‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 44 sur 54 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

d'être meilleur que l'eu M. le cnré Francisco Rodrigtjes Ribeiro de Avellar. C'était ainsi que s'appelait mon hôte. Sa maison était ouverte à tout le monde ; le pauvre était toujours sûr d'y trouver du secours ; et jamais un des paroissiens de ce digne pasteur ne fut tourmenté pour le paiement des droits curiaux. M. Francisco Rodrigues n'était pas un homme instruit, ce n'était pas non plus un homme très-spirituel -, cependant on avait du plaisir à être avec lui , parce que sa belle âme se montrait dans tout ce qu'il disait, qu'il était d'une gaîté douce et d'une parfaite égalité d'humeur.

Je profitai de mon séjour à Villa do Principe pour aller visiter la maison où se fond l'or en poudre ( casa da fundicâo)\ mais avant d'entrer dans le détail des procédés qu'on suit à cet effet, je crois devoir dire quelque chose sur ce qui concerne la circulation de ce métal dans la province des Mines.

On a déjà vu que les particuliers pouvaient , à certaines conditions, extraire l'or de la terre \ mais en même temps ils sont obligés de payer au gouvernement la cinquième partie du fruit de ce travail.

Des établissemens, consacrés à la fonte de l'or en ! poudre, ont été créés dans quatre des cinq chefs-lieux de comarcas y savoir, Villa Rica , S. Joâo del Rey, Sahara, Villa do Principe ", et dans chaque comarca des

1 Pizarro dit, dans un endroit de son ouvrage, que Tordre ! d'établir des hôtels pour la fonte de l'or fut donné en 1709, 1 et , dans un autre endroit , il dit que ce fut en 17 19. Southey indique la date de 1720. L'une de ces deux dernières dates est la plus vraisemblable.

magistrats sont chargés de tout ce qui est relatif à cette partie de l'administration. Cette fonction avait été originairement réunie à celle du premier magistrat de la comarca qui , comme on le verra par la suite , porte le nom d'ouvidor; et, à cette même époque , il n'y avait sous Youvidor, pour rendre la justice en première instance, que des juizes ordinarios , juges nommés par les citoyens. Depuis, on créa pour les trois comarcas de Villa Rica, S. Joâo et Sabara, des fonctionnaires qui , avec le titre particulier d'intendant de l'or {intendente dyouro), furent chargés de diriger les maisons où se fond l'or en poudre, et de connaître des délits relatifs à la contrebande de ce métal. Dans la seule comarca de Villa do Principe, qui produisait moins d'or que les autres ", les ouvidoivs continuèrent à être intendans de For. Cependant, après

1 En 1812 et i8i3, la comarca de Villa Rica produisit, terme moyen , environ cinq fois plus d'or que celle du Serro do Frio (voy. EscW., Joum. von Bras., II): cette dernière, selon Pizarro , ne rend au trésor que /J ou 5 arrobes dans les années ordinaires, et il esta ma connaissance que l'intendance de Sabara , infiniment moins productive qu'autrefois, donne cependant encore 2 arrobes par trimestre (181 8). Ceci, au reste, ne doit pas étonner; car, dans les années 1812 à i8i3, on comptait, suivant d'Esehwege , 193 lavages dans le ressort de l'intendance de Villa Rica; 184 dans celui de l'intendance de Sabara, 167 dans la comarca de S. Joâo del Rey, et seulement 97 dans celle de Villa do Principe. La partie orientale du Serro do Frio est purement agricole ; les habitans de la partie occidentale se

34o VOYAGE

l'arrivée du roi au Brésil, il y eut encore un changement : des juizes de fora, nommés par le gouvernement, furent substitués dans les diverses comarcas aux juizes ordinarios , et on leur confia l'intendance de l'or1. Enfin, plus récemment, on a remplacé le titre d'intendant par celui à' inspecteur de l'or, et, en cette qualité , les juizes de fora reçoivent 4oo>ooo reis d' appointerons. Je ne crois pas avoir besoin de dire que la comarca de Paracatu, créée en i8i5, n'a pu éprouver les changemens dont je viens de parler. On n'y a institué que des juizes ordinarios, et c'est au principal magistrat que l'on a confié les fonctions d'intendant de l'or.

