CHAPITRE XXVlU
VOYAGE DE DESTERRO À LAGÙNA.
L'antenr s'emliarqiie pour se rendre de FUe de Sainte-Catherine h Varmaçâo de Garupava. — Les deux ri?es du canal qui sépare FUe du cootinent. — RelAche à la paroisse de Nossa Senhora da Lapa ; détails sur cette paroisse ; imprudence de Firmiano, orgueil de l'affranchi Manoel. — Passage de la barre méridionale du canal de Sainte- Catherine. — Arrivée A Yarmaçao de Garupava ; mauvais coucher. — Visite au sargenlo môr Manoel de Soczà GuimarÀes ; une plaine, sa végétation, le palmier Butiâ; Fauteur apprend qu'il a couru un grand danger ; détails sur la culture des terres ; location de chariots.
— L'administrateur de Yarmaçao, — Description de cet établissement. — Chemin de Garupaba à Encanlada ; les femmes ; une visite k un malade; culture; réponse étrange. —Une autre Flore. — Une suite de lacs. — L'anse et la pêcherie d*EmbUuba, — Embarras pour trouver un logement h Villa Nova ; description de ce village ; culture.
— Le bord de la mer.
En arrivant à Sainte-Catherine, j'avais prié D. Diego de me {procurer une barque (laneha) pour aller jusqu'à Farifiaçào de Garupava ou Garupaba (1) située sur la terre ferme, et de là je comptais me rendre par terre à la ville de Laguna, puis passer dans la province de Rio Grande do
(1) On écrit aussi Garopoba.
S60 VOYAGE DANS LES PftOYINGES
Sul. D. Diogo s'arrangea avec un homme de Garupaba qui devait transporter à Sainte -Catherine une cargaison de farine et me prendre à son retour. Je fis mes adieux aux personnes qui m'avaient si bien accueilli , et je partis, le 18 de mai, muni des meilleures lettres de recommandation. J'étais à peine embarqué que le vent changea» et nous avançâmes avec une lenteur extrême. Peu à peu cependant, notre barque s'éloigna de la ville de Desterro , et nous nous rapprochâmes des montagnes appelées Serra do Cubatào qui lui font face du côté de la terre ferme. Côtoyant rile, nous passâmes devant une anse profonde et demicirculaire que l'on appelle Saco dos Limoeiros (la crique des limoniers) et où se jette le Rio do Tovares (i). Pendant mon séjour à Sainte-Catherine, je m'étais souvent promené sur les bords de cette crique, qui peut-être sont encore plus riants que les autres parties de l'ile. Bientôt nous apercevons, du côté du continent, la paroisse de S. José (2).
(1) Le Sœo dos Limaeirot n*est indiqué ni sur la carte de M. da Barrai ni sur celle de M. de Yilliers; Gazai , Milliet et Lopes de Monra ne l'indiquent pas davantage dans leurs écrits ; mais Piurro le désigne sous le nom de Saco do Rio Tovares {Mem. hist.^ IX, 263).
(2) Le village de S, José ou José da Terra Ferme fut érigé en paroisse en 1751 ; le 27 août 1832, rassemblée législative de la province en a fait une ville. U est situé dans une baie, près de la rivière d% Maruhy, qui n'est pas navigable. En 1820, la paroisse de S. José comprenait environ 400 feux et 3,649 communiants ; en 1841, sa population tout entière s'élevait h 6,053 individus libres et 1,635 esclaves. Une partie de cette population descend, à ce qu'il parait, des anciens indigènes (Piz., Mem. hist,, Y, 83. — Antero José Ferreira de Brito, Falla do f de março de 1841. — Mill. et Lop. de Moura, Diec.t II, 572). En 1829 a été fondée, sur la paroisse de S. José, une colonie allemande à laquelle on a donné le nom de S, Pedro d^Àlcantara, et qui, fort différente de ceUes qui avaient été formées dans la province de Sainte- Catherine par des Français, par des Sardes et par d€« Belges» parait
I Noos passons devant les terres basses et couvertes de man-
gliersquiy du cAté du midi, bordent le Saco dos Limoeiros, et nous doublons la pointe de Catacanga (1) formant la limite méridionale de cette crique. Plus loin , les mornes laissent peu d'espace entre eui et la mer ; leur sommet est couronné de bois vierges ; leurs flancs offrent des plantations éparses au milieu des capoeiras, et çà et là des pierres et des masses de roches. Au pied des mornes nous apercevons r église de Nossa Senhora da Lapa (Notre-Dame de la Grotte) , autour de laquelle sont quelques maisons entourées d'orangers. Mous côtoyons la terre de plus près ; nous passons devant plusieurs sitios bâtis au bord de la mer, et nous arrivons à la paroisse même de Nossa Senhora da Lapa, autrement Ribeirao, située à environ 2 legoas de Desterro. Le vent était à Touest, il faisait presque nuit; le patron de la lancha se décida à jc^r F ancre en face de la paroisse.
