‹ Voyage dans les provinces de Saint-Paul et de Sainte-Catherine (volume 2)Chapitre 10 sur 24 · MUNICIPES / I · texte numérisé non relu

MUNICIPES / I

(MUNICIPIOS)\ 1 ^ ^' ^^^> ^ P*" J ^* ^' ^' ^^ ^^'sa-

\roisses. {"o da Enseada do

f Brito, 590

De Joao Baptista

Miguel, compre-;^ "V" *^'^'*

De la ville de S. ( <^*"* *'« '« '"'«' »'*«»

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De la ville de( De la ville, 553

[Porto Bello, 2 pa- ) De Santissimo Sa- ^Du NORD./ roisses. / cramento d'Itajahy , i 37

i De S. Francisco,! !>« 1» ville, 1,057

2 paroisses. 1 De N. S. da Penha

{ dltapocoroia, 233

De Lages, com- (

prenant une seule < De la ville, 290

y^paroisse. |

Je dois faire remarquer que, dans la province de Sainte-

Catherine , on ne se sert point, comme à Minas» du mot arraial pour désigner les villages, mais de celui de freguezia, paroisse. Le mot artaioly à proprement parler, signifie un lieu de campement, et en réalité les premiers mineurs ne faisaient que camper ; mais la grande quantité d*or qu'ils trouvèrent en certains endroits les décida à s'y fixer, et le mot arraial a été ainsi détourné peu à peu de sa signification primitive. Rien de semblable n'a pu arriver & Sainte-Catherine, où il n'y avait pas de mines à exploiter.

§ VI. ~ Administration ecclésiastiqoe.

Dès Torigine la province qui nous occupe fit partie du diocèse de Rio de Janeiro, comprenant alors un pays qui, égal en étendue à trois ou quatre des plus grands royaumes de l'Europe, se prolongeait depuis les limites de l'archevêché de Bahia, au nord , jusqu'à*celles du Brésil luimême, du côté du midi. En 4776, l'évêché de S. Paul fut détaché de Rio de Janeiro. Le plus simple bon sens indique assez qu'il fallait en même temps faire un évêché, pour le moins, de l'immense portion du Brésil comprise entre la province de S. Paul et l'audience de Buenos-Ayres : il n'en fut pas ainsi ; Sainte-Catherine et Rio Grande continuèrent à appartenir au diocèse de Rio de Janeiro, et rien n'a été changé depuis, de sorte que ce diocèse se trouve séparé en deux parties par une enclave aussi grande que la France. Les évêques de Rio, s'ils voulaient, comme le respectable José Caetano da Silva Coutinho^ visiter leur diocèse, seraient obligés d'y consacrer plusieurs années et ne pourraient arriver à Sainte-Catherine qu'après un voyage par

mer de plusieurs jours ou un voyage par terre de plusieurs mois. De bons esprits ont gémi de cet état de choses, et Ton peut dire, en effet, qu'il annihile Tépiscopat dans une partie du Brésil (1). Les pasteurs , éloignés de toute surveillance , s*endorment dans une molle oisiveté, perdent jusqu'à F idée de leurs devoirs, et autorisent par leurs vices ceux de leurs ouailles; la religion s'altère, disparaît et fait place à l'ignorance et à une grossière superstition (S). Si, par exemple, à Tépoque de mon voyage, il y avait eu un évèque à Desterro, il n'eût certainement pas souffert, quelque relâché qu'on le suppose, que, tout près de lui, dans l'ile de S. Francisco, les fonctions curiales fussent exercées par un homme qui, à force d'avilissement et de débauche, était tombé dans un état voisin de la démence. Le gouvernement brésilien reconnaît l'heureuse influence que la religion peut exercer sur les peuples (3); il saura satisfaire au plus noble de leurs besoins,

(1) José de Souza Azevedo Pizarro et Aranjo ; le deiemJbargador Antonio Rodriguez Yeloso de Oliyeira.

