CHAPITRE XXV
LA PÊCHEHIB B'iTAPOGOftaïA.
Départ de Ftle de S. Francisco. — Description du Rio de S. Franeisca depuis Yllha do Mel jusqu'à la passe méridionale. — Le poste militaire da bord de la riyièré Piraqtté; promenade sur le rivage de ht mer ; plusieurs Ilots. — Moyens de transport. — Le Rio Itapieû. -^ Les Indiens sauvages de la province de Sainte-Catherine. — Le ehemia s'éloigne de la plage ; des terres toutes cultivées , des silios fort rapprochés les uns des autres ; costume des femmes. — Le Rio d'Itajuba; un exemple remarquable de longévité. — Praia da Piearra: des traces de sang mêlé chez les habitants du pays. — L'anse d'itapocoroia . — Varmaçào du même nom. — Histoire des armaçôes. — Celles de la province de Sainte- Catherine; leurs produits.— Description de Yarmciçao d'Itapocoroia, — Détails sur la pèche des baleines et sur la manière d'extraire l'huile de la graisse de ces animaux. — Les hommes employés à la pêche; leurs morars. — Voyage par mer d'Itapocoroia à la ville de Desterro,
Je finis par surmonter tous les obstacles* qui m'avaient retenu dansTilede S. François où j'augmentais fort peu mes collections de plantes, et je partis le Si avril, pour tne rendre, en partie par mer, en partie par terre, à la pêcherie d'Itapocoroia (1).
(1) Itinéraire approximatif de la ville de S. Frincisco h celle de Des-
terro :
D£ SÂSm*9éWh BT m SÉIOTE-CATMERINE. 2M
L'atyodant m'avait fait préparer une barque (laneha) sur laquelle étaient quatre rameur^ et un pilote, et nous mimes à la voile à dix heures du matin.
J'ai déjà décrit le Rio de S. Francisco jusqu'à File dite Dha do Mel, qui est rase, marécageuse, couverte de mangliers n"" 1659, et Tune des plus grandes du canal. La partie de File de S. François parallèle à l'Ilha do Mel présente une avance à laquelle on donne le nom de Ponta Grosêa, et c'est à F endroit où commence cette dernière que le Rio d'Araquary (i) a le plus de largeur. De là , en jetant les yeux derrière soi, on jouit d'une vue trèsagréable ; on découvre , avec la Barra do Norte, la partie la plus septentrionale de Ttle S. Francisco, la ville dominée par le Pao d'Assucar, la plus belle portion du canal, les flots dont il est parsemé et les montagnes de la petite cbaine du fort qui , dans le lointain , n'offrent plus des tîntes aussi sombres. Au sud de l'Ilha do Mel, le canal se rétrécit, et l'on voit que, entre les deux barres et indépendamment du bras intracontînental, il forme, comme Ta dit Cazal (3) , une sorte d'arc dont la corde serait une ligne imaginaire passant par les deux extrémités de File de S, François (3). Ayant laissé derrière nous l'Ilha do
LegOM.
De la ville de S. Francisco à la Barra d'Araquart, par eau. 5
DeB. d'A. à un sitio, près Barra Velha 3
De B. V. à Itapocoroia, pêcherie 3
Dit. à Desterro , par mer
(1) On se rappelle que le Rio d'Araquary est la partie du canal qui s'étend depuis le bras intracontinental jusqu'à Feutrée du sud.
(2) Carog. Braz.y 1, 189.
(3) En jetant un coup d'œil isur la carte de M. Torrezâo, officier de la
206 VOYAGE DANS LES PHOViNGES
Mel (l)y nous passâmes devant deax autres ties également plates dont j'ai déjà parlé, celles dos Barcos et ^Antonio da Silva, cfui, avec la première, sont les plus grandes de tout le canal. Vers le midi de Ttle S. Francisco, le bord de la mer devient plat ; mais on voit encore des mornes à quelque distance, et il y en a également, à ce que me dit mon pilote, du côté du sud-est.
Nous étions partis ayant la marée contre nous, et, quand le soleil se coucha, nous nous trouvâmes encore bien loin de la Barra d'Araquary. Cessant de distinguer les objets, je m'étendis sur une natte et m'endormis d'un sommeil pro- . fond. Au bout de quelques heures, je me réveillai au bruit que faisaient mes rameurs discutant avec vivacité. Les uns prétendaient qne nous avions dépassé le lieu où nous devions nous arrêter et où était un détachement de soldats chargés du service de la barre ; que, par conséquent, avançant encore, nous entrerions danç la haute mer ; les autres, au contraire, soutenaient qu'il s'en fallait de beaucoup que nous fussions si loin. Nous marchions alors à l'aide de notre foile; nous jugeâmes tous qu'il était prudent de la car-
marine brésilienne, on se convaincra de la justesse de cette compa* raison.
(1) tt A partir de File de Mel, la navigation de TAraquary est assez « difficile, les canaux étant très-étroits et faisaift de grands détours. La « barre est fort dangereuse, et la profondeur de 1 brasse 1/2 n'existe « que dans un canal étroit autour duquel la mer brise avec violence... tt En résultat, cette rivière (le Rio de S. Francisco) n*est pas navigable tt sans pUote. » Les marins qui voudront visiter ces parages feront bien de consulter la petite DescripUon hydrographique des ports de Porto Bello, Itapocoroia, Rio de S, Francisco de M. Antonio Xavier de Noronha Torrezûo d*où j'ai extrait les phrases ci-dessus, et qui est Insérée dans les Annales marUimes, UI, de i847«
DB SAINT-PAUL ET DE SAUnTE-CATTOlINB. fift
gQ6r. Mes hommes se mirent à ramer lentement , en suivant le rivage le plus près qu'il était possible, et, à la grande satisfaction de tout le monde, il fut reconnu que nous étions encore à quelque distance de Tendroit où nous devions passer le reste de la nuit.
