‹ Voyage dans les provinces de Saint-Paul et de Sainte-Catherine (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

L^lLB DE SAINTE-CATHERINE. — - LA VILLE DE DESTERRO.

Posîtiot^ géographique de File de SaiDte-Gatherine. >- Sa population. — iea forte qai la défeodent. ~ Le canal qni la sépare de la terre ferme et de sa baie. — Vue que Ton découvre de la ville de Desterro ; rues ; maisons; église paroissiale et chapelles; hôpital; palais; hôtel de ville et prison ; caserne ; commerce. — Les campagnes des environs de Desterro ; description des silios. — Portrait des hommes de Ttle de Sainte-Catherine; celui des femmes. — Costume des campagnardes. — Autorité des femmes sur leurs maris. — Travail ; mœurs. — Ressemblance de la végétation spontanée de Tlle de Sainte-Catherine arec celle de Rio de Janeiro. — Climat. — Productions. — Décadence de rUe de Sainte-Catherine. — Moyen de Tarréter.

Llle de Saînte-Catherine [Hha de Santa Catharina)^ située , selon la Péroase , entre les 27** 19' 10" et les 27" 49' (1), et, suivant Barrai, entre les 27" 22' 51" et les 27" SCK (2), a environ 3 legoas dans sa plus grande largeur.

En 1820, époque de mon voyage, sa population n'était portée, sur les états ofBciels, qu'à environ 12,000 indi-

(1) Voyage^ h 33.

(2) NolioiM sur Hle Sainle^Calherine dans les Annakê marUiîMi, 1833, U, 334.

vidus; mais les hommes qui, par leur position, devaient être les mieux instruits la faisaient monter à l^^OÛO, dont à peine un cinquième d'esclaves (1). Si les états of^ciels s'écartaient autant de la vérité y c'est que beaucoup de gens, dans Fespoir de soustraire au service public de la garde nationale {milicia) une partie de leurs familles , ne déclaraient pas toutes les personnes dont elles se compo* saient.

Les états officiels de 1841 indiquent, pour la seule île de Sainte-Catherine, 19,568 individus, dont 15,052 libres et 4,336 esclaves (2). Il est vraisemblable que la crainte d'être appelé pour servir contre les rebelles du Sud à peine paci* fié n'aura pas fait faire moins de fausses déclarations en 1840 qu'on en avait fait en 1820, et par conséquent nous pouvons, sans craindre de commettre de grandes erreurs, comparer les chiffres de ces deux années. Cette comparaison, et les données que nous possédons d'ailleurs, nous conduisent aux résultats suivants :

l"" L'augmentation de la population a été, en dix ans, de 1820 à 1841, de plus de la moitié du noftibre primitif, et si nous admettons le chiffre 3,000, indiqué par la Pérouse pour l'an 1785 (3), elle aura plus que sextuplé à partir de cette même année jusqu'en 1820, c'est-à-dire en trentecinq ans.

(1) le premier qai fut président de la province de Sainte-Gatherine, depuis rétablissement du gouYernement constitutionnel, M. Joâo Antonio Rodrigues de Garvalho, avait calculé qu*en 1824 la population de File s'élevait à 15,533 habitants (José Feliciano Fernandes Pinheiro, Ann(ie8,2^ éd., 43ï).

(2) Antero José Ferreira de Brito, Falla do l" de março 18lt, <tociim. 15.

(3) Voyage, I, 34.

2* La proportion des esclaves avec les individus libres a peu varié; car si» en 48SO, les premiers étaient approximativement aux seconds comme 1 à 5, ils étaient» en 1840, cooHne i à 4,47 , et nons pouvons conclure que le terme moyen de la fortune des particuliers est resté aussi à peu près fltationnaire, car, dans le pays où Fesclavage est admis, le nombre proportionnel des esclaves peut être considéré comme la mesure de la fortune des individus libres.

S^ ATépoque de mon voyage, il y avait, dans Ille de Sainte-Catherine, une disproportion notable entre le nombre des nègres et celui des négresses, et l'on ne mariait point les esclaves. Dans cette tie, comme je le dirai plus tard , les terres sont fort divisées, et en grande partie entre les mains de cultivateurs pauvres : un homme parvenait à amasser assez d'argent jpour acheter un nègre ; il se passait un temps considérable avant qu'il eût fait de nouvelles économies, et alors il aimait bien mieux acheter un second nègre qu'une négresse, dont sa femme et ses filles pouvaient faire le service. Il paraîtrait qu'aujourd'hui il n'existe plus une dififérence aussi sensiMe entre le nombre des nègres et celui des négresses; mais les marioges d*esclaves sont tout aussi rares qu'autrefois : sur 2,536 esclaves qu'il y avait en 1841 dans Ttle de Sainte-Catherine, 10 seulement étaient mariés; pas un seul ne l'était dans la ville de Sainte-Catherine en particulier, et elle en comprenait 1,019. Tout ceci ne prouve malheureusement pas que les habitants de ce pays aient une bien grande moralité, et je sois obligé de citer ub autre fait qui le prouve mieux encore.

Sauf la paroisse de Lages et quatre autres paroisses, la province de Saiiite*>Catherine ne comprenait guère, en U. 21

SÎ4 VOYAGE DAïSS LES PROVINCES

dit, oe donne entrée qa*aux embarcations appelées, en portugais , lanehasj sumacas, brigantins^ galeras; mais les Trégates peuvent s'avancer jusqu'au fort de Santa Cruz et y trouvent un mouillage excellent (i). Pour faire mieux connaître ce mouillage , je citerai ici l'autorité la plus grave, celle de M. le capitaine Duperrey. Toici comment s* exprime ce savant navigateur : « La baie de Sainte-Ga- « therine est la meilleure, la plus considérable deTAmé* « rique méridionale; elle peut recevoir les plus grandes « escadres , protéger, à l'aide de fortifications mieux en- « tendues que celles qui existent aujourd'hui, plus de na- « vires marchands que le commerce du' Brésil n'en atti« « rercTjamais, et devenir peut-être un jour, par sa position «, géographique , l'un des points les plus importants de c( l'Amérique australe (2). )>

Je me suis livré à des considérations assez étendues sur les mouvements de la population de la province de Sainte- Catherine et rtle en particulier; je me bornerai à indiquer par quelques chiffres les changements qui se sont opérés dans celle de la ville de Desterro. Suivant la Pérouse, elle comprenait, en 4785, 1,000 individus; en 4803, on y comptait déjà, dit Krusenstern, 3,000 personnes libres et quelques esclaves ; en 4824, la population de Desterro s'élevait, selon Duperrey, à environ 6,000 Âmes; enfin, en 4840, le président portait celle de la ville et de sa banlieue {distnto) à 7,178 âmes, nombre qu'Aube porte, sept ans plus tard, à 7,84S.

