TARES
A mon arrivée à Desterro, j'avais couché, comme on Fa vu, chez M. Diogo Duarte da SU va, trésorier de la junte, qu'on appelait communément DON Diogo (1), piarce qu'il
(1) A Montevideo et dans le pays dépendant de cette ville, on donnait à tout le monde le titre de don; personne ne Favait au Brésil, et, parmi les Portugais, les nobles, fort peu nombreux, pouvaient seuls le porter. C'est donc à tort que, dans une foule d'écrits, on applique ce titre à peu près à tous les Brésiliens ou Portugais revêtus d'un emploi ou ayant quelque aisance. Ceux qui écrivent sur le Brésil devraient ne pas oublier que ses habitants ont une nationalité qui leur est propre, et tâcher de ne pas leur attribuer la langue et les usages de leurs voisins ; les habitants de Rio Grande surtout seraient fort peu flattés que Ton fit d'eux des Castelhanos. M. le prince de Neuwied s'est déjà élevé contre la transformation étrange dont il s'agit ici, et a justement protesté contre son savant, mais trop inexact traducteur, qui lui fait dire San Mateo pour S. Mathew {Brasilien, 51, 58). Nos typographes sont tellement accou-
avait séjourné longtemps dans l'Amérique espagnoIe.Quand nous fûmes levés, nous nous rendîmes à l'embarcation qui m'avait amené, et nous trouvâmes mes gens fort impatients de me revoir.
De là, accompagné de mon hôte, j'allai faire ma visite au gouverneur de la province, M. Joao Yieira Tovar de Albuqueeque, qui refusa d'examiner mes papiers et m'accueillit de la manière la plus aimable (1). C'était un homme actif et assez gai, mais qui avait peu d'usage du monde. Il était colonel de cavalerie, et avait servi en Europe contre les Français , et au Rio de la Plata contre les Américains-Espagnols. Ayant perdu un bras en combattant, il avait demandé sa retraite, et on lui avait donné pour récompense le gouvernement de Sainte-Catherine. Comment ne ferait-il pas un bon administrateur? disait quelqu'un malicieusement, il a perdu un bras à la guerre. Quand il était arrivé à Sainte-Catherine , la plus grande indiscipline régnait parmi les gardes nationaux , dont on ne s'occupait que pour en tirer de l'argent par la vente des grades et des congés : dans les commencements , il avait infligé aux récalcitrants des punitions très-sévères, souvent même illégales, on s'était beaucoup plaint de lui; mais il était parvenu à rétablir l'obéissance et à former,
tamés à voir ainsi changer ]'« mis en portugais devant les noms de saints, pour remplacer Sâo ou, comme on a écrit jadis» Sam^ que d'euxmêmes ils corrigent souvent la seule orthographe qui soit correcte. Il ne serait, par conséquent, point impossible que dans le manuscrit d'un ouvrage récemment imprimé il y eût S, Francisco et que les imprimeurs, croyant bien faire, eussent partout écrit San Francisco (Castelnau, Expédilion dans les parties centrales, I).
(1) M. Famirai Roussin se loue beaucoup aussi de la réception que lui fit M. Tovar (Pilote du Brésil, 7).
348 TOYAGE T
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Quand nous eûmes quitté le gouverneur, don »!<^o me mena chez le juiz de fora. Il était employé à Campos dos Goitacazes, lorsque j'avais passé par cette ville; je renouvelai connaissance ayec lui, et il eut la bonté de m'aiNtn-
(1) Voir plus haut, p. 285.
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Le juiz de fora n'était pas la seule connaissance qu^ j'eusse à Desterro; j'y retrouvai un colonel du génie que je voyais de temps en temps, lorsque j'étais à Rio de Janeiro, et qu'on appelait Antonio José Rodrigues. Cet offlcier maria sa fille pendant mon séjour dans Tîle de Sainte-Catherine, et il eut la bonté de m'inviter à la cérémonie. ïaHe devait se faire le dimanche, à quatre heures après midi. Je me rendis chez le colonel quelques instants avant l'heure indiquée, un peu surpris de ce que, dans un pays catholique, on eût choisi le dimanche pour se marier. Mais je fus bien plus étonné encore lorsqu'on entrant dans le salon j'y vis un petit autel orné avec goût, qui indi-
dan3 sa province, quatre mille hommes de milice bien habillés et exercés d'uoe manière admirable.
