‹ Voyage dans les provinces de Saint-Paul et de Sainte-Catherine (volume 2)Chapitre 9 sur 24 · VILLE ET SON DISTRICT · texte numérisé non relu

VILLE ET SON DISTRICT

Manière de voyager fort incommode. — L'antear s'embarque sur la baie de Paranaguà. — Il débarque au Pontal de Paranaguà. — Voyage nocturne dans des chariots. — Anse de Caidva. — L'auteur se rend k cheTal jusqu'au Canal da Barra do Sul. — II s^embarque pour trarerser le Canal et arrive h Gnaratùba. — Description de la baie. — Position de la ville de Guaratûba ; maisons ; église ; belle vue ; pont ; commerce ; histoire. — Les limites du district de Guaratûba ; sa population; mœurs des habitants; productions. — Départ. — Voyage en chariots sur le bord de la mer ; végétation.— Les habitants de la plage. — Le Rio Sahi Mirim. — Réflexions sur le désir qu'a témoigné la comarca de Curitiba d'être séparée du reste de la province de S.Paul.

Pour dler de Paranaguà au petit port de Guaratûba , il fallait d'abord que j'eusse des pirogues et des rameurs pour gaguerF extrémité de la baie; il fallait que, après être débarqué au Pontal de Paratiaguâ, j*y trouvasse des chariots traînés par dès bœufs qui , en suivant le bord de la mer, me transportassent moi et mon bagage jusqu'à la baie de Caiàva ; enfin, comme il y a quelque danger, m'avait-on dit, à traverser cette baie dans des pirogues, il

lus VOYAGE DANS LES PROVINCES

fallait que j'eusse la certitude d'avoir à Caiôva des gens qui, par un chemin fort difficile, portassent mes effets sur leurs épaules jusqu'à Guaratùba. Daps un pays où les communications sont peu fréquentes, la paresse excessive, r inexactitude extrême, il m'eût été impossible d'obtenir une parfaite coïncidence entre ces divers moyens de transport, si je n'avais eu recours à Vautorité. En arrivant à Paranagué, j'avais donc prié le capitào môr de me procurer les moyens de continuer mon voyage ; mais en même temps je lui avais déclaré que je payerais les hommes qui seraient requis pour mon service.

Je partis de Paranaguâ , le 5 avril, avec deux pirogues conduites l'une par deux rameurs et l'autre par trois (i). Après être sorti de la rivière de Paranagué, nous entrâmes dans un canal qui s'étend à peu près vers le sud de la baie, et est borné, d'un côté , par la terre ferme, de l'autre par une suite d'îles. Bientôt nous cessâmes d'apercevoir la ville ; nous découvrions dans le lointain la Serra couronnée de nuages qui , se succédant avec rapidité , laissaient apercevoir les sommets des pics et les cachaient tour à tour.

Nos pirogues avançaient avec vitesse ; nous laissâmes derrière nous la partie montueuse de l'île de Cotinga, et côtoyâmes l'extrémité la plus voisine de l'Océan, qui est basse et couverte de mangliers. A la suite de cette île vient

(i) Itinéraire approximatif de la ville de Paranagoâ à la frontière de la province de Sainte-Catherine :

Legoas.

De la ville de Paranaguâ au Pontal de Paranaguâ (sur la baie). 4

Du P. de P. à Guaratùba, ville , en suivant la plage 13

De G. à la frontière de Sainte-Catherine , en suivant la plage. 2 1/^

DE SAlNT-PAÛL ET DE SAmTE-CATHERINE. - 199

rilha Rasa (Vile rase) (1), plate, comme son nom l'indique. Vnha do Mel (File da miel), qui succède à Tile rase, s'avance jusqu'à l'entrée de la baie. C'est vers l'extrémité de cette ile qu'a été construit le petit fort qui défend la barre. A mesure que l'on avance , le canal de navigation s'élargit. Ainsi que l'Ilha Rasa et l'Uha do Mel , la terre ferme est bordée de mangliers ; mais de distance à autre on voit , sur cette dernière, à quelques pas du rivage, de petits sitios couverts en tuiles , devant lesquels sont plusieurs pirogues.

La terre avancée, dont j'ai déjà dit quelques mots (2), et qu'on appelle Pontal de Paranaguà, fut le lieu où je débarquai. J'y fus reçu par un caporal de milice qui commandait un détachement cantonné dans le voisinage. Cet homme avait reçu l'ordre de veiller à ce que les chjariots qui devaient transporter à Caiôva mes gens , moi et mon bagage arrivassent à l'heure dite : tout le monde fut parfaitement exact. Les chariots appartenaient à des propriétaires des alentours ; ils étaient fort grands et attelés de quatre bœufs ; des nattes de bambous les couvraient, et sur ces dernières on avait placé des feuilles de bananier retenues par une sorte de treillis fait avec des lianes.

D n'y avait au Pontal ni maison ni végétation ; on n'y voyait que du sable pur. A peine fûmes-nous débarqués, que nous allumâmes du feu sur le rivage pour faire cuire les haricots et le riz qui , avec de l'eau et de la farine, devaient faire notre souper. On chargea les malles , et il y

(1) On sait qu'à rentrée de la baie de Rio de Janeiro il existe une ile du même nom. Milliet et Lopes de Moura indiquent une troisième Ilha Rasa dans la baie d*Angra dos Reis, province de Rio de Janeiro.

(î) Voir plus haut.

avait déjà longtemps que le soleil était couché quand nous partîmes. On a cout|ime de parcourir cette plage de nuit, parce que les bœufs vont beaucoup plus vite quand ils ne voient pas la clarté du jour.

Je me mis avec Laruotte dans un des chariots ; José et Firmiano montèrent dans un autre ^ Manoel dans le tro^ sième. Laruotte avait étendu sur une natte une couverture et mon poncho; je me couchai , et les mugissements des eaux de la mer m'eurent bientôt endormi. Cependant je m'éveillais à de courts intervalles, et je voyais, au clair de ta lune, que nous suivions une plage formée par un sable pur où les vagues venaient souvent battre les roues de nos chariots. Nos bœufs allaient toujours en courant , et à la pointe du jour nous arrivâmes à F embouchure d'une petite rivière appelée Rio do Matosinho (la rivière du petit bois). Là il fallut attendre la marée basse pour pouvoir passer, et après avoir fait encore environ 1 lieue, toujours sur la plage, nous arrivâmes à Caiôva, du guarani cairoga, maison des singes. Depuis Matosinho jusqu'à cet endroit, le terrain qui s'élève au-dessus de la plage présente un épais fourré d'arbrisseaux , parmi lesquels domine la Termandrée, 1645 ter^ et il est à croire qu'une végétation semblable borde une grande partie du rivage que nous avions parcouru pendant la nuit.

A Caiova est une anse semi-circulaire qui porte le nom de Baia de Caiova. En cet endroit, le terrain n'est plus bas et marécageux comme à Paranaguà ; des mornes élevés et couverts de bois s'étendent jusqu'à la mer et ne permettent plus aux chars à bœufs de la côtoyer : le chemin n'est praticable que pour les gens à cheval et pour les piétons.

Ordinairement, quand on va de Paranaguà à GuaraCuba,

OD s'embarque dans des pirogues; on traverse l'anse, et l'on passe dans un canal qui , situé à la partie méridionale de cette dernière , forme l'entrée de la baie de Guaratûba. On m'avait donné des craintes sur le passage de l'anse, et en conséquence j'avais prié, comme je l'ai dit, le capitào môr de Paranagué de prendre des mesures pour que mon bagage fût transporté par terre. Je trouvai à Caiôva envi*ron seize hommes qui m'attendaient , commandés par un sergent de milice. La vue de la mer, parfaitement tranquille, me rassura : je ne fis porter par terre que les malles les plus importantes ; les autres furent embarquées dans une très-grande pirogue.

Je montai à cheval et côtoyai une partie des contours semi-circulaires de la baie, accompagné du sergent et de Lahiotte. Arrivé sur le bord du canal qui forme l'entrée de la baie de Guaratûba et qui porte le nom de Canal da Barra do SuU parce que telle est sa position par rapport à l'anse de Caiôva, il fallut nécessairement que je m'embarquasse. La ville de Guaratûba est, en effet, située de l'autre côté du canal, à l'entrée de la baie qui porte le même nom qu'elle.

A mon arrivée, le sergent qui m'avait accompagné me conduisit à une maison que je trouvai préparée pour me recevoir, et bientôt j'eus la visite du curé, du capitào m6r du district et d'un sargento môr du régiment de milice.

Ne pouvant plus recueillir de plantes pendant que j'étais en route , comme au temps où j'étais monté sur mon mulet, j'avais pris la résolution de faire des pauseà de distance à autre , el pour commencer je passai deux jours à Guaratûba. C'était certes beaucoup plus qu'il ne m'était nécessaire pour connaître cette chétive ville, même en don-

nant la plus grande partie de mon temps à T histoire natarelle.

La baie de Gaaratûba, qui avait été appelée par les anciens navigateurs Rio Âlagado (1) et que les habitants du pays nomment encore aujourd'hui rio, m'a paru elliptique ; elle s'étend à peu près du nord-est au sud-ouest, et peut avoir y m'ont dit les habitants du pays, environ 2 lieues 1/2 de longueur. Elle communique avec l'anse de Caiôva et, par conséquent, avec la haute mer, par le canal étroit appelé Canal da Barra do Sul, qui, s'^il est au nord par rapport à elle, se trouve au midi de l'anse. Du nord au sud en passant par l'ouest, c'est-à-dire du cAté de la terre ferme, elle est environnée de montagnes boisées qui font suite à la Serra de Paranaguà et appartiennent, par conséquent, à la chaîne maritime.

La langue de terre qui sépare la baie de la haute mer est fort étroite vers son extrémité , c'est-à-dire du côté du Canal de la Barre ; mais elle s'élargit peu à peu , et au sud elle a environ 3 legoas entre la baie et l'Océan. Un peu en deçà de<son extrémité s'élève une couple de mornes; ailleurs elle ne présente aucun mouvement de terrain. Dans une partie de sa longueur, elle est, du côté de la baie, bordée SAvicennia et de Rhizophora Mangle, derrière lesquels se trouvent des bois ; davantage vers le sud, elle s'élève un peu au-dessus du niveau de la baie, et les bois s'avancent jusqu'à cette dernière.

Un grand nombre de rivières et de ruisseaux descendent des montagnes et se jettent dans la baie de Guara-

(1) Voir une des notes de ravant-dernier chapitre.

DE SAINT-PADL ET DE SÂlNTE-CATHERINE. 303

tuba. Les plus considérables sont le Rio de S. Joâù, le Rio doXJubatào Grande et ce\\xi doCubatào Pequeno.