(1) Les navigateurs qui fréquentent ces parages ne peuvent mieui faire que d'étudier la carte de M. de Barrai ; ils peuvent aussi consulter celle de M. Van Lede, dans son ouvrage sur la colonisation au Brésil

(3) Voffoge Coquille, hiêt., 58.

^ Depuis qoe j'étais au Brésil je n'avais pas encore vu un pays aussi riant que la ville de Sainte-Catherine, autrement Desterro^ et ses alentours. Le port, situé à une distance presque égale des deux extrémités de Tile, est à peu près demi-circulaire ; il s'étend du nord-ouest au sud-est, et la ville suit les contours du rivage. En face de celle-ci, le canal semble former une baie à peu près circulaire. De tous côtés il est bordé de collines et de petites montagnes trèsvariées dans leurs formes, et qui, disposées sur plusieurs plans, offrent un mélange délicieux de teintes brillantes et vaporeuses. La pointe qui borne le port, du côté du sud, est couverte de bois d'un vert assez foncé; plus loin sont des mornes dont les flancs sont cultivés, dont le sommet est couronné d'arbres et qui reçoivent la lumière adoucie du soleil couchant : du côté opposé, celui du nord, la pointe de S. Joâo, qui est peu élevée et en partie revêtue de gazon , répand de la gaîté dans le paysage ; tout à fait en face de la ville, des mornes s'aperçoivent dans le lointain à travers des vapeurs , et vers le sud on en découvre d'autres plus éloignés encore. L'azur du ciel n'est pas aussi foncé ni aussi éclatant qu'à Rio de Janeiro, mais il est aussi pur et se nuance avec la couleur grisâtre des mornes qui, à une grande distance, bornent l'horizon. Les montagnes n'ont pas assez d'élévation ni le canal assez d'étendue pour donner de la majesté au paysage; la nature n'étale point cette pompe dont elle se pare quelquefois sous les tropiques ; elle est belle et riante comme dans le midi de l'Europe, à Madère ou à Lisbonne (1).

(1) La loi portugaise considère File de Madère comme faisant partie de FEurope.

396 T0YA6E DANS L£S PROVINGEà

La ville de Sainte-Catherine^ appelée aussi eidaâe do Desterro, est fort longue, mais elle a peu de profondeur.

Comparées à celles des autres villes du Brésil, ses rues sont étroites, mais, en général, assez bien alignées (1). Elles ne sont pavées que devant les maisons; cependant, comme dans celles de Paranaguà et de S. Francisco, on n'y voit jamais de boue, parce que le terrain est très-sa^ blonneux.

Les maisons, bAties communément en brique ou eil pierre, blanchies, couvertes en tuile, sont, pour la plupart, bien entretenues. En général, elles sont plus grandes que celles des villes de Tîntérieur, et Ton en voit beaucoup qui ont un étage, des fenêtres vitrées, et qui ont été construites avec assez de goût. Je suis entré dans celles des principaux habitants, et je les ai trouvées bien meublées.

La ville est divisée en deux parties inégales par une grande place qui en occupe presque toute la largeur et qui s* étend, doucement inclinée, jusqu'au rivage. Cette place a la forme d*un carré long; elle est couverte d*un gazon fin, et peut avoir quatre-vingt-dix pas de large sur trois cents de longueur depuis le rivage jusqu'à Téglise paroissiale qui la termine.

Celle-ci, dédiée à Notre-Dame de TExil [Nossa Senhora do Desterro) (2) , nuit à la régularité de la place , parce

(1) Je sais d'accord sur ce point avec Pizarro et Léonce Aabé {Mem. hisL, IX, S7i; — Notice, 24). Gazai s*est bien certainement trompé qaand il dit qne les mes de la ville de Saiûte-Calherine sont tortaeoses (Coroflf., I, 196).

(2) Je n'ai pas besoin de dire qu*il ne faut point, avec Mawe, écrire 2V. S. de VereitOy pas plus que Laguno pour Laguna, Tejucos pourTtjucasy Riberon pour Ribeirào, Groupas pour Garoupas , ni enfîti le

M sum-PàVL Et m sàBxn-cknBusE. m

4u'm n'a pas ea soin de la bâtir à une égale distance des deux rangs de maisons et qu'on lui a donné une posi* tion oblique par rapport au rivage. D'ailleurs elle est grande et a deux tours ) mais il m'a semblé qu'elle n'avait pas assez de largeur pour son élévation. On y monte par un plm indiné qui est bordé de deux murs d'appui et aboutit à une petite plate*forme en demi-lune. Au-dessous de cette montée est un grand palmier dont l'élégant feuil* lage» agité par le moindre vent, contraste avec Fiitimobilité de l'édifice auquel il est consacré. A l'intérieur, l'église est plafonnée et bien éclairée; mais je la trouvai moins propre que ne le sont, en général, les églises du Brésil (1830). Je comptai environ quarante-deux pas de l'autel de la capella màr (i) jusqu'à la porte. Cet autel est peu orné ; les deux autels obliques qui l'accompagnent le sont davantage. Indépendamment de ceux-ci, il y en a deux autres sur les cAtés de l'église, et de plus deux chapelles profondes et assez riches.

Outre l'église paroissiale, on voit encore, dans Sainte- Catherine, quelques chapelles; la plus remarquable est celle de Mmino Deoê (l'Enfant-Dieu), qui fut construite par les soins de Joanita Gomes dé Gusmâo , sœur d'Alexandre de Gusmâo (2), Paoliste célèbre dont j'ai parlé ailleurs (3). Ce petH édifice est situé un peu hors de

iéit è6 Porto Groed poar Ponta Grona, Je doate aussi beaucoup qu'il y ait dans le district de Saiote*Catheriiie une rivière appelée Tigrenoei un lieu appelé Barragroi (Travelt, 46-58).