On ne peut nier pourtant qw Tovar n'attidiàt utie trop grande importance à tout ce qui tenait au militaire. Sous les rois de Portugal, la j\9ce de gouverneur d'une province ou d'une capitainerie donnait au même individu une autorité tout à la fois militaire et d vile ; eependant, comme les devoirs d'un gouv^neuf , en qualité de chef des troupes régulières et de la garde nationale, avaient, en générai, moins d'importance que ceux qu'il devait remplir comme administrateur, il aurait été important qu'il connût mieux l'administration que le métier des armes. Mais le contraire arrivait presque toujours. C'étaient, aaseï généralement, des militaires que l'on mettait à la tète des capitaineries : ils portaient dans la décision des affaires cet esprit absolu et cette dureté dont la discipline militaire fait prendre l'habitude; ils méprisaient les lois qu'ib ne connaissaient pas, ne s'occupaient que d'uniformes et de revues^ traitaient les gardes nationaux comme une troupe scddée, les arrachaient aux travaux de la campagne pour leur faire faire un service souvent inutile, les dégoâtaient de leur pays, et rendaient continudles les désertims qui, lignant des hommes mairies de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs propriétés, étaient si nuisibles à l'agriculture et à l'accroissement de la population (i).
Quand nous eûmes quitté le gouverneur, don Diogo me mena chez le juiz de fora. Il était employé à Campes dos Goitacazes, lorsque j'avais passé par c^te ville; je renouvelai connaissance avec lui, et il eut la bonté de m'abtn-
(1) Voir plus haut, p. 285.
donaer une maison de campagne fort commode, qu'il occupait ordinairement, et qui était située à peu de distance de la yillei sur un coteau voisin de la mer.
Un jour que j'étais allé voir mon hôte» la conversation tomba sur la jurisprudence portugaise. Comme tous ceux qui en avaient quelque idée, il me dit que rien n'était plitô embrouillé et plus incertain; que les juges étaient sans cesse embarrassés pour choisir entre une foule de hûs qui se contrariaient; que la plupart du tecips ils rendaient leurs arrêts en suivant les lumières de leur conacience quand ils étaient intègres , ou en consultant leurs intérêts quand ils étaient corrompus, ce qui arrivait presque toujours. Le juiz de fora se plaignait aussi , avec juste raison, de l'empiétement des gouverneurs de capitaineries sur l'autorité judiciaire ; mais en même temps il avouait qu'il n'y avait aucune loi qui fixât d'une manière précise les limites des différents pouvoirs. C'était là bien certainement un des défauts les plus graves de l'organisation intérieure de ce pays.
Le juiz de fora n'était pas la seule connaissance que j'eusse à Desterro; j'y retrouvai un colonel du génie que je voyais de temps en temps, lorsque j'étais à Rio de Ja^ neiro, et qu'on appelait Antonio José Rodrigues. Cet officier maria sa fille pendant mon séjour dans Tile de Sainte-Catherine, et il eut la bonté de m'inviter à la cérémonie. Elle devait se faire le dimanche, à quatre heures après midi. Je me rendis chez le colonel quelques instants avant l'heure indiquée, un peu surpris de ce que, dans un pays catholique, on eût choisi le dimanche pour se marier. Mais je fus bien plus.étonné encore lorsqu'en entrant dans le salon j'y vis un petit autel orné avec goût , qui indi-
quait assez que ce local avait été choisi poar la célébration de la cérémonie. Les futurs parurent bientAt, accompagnés de quelques amis intimes et d'un prêtre. Celui-ci s'habilla; il commença la bénédiction nuptiale, et, pendant tout le temps qu'elle dura, les assistants et les fiancés rirent et causèrent à peu près comme dans une place publique. Le mariage célébré, on enleva promptement Tautel ; le salon se remplit de monde ; on se mit à danser, et le prêtre qui avait fait I» cérémonie assista au bal, ainsi que plusieurs autres ecclésiastiques. Il y avait à cette petite fête un assez grand nombre d'hommes, officiers ou employés, et environ une quinzaine de femmes. Toutes celles-ci étaient parfaitement mises, et en général elles dansèrent fort bien (i) ; aucune n'avait ni la roideur ni la gêne de celles de Minas. Les hommes étaient, en général, peu empressés auprès d'elles; mais, quand ils leur adressaient la parole, elles répondaient sans embarras et avec politesse. Ces dames, cependant, n'étaient point exemptes d'un défaut qui m'avait toujours choqué chez les habitantes de Minas Geraes : quelque chose de dur et de rauque dans le son de leur voix, qu'il faut attribuer, je crois, à l'habitude de commander à des esclaves.