Plusieurs iles et Ilots s'élèvent de la baie, mais n'offrent^ pour la plupart, qu'un terrain marécageux couvert de mangliers ou même uniquement dés deux Graminées (n"" 1666 et 1667) confondues dans le pays sous le nom de Paratuva (1). Quelques-unes cependant, telles que Vllha do Rato (2) et VHha da Pescaria (Ule du rat, Ule de la pèche), sont susceptibles d'être cultivées. Les plus remarquables de toutes ces iles çont celle des Perroquets ^ ainsi appelée parce que l'espèce n* 366-9 y est extrêmement commune ; puis celle des Guarâs^ dont le nom est celui des oiseaux d'un rouge éclatant, qui font Tornement le plus beau de cette partie du Brésil [Ibis rubra des naturalistes) .

Ces magnifiques oiseaux ne se trouvent pas uniquement à l'extrémité la plus méridionale de la province de S. Paul ; on en voit à Paranagué» à Santos, à Sainte-Catherine ; mais on prétend qu'ils ne pondent que dans l'ile qui porte leur nom. Depuis le mois d'août jusqu'à celui de novembre, ils s'y réunissent en troupes innombrables ; ils font un nid sans art sur les branches des mangliers, et multiplieraient prodigieusement, si les vents ne renversaient une partie de leurs nids , si les oiseaux de proie ne dévoraient un grand nombre d'œufs, et si les habitants du pays n'en enlevaient aussi pour en faire leur nourriture. Quand on effraye les guards dans le temps de la ponte, ils abandonnent

(i) Poar piriUba (guar), lieu planté de jonc.

(2) Il existe aussi dans la baie d'Angra dos Reis, province de Rio de Janeiro, une Ue qui porte le nom &!lha do Bato (Mill. et Lopes de Mour,, Dfcc, JI, 383).

leurs œufs ; mais ils montrent un grand attachement pour leurs petits. J'ai dit ailleurs (1) que ces oiseaux avaient déjà disparu non-seulement de Rio de Janeiro, où, du temps de Marcgraff, ils étaient fort communs, mais encore d'une des villes de la province d'Espirito Santo, qui leur doit son nom , Guarapari (â). M. le prince de Neuwied assure qu'il n'en a pas vu un seul dans tout son voyage sur le littoral , commencé à Rio de Janeiro (3) ; et, comme on n'exécute plus ou qu'on exécute mal une ancienne ordonnance qui défendait de les tuer (4), il est fort à craindre qu'on ne les détruise aussi dans la province de S. Paul. On les cherchera vainement dans les tristes marécages qu'ils embellissaient et dont ils faisaient oublier l'odeur fétide au voyageur occupé à les admirer ; il ne restera plus d'eux que les descriptions qui se trouvent datis quelques livres et leur nom donné aux lieux qu'ils habitaient. C'est ainsi qu'aujourd'hui ou ne trouve déjà plus Yinkuma (Pa- Ifimedea corrnUa) dans les endroits nombreux où, sans doute, il était abondant autrefois, puisqu'ils portent le

(1) Voir mon Voyage dans le district des Diamants et sur le liitoral du Brésil, II, 222. *

(2) M. le prince de Neuwied se plaint de ma sévérité, parce que j'ai dit {Voyage sur le littoral du Brésil^ U) qu'il faut écrire Giuirapari et non Guaraparim ; je ne suis pas plus sévère que Cazal, Pizarro, Roussin, Milliet et Lopes de Moura qui ont écrit comme moi, et je ne crois pas Tètre non plus en disant, avec tous les Brésiliens, que Yi et Vint se prononcent, dans leur langue, d'une manière fort différente. L*t a le même son qu'en allemand et en français ; Yim est une voyelle fort nasale, qui n'a pas d'analogue dans notre langue (Moraes, Dicc, 3* éd.— Abr. Meldola, Nova gramm,, port., 373. — Sané, Gramm,, 4).

(3) Cazal, Corog. Brax., I, 215,

(4) Beitràge, IV, 692.

même nom que cet oîsean (1 ] . Et combien de plantes qui faisaient l'ornement du désert disparaîtront aussi , non* seulement dans les incendies des campos et ceux des bois vierges , mais encore sous la main destructrice de Timpitoyable collecteur !

J'ai décrit avec détail la baie de Guaratûba ; pour donner une idée de son ensemble , on peut dire qu'elle a en petit une ressemblance étonnante avec la baie de Rio de Janeiro. La vue qu'elle offre est, sans doute, plus austère et plus monotone que celle de cette dernière, parce que les montagnes environnantes sont toutes couvertes de bois, et qu'on n'y voit aucune habitation ; mais, d'un autre côté, le paysage conserve encore ce calme et, si je puis m'exprimer ainsi, cette majesté vierge qui n'appartient qu'aux déserts.

Ce n'est pas seulement une petite île de la baie qui doit son nom aux guaras ; la ville de Gvaratuba elle-même leur est redevable du sien , car .il est composé des mots guaranis gtiara et ttba, qui signifient réunion de giuirâs.

Cette ville, puisque c'est ainsi qu'il faut l'appeler, a été bâtie au fond d'une petite crique, à l'entrée de la baie, du côté du sud^est , et par conséquent vers Textrémité de la langue de terre qui sépare cette dernière de la haute mer. Elle est entourée d'arbres et de pelouses, et un morne couvert de bois vierges la. domine du côté du nord-est (2).

I (1) Voyage dans les provinces de Rio de JaneirOy etc., l, 63.

(2) Pizarro dit que Guaratûba est situé sur le Rio Sahi {Mem, hist., VQI, 312). Cette rivière a soo embouchure à 5 ou 6 lieues de Guaratûba, et en 1820 il n'y avait pas même de hameau sur ses bords. Cependant Terreur que je signale ici pourrait avoir son eicuse dans un fait histo-

A peine se compose-t-elle d'une quarantaine de maisons (1820) ; quinze environ forment le demi-cercle sur

rique dont je ne réponds nullement et que je citerai pins tard. Cazal n'a pas fait la même faute que Pizarro ; mais il est impossible de comprendre la phrase par laquelle il a voulu indiquer la position de Guaratùba. « Cette ville est située, dit-il, tout auprès d'un morne, sur la rive Il droite du bras méridional du Rio Goaratûba ; » et ailleurs il ajoute :

« A 5 lieues nord de la limite de la province est Tembouchure du

« rapide et profond Guaratùba, tout auprès de laquelle s'élève leMorro « Cayoâba, » {Corog., l, 226, 215.) Je ne devine pas, je Tavoue, ce que peut être le bras méridional du Rio Guaratùba ni ce qu'est sa rive droite. Tout en disant rivière ou baie de Guaratùba^ Milliet et Lopes de Monra se sont h peu près conformés aux indications de Cazal (Dtcc, I, 429). Sur la carte de la côte du BrésU, tracée par Givry et Roussin, et sur celle des explorations du baron d'Antonina, qui, pour le littoral, n*est probablement qu'une imitation de cette dernière» les eaux de Guaratùba sont représentées comme un fleuve de peu de longueur, qui recevrait à sa source plusieurs petits affluents , et se dirigerait bien droit de l'ouest à Test ; mais, comme de grands bâtiments ne peuvent pénétrer dans ces eaux, il est clair que les deux savants français n'ont pu les étudier eux-mêmes. Sans être d'une exactitude irréprochable, la carte inédite de la démarcation, par l'ingénieur Francisco Joio Roccio, n'indique point un fleuve, mais une baie. Est-ce réellement ce nom qu'il faut admettre, ou doit -on préférer celui de fleuve? Un fleuve est un cours d'eau continu depuis la source jusqu'à l'embouchure ; une baie est un petit golfe formé, en grande partie, par les eaux de la mer et dont Vouyerture {Dict, a>cad,) est moins large que le milieu. L'amas d'eau qui communique avec la baie de Cai<5va par l'ouverture étroite appelée Canal dft Barra do Sul n'est point l'extrémité d'un seul cours d'eau , mais il est formé par une avance de la mer à laquelle se mêlent le Rio S. Joâo, le Cubat&o Grande, le Cubatâo Pequeno, etc.; donc il faut donner à cette espèce de réservoir commun le nom de baie, comme on le donne aux eaux de Paranaguâ ou à celles de Rio de Janeiro. Par la même raison, on doit appeler baie éTEspirito Santo le vaste réservoir dont l'entrée est bornée , au sud , par la montagne de Moreno , et au nord par la pointe de Pirahé. En effet, il n'existe pas de cours d'eau qui, depuis sa source, porte lenomd'EsptritoSanto; on appelle ainsi tin petit golfe dont Ventrée e$t hienmoinê large que le milieu et où se jettent à la fois, comme

ie bord de la crique; les autres s'élèvent derrière celles-ci autoar d'une vaste place couverte de gazon, à rextrémité de laquelle est l'église. Les plus anciennes ne sont que de misérables chaumières construites avec des bâtons croisés et dans le plus mauvais état; mais, peu de temps avant mon voyage, on en avait bâti en pierre quelques-unes qui étaient assez jolies.

L'église, également en pierre, est peu ornée, mais propre et bien éclairée ; elle a été dédiée à saint Louis, roi de France.

Devant la ville on découvre une partie de la baie, quelques-unes de ses tles et les mornes couverts de bois qui l'environnent. Parmi ces derniers, l'un des plus remarquables est celui d'Àraraquara (1), qui, situé à l'entrée de

le dit Hovra, de nombreases rivières. A la vérité, ceax qai ont découvert cette baie loi ont donné le nom de rio, mais on l'a donné également à ceUes de Rio de Janeiro et de Paranaguâ, parce qu'on les prenait toutes pour des embouchures de grands fleuves , et par habitude on continue à dire Rio do EspirUo Sanio, Rio de Janeiro ; j'ajouterai même que» dans ie pays, on ne me comprenait pas quand je disais la baie d'Eepirito Santo. Déjà depuis bien longtemps Cazal a décrit cette baie sous son véritable nom, et, s'il dit une fois o Espirilo SantOy il est évident que c'est on reste de l'ancienne habitude. Roussin, dans son Pilote du BrésU, se sert tantôt dv mot rivière et tantôt de celui de baie; mais, s)ir sa carte, où il fallait nécessairem»it choisir, on ne trouve que ce dernier. Enfin Milliet et Lopes de Moura , dans leur Diccionario très- récent , commencent l'article Espirito Santo par ces mots : bahia da provincia do Espirito Santo, et peut-être, en vingt endroits de leur important ouvrage, appliquent-ils cette même expression au petit golfe dont il s'agit (conf., Neuwied, Brasilien, 49).