Il existait autrefois à Villa Rica un hôtel de monnaie où se frappaient des pièces d'or. De faux monnayeurs

livrent entièrement à l'éducation des bestiaux; enfin, dans les Minas Novas proprement dites, où il n'y avait déjà, de 1812 à i8i3, que 11 lavages (Eschw. ), on a substitué à la minération la culture du maïs, du sucre, etc., surtout celle des cotonniers, et le peu d'or que l'on y tire encore de la terre, passant presque entièrement à Bahia par le moyen de la contrebande , ne paraît point à l'hôtel de la fonte de Villa do Principe.

1 La place des intendans de l'or proprement dits fut supprimée, suivant Pizarro , par décret du 6 décembre 181 1 ; cependant il paraît , d'après ce que dit le même auteur, qu'il y eut exception pour l'intendance de Villa do Principe , et que , dans cette ville , les ouvidores restèrent intendans jusqu'au 20 juillet i8i5. (Mem. hist.,\o\. VIII, p. 2aa, p. 90 et i36.)

AU BRÉSIL. 34i

s'établirent dans quelques parties de la province, principalement du côté de Catas Àltas. Les pièces qu'ils fabriquaient avaient la valeur qu'elles devaient offrir ; mais ils évitaient de payer le cinquième dû au roi , et profitaient du bénéfice du gouvernement sur la fabrication de la monnaie. Pour parer à cet inconvénient , on prohiba entièrement l'usage des pièces d'or dans la province des Mines x , et il ne fut plus permis que de faire circuler l'or en poudre. Lorsqu'on achetait quelque chose, on pesait la quantité d'or nécessaire pour en payer la valeur, et le voyageur se voyait obligé de porter toujours avec lui de petites balances.

Cependant la circulation de l'or en poudre avait les inconvéniens les plus graves. Afin d'augmenter le poids de l'or, on y mêlait de la terre ou du sable , et l'on se servait principalement, pour cette falsification , d'une espèce de sable brillant appelé ogô qui se trouve du côté de Sabara.

A l'arrivée du prince, la circulation de l'or en poudre fut totalement défendue, et les seuls cabaretiers conservèrent la permission d'en recevoir en paiement jusqu'à la valeur de 4 oitavas (3o fr.). Il fut établi des maisons de change (casas de permuta) , où ceux qui ont de petites quantités d'or en poudre vont les porter, et reçoivent en retour des billets appelés de permuta d'un vintem d'or à un demi oitava. Ces billets circulent comme l'argent dans toute la province, et,

1 L'hôtel des monnaies de \illa Rica fut supprimé au mois de juillet 1735. (V. Mern. hist. , vol. VIII, p. 2t,a. )

lorsqu'on en a entre les mains une certaine quantité , on peut les porter aux intendances de For et les échanger contre des lingots 5 cependant , lors de mon voyage , on commençait à mettre moins de fidélité dans les échanges, et Ton avait déjà répondu à des porteurs de billets que l'on n'avait point d'argent. Quoi qu'il en soit, ceux qui tiennent les maisons de change ne reçoivent pour cela aucune rétribution , quoiqu'ils soient responsables 5 mais ils sont dédommagés de leurs peines par certains privilèges. Le gouvernement, ayant essuyé des pertes considérables sur la mauvaise qualité de l'or fourni par les maisons de change, a ordonné qu'en sus du cinquième qui lui est dû, il serait fait, pour le déchet, une retenue de tant pour cent, suivant les lieux où l'or a été recueilli, et, à cet égard, il ne saurait y avoir beaucoup de difficulté, car l'habitude suffit pour faire reconnaître de quelle localité le métal a été extrait \