(1) M. Barrai, auteur de l'importante carte citée plus haut, et le lieutenant de marine russe Kotzebuc, racontent, chacun de leur côté {Notions dans les Annales maritimes^ 1833, U; —Endeckunfs reise, I, 106), qu'étant dans la province de Sainte-Catherine ils y virent danser des fandangos. Ce mot espagnol est absolument inconnu aux Brésiliens; MM. de Barrai et Kotzebue auront voulu, sans doute, parler des batuqueSf cette danse obscène dont j*ai eu occasion de parler daus mes précédents ouvrages et qui a été empruntée aux nègres. C'est là un exemple de la transformation que j'ai signalée à la note de la page 348. Dans une relation bien rédigée, un autre navigateur parle de la province de las Minas (Voyage Favorite, IV, 135).
DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-aTHERINE. ^3
Pendant que j'étais à Sainte-Catherine, un bataillon de 600 soldats portugais du 12* régiment d'infanterie de
ligne tenait garnison dans cette tie. C'étaient tous des hommes faits, dont on vantait généralement l'honnêteté , et qui, par leur excellente discipline, faisaient honneur à l'armée portugaise. Quelle différence il y avait entre ces braves militaires et les soldats de la garnison de Rio de Janeiro, la plupart gens de couleur mal choisis, sans force, qui n'avaient rien de l'homme de guerre, et se livraient, pour de l'argent , à la débauche la plus honteuse ( i ) ! Toutes les fois que les soldats en garnison à Sainte-Catherine pouvaient obtenir la permission, ils se louaient pour travailler chez les cultivateurs, et plusieurs d'entre eux avaient fait la guerre en France ou y avaient été prisonniers, et ils parlaient de notre pays avec regret. Les officiers étaient polis, bien élevés, et savaient tous un peu de français.
Accompagné du chirurgien-major du bataillon, j'allai voir l'hospice de Menino Deos dont on avait fait momentanément , comme je l'ai dit plus haut , un hospice militaire. Les salles sont parfaitement éclairées , mais le bâtiment a l'inconvénient d'être très -bas, et par conséquent les fenêtres ne peuvent , en certains cas , être ouvertes sans quelque danger pour les malades. Avant que r établissement fût devenu militaire, toutes les salles étaient divisées, par des cloisons, en un certain nombre de petites
(1) J*ti dit ainears combien les dignes militaires de Minas Gcraes et les dragons de Goyaz méritaient d'éloges. Us n'avaient non plus rien de commun ayec les hommes qui, k l'époque de mon voyage, composaient les régiments de Rio-Jaqeiro.
354 VOYAGE DANS L^ PRQVQfCSS
cases destinées chacune, pour un malade (1) ; comme Vair se renouvelait difBcilement dans ces réduits et 4u'oti ne pouvailjy ly^aintenir une propre bim exacte» le chirurgien-mfi|ior avait fait çnlievei: les cldrisona. L'établissemmt était bien tenu; rieb ne manquait aux malades ; et Fod suivait avec exactitude les règlements , qui me parurent fort sages. Chaque malade couchait seul, et les lits étaient suffisamment écartés les uns des autres et sans rideaux, comnie cela devait être dan^ un pays fort chaud. Au lit de chaque malade» oq voyait i)n tableau où se trouvaient inscrits son nom» le jour de son entrée^ etc. Lorsque le chirurgien faisait sa visite» il indiquait» sur chaque tableau» la potion qui pouvait être doonée au malade et les remèdes q^'il devait prendre. Les recettes étaient désignées par un simple numéro qui renvoyait à un formulaire général composé d'un certain nombre d'articles. La visite terminée, r infirmier faisait le relevé des tableaux. Ua/moa;an/e (2) ou économe achetait les objets nécessaires; il se faisait donner des reçus par les marchands» et il fallait que ses livres fussent d'accord avec les relevés de F infirmier.