(i) Oe mot, qui se retrouve dans plusieurs antres parties de la province de S. Panl, «fgoifie le trou des arcts (voir le chapitre III de cet onvtagfe).

la baie, du côté du nord, fait presque Tace à la ville. D'autres, plus élevés, s'aperçoivent dans le lointain, au fond de la baie.

Des embarcations de 80 à 100 palmes de longueur (17",60 à 22 mètres) peuvent entrer dans la baie deGuaratûba ; mais elles ne mouillent pas immédiatement devant la ville. En face de celle-ci est un canal fort étroit, et au delà une de ces iles marécageuses qui sont entièrement couvertes des Graminées appelées Paratuva.Cesi de l'autre côté de cette île, qui est fort petite et d'une forme allongée, que vont mouiller les bâtiments. Il est à croire, au reste, qu'elle disparaîtra bientôt, car, chaque année, m'a-t-on dit, les eaux en emportent une partie.

Le pays est trop pauvre, sa population est trop peu considérable, et par conséquent il s'y trouve trop peu de terres cultivées, pour que le port de Guaratùba soit trèsfréquentée ; cependant des embarcations viennent de temps en temps y prendre un peu de farine et quelques planches, et elles complètent leur chargement ailleurs.

Les habitants du pays m'ont dit, en 1820, que les commencements de Guaratùba ne dataient que d'une cinquantaine d'années; ils ajoutaient qu'environ dix ans plus tard le très-petit nombre de maisons alors construites avait déjà été érigé en ville par le gouverneur de la province, à qui on avait dépeint ce lieu non tel qu'il était alors, mais tel qu'il peut devenir un jour (1).

(1) Pizarro dit (Mem, hist.^ VIII, 312) que la ville de Guaratùba a été fondée, en 1771, par le gouverneur Luis Antonio de Souza Botelho, sur le bord du Rio Sahi. Selon Millier (fîns., 57), Tannée 1771 ne serait que celle oii Guaratùba aurait reçu le titre de ville, et sa fondation véritable remonterait à 1766. C'est aussi pour la concession du titre de ville que

Guaratâba est, sur la côte, la fille la plus méridionale de la province de S. Paul. Cette chétive ville dépend, comme je Tai déjà dit, de la comarca de Curitiba, et sous Tancien gouvernement elle n'avait que des juges ordinai* res. Son district^ qui forme une seule paroisse, a 15 milles de longueur de Test à i' ouest , et autant du nord au sud, sur le bord de la mer^ Au nord, il commence au lieu appelé Curral, en face d*une ile du même nom éloignée de 8 milles de la ville de Guaratûba; au sud, il est borné par le Rio Sahi Miritn , qui le s^re de celui de S. Francisco dépendant de Sainte - Catherine ( 1 ). On y comptait ,

Spix et Martius indiquent Tan 1771 {Reise, I, 238). Quant à MM. Milliet et Lopes de Monra, ils entrent dans des détails plus étendus. « Les « commencements de Gaaratàba datent, disent-ils, de 1656, lorsque le «1 marquis de Cascaes fonda la capitainerie de Parana^uâ. Quelques in- « dividus de celle de S. Vincent, qui s'étaient fixés sur le bord du Rio « Sabi, entre le Rio 4e S. Francisco et le Rio Guaratûba, songèrent à « bâtir une cbapelle à Notre-Dame- de-Bon-Secours, pour leur sertir de « paroisse. — D. Luis Antonio de Souza Botelbo MourSO, gouverneur de « la province de S. Paul, fonda une ville, en 1771, sur la rive méridien « nale du Rio Gnaratôba, sous le nom de Villa Nova de S. Luiz. On y « construisit une église qui fut dédiée à saint Louis, et que Ton rendit « paroissiale pour remplacer la cbapelle du Bon-Secours des bords du « 9ahi. » (tHcc, 1, 432.) •

Les auteurs du Diccionario do Brazil ne nous disent point d'où ils ont tiré ce récit assez obscur, qui en plusieurs points contredit les in* dications des autres auteurs, et nous ne savons, par conséquent, quelle valeur nous devons lui attribuer. Ce qu'il présente de très-clair, c'est qu'il y eut jadis un établissement sur le bord du Sabi , et ce fait serait, en quelque sorte, confirmé par l'erreur de Pizarro , qui place la ville de Guaratûba sur les bords de cette même rivière.

(1) Tant que j'avais voyagé dans l'intérieur , je n'avais jamais entendu évaluer les distances autrement que par legoas (lieues^ de 18 au degré, mesure qu'on établit généralement par approximation et que Ton allonge 11. 14

en 1820, environ 900 Ames, dont 600 communiants (1). La plupart des habitants sont des métis de Portugais et d'Indiennes. Ils sont paresseux, très-pauvres et vivent presque uniquement de poisson sec et de farine de manioc. Leur vêtement consiste presque toujours en un caleçon de toile de coton , une chemise passée en manière de blouse par-dessus le caleçon, et un chapeau dont la forme est arrondie et le bord très-étroit. Passant une grande partie de leur vie sur l'eau, ils savent conduire leurs pirogues avec une adresse extrême. Lorsque j'étais sur les bords de la baie de Caiôva, j'admirai l'agilité avec laquelle ils s'élançaient dans les barques au moment où elles étaient soulevées par la vague.

phitôt qu'on ne la raccourcit. Ce fut sur la c6te que , pour la première fois, on me parla de milles {milhcts). Il faut 3 milhas (singulier, milha) pour faire la legoa.

(1) Je n'ai pas dit dans mes notes de qui je tenais ces chiffres, mais il est impossible que ce ne soit pas du curé ou du capitâo môr, et je les croh'ais à peu près exacts, parce qu'on n'ayait aucune raison pour me tromper» tandis qu'on a presque toujours quelque intérêt à mettre de rexagératioD dans les tableaux officiels ou à y rester au-dessous de la vérité. Les illustres savants Spix et Martius disent qu'en 1815 il y avait 663 individus dans le district de Guaratùba {ReUe, h 258). Pizarro en réduit le nombre à 533 pour 1822 (Mem., VIII, 313), et Millier le porte à 1,062 pour 1838 (Eriê. contin,, tab. 3). Il est bien évident qu'on ne peut avoir aucune confiance dans ces chiffres , surtout les deux premiers, et qu'il faut en avoir moins encore dans les détails du tableau qui a été communiqué à MM. Spix et Martius pendant leur séjour à S. Paul. On voit, en effet, dans ce tableau, qu'avec 62 blancs et 46 négresses il y avait 430 mulâtres ou mulâtresses esclaves ; d'où seraient venus tant de mulâtres? Les états de D. P. Miiiler contredisent entièrement ces chiffres, et n'ont pas les mèjoies caractères d'invraisemblance, car ils n'indiquent aucun mulâtre ni aucune mulâtresse esclaves, et seulement 8 esclaves noirs, ce qui s'accorde parfaitement avec Textrème pauvreté du pays.

Il fait beaucoup moins chaud à Guaratûba qu'à Paranaguà, et y comme le pays est plus éle^é et moins marécageuxy il est aussi plus sain. On voit cependant ici, comme à Paranaguéy beaucoup de gens qui ont le teint extrêmement jaune ; mais les aliments peu substantiels dont ils font habituellement usage en sont probablement une des causes principales. Comme je Tai déjà dit (1), le goût de manger de la terre est, dans ce canton, aussi commun qu'à Paranagué, et il y a des suites aussi fâcheuses.

Il existe, auprès de Goaratûba, des terrainâ presque uniquement composés d'un terreau noir, auquel se trouvent mêlées avec abondance des coquilles d'huitres et une trèspetite espèce de peignes. Ces terrains, que les habitants appellent camhaqui (2) sont très-productifs. On fait de la chaux avec les coquilles d'huitres tirées des cambaqui et séparées du terreau à l'aide de tamis en bambous ; mais, jusqu'à r époque de mon voyage, on ne s'était servi de cette chaux que pour les besoins du pays et l'on n'en avait point encore exporté*

Les environs de Guratûba produisent du maïs, du manioc, du riz qui rend cent pour un (3) ; la terre y est fertile et couverte d'excellent bois ; mais, pour tirer parti de ce pays, il faudrait le mettre en communication, par des chemins praticables , avec Curitiba et Villa Nova do Prin-

(1) Voir plus haut.

(2) Il est difficile qne ce mot ne vienne pas de coa^ bois, montagne, et de mbacut^ chose grillée. Les Indiens auront-^ils eu Tidée de comparer ces terrains, à cause de leur couleur noire, à des forêts brûlées?

(3) D. P. Millier dit qu'actuellement on y cultive quelques cannes à sucre et qu'on y a trouvé des terrains aurifères (Ensaio estatistico, 57).

cipe; tant qu'on le laissera dans T abandon et dans une sorte d'isolement, comme s'il ne faisait point partie de la patrie commune, il restera pauvre et presque désert (1).

A mon arrivée à Guaratuba, j'avais prié \esargenio tfiôr de me faire préparer trois chars pour aller plus loin ; et, peu de temps après, j'envoyai, par son entremise, à un adjudant de la ville de S. Francisco une lettre de recommandation que j'avais pour lui , le priant de m» faire préparer une maison.

Le 7 d'avril au matin, les trois chars que j'avais demandés étaient à ma porte, et nous partîmes.

Nous traversâmes la îangue de terre sur laquelle est bAtie la ville de Guaratuba, et je me trouvai sur le bord der l'Océan, au fond d'une anse semi - circulaire d'envirou 1/2 lieue de^tour. La plage qui l'environne porte le nom de Praia de Brajetuba : à l'extrémité de cette plage la plus avancée dans la mer du côté du nord est un morne couvert de bois, qu'on appelle Morro de Caiôva (2); à la pointe méridionale s'élève un autre morne également couvert de bois, qui a pour nom Marro de Brajetuba, emprunté à la plage qu'il termine. J'ai à peine besoin de dire que le Morro de Caiôva, formant l'extrémité septentrionale de la plage de Brajetuba, doit former, par la même raison^

(1) n y a qaelqnes années, un gentilhomme suédois qui roulait établir au Brésil une colonie de paysans de son pays Tint me consulter pour savoir à qaelle partie il devait donner la préférence : je lui indiquai les terrains qui s*élèveat au-dessus de Guaratuba ; i^ous eûmes ensemble de nombreuses conférences, mais j'ignore s'il a donné suite à son projet. C'est précisément à côté du canton que j'avais désigné que se trouve située la dotation de madame la princesse de Joinville.