L'or^en poudre se prend dans les maisons de change jusqu'à la valeur de quatre oitavas : au-dessus de cette quantité, on est obligé de le porter aux intendances. Les employés du gouvernement prélèvent le cinquième

1 L'or de Villa do Principe est , comme je l'ai dit plus haut, d'une belle couleur; celui de Minas JNovas , et en particulier de VArassuahy, est d'un jaune superbe ; enfin on trouve à Itabira de Mato dentro de l'or de toutes les nuances , depuis le beau jaune jusqu'à la teinte du plomb. L'or de Cocaes et d'infieionado, disent Spix et Martius, est d'une pureté remarquable , mais en même temps sa teinte

qui lui est dû; ils fondent le reste pour le remettre au propriétaire , et chaque lingot est fait avec l'or même qui a été fourni.

Lorsqu'un homme veut porter de For en poudre à une intendance, il se fait donner, dans la maison de change du lieu qu'il habite, une espèce de passe- port ( guia ou carta de guia) qui indique la quantité d'or dont il est chargé, et ce passe- port est pour le porteur une sauvegarde qui l'empêche d'être inquiété par les soldats préposés à la recherche des contrebandiers.

De l'ancien usage de faire circuler l'or en poudre dans la province des Mines et de le peser sans cesse, est résulté celui de compter encore en vintëis d'or et oitavas , qui ne sont que des représentans en valeur des poids du même nom. Le vintem d'or vaut 37 reis et demi, tandis que le vintem du Portugal, de Rio de Janeiro et des provinces non aurifères, ne contient que 20 reis. Quant à Xoitava, considéré comme monnaie de compte, il équivaut à 1,200 reis, et c'est également pour cette somme que l'on prend, dans les maisons de change , le poids d'un oitava; mais il n'en est

n'est pas d'un très-beau jaune; souvent même elle est pâle et se rapproche de celle du cuivre. Le titre de l'or varie également suivant les localités ; l'or de Minas Novas est généralement à 24karats; celui des environs de Sabarâ est de 11 à 23k. , terme moyen; de Congonhas , de Sabarâ en particulier, de 18 à 19 k. (Sp. et Mart.) ; de Villa Rica , de 20 à 23 (Spix et Mart.) ; de Santa Anna , près Itabira , à 23 k. 3 , etc.

pas moins vrai que sa valeur intrinsèque est souvent beaucoup plus forte.

Ainsi que je l'ai déjà dit , j'allai voir, étant à Villa do Principe, l'établissement où se fond l'or en poudre; je fus parfaitement reçu par les employés , et ils répondirent à toutes mes questions avec une extrême complaisance. -

Latemoindre quantité d'or en poudre que l'on puisse apporter aux intendances, pour la faire mettre en lingots , doit être de huit oitavas. La première opération qui se fait, est de peser le métal destiné à être fondu. C'est le trésorier qui est chargé de cette opération. Il inscrit, sur un papier volant, le nom de l'individu qui apporte l'or et le poids qui a été trouvé; il prélève ensuite le cinquième dû au roi; il indique sur le même papier le poids de ce cinquième , et fait la déduction. L'or qui reste pour le propriétaire est, après cela, remis entre les mains du fondeur, et un des commis - écrivains de l'intendance doit assister à la fonte. On met la poudre d'or dans un creuset , en y mêlant un peu de limaille de fer. Le creuset placé sur le feu est entouré et recouvert de charbon ; au bout de quelques minutes, on écarte le charbon qui recouvre le creuset, et, avec une pince, on jette dans ce dernier du sublimé corrosif. On retire ensuite le creuset du fourneau, et l'on verse l'or fondu dans un moule découvert, graissé avec de l'huile. Quand le lingot est formé, on le tire du moule, et on le plonge dans l'eau. Toute cette opération dure environ dix minutes. Le lingot refroidi est remis entre les mains de Y essayeur