On avait le projet de construire un hdpital militaire» et l'on devait rendre aux pauvres l'établissement qui leur appartenait. L'emplacement du nouvel hôpital était déjà marqué; mais on n'aurait pu en choisir un qui f&t moins convenable : c'était près de la caserne» au pied des mornes»
(1) C'est ce que j'ayais déjà va à Villa Rica, on Oaro Preto, dans Thospice militaire, en 1816 {Voyage dan$ les provinces de Rio de Janeiro et de JUinas Geraes, I» 146).
(2) Almoxarife signifie, à j^roprement parler» ua recevenr (Ifonw», IHce., 3» éd.).
DE SAHYT-PAtJL ET BE SAQ9TE-GATHERINE. 355 -
dan» un eaifoiieeiBent ok Tair ne circulait pas» que F ou prétendait bMlf rédifiee projeté (1).
Pendant le temps que je restai à Sainte^atherine, je fis presqoetous les jours des promenades. Comme F hiver approchait^ elles forent peu {urolItaUes pour la botanique ; souvent elles ne me procurèrent pas une seule plante en fleur que je ne connusse depuis longtemps ; mais elles me firent goûter le plaisir d'admirer des sites délicieux.
Un (penre d'industrie particulier à Sainte-Catherine est la fabrication de certaines poteries où Teau se maintient extrêmement fraîche, et que Ton expédie pour Rio de Janeiro et d'autres villes du Brésil* Je me dirigeai , dans une de mespromenades> vers Tun des endroits où se font ces poteries. Elles sont d'un rouge foncé» lisses» luisantes et d'un grain très^-fin. Les plus communes sont des espèces de cruches (moringues) d'une forme arrondie» qui ont une anse et deux goulots» l'un plus large servant à remplir le vase d'eau, l'autre par lequel on boit et qui n'est percé que d'un trou, fort petit. On donne une forme plus élégante à d'autres vases également destinés à entretenir la fraîcheur de l'eau» et qui peuvent servir d'ornement. Toutes ces poteries se font au tour avec une argile olivâtre que l'on tire du'lieu appelé Cuhatao (2) situé sur la terre ferme. Après les avoir fait sécher à l'ombre» on les imbibe d'une eau dans laquelle on a délayé une terre fort rouge prise sur lés bords du canal [e&treito] qui sépare l'île du continent (5). C'est à
(1) L'hôpital nulitake ii*a point été constniit, et Ton a rendu Thospice et Menioo Deos à sa destination primitive.
^2) On peut Yoir ce qoe j'ai écrit sur ce mot dans un des premiers cbapities 4lf cet ouyrage.
(3) C'est àlort» comme on voit, qn'utf voyageur (Cogtitife, hi$L, 68)
l'aide d*un linge que l'on fait cette petite opération. On frotte les vases avec un caillou trèsriisse pour les rendre luisants et polis, et enfin on les fait sécher au four.
Pendant mon séjour à Desterro, on fêta Tanniversaire de la naissance du roi Jean YI. A cette occasion , tous les gardes nationaux du district furent obligés de se rendre à la ville plusieurs jours d'avance , et le gouverneur les passa en revue. J'assistai à celle de la cavalerie, et j'admirai non- seulement sa bonne tenue , mais encore la précision de ses manœuvres ; on aurait pu prendre ces miliciens pour des soldats de la ligne. Le 12 mai au matin, des salves d'artillerie annoncèrent la fête. Le bataillon d'infanterie et celui d'artillerie, ainsi que les gardes nationaux ou miliciens, se réunirent autour de la place , et l'on chanta dans l'église paroissiale un Te Deum auquel assistèrent les membres du sénat municipal, le gouverneur et rétat-major. Après être sorti de l'église, le gouverneur
a cru qae les poteries de Sainte-Catberioe étaient faites avec une argile rouge. Si elles n'avaient pas une couleur d'emprunt, elles seraient probablement brunâtres, après avoir passé au feu. C'est très-vraisemblablement des anciens indigènes que les habitants caucasiques de Sainte- Catherine auront appris Tart de colorer les vases de terre , car voici de quelle manière s'exprime Hans Stade , qui écrivait, en 1557, sur les usages des Tupinambas : « Les femmes fabriquent les vases de la mai< nière suivante : elles pétrissent avec de la terre une espèce de pâte, à « laquelle elles donnent la forme qu'elles veulent, et qu'elles savent V très-bîen colorer. » {Histoire d'un pays... twmmé Amériquef 261, dans la CollecUon de voyages publiés par Henri Ternaux). Les Indiens de la côle méridionale du Brésil n'existent, pour ainsi dira, plus ; mais on ne saurait croire combien ils ont laissé de traces dans les habitudes et le langage de leurs destructeurs. La lettre du vénérable José Anchieta sur l'histoire naturelle de S. Paul tend aussi, ce me semble, à prouver, contre l'opinion des savants Spix et Martius, que )es Portugais ont dû aux indigènes la connaissance de bien des remèdes.