(2) Voir plus kaiU.

la pointe méridionale de l'anse de Caiéva, qui précède celle que circonscrit Fanse de Brajetûba.

Après avoir passé derrière le morne du même nom, je me trouvai sur une autre plage, à l'entrée de laquelle on pèche un poisson appelé biraguaia (l), que mes conducteurs médirent être long de 5 à 4 pieds et qui, ajoutèrentils, imite le bruit du tambour (2). Presque partout, cette plage est très*dure et forme un chemin commode pour les chars et pour les gens de pied. Les fucus ne se trouvent que sur les rochers; aussi n'y en avait-il point sur cette plage ; mais j'y vis un grand nombre de mollusques vésiculeux, couleur de rose, qui éclataient avec bruit lorsque nous marchions dessus.

Au delà de l'espace qui est battu par les eaux de la mer on ne voit qu'un petit nombre de plantes éparses dans le sable. Ce sont principalement la Calycerée 1,656, la Graminée 1,672, la Convolvulacée 1,679, si communes sur le bord de la mer, dans la province de Rio de Janeiro et dans celle d'Espirito Santo. Au-dessus de l'espace sablonneux où croissent ces plantes est un épais fourré d'arbrisseaux d'un vert sombre qui , augmentant peu à peu de vigueur et d'élévation, à mesure que le terrain s'éloigne de la mer, forment une sorte de glacis. J'avais déjà vu un effet semblable de végétation du côté de Macahé et dans d'autres parties de la côte septentrionale.

(1) Peut-être de ptr4, poisson, et guai, peinture.

(2) On sait que ce poisson n'est pas le seul qui fasse du bruit. Ce que je dis ici tendrait même à prouver qu'il n'y a pas d'eiagération dans les récits des voyageurs qui disent que le drun fait entendre des sons retentissants (voir Dugès, Physiologie comparée, HI, 47S).

Parmi les arbrisseaux qui forment ce glacis domine la Myrtée qu'on appelle Hapaguela (qui happe à la gorge, Myrcia pubescens j DC), parce que son fruit, qui est noir et à quatre lobes» est, dit-on, d'une très-grande astringence; avec elle croissent aussi» avec plus ou moins d'abondance, la Fougère 1,652, une grande Aroïdée et la Mélastomée 1,651. Plus avant dans T intérieur s'élèvent des forêts.

De loin en loin, un sentier qui aboutit à la plage, une pirogue et des bâtons croisés destinés à recevoir des filets annoncent le voisinage d'un sitio qui, presque toujours, est caché par lesarbrisseaux,etque l'on n'aperçoit point du rivage. J'allai jusqu'iàl'un d'eux, et je ne trouvai qu'une misérable chaumière constr uitesimplemen t avec des perches rapprochées les unesdes autres, et qui laissaient passer entre ellesle ventet la pluie. Quelques pots et des nattes en composaient tout l'ameublement, et ceux qui T habitaient étaient couverts de haillons. Il est fort vraisemblable que les autres sitios du voisinage n*étaient pas beaucoup plus magnifiques. Je ne crois pas cependant que les pauvres habitants de ces tristes demeures soient aussi malheureux que nous pourrions le croire. Descendant, sans doute, des anciens Mamalucos, ils doivent être sans prévoyance ; ils pensent au jour, tout au plus au lendemain. Le climat est chaud ; la mer leur fournit une nourriture abondante. Le monde leur est aussi étranger qu'eux-mêmes le sont au monde, et ils tomberaient dans un état voisin de celui de la bête sauvage, si de temps en temps ils n'allaient à l'église, si par la prière ils ne ^ rattachaient à la société chrétienne, si , avant de monter dans leurs pirogues, ils n'invoquaient la Vierge, pour obtenir, par son intercession , une pêche abondante.

Le temps était superbe^ et le ciel d'un azur brillant ; un vent frais qui venait de Test nous empêchait de sentir l'ardeur du soleil ; la mer mugissait , et ses vagues arrivaient jusqu'à nos pieds.

Pendant quelque temps nous n'avions aperçu que la montagne de Cavaracuara (le trou du cheval , des mots de la lingaa gérai cabarUy cheval, coâra^ trou); mais, arrivés au Rio Sahi Mirim, nous découvrîmes toutes celles qui entourent la baie de Guaratàba. Là mes conducteurs me montrèrent, dans le lointain, un défilé où passe un chemin qui va de la ville de Morretes à la baie de Guaratûba , mais où l'on ne peut faire passer que des bestiaux.

Le Rio Sahi Miritn (1) a peu de largeur ; cependant il n'est point guéable. Mes effets furent déchargés et passés dans des pirogues : les bœufs ne furent point dételés ; ils traversèrent la rivière à la nage , en traînant les chariots vides derrière eux. Le Sahi Mirim coule à 7 milles de Guaratûba , et , à ce que m'assurèrent mes conducteurs , il sert de limite au district de Curitiba et à la province de S. Paul ; sur sa rive droite, je me trouvai à l'entrée du district de S. Francisco, appartenant à la province de Sainte-Catherine (S).

Là il ne me restait plus qu'à saluer cette terre de Curitiba qui peut devenir si florissante, où j'avais été accueilli avec tant de bienveillance, et que j'apercevais pour la dernière fois.

(1) On donne le nom de sahi à plusieurs espèces d'oiseaui ; on peut aussi faire dériver Sahi Mirim des mots guaranis sai et mirim y les petits yeux.

(2) Voir le chapitre suivant.

2i& VOYAGE DANS LES PROVINCES

Ce serait laisser incomplet ce que j'ai dit sur cette belle cofnarca que de passer sous silence un désir que ses habitants ont manifesté dès Tannée 1822, et dont ils ont plusieurs fois renouvelé l'expression , celui de voir leur pajs séparé de la province de S. Paul et former une province de second ordre. En 1840, ils en firent la demande d'une manière toute spéciale. Le ministère, en répondant aux autorités locales, leur adressa diverses questions qui certes ne prouvaient pas que le gouvernement d'alors eût, de cette partie du Brésil, une bien grande connaissance. L'affaire en resta là ; mais les Curitibanais ne s'endormirent pas , ils renouvelèrent leur demande en 1843 ; on commença à la discuter dans l'assemblée générale des députés de l'empire, et jusqu'à présent rien n'a été décidé (1).

La plupart des motifs allégués par les Curitibanais pourraient l'être également par les habitants des parties éloignées de chaque province, s'ils avaient envie de former des gouvernements à part. Minas Novas aurait le droit de demander sa séparation à cause de la fécondité de ses terres, de l'excellence de son coton, de la facilité qu'elle a de le transporter par le Rio Jiquitinbonha ; les œmarcas les plus septentrionales de Goyaz se plaindraient de leur extrême éloignement de la capitale actuelle de la province ; Campos dos Goitacazes ferait valoir ses richesses, ses nombreuses sucreries, son fleuve , les terres de ses alentours toutes cultivées, etc. Mais, il faut le dire, il n'y a que des nuances plus ou moins prononcées entre les différentes parties des provinces que je viens de nommer; on peut sans

(1) lyillietet Lop. de Moar., Dicc, braz., \, 3l7.^Fraocisco de Paula c Silva Gomes, in Sigaud, AnnwiriOy 1817.

DE SAINT-PAUt ET DE SAINTE-CATHERINE. 217

peine à 6uro Preto se foire une idée juàte des besoins de Minas Novas ; SI "ne faut dans la vîile de Rio de Janeiro aucun effort pour se représenter les sucreries de Campos, ses terres soigneusement cultivées, ses nombreux esclave^ : au delà de Tltareré, au contraire, commence un monde nouveau pour celui qui vient du nord de la province de S. Paul. La campagne a un tout autre aspect; les productions ne sont plus les mêmes ; il y a dans les races une différence notable : les habitants du nord de S. Paul sont, en grande partie, des descendants de Portugais et d'Indiennes; la plupart des Curitibanais appartiennent entièrement à la mce caucasique; enfln la cinquième comarca apeut^tre motos d'analogie avec les autres que le Danemark , sauf les différences de religion et de langage, n'en a avec le Languedoc. Des hommes qui vivent à 110 lieues d'un pays, qui ne le connaissent point et se trôneraient complètement, s'ils le jugeaient par des analogies tirées du leur, peuvent-ils l'administrer convenablement ? Il n'est personne, je crois, qui ne répondit par la négative.

Cependant , je !e confesse , si j'avais à prononcer sur cette grave question, j'hésiterais, et le motif qui me rendrait indécis est, je n'en doute pas, celui qui a empêché l'assemblée générale de se prononcer. Depuis un certain temps, chaque village brésilien, chaque hameau a voulu devenir le chef-lieu d'un district, chaque ville celui d'une eomarca ; si l'on entrait dans la même voie pour les provinces, si Ton accordait à Curitiba sa séparation d'avec S, Paul, une foule de comarcas voudraient jouir du même honneur, et les liens si faibles qui existent entre les différentes parties du Brésil ne tarderaient pas à le devenir davantage. Quoique la demande des Curitibanais soit en-

^220 VOYAGE DANS LES PROVmCES

en partageaient le séjour avec des jaguars et des bandes de cerrs presque innombrables.

Le navigateur Sous fut le premier Européen qui reconnut rile de Sainte-Catherine (1515). Environ dix ans plus tard , Sébastien Cabot , chargé du commandement de quelques navires espagnols, jeta F ancre dans la même île, en se rendant au Rio de la Plata, et fut très-bien reçu des Carijés. L'année suivante, le pilote portugais, Diogo Gabcia, qui naviguait dans les mêmes mers pour le compte du roi d'Espagne, aborda aussi à Sainte-Catherine; les Indiens lui donnèrent des vivres comme à tous les Européens qui s'étaient présentés avant lui ; mais en même temps ils se plaignirent avec amertume de l'ingratitude de Cabot, qui,

dont se composait, eu 1822, ia province de Sainte-Gatheriae, José de Soaza Azevedo Pizarro e Araujo a inséré , dans le vol. K de ses Mémorias hisloricas, un chapitre très-important, où il traite de Fhistoire de la proTince tout entière, de son administration, de son commerce, de sa statistique , etc. A la fin de ses Annaes da provincias de Rio Grande, de S, Pedro do Sul , le regrettable José Feliciano Fernandes Pinheiro, baron de S. Leopoldo, a publié un résumé de Thistoire de Sainte-Gathertne, où il donne des détails sur tout ce qui concerne cette province. Enfin on trouvera, dans le Diccionario geographico do Brazil^. une longue suite d'articles sur Sainte-Catherine. Les suffrages d'un des Brésiliens les plus honorables, le baron de S. Leopoldo, m'encouragent à indiquer encore un fragment que f ai publié dans les Nouvelles annales des voyages, IV, de 1835, 194-240, sur Pile de S, François et la pêcherie ^Itapoeoroia, pays alors presque inconnus. Je ne saurais m'empêcher d'ajouter aussi que Van Lede, tout spécial qu'il est, a cependant fourni des reoseign^nents tout à fait nouveani sur certaines parties de la province de Sainte-Catherine , que les quelques pages de Cazal renferment une foule de .choses, et que cet écrivain , auquel on peut sans doute reprocher un petit nombre d'erreurs, est pourtant \é premier qui ait donné au3c géographes une idée juste et complète du pa^s qui nous occupe. '^

m SAINT-PAUL ET DE SAmTE-CATHEBINE. 221

poar les récmnpenser de Taccueil qu'il avail reçu d'euxr leâ avait quittés en dérobant quelques-uns de leurs fils.