en second ( ajudante ensaiador) , qui grave à une des extrémités les armes du Portugal, et à l'autre une sphère armillaire. Le même employé indique ensuite sur le lingot en quelle année on a fondu celui-ci -, il y grave le numéro d'ordre , et le livre à Y essayeur en chef. Ce dernier en cherche le titre, opération qui peut exiger environ une demi -heure. Quand le titre est trouvé, l'essayeur en second l'indique sur le lingot à l'aide d'un poinçon-, il y met le chiffre de l'essayeur, et, sur le côté du lingot, à l'endroit où l'on a retranché un petit morceau pour en reconnaître le titre, il grave la lettre R. Le lingot est ensuite porté au trésorier qui le pèse, et inscrit son titre et son poids sur la feuille volante dont j'ai déjà parlé. Le poids du lingot est gravé dessus par l'essayeur en second. Enfin le premier écrivain fait un certificat appelé guia , qui , signé de lui et de l'intendant ou inspecteur, doit accompagner le lingot dans la circulation. Ce certificat désigne le poids de l'or en poudre apporté à l'intendance, la valeur du cinquième prélevé par le gouvernement, le poids du lingot, son titre et sa valeur en numéraire. Quant aux feuilles volantes qui servent pour ainsi dire de matrice aux guias, elles sont réunies en liasses et gardées à l'intendance. Les guias sont imprimées, et l'écrivain n'a qu'a remplir les indications variables. Quand celui qui a apporté For en poudre reçoit le lingot, il signe, sur un registre, une reconnaissance qui porte les mêmes indications que la guia. Ces reconnaissances sont imprimées comme les guias ellesmêmes , et il n'y a plus également qu'à y remplir les

blancs. Les principaux employés de la casa dajïmdiçâo , tels que le trésorier, le premier fondeur, l'essayeur en chef, reçoivent chacun 800,000 reis (5, 000 f.)j les autres employés ont des appointemens moins considérables.

Ce n'est pas seulement 20 pour cent que le gouvernement gagne sur For. Il a un bénéfice de 18 pour cent dans l'opération du monnayage, et les particuliers perdent encore 1 pour cent par la manière irrégulière dont se fait X essayage. On voit donc qu'il y a un très -grand avantage à faire la contrebande de l'or en poudre ; aussi chaque année , malgré la vigilance de l'administration, on soustrait aux droits des valeurs très - considérables. Comme beaucoup de Mineiros paient avec de l'or en poudre les marchandises qu'ils achètent à Rio de Janeiro, on ne s'étonnera pas si, s'étant assuré un bénéfice de £0 pour cent, ils revendent , dans leur pays, ces mêmes marchandises à des prix qui diffèrent peu de ceux de la capitale, quoiqu'il ait fallu payer les droits de douane et les frais de transport. C'est ainsi qu'à Cujaba , pays pourtant si éloigné, la contrebande des diamans procure aux habitans l'avantage d'acheter les objets dont ils ont besoin , à des prix aussi modérés que ceux des ports.

Je me trouvai à Villa do Principe pendant le carême. Trois fois par semaine , j'entendais passer dans la rue une de ces processions qu'on appelle procissâo das aimas, et qui ont pour objet d'obtenir du ciel la délivrance des âmes du purgatoire, Une crécelle les pré-

cède ordinairement; aucun prêtre ne les accompagne, et elles sont uniquement formées par ceux des habitans du pays qui ont la voix la plus agréable \

Le dimanche des Rameaux, après le coucher du soleil , il y eut aussi une procession de pénitens de la confrérie de Saint- François. Ils étaient revêtus d'une espèce d'aube blanche qui leur couvrait le derrière de la tête, et ils s'avançaient lentement sur deux fdes en chantant d'une voix peu élevée. Chacun d'eux portait au bout d'un bâton une bougie entourée d'une espèce de lanterne de papier en cône renversé, ouverte par le haut. A la suite des deux files de pénitens, qui, pour la plupart, étaient des mulâtres et des nègres libres, venait un dais soutenu par quatre personnes, et sur lequel était une figure de grandeur naturelle représentant Jésus - Christ chargé de sa croix. Derrière ce dais, marchait un prêtre qui tenait le Saint - Sacrement , et une grande foule de peuple suivait pêlemêle.