(1) Voir plus haut.

(2) Pizarro (Mem. hist., III, 77).

(S) Voir le chapitre de cet ouvrage intitalé» Séjour dans la vilh de S. Ptml, êlc.

«28 TOYAGE DANS LES PROVIIKXS

la ville» vers rextrémité d'une petite chaîne de<Diarnes élevés qui dominent celle-ci du càté de Test, et qui» se prolongeant du nord au sud, forment la pointe méridior nale du port. Isolée, entourée de bots, bâtie à mi-côte sur une petite plate-forme, l'église de Meniuo Deos contraste, par la blancheur de ses murailles , avec le vert fooeé des arbres voisins ; non-seulement elle produit dans le paysage l'effet le plus pittoresque, mais encore, de la terrasse qui s'étend devant sa façade, on jouit d'une vue charmante^ celle de la ville , des campagnes riantes qui l'entourent , du canal et des mornes voisins. A l'intérieur, la chapelle de Menino Deos est fort jolie , très-propre et ornée avec goût.

A côté de la chapelle de Menino Deos est un hôpital où, lors de mon voyage, on soignait les militaires de la garnison, mais qui, habituellement, était destiné aux ma« lades pauvres du pays, et entretenu par les aumônes des fidèles et un secours annuel dû au gouvernement. Cet hô« pital n'a que le rez-de-chaussée et huit croisées de face (18S0); mais il jouit d'un grand avantage, les vents y renouvellent continuellement l'air, et en même temps r élévation du local ainsi que la distance où il est de la ville mettent les habitants de cette dernière a l'abri de toute contagion. Ce fut un homme d'un rare mérite, le gouverneur Francisco de BarrosMoraesAraujoTexeira HoHEN, qui, dans le dernier quart di^ siècle passé, fonda, sous le nom d'Hospidal da Caridade, l'hospice de Menino Deos; mais les subventions accordées par le gouvernement pour l'entretien des malades ne s'élevaient pas à plus de 300,000 reis (1,875 fr.}, les aumônes des fidèles étaient peu considérables , et pendant un certain temps qn n'eut

-^--JL

pas même de quoi payer un médecin (1). Aujourd'hui le gouvernement provincial accorde des secours à l'hôpital da Caridade, et néanmoins» en 1844, le président peignait la situation de cet établissement et son insufOsance sous les plus tristes couleurs (2).

Ce n'est pas seulement l'église paroissiale qui a été bâtie sur la place, mais encore le palais du gouverneur et l'hôtel de ville [casa da camara). Le premier de ces édifices est tout simplement une maison assez lourde, qui a un étage, cinq croisées de face, et n'offre absolument rien de remarquable. L'hôtel de ville est à peu près carré et plus grand que ceux de la plupart des villes de l'intérieur : il a un étage auquel on monte par deux escaliers fort larges qui font face l'un à l'autre ; et , suivant l'usage, le rez-de* chaussée sert de prison.

Un des édifices les plus remarquables de la ville de Desterro est la caserne (1820). C'est un bâtiment fort long traversé par une sorte de portail au-dessus duquel s*élève un petit pavillon; et, quoique ce bâtiment n'ait que le rez-de-chaussée, il peut contenir aisément 1,500 hommes. Les soldats portugais qui l'occupaient à l'époque de mon voyage n'avaient point de lits; ils étaient couchés en commun sur des tarimbas^ espèces de tables très-longues, où ils mettaiefut leurs matelas et leurs couvertures les uns à côté des autres, à peu près comme cela se pratique dans nos corps-de-garde. Du côté de la mer, la caserne est masquée par des maisons ; mais, du côté opposé, elle donne sur

(1) Pizarro, Mm. hUL, IX, 313.

(9) Aotero José Ferreira de Brito, Falla do V de março de 1844,

880 fOTAGE DANS LES PROtlNCSS

une très-grande place couyerte de gazon oà las soidiÉi avaient coutume de faire l'exercice (i).

Desterroy ville maritime et commerçante, n'est pokit déserte comme celles de Tintérieur. A Tépoqae de mon voyage, on comptait d'ordinaire une douzaine de petits bâtiments tant dans son port qu'à Santa Cmz, et la vue du canal était animée par les pirogues qui sans cesse le traversaient et qui , principalement le matin , apportaiest des denrées à la ville.

Nulle part, excepté à S. Paul, je n'avais vu, depuis Rio de Janeiro, des boutiques aussi bien garnies et en aussi grand nombre qu'à Sainte-Catherine. Les négociants font leurs achats dans la capitale du Brésil, et la brièveté du voyage Ieur*permet d'avoir dans leurs magasins les nftarchandises les plus nouvelles (2).

Les principaux objets d'exportation étaient, en 182(>, la

(1) Depuis répoque de idod voyage, ona fait, dans la ville de Desterro, des embellissements et des améliorations, et Ton en projette beaocoiip d'autres. La façade de Téglise principale a été réparée, deai petite jir« dius ont remplacé des dépôts d'immondices que Toa avait formés jadis dans le voisinage de cet édiGce ; on a construit un bâtiment pour la trésorerie, un arsenal, un abattoir, un cimetière et plusieurs ponts; une maison où Ton élève les enfants trouvés a été ajoutée à Thôpital de Menino Deos ; on a fait des plantations d'arbres dans le voisioige de ki maison oii rassemblée législative tient ses séances, etc. (Voir les rap* ports du président Antero José Ferreira de Brito, surtout celui de 1847; la Colonisalion de Van Lede, 334; enfin le Diccionario do Brazil, I, 326.)

(2) Luccock dit que les marchands de Sainte- Catherine unissent une grande probité à Tesprit de spéculation {Not.in Brazil), et je crois que sur ce point on peut avoir quelque confiance dans ropinion dé ee Voyageur, car lui-même était négociant et avait fait des alGûred avee la ville de Desterro. ^

fiirine de manioc, le riz, Thuile de baleine, la chaux, les haricots, le maïs, les mandobis {arachis hypogea), le sirop de sucre, des bois de construction et de menuiserie, des cuirs, des poteries, du poisson salé, de la toile de lin, et des tissus formés d'un mélange de chanvre et de coton. On faisait monter à 100,000 alqueires (40,000 hectolitres) la quantité de farine de manioc que Ton embarquait, chaque année, dans ce port, à 100 pipes portugaises celle de Teaude-vie, de 4 à 5,000 varas (440 à 550 mètres) celle de la toile et de 5 à 4,000 celle des tissus mélangés {riscados). Il sortait aussi de Sainte-Catherine un peu de sucre , une grande quantité d'auk et d'oignons, 4 à 500 arrobes de café (5,898 à 7,573 kilogr.) et un peu d'amidon. Il paraît qu'aujourd'hui les articles exportés sont à peu près les mêmes qu'en 1820, avec cette difiFérence qu'il y en a quelques-uns de moins (1).