Pour éviter Tennui d'une soirée passée sur le bord de la mer ou dans ma lancha, j'allai voir le curé, qui d'abord me reçut très-froidement, mais qui devint fort honnête quand je lui eus montré la portaria que m'avait donnée le
prospérer d'une manière assez remarquable. Je n*ai pu lire sans un vif intérêt ce qu'a écrit sur cette colonie , eu 1848 , le curé de S. José. On aura, sans doute, été surpris de la phrase suivante de sa notice : « H « semble que ces hommes soient venus de si loin, afin de nous repro- « cher, par leur conduite , notre indifférence pour la religion et nous « donner l'exemple d'une fidélité parfaite à observer ses préceptes, seuls « liens qui puissent unir les sociétés humaines. » (Joaq. Gomes de Oli* yeira e Paiva, Mem. hisL, sobre a colon, de S. Pedro d^Alcanlara in RevisL trim., 2* ser., m, 504.)
(1) Ce nom, que nous avons déjà trouvé dans les Campos Geraes, vient, comme je l'ai dit, du guarani caiâcd^ tête de singe.
362 YOTAGE DANS LES PROYITVGES
gourerneur de la province. Il me flt d'abord prendre Ve thé, et ensuite» en attendant le soupeir, il m'offrit de filtre une promenade dans sa paroisse. Il faisait un clair de luise magnifique qui me permettait de distinguer tous les objets. Nous suivîmes de jolis chemins parfaitement unis, bordés de plantations , et à pen de distance les unes des autres nous rencontrions des maisons entourées d*orangerS et dé caféiers. D'un côté je voyais , à quelques pas de nous , les montagnes couronnées de bois vierges , et de l'antre j'avais de temps en temps des échappées de la mer dont nous entendions les mugissements.
' Pendant cette délicieuse promenade, le curé me dit que sa paroisse, nouvellement créée, s'étendait jusqu'à l'extrémité de rtle, et qu'elle avait environ 5 legoas de longueur sur une largeur peu considérable. Dans cette étendue elle comprenait 1 ,900 ûmes, dont 400 esclaves mâles et 100 du sexe féminin (1). Si les esclaves étaient à Nossa Senhora da Lapa dans une proportion plus considérable qu'en d'autres paroisses, cela tenait à ce que, sur la première, il existait plusieurs sucreries et une armaçào, celte de Lagoinha. D'ailleurs ici, comme dans le reste de l'île, il n'y avait
(1) Dès Tan 1763, une chapelle avait été construite, sous Tinyocation de Nossa Senhora da Lapa^ dans le lieu où est aujourd'hui la paroisse du même nom. Plus tard, une église plus importante remplaça la chapelle ; mais ce fut seulement en 1809 qu'elle fut érigée en chef-lieu de paroisse, sous le nom de Nossa Senhora da Lapa do Ribeirao. En 1840, cette paroisse comprenait 1,571 blancs et 563 esclaves; ce serait une diminution sensible sur le chiffre de 1820 ; mais il se pourrait que la circonscription de la paroisse de Lapa do Ribeirao eût été réduite ; car, dans Tintervalle de 1820 à 1840, on a créé deux paroisses de plus dans File de Sainte Catherine (Pizarro, Mém. hist., V, 285. — Antero José Ferreira de Brito, Falla do V de março 1841).
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guère de familles qui possédassent plus d'un ou deux esclaves; mais le désir de tous les cultivateurs était d'obtenir une possession qui satisfaisait tout à la fois leur orgueil et leur paresse.