(2) Pendant la courte relâche qu'un de nos plus illustres navigateurs a faite à Sainte-Catherine, on lui a dit que « les habitants de cette lie o étaient sous Tempire d*nne bigoterie qui rétrécissait leur caractère et « contribuait à rendre leur yie malheureuse. » (Voyage Coquille ^ hist., 66.) Il n*est pas impossible qu'à Sainte-Catherine, comme cela arrive partout ailleurs, quelque malade se soit laissé tourmenter par de vains scrupules ; mais nous pouvons dire des peuples du Brésil en générai que, chez eni, les pratiques ont d*abord étouffé peu à peu ce que la religion a d'essentiel, et qu*on a fini par attacher peu d'importance aux pratiques elles-mêmes. C'est là qu'on était arrivé à l'époque de mon voyage, et ce que je lis dans un écrit imprimé en 1850 (Blumenau, Sud broHlien ) tend à me prouver que sur ce point les choses n'ont pas changé.

(3) José Joaquim Torres , Rclaiorio da reparliçao da jjuslica a af- Hmblea gérai legislaliva.

celui de s'inspirer d'idées morales et religieuses et d'y puiser de douces consolations.

A mesure que la population de la province de Sainte- Catherine, devenant plus considérable, s'est répandue sur une plus grande surface , on a augmenté le nombre des paroisses, et, comme je l'ai dit, il s'élève aujourd'hui à dix-neuf. C'est beaucoup d'avoir facilité aux habitants de la campagne, autant qu'il était possible, l'accomplissement de leurs devoirs religieux ; mais, malheureusement, on ne trouve pas assez de prêtres pour remplir, dans toutes les cures, les fonctions sacerdotales ; le clergé brésilien a laissé tellement avilir l'état ecclésiastique, qu'aujourd'hui peu de personnes veulent l'embrasser. « Le personnel de l'église de la province, disait, en 1844, son digne président, M. Ântero José Ferreira de Brito, est dans un état lamentable. » Qu'on ne croie pourtant pas, d'après tout ceci, que les Brésiliens soient, comme des milliers d'Européens, un peuple systématiquement împie ; si un grand nombre d'entre eux ne pratiquent pas ou pratiquent mal, c'est qu'ils ignorent, c'est qu'on ne les a pas instruits ; leur cœur s'ouvrirait sans peine à tous les sentiments tendres et élevé$ q^Q la religion inspire. Je n'en veux pour preuve que le» rap*ports de M. Antero. Dans son discours de l'année 1844, il annonce à l'assemblée législative provinciale que trois religieux espagnols qui lui étaient recommandés par l'évéque de Kio de Janeiro sont venus à Sainte-Catherine , qu'ils ont prêché dans toutes les paroisses de l'île, qu'on les a entendus avec autant d'empressement que de ferveur , et qu' ils suppléent , en grande partie , au défaut de prêtres séculiers. (C Les mêmes religieux, dit-il, dans son discours c( de l'année 1847, persévèrent depuis plus de trois ans,

<c et ils continuent à obtenir les plus heureux succès. » Pourquoi ces hommes arrivent-ils à des résultats auxquels le clergé séculier reste étranger depuis si longtemps? M. Aotero va nous l'apprendre en quelques mots : « Leurs <^ mœurs sont austères; ils prêchent la doctrine chré- « tienne dans toute sa pureté, restent étrangers aux cho- « ses de ce monde et se consacrent sans réserve au service <c de Dieu (1 ]. » Puisse le clergé séculier ne point leur porter envie, mais les prendre pour modèles !

% vu. — Instruction publique.

Sous le gouvernement du roi Jean YI, il y avait à Desterro un professeur de langue latine et quelques maîtres d'école (2) ; mais il eist à croire que l'enseignement était presque nul, car, en i%!9, longtemps même après que les bienfaits de F instruction primaire ont été assurés à touà les citoyens par la constitution brésilienne, J. F. Fernandes Piabeiro se plaignirit dé ce que cette partie si essentielle du service public était fort négligée (5). Mais, d'après ce que dit le président Antero José Ferreira de Brito, dans son discours de l'année i84i à l'assemblée législative de la province, il parait qu'il y avait au moins autant de repro* cbes à faire aux familles qu'à l'administration ; car le pro-

(1) Les discours de M. le président Antero José Ferreira de Brito méritent de grands éloges ; ses chapitres, en particulier, intitulés culio yvJblico^ sont empreints d*un amour sincère du bien et pleins de convenance.

