car le chef- lieu du District des Diamans est plus éloigné de 10 1. que Villa do Principe.

AU BRESIL. 33i

Cette terre est d'un rouge foncé. La poussière qu'elle forme souille très-facilement l'intérieur des maisons , les habits et le linge , et , pour conserver quelque propreté, il faut des soins continuels.

Villa do Principe comprend environ 700 maisons et une population de 2,5oo à 3, 000 individus ■. Cette rille est bâtie sur le penchant d'un morne allongé ; et ses maisons disposées en amphithéâtre, les jardins dont elles sont entremêlées , ses églises éparses çà et là , forment un ensemble qui paraît fort agréable, vu des hauteurs voisines.

La partie orientale de la ville est beaucoup mieux bâtie que la partie occidentale , et c'est là qu'on yoit les principales églises , la camara (hôtel-de-ville) et l'intendance.

Les rues sont peu nombreuses, et, pour la plupart, îlles sont pavées. Les principales s'étendent d'orient en occident, parallèlement à la base du morne -, et chacune d'elles se trouve ainsi tracée, dans toute sa longueur, sur un plan à peu près égal. Les rues transversales suivent seules la pente du morne \ mais elles ont peu d'étendue.

La plupart des maisons sont blanchies , et le tour de leurs portes et de leurs fenêtres est ordinairement peint en gris ou en façon de marbre. Les unes n'ont qu'un rez-de-chaussée, d'autres ont en outre un étage. Sur

x S'il est vrai , comme le dit M. Mawes (Travels, p. 21 4) , qu'en 1809 la population de Villa do Principe montait à 5,ooo âmes, cela prouverait combien, dans les derniers temps, les raines de ce pays se sont épuisées.

le devant, ces maisons sont de plain pied avec la rue: mais comme elles se trouvent placées sur un terrain en pente , il a souvent fallu chercher quelque moyen pour conserver leur niveau, et l'on n'a rien imaginé de mieux que de les appuyer par-derrière sur des poteaux très-élevés. Ainsi que dans tout le reste de la province les tuiles des toits sont creuses , et ceux-ci avancent moins sur la rue qu'à Villa Rica. Les fenêtres ne sont pas aussi rapprochées qu'à Rio de Janeiro : quelques unes ont des carreaux de vitres ; d'autres , en plus grand nombre, sont simplement fermées par des vo lets ou par des jalousies. Les maisons à un étage ont de petits balcons en bois ; mais nulle part je n'ai vu de véritables varandas ou galeries. Chaque maison possède un petit jardin où sont plantés, sans ordre, des bananiers , quelques papayers , des orangers , des caféyers, et où l'on cultive en outre des choux et quel ques espèces de cucurbitacées. Des fenêtres qui ouvrent sur la campagne, on jouit d'une vue fort agréable on découvre les maisons vokines entremêlées de masse épaisses de verdure formées par les arbres des jardins au-delà on plonge sur la vallée étroite qui s'étend au pied de la ville et au fond de laquelle coule le ruisseau de Quatro Vintêis-, de l'autre côté de la vallée, l'œil se repose sur des hauteurs couvertes presque partout du plus beau gazon; enfin, sur des plans moins rapprochés , quelques bouquets de bois s'aperçoivent entre les mornes.

Obligé de rendre les nombreuses visites que j'avais reçues , j'eus l'occasion de voir l'intérieur des princi-

pales maisons , et je trouvai qu'il était loin d'offrir l'image de la magnificence. Quelquefois les lambris et le tour des plafonds sont peints en façon de marbre ; mais d'ailleurs les murailles , simplement blanchies , n'offrent d'autre ornement que de petites glaces et quelques gravures mal encadrées. L'ameublement des pièces où l'on reçoit consiste uniquement en chaises antiques de jacaranda, dont le dos est fort élevé et dont le siège n'est qu'une planche recouverte d'un cuir. D'ailleurs on ne voit nulle part , ni secrétaires , ni commodes, ni armoires , et la maison de mon hôte pouvait être , à cet égard, citée comme la seule exception.

L'intendance est un bâtiment fort insignifiant, situé hors de la ville, au pied d'un des mornes qui font Face à celle-ci. L'hôtel-de-ville est moins remarquable que plusieurs maisons particulières.

Il n'existe à Villa do Principe aucun établissement de charité -, mais , en revanche, on n'a point oublié d'y construire des temples -, car, outre l'église paroissiale , on en compte quatre autres qui doivent leur fondation a la dévotion des fidèles. La première est certainement une des plus grandes et des plus belles que j'eusse vues jusqu'alors dans la province des Mines. Sa carcasse est simplement en bois-, mais les intervalles que les poutres laissent entre elles sont remplies de ces épaisses briques qui forment des parallélipipèdes, et que j'avais déjà observées à Barbacena (adobes). On ne trouve point dans cette église d'ornemens d'un goût décidément mauvais; cependant il faut excepter deux espèces d'anges en bois, qui servent de chandeliers à l'entrée

du sanctuaire, et qui sont vêtus comme des guerriers) Au-dessus de la porte de l'église est une tribune , et suijj Je maître-autel s'élève, suivant la coutume, une longue! suite de gradins destinés à recevoir des chandeliers el des bouquets. La sacristie est très-propre, bien éclairée! et fort grande -, ce qui est d'autant plus nécessaire danJ ce pays , que les hommes les plus connus se réunissent! dans les sacristies en attendant que le prêtre commence! la messe.

Outre l'église paroissiale , on peut citer encore! celles de S. Francisco et de iV. S. do Canno, qui sont jolies et bien aérées. La dernière est bâtie sud une petite place , et l'on y monte par un perron assez élevé. L'intérieur est fort clair et orné de dorures el de peintures^ celles-ci sont bien loin sans doute d'être des chefs-d'œuvre-, mais il faut avouer qu'un grand nombre de nos temples n'en présentent pas de meilleures.