D'après ce qui me fut dit par le curé de Lapa, les femmes de sa paroisse n'aimaient pas moins la toilette que celles des alentours de la ville ; le curé ajouta que, les jours de grandes fêtes, il n'y avait presque aucune de ses paroissiennes qui allât à la messe sans avoir des bas de soie et des souliers de damas. Les femmes que je vis à mon arrivée portaient généralement une robe d'indienne et un châle de soie.
Pendant la nuit que je passai à Lapa le temps fut toujours serein, mais le vent était furieux. Qand je me levai, il était à l'ouest ; le patron de la lancha me dit que nous ne pouvions partir, et j'eus tout le temps de me promener autour de l'église. Comme je l'avais déjà reconnu, étant encore sur le canal (1) , elle est située au pied d'une suite de mornes qui se prolongent parallèlement à la mer et laissent peu d'intervalle entre eux et le rivage. Devant l'église s'étend une belle pelouse un peu élevée au-dessus de la plage, et k l'extrémité de laquelle sont quelques rochers. De cette espèce de plate-forme on découvre tout le canal , dont la largeur est ici peu considérable, les mornes élevés de Ccmbirera (2), qui font face à l'église et sont couverts de bois vierges , enCn toutes les terres voisines. A droite et à gauche de Téglise, entre la mer et les montagnes, sont des maisons assez rapprochées les unes des autres, et en- Ci) Page 36i.
(2) Cambirera vient des mots de là Hngoa (ferai, camby, lait , rerû, vase, pot au lait {Diec. pûrL brax.).
iourées de caféiers et d'orangers. On communique de Tune a l'autre par de jolis chemins bordés de plantations.
J'étais sur le point de me mettre à table avec le curé, lorsqu'un homme entra comme un furieux dans la chambre où nous étions. Il me demanda si j'étais propriétaire de la lancha qui était à l'ancre devant la paroisse ; je lui répondis que non, mais que les effets dont elle était chargée m'appartenaient. Il me dit alors qu'un de mes gens, que je reconnus au portrait qu'il m'en fit pour être Firmiano, avait tiré imprudemment du côté de sa maison , et que les grains de plomb étaient tombés à ses pieds ; qu'il était allé se plaindre aux hommes de la lancha; qu'un nègre lui avait parlé avec beaucoup d'insolence, et lui avait présenté son fusil en le défiant d'avancer. D'après les récits du plaignant, je ne pus douter que le nègre en question ne fut Manoel. Rien n'égalait l'orgueil de cet homme ; rien n'égale, en général, celui de tous les nègres libres. Comme leur couleur peut les faire prendre, à chaque instant, pour des esclaves, ils ne songent qu'aux moyens de la démentir, et refusent de faire une foule de choses qui ne répugnent à aucun blanc raisonnable.
Depuis le matin il faisait un calme plat ; mais, vers les deux heures, le patron de la barque se décida à partir et donna ordre à ses nègres d'aller à la rame.
Au delà de Nossa Senhora da Lapa le canal continue à avoir peu de largeur ; les mornes s'étendent jusqu'au rivage, des bois vierges les couronnent, et leurs flancs étaient, à l'époque de mon voyage, couverts de capoeirasy au milieu desquelles des plantations de cannes à sucre formaient une marqueterie d'un vert tendre. De distance en distance on voyait au pied des mornes , sur le bord du
DE SAINT-PAUt ET DE SAINTE-CATHERINE. 365
canal, des sitios plus pittoresques les uns que les autres» et dont quelques-uns n'étaient point sans importance.
Nous laissons derrière nous, du côté du continent, la Freguezia da Enseada (la paroisse de Tanse], qui porte ce nom parce qu'effectivement elle est située au fond d'une petite baie. L'église a été bâtie au pied d'un morne dont la partie la plus basse était seule cultivée, le reste couvert de bois (1).