Rien n'est plus joli que les environs de Sainte-Catherine, ou Desterro. Les mornes qui, comme je l'ai dit, la dominent du côté de l'est sont encore couronnés par des bois Tîerges au milieu desquels se montrent des masses de rochers ; partout ailleurs le terrain a été défriché et offre ou des cultures ou des capoeiras. Dans la partie la plus voisine de la ville, on voit de jolies maisons de campagne (cAacar6s)y et plus loin un grand nombre de sitios dispersés çà et là. Tandis que, dans les provinces les plus peuplées de l'intérieur, on fait souvent beaucoup de chemin sans rien apercevoir qui indique la présence de l'homme , ici on trouve, à chaque pas, une petite maison qu'entoure

(1) Falla que o présidente,,, dirigio a assemblea legislaliva... em o f de março ée 1811, 13. — Aube, ^o^, 40.

une prodigieuse quantité d'orangers et près de laquelle est un champ de manioc. Le terrain qui dépend de chaque sùio est défendu par une haie de citronniers armés d'épineSy et les nombreux chemins qui établissent des communications entre la ville et la campagne ou entre les différents sitios sont également bordés de citronniers. Ces haies n'offrent pas, à la vérité , le vert tendre de l'aubépine; cependant leur verdure n'a rien de trop sombre, elles ne se dégarnissent jamais du pied comme les nôtres, et elles embaument l'air du parfum de leurs fleurs et même de leurs feuilles. Dans un rayon d'environ 1 lieue autour de la ville, les chemins sont larges, la plupart couverts de sable et parfaitement unis. Tout est animé dans la campagne ; sans cesse l'on rencontre quelque cultivateur, comme dans les environs de nos villes d'Europe, et les points de vue varient à chaque instant. Tantôt on découvre, à travers des branchages, le canal et les monts qui s'élèvent dans le lointain; tantôt c*est la ville que l'on aperçoit, ou la chapelle de Menino Deos , ou les mornes qui bordent le rivage ; souvent une maison de campagne sert de perspective; ailleurs ce sera un^'^to pittoresque entouré de bananiers et d'orangers chargés de leurs fruits. Les plantations présentent encore moins de symétrie que dans les autres parties du Brésil ; on ne voit pas deux orangers ni deux pieds de manioc plantés sur la même ligne; mais ce désordre, qui atteste la négligence des cultivateurs , produit , dans le paysage, des effets charmants» et l'on pourrait comparer File de Sainte-Catherine à un vaste jardin anglais.

Chaque sitio se compose d'une seule maison bAtie avec de la terre et des bâtons croisés , mais toujours couverte

en tuiles, et souvent blanchie à la chaux et assez bien entretenue. Les meubles n'y sont pas beaucoup plus communs que dans les petites habitations de Tintérieur» et consistent communément en quelques tabourets , une table , une natte sur laquelle les femmes travaillent accroupies, et que Ton étend paiement par terre pour y servir les repas. II n'est pas un sMo où l'on ne voie un métier à faire de la toile, genre d'industrie qui est le partage de toutes les familles (1).

La population de l'Ile de Sainte-Catherine et même celle du reste de la province est, en grande partie , originaire des tles Açores. Le nombre des nègres est, comme je l'ai dit , peu considérable ; celui des mulâtres l'est encore moins (2). Les hommes ne sont pas grands; ils sont gêné-

(1) C*est probablemeot ce qui a fait dire qu^il existe h Desterro des manufactures de lin et de coton {Voyage Coquille, hisL^ 75).

(2) a Le petit nombre de nègres libres qui se trouvent à Sainte-Ca- « tberine, a-t-on dit à Fun de nos plus illustres marins, pendant sa « courte relAcbe dans cette lie, ne doiyent leur liberté qu*à la repeu» « tance ou à la superstition. C'est au lit de la mort que, bourrelé par o la crainte de la justice divine, le propriétaire d'esclaves devient ca- « pable d'une pensée généreuse ; alors seulement il abjure un pouvoir « maintenu par la force et reconnaît pour son prochain un être sorti, « comme lui, des mains du Créateur. » {Voyage Coquille, hist., 58.) Les Brésiliens sont accoutumés, dès leur enfance, à voir des esclaves autour d'eux, et les plus honnêtes, les plus réguliers ne soupçonnent même pas qu'il puisse y avoir le moindre mal dans la possession d'un nègre. On affranchit les esclaves par reconnaissance, comme nous accordons de petites pensions aux domestiques qui nous ont fidèlement servis, trop souvent encore pour se débarrasser d'eux quand ils sont devenus inutiles. Tout le monde sait, au reste, que les habitants du Brésil traitent généralement les noirs avec une très-grande douceur. On peut consulter, sur ce sujet, ce qu'ontécrit Gardner (Travels, 19) et, tout récemment» M. Blumenau (SUd Brazilien, 23), enfin ce que j'ai écritmoi-méme dans mon Voyage aux tources du Rio de S, Francisco, 1, 111.

ralement maigres» et ceux de la campagne ont le teint un peu basané. La plupart de ces derniers et des citadins nés dans rile ont les arcades zygomatiques fortemept prononcées ; mais leur figure étroite, leur nez allongé et la finesse de leurs cheveux prouvent suffisamment qu'ils ne doivent pas leur origine à un mélange de sang indien et de sang caucasique.