Il était ievLx heures après minuit quand nous y arrivâmes. Là était posté, comme je Tai dit, le détachement de gardes nationaux chargés du service de la Barra d'Araquary. Ces hommes avaient pour abri une chaumière construite, du côté de la terre ferme, sur la rive gauche du Rio Piraqoé, le dernier des cours d'eau qui se jettent dans le canal au nord de sa sortie (i). Je ne devais pas aller par eau plus loin que ce poste ; je congédiai mes rameurs ; les gardes nationaux partagèrent avec moi leur chaumière.
Les chevaux qui devaient transporter mes effets à Ttapocoroia, et qui avaient été demandés depuis plusieurs jours parle commandant de S. Francisco, ne se trouvèrent point à la garde du Piraqué, et je fus forcé de rester dans cet endroit une journée tout entière. Je l'employai à her-
(1) Le nom de Piraqué a été également appliqué à deux rivières de la province de Rio de Janeiro dans laquelle on trouve aussi un Ribeii ao de Hraquéguaçû (Mill. et Lop. de Monr., Dicc, II, 326). Il faut se garder de confondre les Rios Piraqué avec les Rios Piriqui (PiHqUi Mirim et Piriquiguaçu)t rivières de la province d*£spirito Santo {Voyage liUo^ rai, II, 300); rétymologie est, d*ailleurs, entièrement différente, puisque Piraqué est le nom d*une très-petite espèce de poisson, et Piriqui un lien où il croit du jonc. J*écris Piraqué et Piriquiguaçu, en me conformant à Forthographe portugaise , exactement comme ont fait Milliet et Lopes de Moura. Gazai ne fait mention ni des deux rivières Piriqui ni du village de Piriquig%»açu ; mais, comme on Ta vu pins haut, il admet le nio Piraqué (conf. Max, Neuw., Brasilien, 54),
TiTIM IMSi BK nonOMCro
borfaer ; m véootte fuk k meilleare que y'Basae Mfe de*-, puis Cufitiba.
Tout Mrtonr eu poste sont des terrftiis bunides et ?b*seux couverts de mangues (LaguncidBmm raeemam, Gaert.)» et où il ne croit guère d'autre» tîntes, le passai le Pirtqué et je smiTia la plage eu cAlé du mi y bien au dedà du Rio de S. f rancisco. Cette plage est composée d'im saUe Maachitre qui enftmee sous les pieds , et où crott presqu^ purto^i^ un petit Mwbre seiriement de plante^ éfmm^ mis qui cependant présente çà et là quelques pe-i* leuses p^asaUemont gainiea. Au-dessus de la pbge sont des boi$ très*serrés» à Feutrée desquels Je vis un sitio. Le prqjtfiétaire était ocet^^ à étendre ses ilets sur le rîvagei pour les faire séeber» et il mie! dit que le p^son était a^s&g abondant sur cette tôte. Cet homme possédait quelques vaches dont je goûtai le lait qui me parut presque sans saveur ; ce n'était plus là le lait crémeux des Campos Geraes* Les plantes les plus communes sur cette plage sont la Calyc^rée 1636^ la Convolvulacée 1679, les Cypéracéi^ 1708 bi$ et 1710» TApocynée 1707» et enfin les feij[bes da Praye^^ si communs à Rio de Janeiro sur les bords de la mer (5ophora littoralis).
Ëjn passant devant la Barra d'Araquary, je vis les troisi lies dites dos BmedioSy qui font à peu près face à Textrén mité méridionale (1) de llle de S. François, et sont sHuées à peu de distance de cette extrémité. On les appelle t m'a-t-on dit , do« Remedios , parce qu'en cas 4^ besoin elles servent d'abri aux embarcations qui ne. peu vent ea-*
(1) C'est h tort qae, dans mon fra^meat sur Vii0 êe ^S. Françof$ , oo h imprimé septentrionale.
trer datti le canal. Elles sont fort |ietil6», nato cMes ont de Teau et sont susceptibles d'être cultivées, et, si personne nes^y ert établi josqu'A prése»! (1890); c'est, mVtHHt asmréy peree que Ton serait sentent privé, par les vents coHtraÉres, deconimnniquer avec îa terre ferme. A cfuefqne distance des Ilfaas ém Remedio», j'en vis deux pins petites eneore, appdées l'une Ilha dos Lobes (fie des lonps), et l'antre Hlm da Tapetingà (du guarani ^tpetyyn^ cbemin Mane). On déconvre aussi, étant sur la plage, un peu au delà de la Barra d'Araquary, les quatre itots éits dos Tarnbareiei (des tabourets) (1),. qui, situés à peu de distance de r extrémité méridionale de Ftle de S. Francisco, mats paraUèlement à la côte orientale, sont disposés sur une même ligne, éloignés à peu près également les uns des autres, et ont tous une forme arrondie , comme Tlndique leur nom.
Le lendemain de mon arrivée au poste de Piraqué, sur les bnit heures du matin , parurent enfin les chevaux et les hommes qui devaient transporter mes effets de cet endroit à Itapocoroia ; mais les chevaux n'avaient, au lieu de bats, que des lombUkos , petites selles légères dont f ai déjà parlé, et leurs conducteurs ne s'étaient munis ni de cuira pour couvrir les charges, ni de courroies pour attacher ces dernière» (sobrecargas). Il fallut passer un temps considérable à lier les malles avec des cordes, et nous partîmes fort tard. Sur toute cette côte, on ne connaît d'autre moyen de transport qne la pirogue; les chevaux, qui sont petits et vilains , ne servent qne pour la selle ,
(1) CesC h tort que Canl n'en indiqae que deai {Cùrog. Braz., I, 190).
dOÛ VOYAGE DANS LES PROVOfCES
et Ton ignore la manière de s'en servir comme bètes de somme.