Cependant le vent s'était élevé ; on avait hissé la voile, et nous approchions de la barre du sud ; mais alors il était déjà tard , et bientôt je cessai de distinguer les objets. Le patron me demanda si je ne craignais pas de passer la barre pendant la nuit. Il faisait un clair de lune superbe, le vent était favorable ; je répondis à cet homme que je m'en rapportais à sa prudence. Il se décida à continuer le voyage. La mer était loin d'être calme , et nous savions que la sortie du canal est quelquefois dangereuse, à cause des bancs de sable dont elle est embarrassée. Bientôt nous sentîmes la barque, soulevée par les flots, retomber
(1) La paroisse à' Enseada ou Enseada do Brilo a été créée» en 1751, sous FioTOcatioD de Notre-Dame du Rosaire» d'où lui vient le nom qu'elle porte dans les actes publics {^ossa Senhora do Rosario da Enseada do Brilo), On y comptait, en 1822, 170 feux et environ 1,360 adultes ; en 1840, 512 feux, 2,141 individus libres et 590 esclaves. C'est sur la paroisse d'Enseada, au bord du Rio Cubatâo,que se trouvent les eaux thermales très-vantées , dites Caldas de Santa Catharina, Un hôpital fut commencé, sous Fadministration de Tovar, près des sources du Cubatào ; la construction de cet établissement a été interrompue pendant un grand nombre d'années; mais elle a fiai par être reprise, et en 1847 le président de la province annonçait à l'assemblée législative que la moitié de l'édifice était achevée (Piz., 5îem. hisL^ IX, 82. — Sigaud, ClifMU, 501.— Mill. et Lop. de Mour., Dtcc, l, 201. — Antero José Ferreira de Brito, Fallas de 1841, 1847).
366 VOYAQS 04JN$ LES Pft01WCE&
brusquQBieBt en nous donoaBt de fœrtes secousse» cenne si elle allait être engloutie. La bâfre était passée»
Malgré T obscurité de la nuit» je reeonnus;» au delà du canal^ divers ilote, sur Fan desquels est une forteresse. Après le pasaage de la barre» je m'étendis dans la barque ; je n^'endormia et ne me réveillai qu'à Varmaçào de Gantbava (du guarani ygacupa^ Tanee de» barques), où nons arrivâmes à deux heures du matin.
La barque fut attachée à la cale (impiohe). Le patron m'engagea à débarquer et à pass^ dans sa maison le reste de la nuit ; comme le froid était assez vif, j'acceptai son offre ; sa femme étendit une natte par terre, et je m'y
couchai.
Je me levai à la pointe du jour et fis débarquer mes effets. L'administrateur de Yarmaçào^ auquel j'avais été recommandé, était absent. Celui qui le remplaçait m'installa dans une grande chambre fort vilaine et sans meubles, où l'eau pénétrait de tous les côtés. Je demandai si les chariots qui devaient me transporter à la paroisse de Villa Nova (ville neuve) et avaient été retenus depuis longtemps par D. Diogo étaient arrivés ; personne n'en avait entendu parler : je me décidai, en conséquence, à aller à une demi-lieue de Garupaba porter une lettre de recommandation au sargento môr Manobl de Souza Guima- RAES, qui avait été chargé de me procurer des moyens de transport.
En sortant de Yartnaçào pour me rendre è b fasenda du sargento môr, je traversai d'abord une plaine sablonneuse, couverte de g^zon et d'arbrisseaux, parmi lesquels on trouve abondamment la Myrtée, nommée Myreia Garopi^eMis dans mon Flora Brasiliœ, ete., et l'Ëricacée n"" 1769 ter.
DE S4RiT*PAUIi ET D£ SAINTfi-QATHERINE. 367
appelle vulgalroment Camarùûiaf dont les fruits, noirs, lisses, Iqîsants» disposés en grappes, sont rafraichissants et d'un goût agréable. A une autre époque de Tannée, j'aurais certainewi^nt recueilli, dans cette plaine, beaucoup d'espèces de plantes; mais le temps de la floraison était passé, et Ton ne trouvait plus que des d&ria ; c'est à peine si, comme dans notre automne, un petit nombre d'individus tar4ifs et rabougris offraient encore quelques fleurs.