Les femmes sont très-blanches ; elles ont, en général , de beaux yeux, des cheveux noirs et souvent un teint coloré. Elles ne se cachent point à l'approche des hommes et rendent le salut qu'elles reçoivent. J'ai peint la roideur des femmes de l'intérieur qui, quand elles sortent, avancent à pas lents les unes derrière les autres, sans tourner la tète à droite ni à gauche , et sans faire le moindre mouvement. Il n'en est pas de même de celles de Sainte-Catherine : elles n'ont aucune gène et quelquefois même elles ne sont point dépourvues de grâces ; elles achètent aussi peu dans les boutiques que les femmes de Minas (1820) ; mais , quand elles marchent dans les rues plusieurs ensemble, c'est ordinairement les unes à côté des autres ; elles ne craignent pas de prendre le bras des hommes et vont même se promener dans la campagne. Pour sortir elles ne s'enveloppent point d'une mante noire ou d'une épaisse capote, et sont mises avec plus de décence et de goût que celles de l'intérieur.

Les femmes les plus riches de la ville suivent les modes de Rio de Janeiro, qui sont, en général, celles de la France. Les femmes de la campagne , qui ne travaillent point hors de la maison et ne ressemblent en rien à nos paysannes, n'ont pas , comme celles des Mines, les épaules et la poitrine découvertes; toutes, sans exception , portent d«s

robes d'indienne oa de mousseline» avec un châle de soie ou de ooton ; leurs cheveux sont relevés avec un peigne, et souvent elles les ornent de fleurs naturelles : dans la se* mainet dies n'ont ordinairement que des souliers, mais, le diouinchey elles mettent souvent des bas, et les jours de grandes fêtes il y en a bien peu qui aillent à la messe sans porter des chaussures de damas (1820) (i). 11 s'en faut bien» cependant, que ce luxe accompagne la richesse ou même le bien-être. Ces femmes , à la vérité , se procurent fudqtte argent par leur travail ; on ne passe guère devant leurs maisons sans les entendre battre du coton ; dlBS filettt» elles font des tissus; mais, le plus ordinairement, elles n'emploient ce qu'elles gagnent qu'à satisfaire leur goèt pour la toilette. Aussi la plupart des familles de cultivateurs vivent^elles d'une manière fort misérable, ne se Bounrissant guère que de farine de manioc, de poissons ouîts dans de l'eau (2), et enfin d'oranges, fruits tellement communs dans l'île, qu'aucun propriétaire ne se plaint quand les passants en détachent de ses arbres (3).

(1) Il iw«lt, d-«pvè$ 1« récit de M. Barrai (Not. S. Caih. io Ann. marit., 1833, U), que, de 1826 à 1831, le costame des femmes de Ttle de Sainte- Catherine n'a pas beaucoup changé.

(2) « U est impossible, dit Van Lede {Colonis,, 164), de se faire une « idiée de TioDombrable quantité de poissons qui pullulent au bord de « la mer voisine de Sainte-Catherine, ainsi que dans les rivières et les « lacs de cette lie. » Suivant Mawe, on pouvait , en 1807, acheter, moyennant 1 schelling anglais, assez de poisson pour le repas de douze personnes (fraoelp, 4S). En général, tous les navigateurs s'accordent è dire qu'on p^ut, k Sainte -Catherine, faire des vivres à très-bon compte.

(3) M. Barrai dit que le café tient lieu de boisson aux habitants de SuDte*qâtheriiie (Jfo(. S. C(M, in Ann. marU., 1833, U, 335); par là 9 eB|a«4, 9f^. doutf, qu'Os on font un usage frôquei^t.

aae voyage dans les provinges

Les hommes qui ont quelque aisance se mettent gêné* ralement bien. Ceux de la campagne ne sont pas vêtus, à beaucoup près, avec le même luxe que leurs femmes; cependant ils le sont mieux que les habitants de Guaratûbe et de S, Francisco : ils portent ordinairement des souliers et un chapeau de feutre, un pantalon de toile de coton et une veste assez propre d'indienne ou de gros drap. Ceux qui appartiennent à la milice laissent croître leurs moustaches (1820).

Les femmes de Ftle de Sainte-Catherine ont, dans leur ménage, une autorité dont ne jouissent point celles de r intérieur. Les maris et les amants se privent de tout pour leurs épouses ou leurs maîtresses, et nulle part il n'existe une telle disproportion entre la toilette des femmes et celle des hommes ou F ameublement des maisons. Le dimanche et les jours de fête, toutes les habitantes de la campagne semblent être des dames, et à la manière dont les maris sont habillés on les prendrait à peine pour les domestiques de leurs femmes.

Les cultivateurs de Tîle de Sainte-Catherine sont bien loin, sans doute, d'avoir l'activité des paysans de France ou d'Allemagne; cependant ils me parurent beaucoup plus laborieux qu'on ne l'est communément dans l'intérieur des terres. Comme les nègres sont rares, surtout à la campagne, et que la population blanche est pauvre et fort nombreuse, on ne se croit point déshonoré pour cultiver la terre de ses mains, et ce sont des blancs qui , à Dest^ro, exercent tons les métiers. Dans une partie de la province de Minas où la blancheur de la peau établit une sorte de noblesse et où les gens de c(Nileur sont les seuls qui travaillent » ce sont eux qui forment la classe du peuple :i

Sainte-CatheriDe elle se retrouve parmi les Uancs» et ceux d'an rang tout à fait inférieur ont des mœurs à peu près aussi basses que les hommes du même rang dans les pays uniquement occupés par la race caucasique.

Accoutumés, dès leur enfance» à s'aventurer sur une n^er agitée dans les plus frêles pirogues, les habitants de Tile de Sainte-Catherine regardent, pour ainsi dire , la mer comme leur élément, et font de très*bons matelots. Leur goût particulier et la crainte du service militaire en décident un très-grand nombre à s'embarquer, et de là il résulte qu'il y a habituellement dans l'île beaucoup plus de femmes que d'hommes.

Celte disproportion ainsi que l'amour excessif des femmes pour la parure rendent la prostitution extrêmement commune, et lejuis de fora qui était en fonction à l'époque de mon voyage m'assura que le sénat municipal du district dépensait presque tous ses revenus à faire élever les enfants exposés. Depuis 1820, il a pu s'opérer quelques changements dans l'ile de Sainte-Catherine, mais ce n'est malheureusement pas sous ce rapport ; car, dans ses discours aux assemblées législatives de 1841, 42, 44, le président de la. province, M. Antero José Ferreira de Brito, se plaint avec amertume des dépenses qu'il faut faire tous les ans pour les enfants que l'on e&pose (1).