Le jeudi saint est considéré dans ce pays comme une des plus grandes fêtes de l'année : ce jour -là on ne travaille point, et il fut célébré, dans l'église paroissiale de Villa do Principe , une messe en musique , à laquelle assistèrent en grande toilette les personnes les plus distinguées de la ville. Les musiciens, tous habitans du pays, étaient placés dans une tribune, et le peuple ne prit aucune part aux chants. La musique

1 J'ai vu de ces processions telles que je viens de les dé-*» erire à Itabira comme à Villa do Principe.

convenait à la sainteté du lieu ainsi qu'à la solennité de la fête , et fut parfaitement exécutée. Plusieurs des chanteurs avaient une voix charmante, et je doute que dans aucune ville du nord de la France , d'une po pulation semblable , on exécutât une messe en musique aussi bien que le fut celle-ci. Les curés n'étant poinl obligés de chanter de grandes messes, reçoivent une rétribution toutes les fois qu'ils en célèbrent quelqu'une. Ce furent les confrères du Saint -Sacremenl qui firent, à Villa do Principe, les frais de celle du jeudi saint-, le curé reçut 4?°oo reis (25 fr.), et les vicaires, qui avaient servi de diacre et de sous- diacre, furent payés dans la même proportion. Comme la confrérie n'était pas riche alors, on ne célébra aucune des cérémonies usitées à la même époque dans nos églises, parce qu'il aurait fallu payer ces cérémo nies au curé. Le Saint-Sacrement sesta simplement exposé sur le maître- autel, et l'on ne fit point de ces chapelles que Ton nomme chez nous paradis , reposoirs ou monumens.

Le vendredi saint, les gens réguliers travaillèrent aussi peu que. la veille-, mais l'indigence des confréries ne permit de célébrer aucun office.

On avait annoncé, depuis long- temps, dans toute la province , que le couronnement du roi de Por tugal et du Brésil se ferait à Rio de Janeiro le 6 d'avril ( 1817 ), qui était le jour de Pâques. On voulut aussi célébrer, à Villa do Principe , cet événement remarquable -, en conséquence , la veille on tira des pétards pendant toute la journée-, le soir du même

jour les maisons furent illuminées -, les principaux habitans se promenèrent dans les rues accompagnés par des musiciens , et , quand la troupe arriva au coin de la place où demeurait le curé , un des employés de la trésorerie lut une petite pièce de vers en l'honneur du roi ; enfin les nègres dansèrent toute la nuit.

Le lendemain , jour de la fête, vers les dix heures, les membres de la municipalité (camaristas), Youvidor à leur tête, se rendirent à Y église en habit de gala.

Tïouvidor portait un manteau de soie noire plissé à petits plis sur le dos, et à grands plis au-dessus des bras ; il avait sur la tête un chapeau rond extrêmement bas, et tenait à la main le long bâton blanc , marque de sa dignité. Les membres de la camara portaient des souliers à boucle, des bas de soie blancs, un habit et une culotte noirs et une veste de satin blanc ; ils avaient un long rabat de tulle ou de dentelle qui descendait du haut du col jusque sur l'estomac; et , pardessus leur habit, flottait un manteau de soie noire, dont le collet était de satin blanc, et qui était bordé l'une large bande de même étoffe. Un chapeau à la Henri IV bordé de poils blancs et surmonté d'une plume blanche couvrait leur tête ; le bouton de ces chapeaux était fort riche , et généralement orné d'un grand uombre de chrysolithes. Comme Youvidor, les mêmes Fonctionnaires tenaient à la main un bâton d'environ six pieds-, mais, au lieu d'être blanc, ce bâton était doré,- et, à son extrémité supérieure, on voyait les armes de Portugal.