Le végétal le plus remarquable de tous ceui qui croissent dans la singulière plaine de Garupava est un palmier nain que je ne connaissais point encore, et auquel on donne le nom de Butta (1). 6a tige n'atteint guère plus de 5 lued^de haut. Elle est chargée, à sa partie supérieure, d'écaillés courtes qui ne sont autre chose que la base des feuilles anciennes déjà tombées, et elle se termine par une touffe de feuilles nouvelles, ailées, recourbées, longues de 3 à 4 pieds, glabres, d'uu vert glauque. Le pétiole de ces feuilles est bordé, à la partie supérieure, d'épines écartées, et, k la partie inférieure, de filaments, débris d'une gaine qui, originairement, entourait la gemme centrale. Dans une fossette qui se trouve à la base de chacune des folioles delà feuille, on voit quelques écailles rousses et scarieuses. Les spathes, linéaires et aiguës, ont la forme d'une nacelle. Les fleurs sont disposées en panicule sur des branches parfaitement simples : je ne les vis point; mais les fruits qui en résultent étaient, lors de mon voyage, au moment de la maturité , ils ont la grosseur d'une noisette; ils sont charnus» ovoïdes, glabres, jaunes, d'un goût agréable, et ren-
(1) Qn écrit, ea guarani, mbutià. Ce mot, dans cette langue , signifie eefii>(ier. {IBffm de Montoya» Te#< leng, guar.)
ferment un petit noyau qai ressemble A celui de T olive.
Après avoir traversé la plaine dont je viens de faire la description, j'entrai dans un bois vierge assez fourré ; je passai devant des plantations de manioc et d'orangers parfaitement régulières y ce qui au Brésil est une véritable merveille y et enfin j'arrivai à la fazenda du sargmto m6r.
Elle était située sur une hauteur d'où l'on découvre tout a la fois une échappée de la mer et une vaste plaine couverte de bois, qui n'est que la continuation de celle dont y ai parlé tout à l'heure. Cette habitation était aussi pour moi une espèce de rareté ; car, à Minas et à Goyaz , c'est généralement dans les fonds que l'on bâtit les fazendas.
Le patron de la barque qui m'avait amené à Garopaba était venu avec moi chez le sargmto m6r; celui-ci lui fit les plus vifs reproches de ce qu'il avait compromis mon existence en passant de nuit la barre du canal de Sainte-Catherine : je ne croyais pas avoir couru un si grand danger.
Quand il eut achevé sa semonce, le sargento mAr m'invita à dîner, et j'acceptai. Sa femme mangea avec nous, ce que n'aurait certainement pas fait une dame de Minas ou Goyaz, et elle fut enchantée des éloges que je donnai à Sainte-Catherine, qui était sa patrie.
Le sargmto môr me dit qu'il cultivait principalement le manioc, et que cette plante réussissait dans ce pays mieux que toutes les autres, parce qu'elle aime surtout les terrains sablonneux. U ajouta que, lorsqu'elle avait remplacé immédiatement un bois vierge , on laissait reposer deux ans les terres où elle avait été plantée , mais que, si elle l'avait été dans une capoeira^ il fallait attendre quatre à cinq ans , pour que les arbrisseaux et les broussailles
DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-GATHERmE. 369
fussent de nouveau en état d'être coupés et brûlés (i).
Mon hôte me promit que j'aurais le lendemain trois chariots pour aller à la paroisse de Villa Nova y située à 6 lieues seulement de Garupaba. Chaque chariot devait me coûter 10 patacas (20 fr.), et le sargento màr s'était engagé à m'en fournir deux. Je crois qu'à ce prix il n'aurait pas été fâché d'avoir tous les jours des recommandés, et même de leur donner à diner. Depuis Curitiba , je dépensais dix fois plus que dans l'intérieur^ et je trouvais beaucoup moins de plantes. Si je n'avais pas fait de grandes économies dans mes précédents voyages, il m'eût été impossible de continuer celui-ci.
De retour à Xarmaçaoy j'allai rendre visite à l'administrateur général, qui était arrivé en mon absence. A peine fus-je entré dans sa galère ou varanda (2), que l'on se mit en prières, et l'administrateur m'édiGa par son air de dévotion et d'humilité. Le lendemain, il entendit deux messes; avant la seconde, à laquelle j'assistai, il récita des prières tout haut en langue vulgaire , et pendant le temps que dura cette messe il prit les postures les plus humbles. Comme j'ai déjà eu occasion de le dire, les Brésiliens traitent fort lestement les pratiques, qui, pour eux, sont trop souvent la religion tout entière ; aussi fas-je fort surpris de cet étalage de dévotion, dont j'étais témoin pour la première fois depuis que j'étais en Amérique. J'espère qu'il était chez l'administrateur l'expression de vertus sin-
(1) Mes précédentes relations contiennent des détails étendus sur les capoeiroê, (Voir, en particulier, mon Voyage dam les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, 1, 194.)