La petite place dont je viens de parler, et sur laquelle est bâtie l'église do Carmo, n'est pavée qu'en partie -, cependant elle est gaie et régulière \ les maisons dont elle se trouve entourée sont propres et bien construites 5 et enfin elle est embellie par la verdure des mornes qui la dominent de tous les côtés.

Il n'existe à Villa do Principe aucune fontaine, et les habitans sont obligés d'aller chercher dans la vallée l'eau dont ils ont besoin.

On compte, dans cette ville, deux auberges {estalagems) , et l'on y voit douze à quinze .boutiques, les unes de comestibles , les autres de clincaillerie , de

poterie, d'étoffes presque toutes anglaises, etc. Souvent, comme cela a également lieu dans beaucoup d'autres endroits, le même marchand vend tout à la fois des boissons et des tissus $ mais alors la boutique est divisée par une cloison où est pratiquée une porte de communication, et, de cette manière, les marchandises sèches ne se trouvent point mêlées avec les liquides. .

La plupart des comestibles se vendent à très-bon marché dans la capitale du Serro do Frio. Au détail , l'alqueire de farine ne vaut que 3^5 reis (env. 2 fr. 3o c), celui de haricots 680 reis, de maïs 3oo reis; la viande 18 r. (env. 12 c. la livre). Une forte paire de souliers ne coûte pas plus de 750 reis (environ 4 fr- 70 c); et le loyer d'une jolie maison ne va guère audelà de 2,000 reis par mois (12 fr. 5o c). Cependant les employés qui, comme on le verra plus bas, reçoivent des appointemens considérables , ne sont point à leur aise. Ils ne peuvent se dispenser d'être mis proprement, et leurs femmes achèvent, dit- on, d'épuiser leur bourse par l'amour qu'elles ont pour la toilette.

Les femmes se montrent , à Villa do Principe , plus que partout où j'avais été jusqu'alors. Dans presque toutes les maisons où je fis des visites, Ton me présenta aux dames , et il me fut permis de causer avec elles -, mais je ne saurais vanter leur beauté autant que leur politesse.

Il n'existe, dans la capitale du Serro do Frio, aucun de ces établissemens où les citoyens des villes d'Europe vont chercher des délassemens honnêtes. On ne

trouve ici ni cabinets littéraires, ni cafés, ni bibliothèques, ni promenades publiques.

La chasse au cerf est, à ce qu'il paraît, un des principaux amusemens des habitans de Villa do Principe , et en général de ceux de toute la province des Mines. Elle se fait toujours à cheval1. On a, pour chasser le cerf, des chiens appelés veadeiros"1 , dont la race paraît mélangée comme celle de tous les .chiens du Brésil, et qui semblent participer du lévrier et du grand chien courant. Leur poil est ordinairement fauve ; ils ont le corps long et étroit, le museau allongé, les oreilles courtes et un peu pendantes, la queue longue et pointue. On ne les enferme point dans des chenils comme ceux d'Europe ; mais on les laisse aller et venir dans les maisons, ordinairement attachés deux à deux avec une chaîne de fer, et on les nourrit avec de Yangû ou de la cangica. Arrivé au bois où l'on i se propose de chasser, on sépare ses chiens } ils se dispersent, et donnent de la voix, quand ils sentent un cerf. Les chasseurs se tiennent en dehors du bois, en formant le demi-cercle-, l'animal poursuivi, cherche à gagner la campagne, et tombe entre les mains de ses ennemis. Lorsque l'on reconnaît, à la voix des chiens, que le cerf va sortir de la foret par un autre côté que celui où l'on s'était rangé, on court au galop gagner la lisière du bois par laquelle on pense que la bête doit passer, et l'on tâche ainsi de la gagner de vitesse.

1 11 en est au moins ainsi de celle que je vais décrire. Je parlerai ailleurs d'une autre espèce de chasse. * Du mot veado , cerf.

De très -grands chasseurs m'ont assuré qu'il y avait, dans les environs de Villa do Principe , cinq espèces de cerfs qui , toutes , perdent leurs cornes chaque année. L'une d'elles, appelée catinguelro (du mot catinga, puanteur), doit son nom à l'odeur désagréable qu'elle exhale et qui la fait reconnaître par les chiens. Cette odeur est due à une matière d'un vert noirâtre qui remplit une cavité profonde que l'on trouve entre les deux sabots des pieds de derrière. Les catingueiros sont une petite espèce haute, m'a-t-on dit, tout au plus de trois pieds. Dans leur jeunesse, ils sont tachetés de blanc, et, en vieillissant, ils deviennent entièrement fauves. Leurs cornes, que j'ai mesurées, ont de deux pouces et demi à trois pouces et demi de longueur-, elles ne sont point rameuses-, avec trois faces, elles ont autant d'angles mousses; elles sont presque droites, et vont en diminuant de grosseur de la base à leur sommet qui se termine en pointe ; leur couleur est d'un blanc sale ou grisâtre avec quelques lignes brunes1.

Il m'était bien facile d'obtenir, dans la capitale du Serro do Frio, des renseignemens certains sur tout ce qui concerne la chasse -, car mon hôte en faisait son délassement principal \ Je passai près d'un mois chez lui, et il ne cessa de me prodiguer les marques les plus touchantes de bienveillance et d'amitié. Il était impossible

1 Le catingueiro est le cervus simplicicornis , 111.

2 On a déjà vu que les ecclésiastiques brésiliens ne s'interdisent point la chasse.

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