Nous suivîmes pendant plus de i lieue une plage aride, et sablonneuse, à l'ouest de laquelle sont des bois. Dans le lointain, rhorizon est borné» vers le sud, par les mornes d'Itapocoroia qui, décrivant un demi-cercle, font une avance considérable dans l'Océan^ et entre lesquels on distingue deux sommets à peu près égaux , dont la forme rappelle celle d'une mitre. Après avoir fait une couple de lieues, nous arrivâmes à l'endroit où communique avec la mer un lac formé par le Rio Itapicû (du guarani ytapec^, pierre concave) (1), qui prend sa source fort loin dans l'intérieur. Ce lac étroit, long de plus de 1 lieue, s'étend parallèlement à l'Océan, et n'en est séparé que par une langue de terre large de quelques centaines de pas. Son ouverture, plus septentrionale que le lit de la rivière ellemême , est étroite et a changé plusieurs fois de place ; la partie du lac qui est au nord de l'ouverture porte le nom de Lagoa da Cruz ( lac de la croix ] , et a tout au
(1) récris ce mot de la même manière que Cazal, et comme je l'ai entendu prononcer dans le pays. En écrivant Itapecû, M. Aube s*est rapproché davantage de Fétymologie indienne. Au reste, si les deux écrivains que je cite ici ne sont pas d'accord sur le nom de l'Itapicû, tous les deux ont donné sur cette rivière des détails intéressants. Le premier dit {Cùrog, Braz.y l, 189} qu'elle forme une chute à 10 miUes de son embouchure et qu'elle reçoit les eaux du Piranga, delTpttanga, de Vltapieû Mirim, du Jaraguâ et duBraço. Suivant le second (Notice, 33), ritapicû arrose une des plus belles parties de la province ; sa chute pourrait être aisément nivelée, et il serait facile aussi de former un canal intérieur qui réunirait l'extrémité de l'itapicù {Lagoa daCruz) avec le Rio d'Araquary. — M. Van Lede n'a dit que quelques mots de l'itapicù, et U écrit ce mot de la même manière que M. Aube {CoUmisarfon, 101).
plas un demi-quart de lieue; la partie méridionale s'appelle Lagoa da Barra Velha (le lac de la vieille barre) , p^rce que c'est dans cette partie que les eaux s'étaient autrefois pratiqué une issue.
A Tembouchure actuelle était placé un détachement de gardes nationaux chargé de recevoir les ordres envoyés à S. Francisco par l'administration de Sainte-Catherine et de les porter au poste de Piraqué. Les deut gardes nationaux qui passèrent mon bagage sur la rive méridionale de l'ouverture du lac n'avaient pas plus de quatorze à quinze ans ; comme le service du roi, ainsi qu'on s'exprimait alors, exigeait beaucoup de monde dans la province de Sainte- Catherine, on avait pris pour la milice jusqu'à des enfants. On mit un temps considérable à transporter mes effets, parce que la pirogue ne pouvait contenir que trois malles à la fois; il fallut aussi beaucoup de temps pour recharger les chevaux, qui, la plupart, avaient déjà des blessures, et il était déjà fort tard quand nous nous remîmes en route.
Nous suivîmes la langue de terre étroite qui sépare, le lac de l'Océan : elle n'offre, en général, que du sable, où croissent çà et là quelques herbes ; cependant ce lieu est charmant.
A gauche, on côtoie la mer; à droite est le lac, dont les eaux, parfaitement tranquilles, contrastent avec le mouvement des flots qui viennent battre la plage ; des forêts d'une agréable verdure s'étendent jusque sur les bords du lac, et l'image des arbres se réfléchit dans ses eaux ; à l'horizon on aperçoit toujours les montagnes d'Itapocoroia. Quand on arrive en face de l'endroit où l'Itapicû se jette dans le lac, on jouit d'une vue plus belle encore. Cette rivière peut avoir la largeur qu'a la Marne auprès d'Alfort; elle vient
du sud-ouest en serpeuiant lentement enti^e des bok touffus.
Bieniàt nous fûmQs^urpiôs par la nuit, et nous marchâmes jusqu'à dix heures par un clair de lune superbe. Auprès avoir fc^it S lieues depuis le Piraqué, nous bous iaErcétàmes enfin à un sitio entouré d'orangers et de l)anaitters , fort propre dans F intérieur, mais où, suivant Tusage du pays., il n'y avait aucun meuble. Cependant les fermes à qui cette maison appartenait, et qui me reçurenit parfaitement, étaient asez bien mises. Leurs jambes et leurs fieds étaient nus ; mais elles portaient .des robes d'indienne avec un grand chàle de mousseline et avaient les cheveux relevés sur la tète.
Des Indiens sauvages, venant de l'intérieur ont souvmt conunis des désordres sur Ja plage que j'avais parcourue depuis le Piraqué. Peu de temps avant mon tvoyage. Us .avaient égorgé deuï jeunes personnes dans un sitio éloigné ; on alla à leur poursuite, et on en tua un qui avait la lèvre inférieure percée. Les Indiens qui infestent la province de Sainte-Catherine sont, comme ceux du midide>Ia province de S. Paul, désignés sous le nom de Bugres; mais, ainsi que je l'ai montré ailleurs, ce mot n'est qu'un sobriquet générique sous lequel sont comprises des peuplades fort différentes et souvent ennemies (1). Puisque l'homme tué parmi eux entre le Piraqué et l'Itapicû avait la lèvre inférieure percée, il est évident qu'il appartenait à la preinière des quatre hordes de Bugres indiquées par Manoel Âyres de Cazal (2 ) , à celle que les femmes coroa-
(1) Voir plus luntf .
DE SAlMT-PAIHi ET DE SAlNIS^CiTHERINE. a03
das de Goritiba désignaient ^ coimne enneniie de la leur, flous le nom de Soeré (1). Depuis mon voj^ge les Bugres «ont tonjours continué à faire des incursions dans la province de SiBiinte-Gathepiney principalement sur le littoral du district de S. Francisco ; et le président de la province, dans ses différents rapports (2), se plaint amèrement des ravages et des meurtres qu'ils commettent sans cesse. Ces hommes marchent en fort petites troupes, et > ajn'ès avoir serpenté avec précaution entre les arbres des forêts» #$ se présentent inopinément dans les sitios isolés , égorgent des femmes et des enfants, et prennent la fuite au premier coup de fusil qu'ils entendent, laissant au pouvoir de leurs ennemis ceux de leurs fils qui sont trop faibles pour pou- Tdr les suivre. Disons-le à la louange du président de la province, M. le maréchal de camp Antbro José Ferbbira DE Brito, loin d'exciter ses adftainistrés contre ces infortimés qui ne savent ce qu'ils font , vent qu'on traite iavec douceur les prisonniers; il défend de les considérer comme des esclaves, et lui-même s'est chargé d'un enfant que les sauvages, dans une de leurs fuites, avaient laissé derrière etïx. ta Lorsque les déserts, aujourd'hui impénétrables, qui « servent d'asile aux sauvages seront traversés par des «c chemins et soumis à la culture, peut-être sera-t-il posa sible, dit M. Antero José, d'instruire ces hommes dans « la religion chrétienne et de les faire entrer dans la so- <K ciété dont ils sont aujourd'hui les ennemis intplaca- « blés (S). y> Le temps où les forêts habitées par les sau-
(1) Voir plus haut.
