‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 54 sur 54 · TOME 1. 2C · texte numérisé non relu

TOME 1. 2C

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M. Teixeira me fit, avec beaucoup d'esprit et d'originalité, la satire de la vie paresseuse de ses compatriotes. Il prétendait, entre autres, qu'ils n'usaient leurs chemises que par-derrière et sur les côtés, parce qu'ils étaient toujours couchés; ou bien aux coudes, parce qu'ils ne pouvaient s'entretenir sans être appuyés. On se repose le lundi > ajoutait-il, de la fatigue d'avoir entendu le dimanche une messe d'un quart d'heure; le mardi, on laisse travailler ses nègres à sa place; le mercredi et le jeudi, il faut bien aller à la chasse pour manger un peu de viande; il faut pêcher le vendredi et le samedi, parce que ce sont des jours maigres; enfin le dimanche on se repose des travaux de toute la semaine. Un arbre tombe -t -il dans un chemin, on fait un sentier qui passe dans le bois, et va regagner le chemin de l'autre côté ; on eût employé beaucoup moins de temps à couper l'arbre; mais il aurait fallu se servir de la cognée, et en faisant le sentier on laisse les gros arbres ; on se contente de couper les arbustes , et pour cela on n'a besoin que de son couteau. Un homme a-t-il de la farine à aller chercher, il monte sur sa mule, prend un petit sac, et fait six voyages : en mettant un bât sur la mule, il eût pu lui faire porter toute la charge en une seule fois ; mais il aurait été forcé d'aller à pied.

J'allai rendre visite au curé de Rio Vermelho, qui se plaignit beaucoup de ce que je n'étais pas descendu chez lui. Il traduisait parfaitement le français en portugais , et se servit , pour m'en donner la preuve , d'une bible de Sacy. Cet exemple et plusieurs autres mon-

tient assez que le clergé de la province des Mines n'est pas aussi ignorant que Ton pourrait le croire.

Dans l'espace d'environ une lieue au - delà de Rio Vermelho, le pays est encore le même. Mais à un detour que fait la route , j'aperçus un andaia : ce cocotier ne se trouve point dans les grands bois-, il craint l'ombre , et devait être le signal de quelque changement dans le paysage. Alors, en effet, je cessai de voir des forêts obscures, telles que j'en avais toujours traversé depuis Villa do Principe-, je me trouvai audessus d'une large vallée , tandis que celles des jours précédens étaient en général étroites et profondes $ les mornes couverts de capoeiras devinrent moins élevés , et enfin la campagne perdit cet aspect sombre et sauvage qu'elle avait eu depuis si long - temps.

A deux lieues et demie de Rio Vermelho, je fis halte à la fazenda assez importante de Mundo Novo , ainsi appelée d'un ruisseau du même nom, sur le bord duquel elle est bâtie. Le propriétaire , M. Martinho Jozé de Santa Anna, me fit le meilleur accueil. Il demeurait encore, il y avait peu de temps, au village de Rio Pardo, dans le termo de Minas Novas * , et il avait acheté h fazenda qu'il occupe aujourd'hui , afin de se rapprocher davantage des villes , et de pouvoir débiter plus facilement les productions de ses terres. De Rio Pardo, me dit -il , on peut, en vingt- cinq jour

1 Rio Pardo est situé par le i5° i' lat. et 335° 36' fdiig , dans le Sertâo ou Désert , à peu de distance du confluent de la rivière du même nom et du Rio Preto (Piz.).

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nées, se rendre à Bahia, lorsqu'on voyage avec des mulets chargés. A dix journées de ce même village, se trouve , sur le chemin de Bahia, un canton appelé Conquista, parce qu'en effet il a été conquis, les armes à la main, sur les indigènes. Celui qui a fait cette conquête est un homme aventureux et plein de courage, qui, toute sa vie, a parcouru les forêts, et qui, à Tâge de cent ans (en 1817), les parcourt encore. Il n'a cessé de faire la guerre aux Botocudos, et , comme le commandant de Passanha , il s'est beaucoup servi d'autres nations indiennes, que la crainte d'un ennemi commun a rapprochées des Portugais, et qui peu à peu se sont civilisées \

L'indigotier2 croît à peu près dans toutes les capoeiras ; mais celles qu'on trouve avant d'arriver à la

1 II est clair que c'est de cette expédition que parle Southey, comme ayant eu lieu en i8o5 sous les capitaines

JOAO GoNÇALVES DA CoSTA et RaIMUNDO GoNÇALVES DA COSTA

(Hist. ofBraz., III, p. 692). Je ne chercherai point à concilier ce qui est dit ici avec ce qu'a écrit M. le prince de Nemvied de Yarraial da Conquista. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il n'y a pas Yarraial qui soit , comme l'avance M. de Nemvied, chef-lieu de comarca, et Conquista ne fait point partie des cinq capitales de comarca que l'on compte dans la province de Bahia, savoir, celles de Bahia, de Jacobina , de Serzipe d'El Rey, des Ilheos et de Porto Scguro (V. Pizarro). a N'ayant malheureusement pas mes échantillons sous les yeux , je ne saurais dire avec certitude si les botanistes doivent regarder cette espèce comme absolument identique avec celle des Antilles.

fazenda de Mundo Novo , sont entièrement composées de cette plante. On n'en tire aucun parti poulie commerce \ mais les propriétaires remploient quelquefois pour teindre les étoffes dont ils s'habillent. M. Martinho Jozé de Santa Anna me fit voir un pantalon qu'il avait teint avec l'indigo de ses terres, et qui était d'un très-beau bleu. Il faudrait recommander la culture de l'indigotier aux habitans des provinces fort éloignées de la côte, parce que, sous un volume peu considérable , l'indigo représente de grandes valeurs.

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