(2) Cazal, CoToq, Braz,, I, 95.

<3) Annaei, 2* éd., 440.

fesseur de rhétorique et de philosophie n'avait point d'élèves, celui de grammaire latine n'en avait que six qui mettaient fort peu d'exactitude à entendre ses leçons, et les écoles primaires n'étaient pas suivies avec beaucoup plus de zèle.

Depuis 4840, l'assemblée législative, et surtout son digne président, M. Antero, se sont beaucoup occupés de l'instruction publique; mais l'administration a été longtemps contrariée par l'insouciance des parents et la difficulté de trouver des maîtres capables. Cependant, en 1847, Antero annonce que sa persévérance commence à être couronnée de quelques succès. Sur les 20 places d'instituteurs primaires créées par la loi provinciale, 16 étaient remplies, et, sur les 7 d'institutrices, il n'y en avait que 4 de vacantes; et tous remplissaient leurs devoirs. Mais ce qui surtout est, pour la province, d'une haute importance, c'est la fondation d'un collège due aux religieux dont j'ai déjà parlé dans le paragraphe précédent. Ces pères, pour une très*faible rétribution , prennent des pensionnaires auxquels ils enseignent le latin, les éléments de l'histoire» la géographie, le français, la géométrie, la rhétorique et la philosophie. M. Antero avait assisté, en 1847, l'examen des élèves ; il avait été généralement content de leurs progrès ; il l'avait été surtout de voir que a des jeunes gens <c autrefois turbulents et mal élevés se distinguassent par « leurs excellentes manières, leur application sérieuse, « leur docilité, leur respect pour leurs semblables et leur « amour pour leurs maîtres. » Moi qui aime le Brésil presque comme mon pays, je me réjouis du fond de mon cœur du succès d'une œuvre si belle et fais des vœux ar-

dents pour que de misérables intrigues ne viennent point en interrompre le cours.

3 Vni. — Administration judiciaire.

La province de Sainte-Catherine formait déjà, depuis plusieurs années, un gouvernement à part, lorsqu'elle dépendait encore, pour l'administration de la justice, de la comarca de Paranaguà. En 1749, on lui donna un ouvidor; mais, au bout d*un demi-siècle, la ville de Desterro perdit l'avantage qu'elle avait eu d'être un chef-lieu de comarca; les habitants de l'tle de Sainte- Catherine et ceux des districts plus méridionaux furent obligés d'aller se faire juger en seconde instance à Porto Alegre , ville dont ils étaient séparés par une distance énorme. Tel était, à l'époque de mon voyage, l'état des choses ; il y avait seulement wàjuiz de fora dans l'île de Sainte-Catherine , et il n'avait d'autorité que sur le district tout entier et sur ceux du sud; le district de S. Francisco était administré par Ae^ juizes ordinarios et ressortissait, comme dans les premiers temps, de Vouvidoria {^) de Paranaguà. C'était à Lisbonne que se faisaient tous ces arrangements ; les hommes qui y présidaient connaissaient à peine le Brésil par des cartes infidèles, et ne se faisaient qu'une idée très-imparfaite des distances et de la difiSculté du voyage : l'expérience démontra que , quelque activité qu'eût pos-

(1) J'ai fait connaître dans ma première RelaHon ce qu'étaient les ouvidares, leisjuixes ordinarios, les Juizes de fora.

âédée Vouvidor de Porto Alegre, il lui aurait été impossible de parcourir» comme corregidor, l'immense pays soumis à sa juridiction, et, par un décret du 42 février 1821, fut rétablie Tancienne ouvidoria de Sainte-Catherine (1).