(3) Faltas, etc., 1841, 42, 44, 47.
(3) Fttïfa que o présidente da provineia de SafitatHàikarina
dirigio a anemblea legUkUiw emi*de março 1841.
a04 VOYAGE DANS LES PROVINCES
vages seront traversées pas des routes est bien éloigné encore ; ne serait-il pas digne de M. Antero José, qui montre tant de sagesse dans ses rapports, de chercher les moyens de faire devancer cette époque? Les anciens missionnaires n'attendaient pas que le pays fftt défriché pour se jeter au milieu de peuplades plus cruelles que les Bugres, car elles étaient anthropophages, et Ton a vu de nos jours le Français Marlière (1) civiliser, autant qu'ils peuvent l'être, les Botocudos, qui, de tous les Indiens actuels, passaient pour être les plus féroces.
Après avoir quitté le silio où j'avais passé la nuit, nous nous éloignâmes de la plage et nous suivîmes un chemin qui traverse, dans un espace d'environ 1 lieue , des terrains très-plats, tous cultivés sans qu'il y ràt entre eux aucun intervalle en friche ; ce qui loin des grandes villes est une véritable rareté. Ici les sitios sont aussi rapprochés les uns des autres que le sont les maisons dans les environs
(1) M. Aube dit, dans son excellente Notice (47), qae les Bugres ont la face large, les yeax un peu divergents, et qae leurs traits rappellent ceux des Mongols ; ce sont les signes caractéristiques qui» sans aucun doute, appartiennent à toute la race américaine ; mais , quand le même auteur ajoute « que ces hommes ont des yeux sans expression , qui paraissent nager dans leur orbite et semblent accuser le manque d*intelKgence, » il indique un caractère qu'aucun auteur, à ma connaissance, u*a signalé et que je n*ai observé ni chez les Indiens civilisés de la c6te ni chez les Guaranis des anciennes missions de l'Uruguay ou les nombreuses peuplades dont j'ai vu les restes, et encore moins chez les Coroadas de Guritiba, femmes au regard intelligent, qui appartenaient à peu près au même pays que les sauvages de Sainte-Catherine. M. Aube n'a point vécu au milieu de ces derniers, puisqu'ils sont en guerre avec les blancs ; il aura pu voir quelques pauvres prisonniers abrutis par le chagrin , par la perte de leur liberté, peut-être par de mauvais traitements.
DE SAlNt-PAUL ET DE SAINTE-CATHERINE. 305
de Rio de Janeiro» et la terre, fort sablonnease, est, en général, plantée de manioc. Les végétaux qui croissent auprès des chemins et dans le voisinage des maisons sont ceux qae Ton trouve près de la capitale dans des localités semblables ; je puis citer, entre autres, un Tagetes et le n"" 1708 qui appartient aux Chénopodées, famille peu nombreuse au Brésil.
A mesure que nous avancions, les habitants de tous les sitioê se mettaient à leur porte pour nous voir passer. Les femmes non-seulement ne prenaient pas la fuite; mais elles nous rendaient nos saints avec politesse. Ce jour-là était un dimanche; elles étaient, en général, proprement mises, et je remarquai qu'au lieu d'avoir, comme celles do Minas , la poitrine et les épaules découvertes , elles portaient toutes un chàle de mousseline; plusieurs d'entre elles avaient aussi la tète enveloppée d'un fichu qui était également de mousseline.
4 l'extrémité des terrains plats et cultivés dont j'ai parlé tout à l'heure, se trouve l'embouchure d'une petite rivière qui coule au pied d'une colline sur laquelle était un sitio. Cette rivière, appelée Rio d*Itajuba (des mots de la lingoa gérai tïa, pierre, juba, jaune, et y, rivière, rivière de la pierre jaune], est guéable (1) dans la marée basse; mais nous y arrivâmes à la marée montante, et il falhit décharger les chevaux, passer tout le bagage dans une très-petite pirogue, et ensuite le faire porter à dos d'homme sur le sommet de la colline. Le propriétaire du silio qui y était
(1) DiDS mon fragment intituléi Vile de S, Francisco^ on a imprimé, agréable dans la matée basse, ce qui ne présente pas de sens. U. 20
bâti avait encore sa mère et voyait les petits-enfants de sa fille.
Après être descendus de l'autre c6té de la colline, nous nous trouvâmes sur une plage qu'on appelle Praia da Picarra (i) qui borde une anse assez large, limitée, du cAté du nord, par la colline d'Itajuba, et, du c6té du sud, par le morne de Cambri. Au delà du rivage, le terrain est généralement un peu élevé , et de distance à aqtre on voit de petits $itio8, qui ne sont le plus souvent que de pauvres chaumières. Tout ce canton est très-habité ; mais, à une demi-lieue ou trois quarts de lieue de la mer, il n'y avait déjÀ plus, lors de mon voyage, que des forêts désertes et sans propriétaires.
On découvre quelques traces de sang indien chez les habitants du pays; mais, m'a-t-on dit, elles disparaissent de plus en plus, parce que, continuellement, il vient s'établir ici des hommes de rtle de Sainte-Catherine qui, pour la plupart, tirent leur origine des lies Açores et sont de race caucasique parfaitement pure.