Située, en très-grande partie, à l'est de la grande chaîne (Serra do Mar, Serra Gérai), la province de Sainte-Catherine appartient aussi presque tout entière à la région des forêts (2) ;

(1) Fallas dp !• de março 1841, 5 ; — do 1» de março 1842, 12; — do i"" de março 1844, 17.

(2) il est clair que la ville de Lages et son territoire ne sont point com- II. 22

tiT

c'est dire assetf qu*à 4*eiceptioil des parties basses et inondées par les eaux de la mer llle du même nom était originairement couverte de bois.

Comme la même température se prolonge sous le même méridien dans une étendue beaucoup plus considérable sur le bord de la mer que loin de ses rivages, la végétation a généralement aussi beaucoup plus d'uniformité sur le littoral que dans l'intérieur des terres; ce qu'on observe dans l'île de Sainte-Catherine conRrme cette vérité. Lorsque J'arrivai à Curitiba, il y avait déjà extrêmement longtemps que je n'apercevais plus les plantes de Rio de Janeiro ; et environ la moitié ou les deux tiers des végétaux que je vis en fleur dans l'île de Sainte-Catherine (27 avril-! 8 mai) appartenaient à la Flore de la capitale du Brésil; parmi les espèces vulgaires, je puis citer le Sophora littoralis {fejhes rfa -Çrata), VAvicennia n** 1665, la Scrophularinée n* 1589, etc. (1). Une foule d'insectes sont communs aux deux pays, et beaucoup d'oiseaux, surtout les petites espèces, se retrouvent également à Sainte-Catherine et à Rio de Janeiro. Je dois cependant faire remarquer qu'ici la différence des saisons est beaucoup plus sensible qu'à quelques degrés nord du tropique du Capricorne. J'observai à Sainte-Catherine, dans les mois d'avril et de mai, un nombre de plantes en fleur bien moins considérable que

pris daDS cette région, puisqu'on n'y arrive, en partant du littoral, qu'après avoir franchi la Serra do Mar.

(1) Quand on a assuré que les myrtes» les jasmins, les rosiers, les œillets croissent dans Ttle de Sainte-Catherine (Voyage Coquille^ hUt,, 69), on a voulu dire, sans doute, qu'on cultive ces plantes éams les jardins des alentours de Desterro.

calui qu'on pourrait recueillir a la même ^que de Tanjaée aux alentours de la capitale du Brésil (1).

Les vallées et les plaines humides (vargms) sont ici généralement fertiles ; mais il n'en est pas de même des moroes» qui» comme je l'ai dit, n'offrent qu'un sol pierreux et deviennent, chaque jour, moins favorables a la culture, parce que» presque toujours» Us ont une pente fort rapide, que les pluies doivent nécessairement entraîner dans les vallées l'humus végétal dont ils sont couverts, et qu'il n'est jamais renouvelé par des engrais.

Quoique le climat de Batnte-Gatherine soit assez tempéré, il est clair qu'on peut, dans cette tie, cultiver les mêmes plantes que sous les tropiques, puisque la végétation spontanée est encore tropicale. Ici, cependant, la canne à aucre est moins douce que sous la zone torride, et, lors de mon voyage, c'était principalement à faire de l'eau-de-vîe qu'elle était employée (2). Le coton est court, d'une qualité fort médiocre, et l'arbuste qui le produit ne se plante

(1) M. Laogsdorff parle avec le plus grand enthoasiasme des productions naturelles de rtle de Sainte-Catlierine {Bemerkungen auf einer Reise^ 1/28-66) ; alors il n'avait pas encore parcouru les environs de Rio de Janeiro.

(2) M. Aube noçs apprend qu'en 1847 les petits propriétaires de Sainte- Catherine ne voulaient point encore cultiver la canne de Taïti , vulgairement Canna cayana {Saccharwn Taitense, var. de VOfficinarum), qui Test depuis si longtemps dans la province de Rio de Janeiro. On aurait peine à croire ce fait, si Técrivain que nous citons n'avait fait preuve de beaucoup d'exactitude. Ce que dit à ce sujet M. Aube suffirait, au reste, pour confirmer les observations que j'ai faites ailleurs sur la plante dont il s'agit (Voyage dans la province de Rio de Janeiro ^ etc., II, 248), mais auxquelles j'aurais du, je le confesse, donner une autre forme (conf. Neuw., Bras,). Je me suis contenté d'indiquer par son nom de baptême le général qui a transporté la canne de Taïti de Gayenne au Brésil ; il s'appelait José Narciso de MagalbAes e M^nezes» Ce fut lui

tW VOYAGE DANS LES PROVINCES

guère que pour les besoins da pays. Les oranges sont excessivement communes, mais petites et peu sucrées (1). Les bananes sont très-bonnes, et il en est de même du café (2). Il parait , d'après ce qui m'a été dit sur les lieux, que, du moins en certains cantons, la gelée nuit trop souvent aux produits de la terre (5), et en conséquence, m'a4-on ajouté, on croit convenable d'apporter quelques modifications à la taille des caféiers (4).

qui, pendant les guerres de Fempire, s*empara de la colonie de Cayenne au nom du prince régent de Portugal (Abreu e Lima, Synapêis, 293).

(1) M. Duperrey est ici du même avis que moi {Voyctge Coguilie^ hULy 69), et, si certains voyageurs ont trouvé délicieuses les oranges de Sainte-Catherine, c'est probablement parce qu'ils les comparaient à celles qu'on mange en France ou en Angleterre. — M. Barrai dit que File possède quelques abouiieavat (NoL S, C. in Ann, tnaril., 1833) ; il a certainement voulu parler desj<ibutic<ibeiras,

(2) Dans mes autres ouvrages, j'ai parlé si souvent de la culture du cotonnier, de la canne à sucre , etc. , qu'il serait peu utile de revenir ici sur ce sujet.

(3) J'étais à Sainte-Catherine en avril et en mai ; par conséquent, je ne puis savoir par moi-même ce qui s'y passe en juin-et en juillet, les mois les plus froids de l'année. M. Langsdorff assure que, pendant Thiver, le thermomètre ne descend pas au-dessous de 10 degrés Réaumur ; mais c'est en décembre et en janvier que ce savant était dans le pays {Bemef' h'ungen aufeiner ReUe, 1, 34), et il ne ferait pas autorité sur ce point, si ses assertions n'étaient confirmées par M. Aube, qui a séjourné deui ans à Sainte-Catherine {NoU, 4, 40). Elles le sont aussi par l'intéressant opuscule iniiinié Sud brasilienf dontl'auteur, M. Blumenau,indique(p.7)lamême température d'hiver que Langsdorff et Aube , mais en ajoutant que, sur le continent, à une distance peu considérable de la mer, il a vu geler très-fort pendant l'hiver en 1846.