Depuis que le Brésil a conquis son indépendance, i'administration judiciaire a été organisée dans la province de Sainte-Catherine de la même manière que dans le reste du Brésil, et la législation commune à tout Fempire y a été introduite. Mais, dans son rapport de 1842, à l'assemblée législative de la province, M. le président Antero fait sentir combien l'organisation actuelle de la justice criminelle donne peu de force à l'autorité , et combien il est à craindre qu'elle ne conduise à l'anarchie. En cela il ne parait pas être en désaccord avec le ministre de l'empire de l'une de ces dernières années, qui appelle aussi une réforme. En 1840, une femme adultère de l'île de Ê. Francisco, aidée de son amant, coupe la tète à son mari; l'un et l'autre avouent plusieurs fois leur crime devant le public; le jury les déclare innocents. On s'est plaint plusieurs fois, non sans raison, de l'excessive indulgence des jurés français; elle n'a pas encore été aussi loin. L'institution du jury, si différente de ce qui se pratiquait autrefois au Brésil, n'a pu être comprise tout d'un coup par les habitants de ce pays ; l'expérience et leurs propres intérêts leur ouvriront les yeux, et, sentant mieux l'importance de leurs devoirs, ils finiront par les remplir. Il est difficile, au reste, qu'on fasse jamais quelque chose de plus mauvais que ce qui existait sous le gouvernement du souverain du Portugal . «

(1) J. F. Feroandes Pinheiro, Annaes, 2« éd., 440.

DE SAIMT-PAUL ET DE SAmTE-CÂTHERINE. S51

S DC. — Garde nationale.

A répoque de mon voyage» la garde nationale de la province {tn%lic%a)y parfaitement exercée et en état de défendre le pays, comprenait environ 4,000 hommes. Le seul district de Sainte-Catherine fournissait 2 régiments de cavalerie; celui de S. Francisco et celui de Laguna, chacun un bataillon de 600 chasseurs. Vingt-deux ans plus tard, en 1842, on comptait, dans toute la province, 6,282 gardes nationaux portant tous Tuniforme et passablement armés (i). L'augmentation qui a eu lieu, dans un espace d'à peu près vingt ans, s'élève donc à la moitié du nombre primitif, et elle est, par conséquent, dans un rapport à peu près exact avec celle qui s*est opérée dans l'ensemble de la population.

§ X. ^ Fortane publique.

Il n'existe dans la province de Sainte-Catherine aucune mine en exploitation ; on y fabrique quelques poteries, on fait des tissus dans l'intérieur des ménages; mais jusqu'à ce jour aucune manufacture proprement dite ne s'est établie dans le pays ; depuis que les blancs ont commencé à l'habiter, il est resté purement agricole. Les terres de la province de Sainte-Catherine sont généralement très-fertiles ; elle possède une vaste étendue de côtes et d'excellents ports : son climat assez tempéré permet aux habitants de

(1) Atttero José Ferreif ft de Brilo.

cultiver les plantes de l'Europe avec celles des tropiques, et cependant elle est pauvre. Les colons qui s'y établirent à différentes époques n'avaient point d'avances; la tyrannie du gouvernement portugais pesa longtemps sur eux. Telles sont les causes les plus anciennes de la pauvreté du pays : elle est prolongée par la passion des femmes pour la toilette, par le système d'agriculture en usage dans presque tout le Brésil, et enfin par les difficultés des communications.

Il est évident que les revenus publics doivent se ressentir du peu de richesse des habitants. Dans l'année financière de 1829 à 1830, par exemple, la récolte ne s'éleva qu'à 51,661,830 reis, tandis que les dépenses furent de 240,076,869 reis (1). Depuis cette époque, il est vrai, les finances de la province se sont beaucoup améliorées ; car, en 1844, la dette passive ne s'élevait qu'à une somme insignifiante. Dans cette même année, cependant, aucun des sept municipes dont se compose la province ne pouvait encore payer ce qu'il devait, et toutes les fois que l'administration provinciale fait quelque dépense extraordinaire, même très-faible , elle est embarrassée pour y faire face. Ainsi, en 1847, il fallait une somme de 24,000,000 reis pour subvenir aux frais du premier établissement de trois cents Allemands que le gouvernement central voulait envoyer dans la province; sur cette somme, l'administration provinciale ne put fournir que 4,000,000 reis et fut obligée d'emprunter le reste (2). Dans d'autres circonstances on a eu recours à des loteries, et, quand il s'agit des

U) J. F. Fernandes Piaheiro, Annaes, 2» éd., 243.