Ayant marché quelque temps sur la plage de Piçarra , nous arrivâmes sur le bord d'une petite rivière qui porte le nom de jRto d'iriri. On l'appelle aussi Rio da Guarda^ parce qu'on a placé sur sa rive droite un poste de gardes nationaux chargé de porter aui détachements voisins les dépêches envoyées par les autorités* Mes effets furent en-
(1) J'écris comme j*ai entendu prononcer dans le pays; mais, suivant MM. Milliet et Aube, ce serait PUêaraê {Diec* Brax., H, 390. ^Notice , 33). Le mot portugais Piçarra signifie iin mélaB^s de euUoiit et de sable.
core déchargés une fois et passés dans deux petites pirogues conduites chacune par un garde national.
De la plage de Piçarra on ne voit plus les mornes d'Itapocoroia, qui sont cachés par celui de Cambri; mais ce dernier^ qui, comme je l'ai dit, forme la limite de Tanse, produit un joli effet dans le paysage : il est arrondi et cou* vert de bois au milieu desquels on aperçoit un iitio bAti à mi-c6t6.
Après avoir passé derrière la pointe de Cambri et traversé la petite rivière du même nom, sur un pont en bois dans le plus mauvais état, nous arrivâmes sur la plage qui borde F anse d'Itapocoroia (Emeada éC Itapocoroia) (i). Celle-ci s'étend de la pointe de Cambri à celle dite da Viyia et forme, dans les terres, une avance profonde, large, demicirculaire. Au-dessus de la plage s'élèvent des mornes iné* gaux et couverts de bois. Les plus hauts sont ceux qui, lorsque j'étais entre lePiraqué et l'Itapicû (2), m'avaient paru ressembler à une mitre, mais qui, en réalité, moins rapprochés l'un de l'autre qu'ils ne semblent l'être dan^ l'éloignement, se présentent, vus de près, avec des formes très-différentes de celles qu'on leur avait attribuées d'a*^ bord. Au fond de l'anse, mais beaucoup moins loin du Morro da Vigia que de celui de Cambri, on aperçoit, sur le bord de la mer, au pied d'une colline, les vastes bâtiments de la pêcherie (armacào) d'Itapocoroia.
Arrivé à cet établissement , j'y fus très^bien reçu par
(1) Arec MM. Anbé et Torrezfto, j'éeris Itapoeoroia, parce que c*est ainsi qu'on prononce dans le pays. On trouve aiUeurs Ilapacoroia, Hapacoraya, itapocorai on Itapocoroy, €e mot parait yenir du guarani ilapacoràf ressemblance ayee un mur de pierre.
(2) Voir plus haut.
FadmiDistrateur déjà prévenu de ma visite. C'était un vieil* lard gai, honnètç, qui avait été autrefois capitaine de navire marchand , et dont la conversation n'était pas sans intérêt.
Ce fut dans la province de Bahia que les Portugais établirent, pour la première fois, des armaçôesy nom que Ton peut traduire ^blt pêcheries ^ et que Ton donne aux établissements d'où partent les barques qui vont à la pèche, et où l'on amène ensuite les baleines pour en extraire de l'huile.
Les pêcheries de Bahia étaient déjà en activité quand on en forma trois autres dans la province de Rio de Janeiro, et bientôt S. Paul et Sainte-Catherine eurent aussi les leurs. La pêche fut d'abord parfaitement libre ; mais ensuite elle passa entièrement entre les mains du gouvernement, qui l'abandonna à des fermiers. Ceux qui s'en chargèrent en 1765, la prirent pour douze ans, moyennant un payement annuel de 80,000 cruzades (20,000 fr.), et^dans l'espace des douze années ils gagnèrent 4,000,000 de cruzades (1 ,000,000 de fr.) (1). A cette époque, la pêche était tellement abondante, que l'on prit, dans une des pêcheries, 5S3 baleines ; mais de si brillants succès ne furent pas de longue durée ; le gouvernement finit par ne plus trouver de fermiers, et en 1801 il renonça au monopole (â).
A l'époque de mon voyage, on comptait, dans la seule province de Sainte-Catherine, six armaçbes, savoir, en com-
(1) Voir les évaloations de M. de Freycinet dans son Vùy<ige auUmr du monde, parL hiêl., 1, 268.
(2) Jacintbo Jorge dos Adjos Correa iu Pizarro, Memorias hisloricas, IX, 289. — José Feliciano Fernandes Pioheiro, Annaes da pravincia de 6'. Pedro, 2* éd., 434.
DE SAINT-PAUL ET DE SAlNTE-CATfiERlNE. 309
mençant par le nord , celle de F île dite da Graça , à rentrée septentrionale du canal de S. Francisco, qui était la plus récente et ne datait que de 1807 ; celle d* Itapocaroiay établie en 1777 ou 1778 ; YArmaçàç Grande ou deNossa Senhora da Piedade^ k Feutrée septentrionale de Tile de Sainte-Catherine, sur le continent, fondée la première, en 1746 (1) ; celle da ÏMgoinha , sur la côte orientale de l'île de Sainte-Catherine , en 1772; celle de Garopaba^ en 1 795 ; enfin celle d'Embituba, en 1 796 (2) .
La pêche commençait au mois de juin et durait jusqu'à la mi-août. Dans cette saison, les baleines, probablement chassées de la mer du Sud par la rigueur du froid, venaient mettre bas sur la côte du Brésil. Comme ces animaux ne produisent qu'un petit à la fois, leur nombre, dès l'époque démon voyage, allait en diminuant d'une manière trèssensible. Dans les premières années de l'établissement des pêcheries, c'est-à-dire vers 1748 ou 1760, la seule Armaçào Grande avait fourni jusqu'à 500 baleines , et depuis 1777, l'époque où fut construite Y armaçào d' Ilapocoroia, on avait encore pris, dans le voisinage dé cette dernière, jusqu'à 300 de ces animaux ; mais, en 1819, Ton n'en pécha que 59 dans toutes les armaçoes réunies. On avait remarqué que, si, dans le courant de l'année, le vent était resté longtemps au sud, la pêche était plus abondante. On retirait de chaque baleine de 12 à 20 pipes d'huile, et l'on comptait 15 pipes pour terme moyen (3).