(2) J'ai donn'> Texplication de ce mot dans mes relations précédentes.
cères; mais, au nombre de celles que je me plais à.attribuer à cet homme, je ne puis mettre Tbospitalité; car Taccueil qu'il me fit , à mon arrivée, fut très-froid, pour ne pas dire dédaigneux ; quoique le temps ne fût pas chaud, il ne m'offrit point à entrer dans sa maison, et ne me fit aucune politesse.
Il s'en fallait bien que Y armaçào on pêcherie de Garupaba fût sans importance; cependant les bâtiments qui la composaient étaient bien moins considérables que ceux d'ItapQcproia (1), et la vue est également ici beaucoup moins agréable. L'armaçao était située au fond d'une anse étroite et allongée, entourée, à droite et à gauche, de mornes couverts de forêts d'un vert sombre. Le paysage, en, général assez monotone, emprunte pourtant un peu de variété de la vue de quelques collines qui appartiennent Siu co;)tinent, mais qui, par une illusion d'optique assez singulière, semblent deux îles séparées par un canal et s'élevant en face de Varmaçào. Cette dernière ne correspondait point au milieu de Tanse. L'église, les logements de l'administration, ceux du chapelain et des contre-maitres [feitores) avaient été bâtis, à mi-côte, sur un morne dont le sommet était couvert de bois ; Tusine où l'on faisait frire les morceaux de baleine {engenho de fngir)y les réservoirs, les cases à nègres s'élevaient sur le rivage.
Je partis de Garupaba, le 21 mai, avec mes trois chariots.
Le chemin que je suivis est plat, fort beau, et traverse toujours un pays de bois vierges ; mais, surtout dans le voisinage de Varmaçào, beSucoup de terres avaient déjà
(1) Voir plashaut.
DE SAOrr^PAUL ET 'DESAINIE-OWPHERINE. 371
été déMdbées; je vis même, de dwttnce à autre, desràto» et quelques plantations de msinioc. Mous ]ia»âme6 une petite rivière appelée Rio de Garufaha, qui iva m jeter dans un lac du îmême nom voisin de la mer. «C'était un jour de fête : je rencontrai un grand nombre de> femmes qui revenaient à cheval de la messe.} En général, elles ne portaient i point de chapéaui d*bomme comme celles de Minas, mais de véritables cbapeaux de femme;* elles ne craignaient point de regarder à droite et à!gattehe,:<leme relire les saluts que je leur * faisfids et 4e parler aux. passants.
Uned'elles, m'ayant vu recueiHir des plantes, voulut -absolument que je fusse médecin, et «me força d'entrer chez die peur voir un malade. Gétiàt un> homme qui , ide* puis phisieurs mois, était tombé en paralysie, ^e^ déplus habiles auraient été peut-être aussi embarrassée (que moi. Je recommmdai le malade à Dieu Je Tengageaiià prçi}(]re patience, à espérer que sa jeunesse le sauverait, et Je m'échappai le plus vite qu'il me fut possible.
Après avoir fait environ 5 legoas^ je m'arrêtai à un petit sitio appelé Encantada (enchantée), qui appartenait au, ^mettre d'un de mes chariots, et où je passai la nuit. Tout en causant avec mon hôte , je lui demandai combien de temps il fallait, dans son pays, laisser reposer la terre pour que les capoeiras pussent être coupées. Nous avons tant de terres, me répondit-il, que, lorsqu'on a planté dans un endroit, on l'abandonne et l'on va planter ailleurs.
Peu après être sorti d'Encantada, nous entrâmes dans un campo sablonneux parsemé de butias très-rapprochés les uns des autres^ eotre lesquels croissaient des arbris-
seaax et des sous-arbrisseaux, par exemple ie n*" 1788. C'était pour moi un effet de végétation tout à fait nouveau que ces palmiers nains, dont les feuilles glauques et aiguës forment des espèces de berceaux sous lesquels croissent des arbustes presque tous d'un vert gai. Une Flore décidément extratropicale commençait ; celle de Uio de Janeiro que j'avais encore retrouvée, avec des modifications, dans rtle de Sainte-Catherine avait disparu.