Lorsque, en 1531 , Pero Lopes de Sou2a explora la côte du Brésil, il s'approcha d'un port qu'il appelle Porto do$ Paioê (le port des Canards] : c'était la baie de Sainte-Catherine.. A cette époque, on donnait aussi le nom àUlha dos Patos à l'île tout entière, parce que de nombreux canards habitaient ses rivages; mais, dès 1559, il y avait déjà long-' temps qu'elle avait perdu ce nom, comme on peut le voir par la relation d'Hans Staden (1), et ce fut seulement le canal qui sépare File de la terre ferme que l'on continua d'appeler Rio dos Patos.

Il y avait déjà près de quarante ans que l'tle de Sainte- Catherine était découverte, et les Carijôs n'avaient encore vu d'autres Européens que des navigateurs peut-être {dus barbares qu'eux ; ils allaient connaître d'autres hommes^ Partout où il y avait des Indiens à convertir, les mission-^ naires y étaient bientôt. Le P. Leonardo Nunsz, compagnon d'Anchieta, entendit parler des Carijôs de Sainte- Catherine ; il vola jusqu'à eux ; c'était l'expression dont se servaient les Indiens pour peindre son activité surprenante. Nunez fit entendre aux Carijôs des paroles de vérité et d'amour, et bientôt ils lui prouvèrent qu'il avait été compris. Les Espagnols étaient alors en guerre avec ces sauvages : ceux-ci firent prisonniers quelques gentilshom-

(1) « Qnand cet homme fat près de noos, dit H&ds Staden, et que A6US hii eûmes demandé où nous étions, il nous répondit : Vous êtes dan» le ftort (^e ^ Indiens appellent Sghirmerein (pour JueumtVem, petite bouche) ; et, pour que vous compreniez mieux, j'ajouterai que les premiers qui Font découvert lui ont donné le nom de baie de Sainte- Catherine, n

mes castillans qui se rendaient à la Plata avec leurs fa« milles ; le missionnaire demanda leur liberté aux Garijôs au nom de celui qu'il leur prêchait, et elle lui fut accordée sans la moindre résistance.

Leonardo Nunez fut bientôt forcé de quitter les Carijôs ; mais les jésuites n'abandonnèrent point sans retour ces hommes qu'ils regardaient comme les plus doux des Indiens et les plus faciles à instruire. En 1618, le pieux Joao b'Al- HEiDA et son compagnon JoÀo Fernandks Gato partirent de Santos pour Sainte-Catherine, et ils y prêchèrent l'Évangile. Les Carijôs se pressaient pour les entendre, et ce ne fut qu'avec une peine extrême qu'ils consentirent à leur départ. Emerveillés du résultat de leurs efforts, les deux religieux conjurèrent le général de leur ordre de fonder à Sainte-Catherine un établissement fixe au milieu des sau- I vages. On fit droit à leur pieuse demande; un missionnaire

lut envoyé dans l'île avec le titre de supérieur, et il y bâtit, en i62S, une maison que l'on voyait encore en i824.

Mais les jésuites ne pouvaient lutter contre les aventuriers européens qui sans cesse débarquaient dans File de Sainte-Catherine. Voulant sans doute se soustraire aux

>. vexations de ces derniers, les Carijôs finirent par abandon-

ner leur pays, ils se dispersèrent, et aujourd'hui il ne reste

^ plus au Brésil d'autre trace des anciens possesseurs de l'île

dos Patos que leur nom qu'ils ont laissé à une liane et à l'aqueduc de Rio de Janeiro (1).

(1) La liaoe est le Davilla rugosa, Poir., yidgairemeat appelé Cipô de y Carijô. J*ai fait figurer cette plante dans mon ouvrage intitulé Plantes

tuuelles des Brésiliens, et Fai signalée (n* XXII) comme astringente. > On la trouve dans les provinces de S. Paul, Rio de Janeiro, Minas Ge-

Il ne paraît pas que, jusque vers le milieu du xvii* siècle, les Portugais aient formé d'établissement durable au delà du port de Cananéa , et pendant un long intervalle * de temps File de Sainte-Catherine fut uniquement F asile passager des écumeurs de mer alors fort nombreux ou des navires que quelque circonstance forçait d'y relâcher.

Vers i 650 , le Pauliste Francisco Dias Velho Mon- TEiRO vint enfin s'y établir avec ses deux fils^ ses deux filles, 500 Indiens civilisés (1), et un blanc appelé José TiNoco, qui était aussi accompagné de sa famille. La foi régnait encore dans tous les cœurs; le premier soin de ces émigrants fut de construire une église ; ils la consacrèrent à sainte Catherine, la patronne de Ttle (2).

raes. — Le nom de Faqueduc de Rio de Janeiro est Arcos da Carioca (et DOD do Cariocco). Si, comme on Ta écrit, ce mot venait de cartfba, homme blanc, et o^ea, maison, Lery n'aurait pas manqué d'indiquer cette étymologie, puisqu'il connaissait le ruisseau et le village déjà ainsi appelés de son temps, et qu'il était du nombre des premiers blancs arrivés dans le pays ; voici, au contraire, comment il s'eiprime : « Ka- « riauh hê. En ce village, ainsi dit ou nommé, qui est le nom d'une « petite rivière dont le village prend le nom, à raison qu'il est assez « près, et est interprété la maiton des Karios, composé de ce mot ka- « rios, et en ostant os, et y adioustant auq, fera Kariauh, » (Hist. d'un voyage, etc., 3* éd., 315.) Je n'ai pas besoin de dire qu'on écrivait Ca- Hos aussi bien que Carijôs.

(1) Pizarro dit, dans un endroit, que Monteiro avait avec lui 59 indigènes (Mem. hUt., 111, 77), et ailleurs (IX, 269) qu'U en avait 500. J'admets le dernier de ces chiffres, parce qu'il a été adopté par M. José Feliciano Femandes Pinheiro, Ferdinand Denis et Milliet ; mais f avoue que toutes les vraisemblances me porteraient à préférer la première indication.

(2) Suivant un historien éminemment recommandable (J. F. Fernandes Pinheiro, Annaes , 2'' éd. , 389 ) , Dias Velho « dédia son église à « sainte Catherine à cause de sa fille atnée qui s'appelait Catherine, et

La colonie nouvelle prospérait depuis quelques années, lorsque le capitaine d'un navire hollandais qui revenait du Pérou chargé d'or débarqua dans l'ile de Sainte-Catherine, pour y réparer quelques avaries. Monteiro^ dit-on, attaqua brusquement ces étrangers^.qui se rembarquèrent avec précipitation et laissèrent leurs trésors sur le rivage. Mais en se retirant ils jurèrent de se venger de cette perfidie. Un an s'était à peine écoulé, que les Hollandais étaient déjà dans les parages de Sainte^Catherine. Ils prirent un pilote à S. Francisco et s'avancèrent avec précaution. Monteiro fut prévenu secrètement de letir arrivée, se mit en état de défense et attendit les étrangers dans l'endroit qui lui parut le plus commode pour un débarquement^ celui où est aujourd'hui située la ville de Desterro. Les Hollandais étaient descendus ailleurs; ils fondirent sur les Paulistes, et, s'étant emparés de Monteiro , ils exigèrent la restitution de leurs lingots, qui avaient été déposés dans l'église de Sainte -Catherine. Pendant que l'affaire se traitait, les compagnons du capitaine hollandais outragèrent indignement les filles de Monteiro; celui-ci s'empara aussitôt de l'arme d'un de ces misérables,, et i) allait se venger lorsqu'il reçut le coup de la mort (i).

a ce fut alors que ce nom devint celui de toute File. » Je n'ai pas besoin de dire qu'il ne peut en être ainsi, puisque, dès 1540, Hans Staden fait mention de Ttle de Sainte- Catherine sous son nom actuel , que Vaseoncellos indique le même nom dans son livre imprimé en 1663, et ^e M. Ferdinand Denis Fa retrouvé sur une carte qui date de Fan

(1) José Feliciano Fernandes Pinheiro se borne à dire que Monteiro fut attaqué par les Hollandais et mourut en défendant son église; d^ailleurs il rejette entièrement les faits que je raconte ici d'après Pi-

Désespérés de ce triste événement, les fils de Monteiro et la plupart de ses compagnons se retirèrent à Laguna, où, peu de temps auparavant, uiv antre Pauliste, Domingo de Bbito Peixoto, avait formé un établissement.

Pendant quelques années , Sainte-Catherine, presque déserte , resta soumise à la juridiction des capitàes mares de Laguna ; ceux-ci étaient chargés par le gouvernement d'empêcher les étrangers d'y faire le commerce, et ils envoyaient un ofBcier pour y maintenit Tordre autant qu'il était possible de le faire parmi des hommes qui vivaient à l'aventure, dans un état voisin de celui des sauvages.

L'île de Sainte-Catherine et la partie de la terre ferme qui en dépend s'étaient trouvées comprises dans la donation que le roi de Portugal, Jean III, avait faite à Pero Lopes de Souza. En 1711, cette contrée retourna au domaine de la couronne et l'on commença à s'en occuper sérieusement.

Le COMTE DE Sarzedas, qui, en 1752, prit possession du gouvernement de S. Paul, ayant senti combien il était important que, pour la défense et le bien du pays , Sainte- Catherine et le territoire voisin fuissent repeuplés, y envoya des ménages tirés de la ville de Santos, et plus tard on y fit passer, à plusieurs reprises , des familles d'habitants des tles Açores. Par un décret de l'année 1794, il fut ordonné que les criminels qu'on avait jusqu'alors envoyés en exil au Paré et à Maragnon le seraient à Sainte-Catherine; mais

zarro, parce qu'ils ne s'accordent point avec le caractère très-honorable de Monteiro, qu'ils sont rapportés par le seul auteur des Memorias hi$U)rie<Uf et que cet historien ne fait nullement connaître à quelle source û a puisé -son récit.