(1) Mave dit qu'en 1807 on employait 150 nègres dans TArmaçâo Grande» et il fait le plus pompeux éloge de la grandeur et de la beauté de cet établissement (Trav«2«, 53).
(2) Ces dates sont empruntées à Pizarro(if^. hist,, IX).
(3y D'après Freycinet (Foyage aul(mr dv^monde hùt,, 1, 267), la pipe
310 VOTAOE DANS LES PROTIKCBS
Une partie des bâtiments de la pêcherie d'Itapocoroia s' étendaient sur le bord de la mer. La maison de radministratenr, appelée Casa Grande (la grande maison], la chapelle, le logement du chapelain et des employés, avaient été bètis sur une plate-forme peu élevée, couverte de gazon, qui se prolongeait au pied d'un morne couronné par des bois.
De la maison daradministrateur on découvrait une vue magnifique. On n'apercevait point Touverture de l'anse; la plage de Piçarra semblait la fermer ; on aurait dit un vaste bassin arrondi , entouré de montagnes couvertes de forêts. On voyait encore plusieurs autres montagnes dans l'intérieur des terres, et parmi elles il était impossible de ne pas distinguer le Morro do Bahul (le morne du bahut), qui sert de balise aux navigateurs et se termine par une pointe aiguë et inclinée.
Le premier des bâtiments dont j'ai parlé tout à l'heure et que l'on voyait sur le bord de la mer, quand on venait de Cambri, servait de logement aui hommes employés à la pêche. A l'époque où elle avait lieu, ils venaient s'y établir avec leurs femmes, et trouvaient un agréable rafraîchissement dans les fruits d'une multitude d'orangers qui précédaient ce bâtiment.
Celui qui venait ensuite avait quatre-vingt-onEC pas de longueur et portait le nom A'mgmho de frigir ( usine à frire), parce que c'était là que l'huile se fabriquait. On comptait dans ce bâtiment neuf chaudières de fonte avec leurs fourneaux ; il y en avait eu davantage autrefois, mais
de Lisbonne vaat 5 litres ; je ne présume pas que eelle doot il s'agit ici sofit d*une capacité différente.
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ce nombre suffiaftit amplement pour les pèches qu'on faisait au temps de mon voyage. Les chaudières formaient une calotte hémisphérique et avaient environ 15 pieds i/2 anglais (ô'^^OO) de circonférence. Derrière Ymgenho de frigir était un autre bAtiment d'égale longueur, divisé» à la hauteur de 16 palmés (3'',5â), en sept réservoirs où Ton faisait écouler, par le moyen de canaux de communication, rhuile retirée des chaudières. Ces réservoirs étaient séparés p^r un mur en briques construit avec soin et recouvert par un plancher dans la partie la plus éloignée de Vengenho de frigir; chacun d'eux avait environ treize pas de longueur, et l'on avait calculé que, dans chaque réservoir, la hauteur d'une palme d'huile {(r,22) équivalait à 10 pipes de ce liquide (1).
Après Vengmhq de frigir était, sur la plage, un espace vacant qui correspondait à la Casa Grande et à la chapelle, bâties, ciHnme on l'a vu, sur un plan plus élevé. Au delà de cet espace on voyait les magasins et les logements des nègres qui entouraient une cour carrée.
Les barques [lanchas) qui servaient à la pèche, étant trèspointues aux deux bouts, présentaient la forme'd'une navette ; elles étaient légères et avaient six bancs de rameurs. Tous les ans , il en sortait six de Yarmaçào dltapocoroia pour aller à la pèche, et chacune d'elles était accompagnée d'une autre barque appelée lancha de socorro, qui, en cas de besoin, venait au secours de la première et n'avait point de harponneurs. Au moment du départ, le chapelain venait sur le rivage faire la bénédiction des barques, et Ton donnait la pièce aux gens qui les montaient. Les barques s'é-
(1) Voir la note de U page 309,
loignaient peu de Varmaçao. Lorsqu'on voyait cette fumée que la baleine produit dans l'air en respirant, on approchait de celle-ci avec le moins de bruit possible, et on lui jetait le harpon ; elle plongeait, on la tirait peu à peu, on la perçait avec une lance, et la barque de socorro la remorquait jusqu'à Varmaçâo, où on la plaçait entre deux estrades élevées sur de forts pilotis [trapiches] en face des bâtiments. Là on commençait par la retourner sur le dos, et Ton en détachait le lard par lanières, qu'on portait à Ymgmho de frigir, où elles étaient coupées par morceaux plus petits ; on jetait ces morceaux dans les chaudières et on les y faisait bouillir. Après avoir d'abord surnagé, ils tombaient au fond de la chaudière. Quand la graisse en était sortie, on les retirait, on les mettait sous la presse, et ensuite on brûlait les résidus [torresmos) dans les fourneaux. L'huile se mettait dans des pipes, et on l'envoyait à Rio de Janeiro. Quant aux fanons , on les laissait tremper quelque temps dans l'eau d'un bassin circulaire, ensuite on détachait les poils dont ils sont parsemés (1 ).
Les hommes employés à la fabrication de l'huile étaient des esclaves; mais, pour la pèche, on ne se servait que d'hommes libres, dont on était beaucoup plus sûr. Ils étaient payés en raison du nombre de baleines qu'ils avaient pris, et, quand il s'en péchait une, les hommes de toutes les barques recevaient la même somme que ceux
(1 ) Par la description que je fais icif de rc^tablissement d*Itapocoroia, on Yoit que Ton a trompé Tillustre amiral Roussin quand on lui a dit, d^uue manière générale, que les « armaçôes consistaient en des hangars où étaient les chaudières, etc. » (Pilote du Brésil, 64.) Cette phrase ne convient pas davantage à Varmaçâo de Garopaba ni à celle d*Erobituva qui nous occuperont plns-t^rd.
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qui avaient harponné ; ainsi, par chaque baleine» tous les harponneurs touchaient 3,000 reis (48 fr. 65 c.) ; lés timoniers des barques destinées à la pèche, 1,000 reis (6 fr. 60 c); ceux dés barques de secours, 800 reis, et les rameurs dans la même proportion.