Alors nous marchions à peu près parallèlement à la mer; mais nous en étions à 1 lieue ou trois quarts de lieue. Entre le chemin que nous suivions et TOcéan , nous laissâmes, m'a-t-on dit, une suite de lagunes, dont la première, appelée La^oa Encantada (le lac enchanté), commanique avec celle à'Araçatuba; cette dernière avec la Lagoa d* Embiraquara^ et enfin celle-ci avec la mer (1).
Au midi de ces lacs, il en est un autre, m'a-t-on assuré, qui n'a aucune communication avec eux, que Ton appelle Lagoa de Panema (â).
(1) Araçaluba vient des mots gaaranis araçà, nom qae Ton doDne, Tomme je Fai dit ailleurs, à toas lesP^tdtum à fruit plriforme» et tiba, réanion, réuniou à^araças, — Je trouve Tétymologie ^Embiraquara dans la lingoO' gérai; emyra<i arbre, et eoara, creui^lecreuide Tarbre.
(2) Le père Antonio Ruiz da Montoya traduit le mot guarani panema par le mot espagnol rétama {Tes, guar.), qui signifie genélf et qui, sans doute, a été appliqué à quelque plante américaine à fleurs jannes. Dans la lingoa geral^ panema ou panemo veut dire qni n'est bon à rien. — Cette suite de lacs dont je parle ici rappello naturellement ceux qni s'étendent près de Rio de Janeiro, entre Praia Grande et le cap Frio, et que j'ai cités dans mon Voyage eur le liUoraly II, 301 : Ptroltniiiga, Itapûig, Maricà, Cururupina, Brava, Jacuné, enfin Saquarénui et Araruama, — IV. B, On remarquera que j'ai cru devoir écrire Favantdernicr de ces noms , comme je Fai fait dans ma relation de voyage, et non Sagoarema^ comme le désirerait M. le prince de Neawied. Caal
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AU delà du campo de htîias, dont j'ai parlé tout a l'heure, nous passâmes auprès d'un petit morne couvert de
écrit, à la vérité, Sequarema; mais» dans ce mot, il n*y a pas de différence pour la seconde syllabe, et c*est seulement sur cette syllabe que je ne suis pas parfaitement d'accord avec M. de Neuwied; d^ailleurson trouve Saquarema dans les Memorias hUtorieas de Pizarro, dans le JHeciimario do Brazil de Milliet et Lopes de Moura, sur la carte de la province de Rio de Janeiro par Gonrado J. Niemeyer ; enfla il est consacré par un document officiel, le rapport du ministre de Fintérieur du Brésil pour Tannée 1S47. M. le prince de Neuwied dit, il est vrai, qu'il a cru entendre ^Sagoarema et non Saquarema; mais, quand il a passé dans les environs de ce lac, il commençait son important voyage, et, lorsqu'on n'a pas encore eu le temps de se familiariser avec une langue, on se trompe facilement sur les sons que Ton entend ; avec le temps ils se dessinent mieux, si je puis m'exprimer ainsi, et Ton est soi-même étonné des erreurs que l'on avait commises d'abord. Sous ce rapport, plusieurs de mes notes manuscrites sont fort défectueuses, et, pour peu que j'eusse continué le Flora Brasilim meridionalis, j'aurais rectifié bien des fautes qui s'y sont introduites. Si M. le prince de Neuwied était retourné à Rio de Janeiro à la fin de son voyage , U n'aurait certainement plus entendu Arcos do Cariocco^ mais Arcos da Carioca. J'ai dit que l'étymologie indienne tendait à prouver l'exactitude du mot 5a» quarema. M. de Neuwied. répond que j'ai pu facilement me trompa, cela est parfaitement vrai ; mais j'ai pris tous les moyens qui étaient ^n mon pouvoir pour ne pas commettre un trop grand nombre d'erreur». Un Espagnol fort instruit dans le guarani, qui habitait les Missions k l'époque de mon voyage, m'a communiqué l'étymologie d'une foule de mots; j'ai sans cesse entre les mains l'inestimable Tesoro de la lengtM guarani du père Ruiz da Montoya ; je consulte aussi très-souvent le JHccionario porluguez e trcuiliano et la liste de M. Francisco dos Prazeres Maranbâo ; j'ai recours, en cas de besoin, à YArte da gramalica da lingua do Brazil du père Luiz Figueira, aux notes de Francisco José de Lftcerda e Almeida, et même k celles de Luccock. Il me semble que ceux qui nous donnent des étymologies grecques ou arabes ne prennent pas plus de peine que moi pour trouver la vérité. Je pourrais ajouter que, pendant mon séjour sur les bords de l'Uruguay et dans les Missions, mes oreUles ont dû se familiariser avec la langue guarani, et j'ai continué à l'entendre parler par les deux jeunes Indiens que j'avais malheureusement amenés en France.