(2) Fallas do présidente em março 1S44 e tnarço 1847.

moindres dépenses, on se plaint du manque d'argent* La province de Sainte- Catherine est agricole» nous l'avons dit tout à rheure; donc, pour la tirer du triste état de médiocrité dans lequel on la voit languir depuis si longtemps, il faut tâcher d'augmenter ses produits et leur donner des débouchés. Je dirai plus tard comment on pourrait ranimer Fagriculture dans Ule de Sainte-Catherine, où le sol restera peu productif tant qu'on ne renon* cera pas à la manière actuelle de culture. On croit bien faire en établissant des colons étrangers dans la partie continentale de la province de Sainte-Catherine : avec un plus grand nombre de bras, on augmentera la masse des produits ; mais cette augmentation perdra une grande partie de ses avantages , si les colons ne présentent , pour ainsi dire, que des espèces de groupes isolés entre eux comme des oasis, s'ils n'ont que des moyens difficiles ou même impossibles de communication, s'ils ne peuvent transporter leurs denrées partout où ils les placeraient avec avantage, surtout s'ils ne les échangent point avec les habitants du plateau qui en ont d'entièrement différentes à leur livrer. Tous ceux qui ont écrit sérieusement sur la province de Sainte-Catherine et qui Font bien connue, MM. José de Souza Âzevedo Pizarro e Âraujo, Joâo Rodrigues de Carvalbo (1), Van Lede et Léonce Aube (2), ont fait sentir l'in-

(1) Projecto (Puma estrcuia, etc., in RevUta Irim,, VII, 534 (1840).

(2) Voici comment s'exprimait M. Léonce Aube en 1847 : « On peat « dire qa*il n'existe pas de route dans la province de Sainte-Catherine, « oa que, s'il y en a, elles forment quelques tronçons de peu d'étenu due; ce ne sont que de mauvais chemins et de détestables sentiers... « Trois chemins pénètrent dans l'intérieur de la province et traversent « la Serra Gérai pour aboutir à Lages... De ces chemins, celai du Tu-

25i VOYAGE DANS LES PROVINCES

dispensable nécessité de procurer «nx habitants de la pro^ yince de Sainte^Catherine des moyens de oommnniquer par terre les uns avec les autres et de pouvoir transporter letirs denrées à Curitiba et même dans les missions. A Tépoque de mon voyage, il n'y avait dans Ftle de Sainte-Cafiierine aucune route proprement dite ; de simples sentiers reliaient les habitations entre elles; c'est tout an plus st les meilleurs chemins auraient pu être comparés aux plus mauvais de ceux que> chez nous. Von appelle vicinaux. Jusqu'en 1847, aucun changement très^important n'avait encore en lieu ; on avait &it des tracés» on avait dépensé quelque argent, mais on n'avait produit rien de bien, rien de dorable, rien qpi fût vraiment uti}e et qii£ Ton puisse citer. La pauvreté de la province ne lui permet pas de tout entreprendre à la fois; qu'elle fasse successivement les routes les plus utiles, que l'on confie la direction des travaux à des ingénieurs véritablement instruits, et qu'on n'oublie point que faire des chemins imparfaits dans les contrées montagneuses, c'est perdre son argent, parce qu'ib ne tardent pas à être détruits.

S XI. — Moeurs.