(4) Les habitants de Sainte-Catherine se livraient jadis à la culture du nopai, du froment et du chanvre, mais ils ont fini par y renoncer entièrement. Van Lede dit qu'ils ont également abandonné celle du lin : je suis bien loin de le nier; cependant je pourrais demander comment il se fait, s'il en est ainsi , que la graine de ce végétal se trouve au nombre

DE SAINT-PAUL ET DE SAIIfTE-CATHERINE. 341

Ck>iiiine les terres de File de Sainte-Catherine sont fort divisées et que les pâturages ont peu d'étendue , on n'y voit qu'un petit nombre de bestiaux, et ils sont cbers relativement aux prix qui ont cours sur le plateau, à Curitiba et dans les Campos Geraes. Ceux que l'on tue à Desterro viennent de la province de Rio Grande et ont suivi le rivage (1820) (1).

Comme je l'ai déjà dit, tous les environs de la ville de Sainte-Catherine ont été défrichés, et l'on ne voit plus guère de bois que sur le sommet des mornes ; mais je crois pouvoir assurer qu'au moins dans cette partie de l'tle il n'y a pas un dixième des terrains en culture. A force de planter dans les mêmes champs sans les fumer jamais, on les a fatigués, et partout on voit des pelouses et des capoeiras d'une extrême maigreur. Aussi les habitants se plaignent-ils de ce qu'il n'y a plus assez de terre dans leur tie, et plusieurs en vont chercher sur le continent. Néanmoins, comme ils vivent très - rapprochés les uns des autres et communiquent beaucoup entre eux , une famille entière ne se décide guère à quitter le pays que lorsqu'elle est accompagnée de plusieurs autres familles, ce qui tend à

des articles que le même écrivain indique comme ayant été exportés de 1838 à 1839. M. Van Lede ajoute que Tarbre au maté illex ParaguariensU) croit spontanément dans les bois de la province de Sainte-Ca< therine, ce qui est extrêmement vraisemblable , puisque ces bois se confondent avec ceux de Curitiba. Il dit encore que Ton a essayé avec succès de planter du thé ; et enfin, suivant M. Antero José Ferreira de Brito, le mûrier aurait également bien réussi à Sainte-Catherine (Colonisation, 143, 147, 280; — Falla do V de março 1844, 37).

(1) La relation qu'a publiée M. Langsdorff de sa rel&cfae dans File de Sainte-Catherine est généralement aussi exacte qu'intéressante ; mais, pour le bétail» il a appliqué ce qui se pratique sur le plateau à la partie habitée du littoral, du cÂté du continent.

ut T0TA6E BAlfS LES PROVmClS

rendre les émigratiotii beaucoup plus rares qu'elles ne sont à Minas (1).

D'après tout ce que j'ai dit sur l'Ile de Sainte-Catheriiie, il est clair que cette île doit tendre à s'appauvrir de plus en plus, puisque sa population augmente sans cesse; que, d'après le mauvais système d'agriculture adopté dans le pays, comme dans le reste du Brésil (2), les terres rapportent de moins en moins ; enfin que l'argent produit par les exportations se dépense aussitôt, ou en objets de luxe qu'il fliut tirer du dehors et renouveler continuellement, ou en esclaves que l'on tire paiement du dehors et qui , pour la plupart, ne multiplient point. Ce n'est pas dans ces der* nières années que la décadence de Sainte- Catherine a commencé ; il a été un temps où l'on comptait dans la province entière 288 sucreries; en 1797, il n'y en avait déjà plus que 356 (S); vers 4890, il ne sortait du pays qu'un peu de sucre, et cet article n'est plus compté aujourd'hui au nombre de ceux que l'on exporte ((•). Si^ dans le moment où furent supprimées les arma^eê^ leur abandon n'eut pas peut-être une très-grande influence, parce que la diminution de la pèche avait commencé depuis longtemps et avait été progressive, il n'est pas moins vrai que le pays devait être beaucoup plus riche lorsque les pêcheries étaient florissantes, que les habitants du voisinage gagnaient des salaires considérables et que le transport de

(1) Voir mon Voyage dam la province <Ie Goffon^ II» 305.

(2) Il y a déjà un grand nombre d'années que j*«i fait copnaltr« ee système et ses inconvénients ; je crois inutile de re?enir aujourd'hui sur ce sujet. ^

(3) Pii., Bem. hist.t IX, 2S3.

(4) Antero José Ferreira de Brito, Falla do i* d$ mar$0 1841, t8«

DE SAINT'FMHi £T 0£ SAIHTSrCiTiERINE. ||3

rbuite d^ bftleine alimentait le €abotage. Autrefois on ex^ trayait le me des innombrables citrons que produit ce pay^i et on renvoyait à Montevideo; mais, à Tépoque de mon voyage, il y avait déjà longtemps que ce petit commerce était entièrement tombé. Dans ces dernières annéeSi la guerre civile qui a désolé la province de Rio Grande do 8ul a encore ajouté aux misères de llle de Sainte-Catherine en diminuant ses relations commerciales déjà si peu impor-^ tantes (1).

Au reste, les chiffres sont encore bien plus significatifs que tous ces faits. En 1820 on évaluait la valeur des objets sortant annuellement du port de Sainte --Catherjop à 200,000,000 de reis faisant, au change de 160, 1,250,000 fr.

De 1837 à 1838 les exportations ont été de 215,137,771 reis faisant, au change de 313, 687,341 fp.

De 1838 à 1839 elles ont été de 293,252,968 reis laisant, au change de 320, 916,415 fr. (2).

Ainsi, tandis que de 1824 à 1840 la population de la province de Sainte-Catherine a augmenté dans la propor-* tion de 1 à 1 ,45, les exportations ont , à peu près dans le même temps, diminué dans celle de 1 à 0,7? .