reparut au milieu de la place avec les principaux officiers ; il se découvrit , cria vive le roi , et ce cri fut répété par tous les militaires et par les assistants. Les troupes firent par deux fois un feu de file qui fut suivi d'une décharge d'artillerie, et ensuite elles défilèrent avec beaucoup d'ordre. Les miliciens, tous agriculteurs, qui étaient dans la ville depuis plusieurs jours , dépensant leur argent et ne travaillant point, s'empressèrent de retourner chez eux aussitôt que la cérémonie fut achevée, et, toute Taprès-dînéc, le canal fut couvert de pirogues qui le traversaient avec rapidité. J'étais invité au bal que donna le gouverneur, et, à la nuit, je me rendis au palais. J'y trouvai les employés, les principaux habitants de la ville et une trentaine de femmes parfaitement mises. Déjà, chez le colonel Antonio José Bodrigues , j'avais admiré le talent des dames de Sainte-Catherine pour la danse; mais je l'admirai bien plus encore quand je sus qu'elles n'avaient pas de maître et qu'elles apprenaient en s' exerçant entre elles.
Les officiers de la frégate française la Bayadère s'étaient trouvés, l'année précédente, à la même fête, et Ton m'a dit que, jugeant, par ce qu'ils avaient vu à Sainte-Catherine, du Brésil tout entier, ils avaient emporté l'idée la plus favorable de cet empire. Si , dans la petite île de Sainte-Catherine, d'où l'on ne tire guère que de la farine de manioc et de l'huile de poisson, auront-ils dit, sans doute, on trouve des gardes nationaux si bien vêtus et si bien exercés, des femmes si bien mises et si polies, quelle idée ne doit-on pas se former des capitaineries de l'intérieur qui ont produit tant d'or et des diamants 1 Mais il faut savoir qu'il n'est dans l'intérieur aucun point aussi peuplé que Sainte-Catherine, que les communications y sont dif-
ficiles » que la plupart des denrées ne peuvent en sortir à cause de l'embarras et de la cherté des transports, et que, depuis l'abandon des anciennes minières , on n'y trouve plus guère de moyens de s'enrichir ; il faut savoir encore que les personnes qui, à Sainte-Catherinoi font le plus de figure n'appartiennent point à Tile, et enfin que ce luxe extérieur, dont l'étranger est ébloui un iastant, couvre presque toujours une misère réelle (4830).
Pendant mon séjour à Desterro , je fus comblé de politesses par les employés et les officiers de la garnison. Le gouverneur en avait donné l'exemple; il m'avait invité à <Uner, et ne cessa de me faire des oflVes de service. Je fus également bien accueilli par le brigadier Felis XXX et par le maréchal Joaqvih de Ouveirà Alva&es, pour lequel j'avais une lettre de recommandation. Ce dernier donna en mon honneur un diner auqud toutes les autorités du pays furent invitées, et fut pour moi d'une amabilité parfaite. Le maréchal était né à Madère ; il avait été élevé au collège anglais de Douai, et s'était fait recevoir à Coimbre docteur es sciences mathématiques. Après avoir d'abord servi dans la marine , il avait passé dans les troupes de terre, et avait ser^vi contre les Espagnols- Américains. Ses connaissances étaient variées ; il parlait assez bien le français et aimait l'histoire naturelle. Aimable, gai, jovial, s' abandonnant à un aimable labser-^ler, il avait aussi peu de prétention que de morgue.
DE SAINT-PACL ET M SAmtE-€ATB(ËBIIfE. 359