Les gens qui travaillaient à la pèche étaient des cultivateurs généralement très-pauvres ; mais , au lieu de se ménager quelques ressources pour Favenir sur Targent qu'ils avaient gagné et de cultiver leurs terres, ils se reposaient quand la pèche était finie, et, jusqu'à ce que leur argent fût entièrement dépensé , ils passaient leur vie à boire du tafia {cachaça), à chanter et à jouer de la guitare.
J'ai donné une description détaillée de la pêcherie d'Ilapocoroia telle qu'elle était en 1820, et Ton a vu combien était forte la diminution qui s'était fait sentir dans les produits de la pèche depuis 1777 jusqu'en 1819. Dès lors, il était facile de prévoir que cet établissement et tous ceux du même genre ne subsisteraient pas bien longtemps; il parait qu'ils ont encore duré plusieurs années après mon voyage (1) ; mais, actuellement, il ne resle plus de Yarmaçào d' Itapocoroia que quelques vestiges (S). Comme la.
(1) Dans la 2' éd. de ses Annaes da provincia de S, Pedro, publiée en 1839, M. José Feliciano Fernaudes Pinheiro parle des pêcheries de lu province de Sainte-Catherine comme étant toujours en activité.
(2) Ce sont les propres expressions de Léonce Âubé (Notice, 26), dont récrit porte la date de 1847, et il ajoute que les armaçôes de Nossa SeDhora da Piedade (près S. Miguel), d'imbituba et Garopaba ont également cessé d^exister (1. c, 23, 25). M. Van Lede, qui était à Sainte-Catherine en 1842, dit que « toutes les anciennes pêcheries sont tombées « en ruines, et que, si Ton excepte Porto Bello, il existe encore quelques
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diminution des produits de la pèche s'était eflbetaée par degrés, elle avait dû préparer à la suppression totale des pécherieSi et, quand celle-ci a eu lieu, il est à croire que les habitants dltapocoroia en auront peu souffert. D'aiU leurs l'argent qu'ils gagnaient ne restait pas dans le pays ; après chaque pèche, ils se reposaient et négligeaient leurs terres ; ils se seront vus forcés de les cultiver ; ce n'est pas là un malheur. Ce qui tendrait à conflrmer ce que je dis ici du peu d'influence qu'auront eue sur le canton d'Ita* pocoroia la diminution de la pèche et la suppression de ïarmaçào, c'est qu'en 1859 on a jugé ce canton asaea peuplé pour poqvoir en faire une paroisse à laquelle on a donné pour limites, au nord, l'Itapicû ; au sud, le Rio Gravatâ {i) (corruption du mot indien caragtmiâ^ qui désigne les Broméliées è grandes feuilles) (3).
Malgré son peu d'étendue, la paroisse d'Itapoqoroia comprenait, en 1841, une population de 1 ,41 7 individus libres et 223 esclaves (3). On y a établi une institution primaire; son église a été consacrée à Notre-Dame du Rocher (Nossa Senhora da Penha).
Comme tout le monde m'avait assuré que le chemin qui va d'ItopocoFOia jusque vis*^-vis de l'ile de Sainte-Cathe* ri ne était fort mauvais et présentait de très-grandes difficultés pour les transports, je me décidai à m'embar-
« baleiniers ; la pècl^e des grands cétacés est aujourd'hui complètement « négligée. » {Colonisation, 163.)
(1) MiUiet et Lopes de Moura, Dicc, Braz., Il, 280.
(S) Tài donné, dans mon Voyage mr le litlaral tfu BréHl (U, 33i), des détails fort étendus sur Forigine du mot grQvatà.
(3) Falla que o présidente da pnmineia de Santa Catkarimi dirigio ùVde março 1841, doe. 15.
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quer (1). L'administrateur voulut bien me prêter une des barques qui servaient à la pèche, et je partis, sur les neuf heures du matin, avec six rameurs et un timonier que j'avais arrêtés au prix de i ^920 reis chacun (13 fr.). Le temps était superbe ; la beauté du ciel , le calme de la mer» la fraicheur de la verdure des mornes rendirent ce voyage charmant. Mes hommes ne ramèrent que pendant les premières heures, parce qu'ensuite le vent passa au nord-est, et il n'était pas neuf heures du soir quand,nous entrâmes dans la baie de Sainte-Catherine.
Jusqu'à la plage i'Itajahyy nous rasâmes à peu près la côte ; nous nous en éloignAmes ensuite , mais nous ne la perdîmes jamais de vue.
Arrivés devant une petite croix plantée entre des rochers qui se montrent un peu au-dessus de l'eau, mes rameurs se levèrent, se découvrirent, et firent une prière à la Vierge et aux âmes du purgatoire pour l'heureux succès de notre voyage.
A mesure que nous avancions, i)s me disaiept les noms des pointes et des anses devant lesquelles passait notre barque. La première qui se présente après celle dite da Vigia porte le nom de Ponta de S. Roque ; entre les deux pointes, la mer ne fait dans les terres qu'une avance peu profonde. Après la pointe de S. Roque vient une petite anse au delà de laquelle est la pointe de Canta^allo (chantecoq). Entre celle-ci et la Ponta Negra^ il n'y a point d'anse véritable. Jusqu'à la Ponta Negra les mornes ne
(1) M. VanLede a suivi cette rente depuis S« José, situé eu fiiee de Des* terro, jusqu'à Itajahy {CoUmisation, 280-300), et donne sur son voyage des détails qui ne sont point sans intérêt.