Dès 1822, José de Sonia As^evedo Pizarro e Arqujo gé-r missait de ce que la province de Sainte*Catherine, favorisée entre toutes par la nature, n'était pas dans un état plus florissant, et il assignait à sa misère les trois causes sui-vantes : IMe manque de routes; 2" le service auquel on

(i) Léopce iiibé. Notice, 40.

(2) Ces chiffres sont empruntés aux documents officiels publiés par le président de la province ; les changes le sont au tableau de M. Horace Say.

344 V0TÂ6B DANS LES PROVmCES

condamnait les gardes nationaux , et qui sans cesse les obligeait de laisser & l'abandon leurs champs et leurs familles; 3* Fusage où était l'administration de prendre sans payer les denrées du cultivateur. On doit croire que» sous le gouvernement constitutionnel > ce dernier abus aura cessé entièrement. D'ailleurs des routes ont été ébauchées , quelques-unes même tout à fait ouvertes ; mais jusqu'à présent, malgré les soins de l'administration provinciale, il n'y a eu , sous ce rapport , aucune amélioration sensible (1). Quant au service de la garde nationale , il est évident qu'on n'a pu le rendre moins pénible , lorsque les rebelles du sud menaçaient les frontières de la province, et encore aujourd'hui la prudence exige peut-être qu'on se tienne sur ses gardes en cas d'événement. Mais , quand même toutes ces causes de décadence n'existeraient plus, il en resterait encore une qu'il faudrait faire disparaître, celle que j'ai signalée plus haut et à laquelle on ne parait pas songer : le système d'agriculture adopté par les Brésiliens, et dont on ne s'est point écarté jusqu'ici dans le pays de Sainte-Catherine. Ce système, tout barbare qu'il est, n'a pas encore d'inconvénients excessivement graves pour la partie de la province qui tient au continent, parce que là il y a une quantité considérable de terres incultes et qu'on peut, comme à Minas, abandonner le champ qui ne produit plus, pour aller incendier un peu plus loin quelque portion de forêt ; mais il n'en est pas de même de rtle de Sainte-Catherine dont nous nous occupons particulièrement ici, et où le terrain a été défriché depuis longtemps, dans les endroits surtout qui, par leur fertilité^

(1) Aube, Notice, 37.

promettaient d'abondantes récoltes. On ne peut, sansdoute, faire dans cette ile un grand usage de la charrue, parce que les terres sont généralement très*divisées , et le penchant des collines fort roide ; mais la population est assez consi* dérablepour que Ton cultive, comme dans la Limagne par exemple, à la bêche ou à la houe. L'essentiel est que Ton reprenne en sous-œuvre les terrains qui ont été ^bandonnés, parce qu'ils ne produisaient plus de bois ; que, les ayant labourés ou bêchés, on les fume ; que pour cela on forme des engrais et que l'on étudie l'art des assolements. La routine» favorisée par une coupable indolence, s'est opposée jusqu'ici à ces faciles améliorations ; on a mieux aimé émigrer que renoncer à des pratiques empruntées à des hordes sauvages. Les meilleurs conseils ne seraient probablement point écoutés; mais si, par des primes, le gouvernement encourageait les habitants de l'ile de Sainte- Catherine à adopter des procédés de culture plus rationnels que ceux qu'ils suivent et à se ménager des engrais , il n'est pas douteux que l'agriculture ne prospérât bientôt

dans ce pays, et au bout de peu de temps l'Ëtat serait dédommagé, par une augmentation importante de revenus, de quelques sacrifices momentanés. Des primes ofiertes, dans le même but, aux colons de l'intérieur ne produiraient probablement aucun résultat, parce que, ayant à leur disposition d'immenses étendues de terre , ils n'ont pas un intérêt immédiat à changer de méthode, et que les sommes qu'on pourrait raisonnablement leur accorder ne les dédommageraient pas des sacrifices qu'il faudrait qu'ils fissent de leurs habitudes et de leur paresse : ici , au contraire, où la prime exciterait l'agriculteur à renoncer à des procédés bien évidemment nuisibles , elle ne

346 TOTAOB DANS IBS FROVmCBS

pourrait manquer de produire bientôt Teffet justement désiré.

Au temps où de sombres forêts couvraient encore rtle de Sainte-Catherine» elle était souvent enveloppée de brouillards épais ; des miasmes malfaisants s'élevaient d'un sol humide où pourrissaient les débris entassés de nombreux végétaux ; des nuées de moustiques obscur-> cissaient Tair, et les navigateurs qui relÂchaient dans cette lie risquaient d'être atteints de fièvres et de dys* senteries (i). A mesure que Ton a coupé les bois, le sol est devenu moins humide ; les flaques d'eau se sont des* séchées, l'air est devenu plus pur (S). A Tépoque de mon voyage» on pouvait considérer comme fort sain le climat de Sainte-Catherine, et il a dû le devenir davantage encore » depuis que des restes des baleines (3) ne pourrissent plus, comme autrefois, dans les criques dont Tile est bordée. Cependant il ne faudrait pas s'en exagérer la salubrité ; il y règne fréquemment des dyssenteries, et il paraîtrait que la morfea n'y est pas actuellement extrêmement rare (4). Il ne serait pas impossible, au reste, que les dyssenteries fussent produites par les oranges trèsnombreuses que les habitants mangent longtemps avant la maturité parfaite » et dans ce cas ce ne serait plus le climat qu'il faudrait accuser, mais une gloutonnerie contre laquelle les médecins et les ecclésiastiques devraient lutter par de sages conseils (5).

(1) R. Walter (Voyage Anêon^ 42-46).

(2) Feldner, BeUen, I, 163.

(3) Piz., Mem. hisL, IX, 216.

(4) A. J. Ferr. de Brito, Falla do i* de março de 1S47.

(5) Le retour fréqpieat de» dyssenteri^ est trop Ihmi attesté (foir

liftDgsdorff, du Petit-Thoùars, Sigaud) pour qu'où puisse le révoquer en doute ; mais il ne faut pas y joindre le choléra» comme Ta fait Lesson {Voyage médicaly 8), qui semble avoir copié R. Walter, et ne saurait ici faire autorité, puisqu'il a passé peu de jours à Sainte-Catherine et ne savait probablement pas la langue du pays. D'un autre côté, quand M. Blumenau dit, dans son très-estimable écrit, que la dyssenterie est inconnue dans le Brésil méridional, il n*a voulu parler, sans doute, que de la province de Rio Grande do Sul.

Page 1