236 VOYAGE DAflS LES PROTWCBS

on trouva que le climat de cette fle était trop sain pour eux 9 et en 1797 le décret fut révoqué, ilnsi le nombre des habitants de Sainte-Catherine qui ont eu des condamnés pour chefs de leurs familles doit être extrêmement petit, si même il en est quelques-uns.

Jusqu'en 1 738, Sainte-Catherine et son territoire avaient formé une partie intégrante de la pfovince de S. Paul ; mais, à cette époque, on en fit un gouvernement séparé, dépendant de celui de Rio de Janeiro.

Parmi les gouverneurs qtf on y envoya jusqu'au moment où fut proclamée l'indépendance du Brésil, quelques-uns furent des hommes peu estimables ou même des tyrans, d'autres eurent un véritable mérite. Au nombre de ces derniers on doit mettre surtout Francisco àktonio da Vega Cabral , qui donna , pendant toute son adminis^ tration , des preuves de probité, d'aptitude, de générosité, et se montra tout à la fois le père des soldats et celui des colons ; Francisco de Barros Moraes Araujo Te]8:eira Homen, qui, quoique âgé de quatre-vingts ans, sut remplir tous ses devoirs, administra avec autant de prudence que de justice , encouragea le commerce et fonda l'hôpital de la Charité ; José, dont le zèle pour le perfectionnement de l'agriculture, les connaissances et l'habileté méritent les plus grands éloges.

Il est à regretter, pour l'honneur du Portugal, que quelqu'un de ces hommes recommandables ne fût pas à la tête du gouvernement de Sainte-Catherine , lorsque les troupes espagnoles attaquèrent cette ile. Le Portugal et l'Espagne n'avaient pu s'entendre sur les limites respectives de leurs colonies; là guerre avait été déclarée. Une flotte formidable sort de Cadix le 13 de novembre i 776,

DE SAINT-PAUL £T DE SAINTE-CATHERINE. 22t

portaot 10,000 hommes de troupes commandés par D. PBNto DE Zeballos; elle arrire à Sainte-Catherine et jette Tancre dans l'anse de Canavieiras. Lés Espagnols débarquent pendant la nnit^ personne ne se présente pour arrêter leur marche ; les forts se rendent sans coup férir, et le gouverneur de la province, Pedro Antonio de Gama Freitas, saisi d'une terreur panique, se retire sur le continent, où bientôt il se rend à discrétion.

Quelques ofBciers ne voulurent point participer à cet acte de lÂcheté ; ils refusèrent de signer la capitulation en se répandant en iuvectivesf contre leur général^ et Fernando dA Gama, colonel du régiment de Ftle, déchira ses drapeaux pour qu'ils ne servissent pas de trophée à l'ennemi. Les colons, de leur côté, montrèrent une profonde horreur pour le joug des Espagnols; plutôt que de le subir, ils s'enfuirent dans les forêts, où plusieurs d'entre eux périrent de fatigue et de faim. Les Espagnols cependant ne jouireoi pas longtemps de leur conquête; dès Tannée suivante, la cour de Lisbonne et celle de Madrid conclurent un traité de paix> et Sainte-Catherine fut rendue à ses an- ■dens maîtres.

Après ces événements , la province de Sainte-Catherine jouit, pendant bien des années, d'une paix profonde. Les défrichements qui avaient commencé depuis longtemps se continuèrent avec activité; le climat de l'île, autrefois insalubre, finit par s'assainir ; le pays arriva à l'apogée de la prospérités Mais cette époque fut de courte durée ; les mesures tyranniques des gouverneurs et le fâcheux système d'agriculture généralement adopté par les Brésiliens amenèrent une prompte décadence.

Lorsque le Brésil se sépara de la métropole, les habi^

lanls de Sainte-Catherine refusèrent d'abord de reconnaître le gouverneur Joaquim Pebeira Valente, qui leur fut envoyé de Rio de Janeiro ; mais bientôt ils se soumirent, et actuellement la province, comme toutes celles du Brésil, est administrée par une assemblée provinciale et par un président qui, chargé du pouvoir exécutif, représente le gouvernement central (i ).

(1) Pero Lopes de Souza, Diario, 30.— Hans Stadeo, Histoire dPunpays situé dans le nouveau monde, in Ternaui, Voyages, 50. — Vasconcellos, Noticias, 40; id., Chronica, 72. — Southey, Hist,, m, 648.— Graham, Journal, 73. — Pizarro, Mem. hist., III, 75, 82; IX, 268, 277, 300. — J. F. Fera. Pinheiro, Annaes prov. S. Pedro, 2* éd., 383 et suiv. — J. J. de Abreu e Lima, Synopsis, 37, 251. — Mill. et Lop., Dicc, II, 281. — F. Denis, in Aube, Notice, 5. — Le très-estimable historien J. F. Fernandes Pinheiro se plaint de la précipitation avec laquelle les voyageurs européens écrivent sur le Brésil (Annaes, 2> éd., 392), et il cite pour exemple Lesson, qui, après avoir fait dépendre Hle de S. C, en 1822, d^une capitainerie générale embrassant le pays situé entre Rio Grande et le gouvernement de S. Paul, indique cette ile comme un lieu de déportation pour les vagabonds des provinces centrales, etc. Les détails dans lesquels je viens d'entrer, empruntés, comme on le voit, aux meilleures sources , prouvent assez que les reproches de Fauteur brésilien ne sont malheureusement pas dépourvus de fondement. Le même écrivain fait observer que Tile de S. C, faisant partie de la donation de Jean lU à Pero Lopes de Souza, n'avait nullement été donnée à Dias Velho, en 1750, comme Ta prétendu le sophiste Raynal, ni en 1650, comme Font dit Cazal et, après lui, Fillustre amiral Dnperrey (Voyage Coquille, 59). Il est évident aussi que Fon a trompé M. de Barrai quand on lui a assuré que « les Européens avaient débarqué d'a- « bord sur le petit Ilot dlnhatomirim..., qu'ils y avaient construit un « fort et que peu à peu , au moyen de courses fréquentes faites sur File « et le continent , ils étaient parvenus à éloigner les nations sauvages. » {Ann, marit,, 1833, II, 334.) Partant des mêmes données que Barrai, l'histoire .du Voyage de la Coquille dit ( p. 56 ) que « la fondation du fort de Santa Cruz date du premier établissement colonial. » L'époque de cette fondation est parfaitement connue; elle eut lieu en 1739, sons

Située sur la route de la Plata et du cap Horn, Ttle de Sainte-Catherine a dû nécessairement être visitée par un grand nombre de navigateurs. Plusieurs d'entre eux nous en ont laissé la description , et leurs récits nous font connaître les changements qui s'y sont opérés successivement, mieux peut-être que ceux des historiens euxmêmes.

Frezier y débarqua en 1712. Alors Sainte-tatherine dépendait encore du gouvernement de Laguna appelé Alagoa, et Ton ne comptait pas dans le pays plus de 147 blancs, quelques noirs et des Indiens qui s'étaient volontairement réunis aux Portugais ou avaient été pris à la guerre. Toute rîle était couverte de bois remplis de jaguars, et il n'y avait rien de défriché que le voisinage des habitations dispersées sur le bord de la mer en douze ou quinze endroits différents. Le contfnent était entièrement désert, et, dans la crainte des sauvages et des animaux féroces , les colons n'osaient y pénétrer sans se réunir bien armés au nombre de trente ou quarante, ce Ces hommes , dit Frezier, sont « dans une si grande disette des commodités de la vie, « qu'aucun de ceux qui nous apportaient des vivres ne « voulait être payé en argent, faisant plus de cas d'un <c morceau de toile ou d'étoffe, pour se couvrir, que d'une <c pièce de métal ; pour tout habit, ils sont contents d'une a chemise et d'une culotte; les plus magnifiques y ajou- « tent une veste et un chapeau; néanmoins ils sont obli- « gés de se couvrir les jambes, lorsqu'ils entrent dans les « forêts ; alors la peau de la jambe d' un tigre leur est un

le gouverneur José da Siiva Paes, celui dont R. Walter a dit tant de mai.

a bas tout fait... Ces gens , du premier abord , paraissent « misérables, mais ils sont» en effet, plus heureui que les a Européens y ignorant les curiosités et les commodités « isupjsrfluas qu'on recherche en Europe avec tant de

a peine. La seule chose dont ils sont à plaindre,

<ic c'est de vivre dans l'ignorance; ils sont chrétiens à la c( vérité ; mais comn^ent sont - ils instruits de leur re- « ligion, n'ayapt qu'un aumônier qui viept de Lagoa <c ( Laguna ) leur dira la messe les principales fêles de (( l'année (1), »

George Schelvocke , qui relâcha à Sainte-Catherine en 1719, confirme ce qu'avait dit Frezier ; il fait l'éloge de la manière dont il fut reçu par les habitants du pays, et ce^ pendant il ajoute que c'était un ramas de bandits venus des provinces voisines (3). Il est fort possible que quelques meurtriers poursuivis, dans leur patrie, par la justice aient cherché un asile à Sainte- Catherine, comme aujourd'hui encore des criminels passent d'une province à l'autre, pour éviter un châtiment mérité; mais quand l'assertion de Schelvocke , présentée d'une manière aussi générale, ne serait pas réfutée par les récits des historiens sérieux, elle le serait sufQsamment par celui de ce navigateur lui-même : en effet , les habitants de Sainte-Catherine montrèrent , dit-il , la plus grande probité dans les rapports qu'ils eurent avec lui, et furent très-polis envers lui et ses compagnons de voyage. Des bandits, d'ailleurs, vivent de rapines ; et sur qui les habitants de Sainte^Catherine auraient-ils pu exercer leurs brigandages, vivant dans un désert où il n'y

(1) Frezier, Voyage dans la mer du Sud, 18 et suiv.

p) Voyage of George Shelvocke in Harris collection, I, 200.

avait qu'eui, des cerfs, des jaguars et des Indiens sauvages?

Les commandants français qui, à peu près de 4703 à 1714, naviguèrent dans la mer du Sud mirent Sainte-Gatlierine en grande réputation ; ils jetèrent T ancre du c6té de la terre ferme dans la rade qu'ils avaient appelée Btm pari; ils y prenaient de Teau et du bois, et y trouvaient une hospitalité généreuse (1).