35o VOYAGE

Les camaristas et Xouvidor entendirent la messe disposés sur deux rangs dans le milieu de la nef, immédiatement au-dessous de l'entrée du chœur. Comme la messe n'était point payée, on la dit à voix basse. Quand elle fut achevée, les camaristas , Xouvidor el les principaux citoyens entrèrent à l'hôtel de ville {casa da camara). Là on lut une formule de ser-j ment que chacun signa à son tour, pendant qu'un dé-| tachement de la milice, rassemblé à la porte de l'église paroissiale, tirait des coups de fusil. Vouvidor. durant la signature du serment, m'avait fait asseoii auprès de lui -, mais , en ma qualité de Français, je mej contentai d'être spectateur. Après le serment , on re-j tourna à l'église, et l'on y chanta un Te Deum en mu-| sique qui fut très- bien exécuté. Cette fois -ci la caA mara et Xouvidor s'étaient placés dans le chœur; on| donna un cierge à chaque camarista , ainsi qu'à quel ques-uns des principaux citoyens, et l'on voulut bien! me faire le même honneur. Vers la fin du Te Deum\ un prêtre, qui faisait les fonctions de sous -diacre.' présenta l'encens à Xouvidor et aux membres de lai camara.

Lorsque le Te Deum fut achevé, les deux almoA taceis (espèces de commissaires de police) , et le juiz\ do povo (juge du peuple), montèrent à cheval. Ils) étaient suivis des principaux citoyens , après les-| quels venaient les camaristas et Xouvidor. Le juiz do povo tenait un étendard aux armes du Portugal, et marchait entre les deux almotaceis. A tous les coins de rues et les carrefours , les trois cavaliers s'arrê-

taient, elle juiz do povo criait : Vive le roi des royaumes unis du Portugal, du Brésil et des Algarves. ! Le peuple se découvrait, et répondait viva. Quand le j cortège eut parcouru toute la ville, on revint à la i porte de la maison de ville , et Ton se sépara.

Dans l'après-dînée, des masques, presque tous ar- I mes de sabres , se répandirent dans la ville. Mais ce : n'est point en l'honneur du couronnement qu'eut lieu cette mascarade: chaque année, m'assura -t-on, elle se répète le jour de Pâques dans les diverses parties de la province. Les masques qui passaient devant la maison du curé le saluaient, et il leur rendait leur salut. Une troupe d'entre eux , parmi lesquels étaient beaucoup d'hommes déguisés en femmes, s'arrêta sur la place où je demeurais, et se mit à danser le batuque; un assez grand nombre de femmes étaient aux croisées, et je remarquai qu'aucune ne se retira pendant cette danse obscène.

Quand la nuit fut venue , on illumina comme la veille. Les nègres, créoles et Africains, se promenèrent dans les rues ; ceux-ci en faisant entendre leur musique monotone et ennuyeuse, et les premiers en chantant, sur un ton moins uniforme , des couplets en l'honneur du souverain. Cependant une partie des principaux habitans parcouraient la ville à cheval et déguisés. A mesure qu'ils marchaient, on lançait derrière eux des fusées et des pétards; ils s'arrêtaient au coin des rues principales, et deux d'entre eux récitaient à retour des vers où l'on répétait les louanges du prince. Quand le cortège arriva devant la maison du curé, on lui

adressa un petit compliment. La fête se termina par les danses des nègres qui se prolongèrent fort avant dans la nuit : elle avait été célébrée d'une manière aussi brillante que pouvait le permettre une population si peu considérable.

Page 1