laissent aucun intervalle entre eux et la mer; leur base, formée par le roc dénudé et noirâtre, est battue des flots, et dans le reste de leur hauteur ils sont couverts de bois et de broussailles. Au sud de la Ponta Negra sont Tanse et la plage dUlajahy à laquelle aboutissait le chemin de terre qui, jusque-là, passe derrière les mornes (1). Là, comme je l'ai dit, nous nous éloignâmes davantage de la côte; mais mon timonier me montra successivement , dans le lointain, la Ponta do Caheçado (pointe de Thomme à la gpsse tète); la Praia Braba (la plage de la mer houleuse); la Ponta de Cambriaçû; la place du même nom où la rivière , appelée aussi Cambriaçû , porte ses eaux à la mer (2) ; la Ponta da Taquâra (la pointe du bambou) (5) ; Tanse des Garoupas (nom d'un poisson) (4), qui offre un
(1) A la plage dltajahy aboutit la rivière du même nom, qui a plus d'étendue que toutes celles de la province, et dont le lit contient, dit-on, des paillettes d'or. C'est aussi sur la même plage qu'a été bâti le petit village dltajaby, chef-lieu d'une paroisse où Ton comptait, en 1841, 1,404 individus libres et 137 esclaves. D. Pedro I'' a fondé sur les bords de ritajahy deux petites colonies allemandes, qui, en 1844, comprenaient ensemble 227 habitants (José Feliciano Fernandes Pinheiro, Annaes, 2« éd., 431. — Antero José Ferreira de Brito, Fallas, 1842, 1844. — Aube, Notice, 25, 31). Le mot itajahy vient du guarani Hajai, la rivière des pierres réunies.
(2) Voir plus haut. — On trouve des détails intéressants sur le Cambriaçû, comme aussi sur lltajaby, dans la Colonisatiim du Brésil de M. Van Lede, p. 101, 104.
(3) Pizarro écrit Jaquarassatûba, mot qui dérive du guarani toqua* ruçû^ grand bambou, et tiba, réunion, réunion de grands bambous.
(4) L'anse de Garoupas est une des meilleures éo la côte du Brésil méridional. Là, sur le bord de la mer, est située la petite ville de Porto Bello, dont le district, comprenant la paroisse d'Itajahy, présentait, en 1841, une population de 4,825 individus libres et 690 esclaves. ( Mill. et Lop. de Mour., Dicc, II, 349. ~ Ant. José Ferreira de Brito, Falla^ 1841.)
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bon mouillage et où Ton venait d'établir une colonie de pêcheurs tirés du village d'Ericeira en Portugal (1); la Ponta do Cachaçudo (la pointe de F homme à la grosse nuque) (â) ; Fanse das Bombas; enfin la pointe du même nom, qui est fort large. A peu de distance de cette pointe, en tirant vers le sud, sont trois petites ties inhabitées et couvertes de bois : celle dite das Gales (des galères), dont la forme me parut allongée; Vllha Déserta (ile déserte), et Vnha do Anvredo (ile du bosquet, la plus grande des trois). Après la Ponta das Bombas, nous passâmes devant la plage dite Praia dos Imbus (la plage des fruits appelés imbus) , au delà de laquelle on aperçoit des montagnes dans le loin-^ tain. Viennent ensuite la Ponta dos Macucos (la pointe des oiseaux appelés macucos et non macucas, Tinamus Brasiliensisy Lath.-Neuw.), et, en face, une petite île du même nom, qui ne laisse entre elle et la terre ferme qu'un canal étroit que nous traversâmes ; c'est là que nous commençâmes à voir rile de Sainte-Catherine. Plus loin que la pointe dos Macucos est une anse très-vaste appelée Saco das Tijucas Grandes (le sac des grandes boues) (3), parce que la rivière de Tijucas Grandes y apporte ses eaux (4).
(1) Cette coloaie, qui devait s*appeler Nova Ericeiraf avait été fondée, comme je Fai dit , sous les auspices du miqistre d'État Thomas Antonio de Villa Nova e Portugal. Entièrement composée de Portugais, elle se sera fondue dans le reste de la population , car il n'en est fait mention dans aucun des écrits que j'ai pu consulter.
(2) Et non Cachaçudaj comme écrit Van Lede.
(3) Le vieux Frezier écrivait Toujouqua. Voir ce que j'ai dit du mot lejtica dans mon Voyage aux sources du S. Francisco, II.
(4) La rivière de Tijucas Grandes a un cours d'une assez grande étendue. Â environ une journée de voyage de son embouchure est situé 5. Joào BatUla da$ Tijucas Grandes, chef-lieu d'une paroisse qui fait
Nous passâmes successivement devant la Ponta dos Ganchos (la pointe des crocs], et la Prata dos Palmas (la plage des palmes], près de laquelle est une ile du même nom. Je reconnus encore la Ponia do Bote (la pointe du canot) ; mais bientôt la nuit nous surprit , et » quoiqu'il fît un trèsbeau clair de lune» il ne me fut plus possible de distinguer les objets.
Naviguant dans le canal qui sépare Tile de Sainte-Cathe* riue du continent, nous passâmes entre deux forts, celai de Sania Cru%^ du côté de la terre ferme , et celui de la Ponta Grossa^ du côté de File. Enfin, après avoir traversé le canal dans un endroit où il n'a que quelques portées de fusil de largeur, nous entrâmes dans le port de Sainte-Ca* therinc.
Nos rameurs attachèrent notre barque à la cale {trafiche) y et je pris avec moi le timonier, pouf tâcher de découvrir M. DioGo DuÂRTB DA SiLVA , trésorier de la junte, à qui j'étais recommandé et auquel j'avais écrit de S. Francisco, en le priant de me chercher un logement. Nous errâmes longtemps autour de la ville, et enfin nous arrivâmes chez M. Diogo, qui m' invita à passer la nuit dans sa maison.
partie du district de S. Miguel^ et dont la population s'élemft, en 1840, à 1,489 individus libres et à 2%4 esclares. Plus loin que S. JoAo Batista avait été fondée, sous le nom deiVova Italia^ une colonie sarde à laquelle une tempête eu 1838, et une invasion de Bugres en 18S9, ont fait essuyer de grands malheurs, et qui, en 1847, n'eiistait déjà plus (Antero José Fer reira de Brito, Fallas de 184^, 1844 et 1847. — Aube, Noiice, 26, 30). M. Ch. Van Lede a écrit Tijuca Grdnde; mais il a rétabli le nom véritable sur sa carte (Colonisation^ 105; — 2« carte).
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