A la fin de 1740, Tamiral Anson passa un mois à Sainte- Catherine. Le premier gouverneur de la province José da SuvA Paes le reçut mal, et sans doute, pour ne pas déplaire à leur supérieur, les habitants de llle suivirent son exemple. U histoire du voyage de Tamiral anglais accuse Paes de malversation et de perfidie , et il tâche de détruire la bonne opinion que les navigateurs européens avaient de la province de Sainte-Catherine et de ses habitants. Alors la population du pays s'était déjà accrue par des immigrations ; on avait mis une garnison dans Ftle, et le gouvernement devenait plus régulier ; mais les défrichements avaient à peine commencé (3).

Lorsqu'on 1765 Bougainville relâcha à Sainte-Catherine, la ville se composait seulement d'environ 150 maisons n'ayant qu'un simple rez-de-chaussée. Elle était habitée par des blancs, par des nègres et surtout des mulâtres ou plutôt des métis, fort laids, de négresses et d'Indiens. Ces hommes marchaient presque tous pieds nus, la tète découverte, les cheveux en désordre ; ils n'étaient pas beaucoup mieux vêtus que leurs pères; car ils ne portaient '

(1) Walter, Voyage round the world by George Amon, 45. C^) Walter, Voyage round Ihe world by George An$on, 42.

qu'une chemise» une culotte et quelquefois un manteau; les plus riches seuls avaient un chapeau à haute forme, des chaussures et un chaperon qui retombait sur leur visage. Les esclaves noirs des deux sexes restaient à peu près nus. On ne voyait dans la ville presque aucune boutique ; les hommes blancs et leurs femmes vivaient dans la plus complète oisiveté. Quelques familles s'étaient établies sur le continent, mais hors de la ville il n'existait que de misé* râbles cases ; les défrichements avaient fait peu de progrès, et l'ile entière n'était toujours qu'une vaste forêt, asile des serpents et des jaguars. Jamais un rayon de soleil ne pénétrait entre les arbres pressés les uns contre les autres, et des endroits bas s'élevaient des vapeurs malsaines et fétides (i).

Dans un intervalle de vingt ans, de 1763 à 1785, époque à laquelle la Pérouse relâcha à Sainte-Catherine , les progrès furent encore très -lents. L'illustre navigateur trouva dans l'tle une population de 3,000 âmes, et 1 ,000 en particulier à Desterro. Les défrichements avaient pris plus d'extension ; mais le pays continuait à être fort pauvre , il manquait d'objets manufacturés, et les gens de la campagne restaient presque nus ou portaient des haillons; D'ailleurs les mœurs du pays étaient douces; les habitants étaient polis, obligeants, mais jaloux de leurs femmes, qui, hien différentes de celles d'aujourd'hui, ne paraissaient point en public (2) .

Krusenstern (3) visita Sainte-Catherine en 1803; de

(1) Pernety, Voyage aux îles Malouines, l, 141.

(2) La Pérouse, Voyage, H, 33.

(3) Krasenstern, Reiseum die Weli, I, 74, 80. — LaDgsdorff, Bernerkungen auf einer Reife^ I; 28-66.

DE SAINT-PAUL £T D£ SAINTE-CATHERINE. :t33

grandes améliorations s'étaient opérées; le pays n'était plus le même. Il parait qu'on avait déjà fait des défrichements considérables^ car le climat était devenu fort sain. Les jaguars avaient disparu, et les blancs s'étaient étendus sur le continent à 2 lieues de la côte. Ce n'était plus, comme au temps de Bougainville, de 150 maisons, mais de quelques centaines que se composait Desterro ; la population de cette ville avait triplé ; on trouvait dans les boutiques toutes les marchandises européennes. Les gens les moins aisés étaient propres et ne portaient plus de baillons. Les femmes étaient vêtues à peu près comme celles du Portugal» mais plus légèrement; elles avaient cessé de se tenir enfermées dans l'intérieur de leurs maisons, et elles faisaient aux étrangers un très-bon accueil. L'obligeance et l'hospitalité régnaient partout. D'ailleurs personne n'était riche ; les prohibitions du gouvernement rendaient le commerce presque nul, et il était douteux que dans toute l'ile et sur la côte voisine on pût trouver de quoi charger un navire de 400 tonneaux (1).

S n. — GolooisatioD.

il est évident, d'après tout ce qu'on vient de lire, que pendant soixante-douze ans, de 1712 à 1785, la province

(1) Après Krusenstero, depuis Fépoqae où a commencé mon voyage, de célèbres navigateurs, les amiraux Roussin et du Petit-Thouars, MM. Duperrey, de Barrai, Lesson, Kotzebue, Ghamisso, ont relâché à Sainte- Catherine et ont donné, sur cette Ile, des détails plus ou moins étendus ; j'aurai occasion de citer tous ces voyageurs ou du moins la plupart d'entre «ux.

de Sainte-Catherine a fait des progrès peu sensibles» mais que, depuis cette dernière époque jusqu'en 1 803, un changement très-remarquable s'est opéré; et ce changement, dû à un accroissement considérable de population et à des défrichements nombreux , eût été bien plus grand encore sans les entraves que Tadministration mettait au commerce, «ans la tyrannie de la plupart des gouverneurs. L'émancipation du Brésil, proclamée sous le règne du roi Jean YI, fut pour Sainte-Catherine, comme pour le reste du Brésil , un immense bienfait ; on verra plus tard quelle cause en a limité les résultats.

L'extension qu'avaient prise les défrichements dans la

province de Sainte-Catherine et les améliorations qui sf y

étaient opérées étaient dues principalement à l'immigra-

^ tion des Portugais açoriens ; il était impossible que le

' gouvernement ne songeât pas à ce beau pays lorsqu'il

forma le projet d'augmenter la population du Brésil par l'introduction de colons étrangers.

Très-peu de temps avant que j'arrivasse à Sainte-Catherine, le ministre d'État Thomas Antonio de Villa Nova e Portugal venait d'établir sur les bords de l'anse de Garou* pas une colonie de pêcheurs que Ton appelait Novq Enceira, du nom de la bourgade portugaise d'où ces hommes avaient été tirés; je vis même, chez le gouverneur de la province, un jeune favori du ministre que celui-ci avait chargé de surveiller l'exécution de ses plans : les habitants de Nova Ericeira se seront sans doute bientôt dispersés, car il n'est question de ce village dans aucun des livres qui ont été publiés sur Sainte- Catherine depuis

Postérieurement à cette époque, on a formé , dans ce

■^aaMa^iBMV

pays, des colonies d'Allemands, d'Italiens, de Belges, et même un phalanstère français. Le gouvernement provincial a fait, pour ces étrangers, des dépepses énormes ; mais elles sont restées à peu près sans résultat. Ce serait sortir de mon sujet que d'en rechercher la cause , et de traiter avec détail les questions si difficiles et si complexes de la colonisation du Brésil. Ce qui est bien évident, c'est qu'on ne doit pas se borner à augmenter la population de cette belle contrée, sans examen et sans choix ; il importe surtout d'y introduire des hommes qui n'encouragent point par leurs mauvais exemples les vices des anciens habitant» et n'anéantissent pas ce qui reste à ceux-ci de sens moral par des sopbismes grossiers. Que le Brésil évite donc d'appeler dans son sein des colonies d'ouvriers ; les hommes de cette classe qui quittent leur pays sont le plus souvent ceux que leur paresse, leur peu d'habileté, leur mauvaise conduite y ont fait mépriser.

Le gouvernement brésilien doit surtout favoriser l'immigration des cultivateurs, parce que le Brésil est un pays essentiellement agricole , qu'il a une immense quantité d'excellentes terres à distribuer et que les habitants de la campagne sont, en Europe, plus laborieux, moins volages, moins immoraux que ceux des villes. Il ne faudrait pourtant pas faire des dépenses sans discernement, pour tous les cultivateurs qui pourraient se présenter; il faudrait même, je ne crains pas de le dire, renoncer à l'idée d'appeler à grands frais des masses de colons choisis par des agents peu soucieux du bien du pays ou dépourvus d'inielligence.

Le ministre d'Etat Joaquim Margellino de Brito a proposé le plan de colonisation sans contredit le meil-

leur (1) ; ce serait d'encourager rimmigratioQ de cultivateurs isolés ; on leur donnerait des terres pour un prix qui, quoique extrêmement modique , serait néanmoins une garantie de la consistance de l'acheteur et de son désir de travailler; le gouvernement n'aurait ensuite autre chose à faire que de le protéger contre le mauvais vouloir de ses voisins et le despotisme des autorités locales.

Si pourtant on persistait à former de véritables colonies, il n'est pas douteux qu'il ne faudrait point en tirer les habitants du milieu de toutes les nations européennes indifféremment. Les Français s'accommodent avec une extrême facilité aux mœurs des autres peuples ; mais ils n'émigrent que pour revenir un jour plus riches dans leur patrie. Les Allemands méritent incontestablement la préférence sur eux ; cependant il faut aussi considérer que, s'ils peuvent quitter leur pays sans l'arrière-pensée d'y retourner un jour, ils restent Allemands au milieu de leur patrie adoptive, conservent leur langue, leurs mœurs, leurs habitudes, et méprisent trop souvent leurs nouveaux compatriotes. Les colonies allemandes, je le crains, formeront longtemps de petits États dans l'État lui-même, et seront souvent fort difBciles à administrer ; je n'en veux pour preuve que ce qui arrive dans la colonie de Pétropolis, près de Rio de Janeiro, et celle de S. Leopoldo, dans la province de Rio Grande (2). La constitution des États-Unis admet sans peine ces agrégations qui n'ont entre elles presque

(1) Relatorio do minislro (Teslado de maio 1847, in Sigaud, Annuario, 50.

(2) ReUUorio do miniêtro d^estado do maio 1847, ioSicfaud, Annuario, 50.

aucun lien : le Brésil, au contraire, a besoin d*unîté; c'est dans l'unité seule que sera son salut (1). Admettant toujours qu'on veuille des colonies, c'est, comme le dît parfaitement le président de la province de Sainte-Catherine, M. Antero José Ferreira de Brito, parmi les Portugais et les Açoriens qu'il faudrait les choisir (2). Ceux-ci parlent la même langue que les Brésiliens ; ils ont la même religion, à peu près les mêmes coutumes et les mêmes mœurs; ils retrouvent au Brésil des traditions de famille, des liens de parenté. Les Portugais et les Brésiliens sont des frères qui se sont querellés quelques instants, entre lesquels une vanité puérile fait encore naître quelquefois de mesquines rivalités, mais qui fie sauraient oublier qu'ils ont sucé le lait de la même mère (5).