J'ai dit ailleurs que les habitants des provinces du Brésil offrent souvent moins de ressemblance entre eux que n'en ont les uns avec les autres plusieurs des peuples eu-

« berâo est, sans contredit, le meilleur,, et |!Purtaiit,..a)rant dç Payoir « parcouru, il nous eût été impossible de nc^as> faire wofi âdéei d'un sen* « tier aussi épouvantable et aussi dangereux.. «Les; dettxiauiiescfaeBiiDs « sont presque impraticables; et, en effet, ilspnt à peine IréquenCéS à u de rares intervalles. » {Notice, 37.)

DE SAINT-PAPI ET DE SAlNTE-CAJflERlNE. 256

rapéens. Ces différences tienneat, saosaueua doute, aux époques où oat eu lieu les iounigratioQs portugaises ^ au degré de richesse que les colons ouA pu ^UQistdne , à teurs mélanges plus ou moins multipliés avec les négces bu les indigènes, surtout enfin à la nature et au <^Uoiat des pays où ils se sont Gxés.

Nous reconnaîtrons combien cette dernière Jniiwiice a de force, si nous comparons les habitants de fRio Grande do Sul et ceux de Sainte-Catherine. Les uns èt.les aintsres sont partis également des Ues Açoi^es et à peu prè» Ji la même époque. Jetés dans d'immenses campagnes coutertes de pâturafes, les premiers, sont di^veaus éleveuffs»; im a conduit les seconds dains un pa^siboisé ^itnéisur les bords de la mer : ils ne pouvaient s'étendre w Mn sans de grands travaux; ils ont été pécheurs. Forcés. de oaurir sans cesse à la recherche da leurs, vaches- et de lencs taureaux, les colons de Rio Grande se sont accoutumés» à ^re toujours à cheval ; les colons de Saintie-Catherine ont véeu dans des pirogues. Çeux-1^, respirant Tair lepin&pur'» ga^^ lopant sans cesse dans les campo», se^ nourrissant avec abondance de la chair de leurs bestiaux, oat acquis une force et une intrépidité remarquables; leur teint s' est embelli des plus, belles couleurs. Les autres^, qui n'ont eu pour nourriture que du poisson, de^ coquillages,, de la fa-« rine de manioc , et qui quelquefois respirent les normes d'un sol marécageux , sont loin Â'avoir acquis^^une tuèsgrande vigueur, ej; ont.souv^t m» teint jauteltve' et u» air languissant.

Les habitants d'Ëspirito Santo , comme les colons de Sainte-Catherine, se sont peu éloignés des bords de la mer; aussi les uns et les autres ont-ils les mêmes occupa-

lions et se nourrissent-ils de la même manière. Issus des colons portugais les plus anciens , qui eurent souvent des rapports avec les femmes indigènes, alors très-nombreuses, les habitants d'Espirito Santo sont plus américains que ceux de rile de Sainte-Catherine. Les Indiens avaient déjà disparu de, cette ile lorsque arrivèrent les Açoriens dont les descendants forment presque toute la population actuelle du pays ; ces derniers ont conservé sans altération le type européen.

Les Mineiros» ayant acquis des richesses, ont fait donner de l'éducation à leurs enfants , qui sont devenus polis et ne sont pas restés étrangers à la culture des lettres ; les colons de Sainte-Catherine sont arrivés dans cette province pauvres et ignorants ; ils ne se sont point enrichis et ont conservé leur ignorance.

Voisins des Espagnols- Américains , les éleveurs de Rio Grande leur ont emprunté une foule de mots; c'est la lingoa gérai qui, dans la province d'Espirito Santo, a altéré la pureté de la langue portugaise. Les Mineiros donnent peut-être trop de douceur à cette langue ; les habitants de Sainte-Catherine, au contraire, la rendent dure et nasillarde, appuyant longuement sur Tavant-dernière syllabe et articulant les autres d'une manière brusque : ils ont probablement apporté cette prononciation des tles Açores.

Je n'étendrai pas cette esquisse davantage; les détails dans lesquels je vais entrer compléteront, j'espère, ce que j'ai laissé ici trop imparfait.

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