(1) Les colons allemands auront, sans doute, été utiles aux habitants de ce pays par les exemples d'activité et d'intelli]§;ence qu'ils leur auront donnés ; cependant il ne faudrait pas croire qu'il en a toujours été ainsi et s'exagérer les services de ces étrangers. Un des présidents de la province de S. Paul se plaint beaucoup de l'indiscipline de plusieurs d'entre eux; et M. Blumenau, Allemand, colon lui-même, dit qu'il en est , parmi ses compatriotes , qui se montrent aussi peu actifs que les Brésiliens, et « qu'un grand nombre suivent stupidement les anciennes « méthodes adoptées dans le pays. » (Sud brctsilienf 26.)

(2) Falla do Présidente da provincia de Santa Catharina do 1» de marco, 1844, 27. — Il est bien évident que M. Antero n'a eu en vue que des cultivateurs honnêtes ; il n'a certainement pas prétendu qu'il fallût encourager l'immigration des jeunes gens des villes du Portugal, déjà assez enclins à passer au Brésil, et qui trop souvent n'y apportent que de la grossièreté, de l'ignorance et des vices.

(3) On ne lira pas sans intérêt quelques ouvrages qui ont été publiés sur la colonisation du Brésil ; mais on fera bien, je crois, de se tenir en garde contre l'enthousiasme qui a dû nécessairement animer leurs auteurs : Do* kaiserreich Brasilien von F, X. Ackertnann, livre qui traite de la colonisation en général et, en particulier, de celle du Rio

S m. — Limites de la province.

La province de Sainte-Catherine, une des pins petites du Brésil, comprend, outre l'île du même nom et celle de S* Francisco, plus de 655 lieues carrées sur la terre ferme. Au nord, elle est bornée par la comarea de Curitiba, appartenant à la province de S. Paul (i) ; au sud elle est séparée par le Màmbituba de celle de Rio Grande do Sul ; rOcéan la baigne du côté de Test (2) ; à T ouest ses limites ne sont point encore parfaitement déterminées (3). Si nous exceptons le district de Lages et les bords de certaines rivières, les colons, jusqu'en 1822, ne s'étaient pas étendus à plus de 3 lieues du littoral, et il ne parait pas que, depuis cette époque, ils se soient avancés davantage.

La chaîne maritime divise la province de Sainte-Catherine en deux parties fort inégales. Le seul district de Lages, peu habité et encore mal connu, est situé sur le plateau à Touest jdie la chaîne ; il appartient, par conséquent , à la

Doce. ^De ta eoUmisatiQn au Brésil; -mémoire tur la province de Sainte-Catherine, par Van Lede, où Toii pourrait désirer plas d'ordre, mais qui cootient des renseigoements fort utiles* — Sud Brasilien in seinen Beziehungen zu deutscher auswanderung und colonisation von H, Blumenau, petit écrit doot Tanteur parait bien connaître le Brésil méridional et les colonies qu'on y a fondées.

(1) Voir, sur cette limite, ce que je dis dans le ehapitresniTJQt.

(2) Voir le morceau intitulé Vile de S. François , etc., dans les Nouvelles annales des voyages, ÎY, de 1835, 194, 240.

(3) M. Antero José Ferreira de Brito le dit d'une manière positiye dans son rapport à rassemblée législative de 1824 (32); mais eo même temps il indique les limites présumables de la province^

région des campos, et ne saurait produire aucune des denrées coloniales qui, comme je l'ai dit dans ma description de la province de S. Paul, ont déjà trouvé leurs limites bien davantage vers le nord. Dans l'île de Sainte-Catherine, au contraire, celle de S. Francisco, et sur le littoral, moins jusqu'au district de Laguna , on peut cultiver le café, le sucre, le coton; mais les deux dernières de ces plantes donnent des produits fort inférieurs à ceux qu'on en retire dans les contrées tropicales.

§ lY. — Population.

Vers le milieu du xvii* siècle, lorsque le pays de Sainte- Catherine dépendait encore de Laguna, il ne comprenait que 147 blancs, quelques nègres libres, et un petit nombre d'Indiens pris à la guerre et d'autres qui s'étaient volontairement rapprochés des Portugais (1). En 17)96, environ cinquante ans après l'immigration des familles açoriennes, on comptait dans la province de Sainte-Catherine 23,865 individus. Seize ans plus tard, en 1812, la population s'élevait déjà à 33,049 personnes, sur lesquelles il y avait 7,578 esclaves et 665 nègres ou mulâtres libres (2). Les états ofQciels de 1818 la font monter à 44>041 (3). Eo 1824, elle comprenait 45,430 âmes, 15,553 dans l'île et 29,877 sur le continent (4). Les états ofBciels pour l'année

(1) FrezMc, Voyage dam la mer du Sud, 30, 2<.

(2) Southey» HiH., in, 863.

(8) Piz. , Mem. hiet. , IX, 278.

(4) € présidente Antooio Redrigaet de Canralho in J. F. Fernande» Pinbeiro, AniMes, 432.

4840 portent la population à 66,218 individus, dont 53,707 libres et 12,511 esclaves (1). Enfin, sans comprendre le district de Lages, il y eut, en 1841, dans le reste de la province, un excédant de 1,000 naissances sur les morts (2).

Ces chiffres nous fournissent les considérations suivantes :

1* Si le premier et le dernier d*entre eux sont exacts, il est clair que la population de laprovincedeSainte-Catherine, dans un intervalle de 45 ans, depuis 1796 jusqu'à 1841, a presque triplé, ou, pour parler d'une manière plus précise, le chiffre de 1796 est à celui de 1841 comme 1 à 2 •^'^.

^ Les documents trop nombreux que nous possédons ne nous permettent pas d'établir une comparaison parfaitement exacte entre l'augmentation qui s'est effectuée dans la population de la province de Sainte-Catherine et celle que nous avons notée ailleurs pour la province de S. Paul ; cependant nous savons que, dans un intervalle de 49 ans, depuis 1777 jusqu'à 1826, l'accroissement a été,

(1) A. J. Ferreira de Brito, Falla do V de março 1841, doc. 15.

(2) Id. do março 1842, 33. — M. Anbé indique, pour TauDée 1842, le chiffre 70,454 ; j'ai cru devoir préférer ceux des rapports officiels du président de la province. Je ne fais pas davantage mention des nombres cités par M. Sigaud d'après Sturz et Fabregas (Annuario, 1846, 380), parce que celui de 1838 surpasse de 6,000 celui de 1835. Je ne dois rien dire non plus du chiffre qui se trouve dans V annuario de 1847, car M. Sigaud lui-même parait y avoir peu de confiance, et, en prenant pour base les chiffres officiels publiés en 1841 et 1842, la population de S. G. ne devait guère s'élever en 1847 qu'à environ 73,000 Ames, au lieu de 80,000. Je dois dire en même temps que Teicellent géographe M. de Villiers a cru devoir admettre sur sa carte de 1848 le chiffi-e de 81,500.

dans cette dernière, comme i à 2 ^V^> et, par conséquent, bien moins considérable qu'à Sainte-Catherine. On a importé beaucoup plus de nègres qu'à S. Paul, qui, en

outre, a reçu des immigrations importantes de Mineiros ; mais, d'un autre côté, dans l'espace de temps indiqué, une foule de Paulistes se sont eh fuis soit dans les déserts, soit à Rio Grande pour se soustraire aux enrôlements ou à la tyrannie du colonel Diogo , et la guerre contre Artigas a privé, pendant de longues années, la province de S. Paul de sa plus belle jeunesse (1).

3<> Si nous estimons fort approximativement à 700 lieues carrées la surface tout entière de la province de Sainte- Catherine, nous aurons 96 individus par lieue carrée ; ce serait, par conséquent , une population très-considérable pour le Brésil, puisque, par lieue carrée , il n'y a que 19 individus à S. Paul et 40 à Minas; mais si nous remarquons que, outre l'île de S. Francisco et celle de Sainte-Catherine, il n'y a d'habité sur le littoral qu'une bande très^étroite , nous trouverons que, excepté dans les grandes villes, il n'existe nulle part, au Brésil, une population aussi compacte que dans la portion de la province de Sainte-Catherine qui n'est pas restée déserte.

4*" Tandis que, dans les pays aurifères et même ceux dont la canne à sucre fait toute la richesse, le nombre des esclaves égale ou dépasse celui des hommes libres, la province de Sainte-Catherine, où il n'y a point de mines d'or en exploitation ni de très-grandes sucreries, comprend tout au plus i esclave pour 5 hommes libres. Cette différence n'est certes pas, comme je l'ai montré ailleurs, un signe de

(1) Voir, dans cet ouvrage, ma description de la province de S. Paul. II. 10

richesse ; mais elle présente un immense avantage sons le rapport de la morale publique. On travaille peu, sans doute, dans ce pays; mais, du moins, le travail n'y est pas entaché de honte, comme dans ceux où les esclaves sont très^ nombreux et, suivant la remarque très-juste du président de la province , M. Antero José Ferreira de Brito , s'il se commet, dans toute la province de Sainte-Catherine, moins de crimes qu'en d'autres provinces, c'est certainement, en grande partie, parce qu'il ne s'y trouve pas autant d'esclaves.

§ V. — Division de la province.

A l'époque de mon voyage , la province de Sainte-Catherine comprenait trois villes : S. FranàscOy dans Ftle du même nom; Nossa Smhora do Desterroy dans l'ile de Sainte-Catherine; Laguna, sur le continent. Chacune de ces trois villes était le chef-lieu d'une paroisse. Il y avait, en outre, trois paroisses dans l'tle de Sainte- Catherine : N, S. da Conceiçao, N. S. da Lapa, JV. S. dos N ecessidades ; et quatre sur le continent : 5. José, S. Miguely N. S. do RosariOy Santa Anna (d).

Depuis 1822, le nombre des paroisses a beaucoup augmenté. Voici, d'après un document officiel (â), quelles sont aujourd'hui les divisions de la province :

(1) Gazai, Corog., l, 192.

(2) Antero José Ferreira de Brito, Falla do 1* de março de 1S41.

Individu*.

Celle du cheflieu, 1 930 N. S. da Lapa do jRibeirâo, ^aq Celuidelacitéi n. s. da Conceide Desterro, corn- Lg^ ^a Lagoa, 677 prenant toute rtle/ n. S. das Necesside Samte-CatheriA dades de S. Antonio, 418 ne divisée en 6 pa-j g. Joao Baptista ïroisses. ^do Rio Vermelbo, 403

S. Francisco de Paula de Canas vieras, 345 '^" ^^^\ } Celle de la ville, 1,102

I S. Joâo Baptista Id'Imaruhy, 545

DelaviUedeLa- 1 s. Anna de Villa [guna, 4 paroisses. \ Nova, 400

I N. S. da Piedade do Tuberâo, 189

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