374 TOTAGE DAHS LIS PROTOfCES
bois, et fions arrivÂmes sur le bord de VOcéan au fond de Tanse àEtMtma mi EmbUuba, qui, m'a-t«-on assuré, offre un très-bon mouillage (1). Là je trouvai sur la plage, au milieu d'un gazon très-fin, la Composée i779, et le Verbena Melindrês, aux fleurs d'un beau vermillon, que Ton cultivait dès lors à S. Paul et qui depuis est devenu si commun dans nos jardins.
Au fond de Tanse d'Embituva sç trouvai^ la pêcherie qui portait le même nom , la plus méridionale de toutes : les bâtiments qui la composaient étaient situés sur le rivage; ils avaient peu d'élévation et étaient beaucoup moins considérables que ceux dltapocoroia et de Garupaba.
Auprès de Yarmaçao d'Embituva, nous quittâmes le rivage, puis nous passâmes devant un petit poste militaire où étaient cantonnés deux soldats du bataillon en garnison à Sainte-Catherine (2}. Je leur demandai si j'étais encore loin de la paroisse appelée Villa Nova : ils me répondirent avec beaucoup de politesse ; ensuite , ayant reconnu que j'étais Français, ils me dirent qu'ils avaient fait la guerre dans notre pays, et m'invitèrent à partager leur
Continuant notre route, nous arrivâmes, an bout de
(1) Un Espagaol-Américaja, très-versé dans la langue guarani, faisait dériver EmbiMa d'Umbeltàa , plage élevée. U ne me semblerait pas impossible que ce mot viint {dotAt d'umbû^ espèce d*arbrisse^a, ci iU>a, réunion, réunion d'umbus. Van Lede, qui, p^t-être avec raison, écrit JmbiMta^ dit que Tanse 4ont U s'agit abrita une petite escadre brésilienne destinée à appuyer Tannée impériale, lorsque celle-ci faisait le fiiége de la viUe de iaguna, dont les réédité» de £io Grande s'étaient emparés {Calanisaiion^SrikU, U6).
(2) Voir plus haut.
quelques instants, à Villa Nova. Je demandai le commandant pour le prier de me procurer un gîté et lui remettre une lettré du gouverneur de la province : il était absent, ainsi que celui qui devait tenir sa place. Me sachant à qui m'adresser, j'allai trouver le curé, qui me 'renvoya au caporal du détachement cantonné dans le' village ; celui-ci , à son tour, me renvoya à un sergent de' là garde nationale, obligé, niie disait-il, de remplacer le cômhiahdant. Le sergent refusa absolument d'ouvrir là lettre, parce qu'elle ne lui était pas aidresséè; et je' commençais à perdre patience, lorsqu'un des Soldats dû détachement vint m'offrir la maison où il était logé. Dans le même instant, la femme du commandant me fit dire qu'elle pouvait me céder une partie de la sienne, et j'acceptiâi soti offre. ' - .
Villa Nova (ville neuve), autrement Santa Anna da Lagunay chef-lieu d'une paroisse qui appartient au district de Laguna, est un petit village situé à quelques pas dé la mer, au pied d'un morne couvert dé bols. Il se compose d'une église assez mesquine et sans cloche , et d'un nombre peu considérable de maisons bftties, pour la plupart, autour d'une place couverte de gazon. Appartenant à dés cultivateurs, ces maisons, comme celles des petites villes de l'intérieur, ne sont guère habitées que 16 dimanche; pendant ïa semaine, le village reste désert {\). ' Si Ton avait placé le chéf-lièu de la patoisse de Villa Nova sur le bord de l'anse d'Embituva, ou bien à Textré-
(t) jEn 1840, la population de YiUa Nova s'élevait à 2,474 individus libres et 400 esclaves (Ântero JoscFerreira de Brito, Falla do f dt marçodè 1841). . , ., ^ .
mité septentrionale du lac voisin appelé Laguna^ qui communique avec la mer, et dont je parlerai plus tard, il n'est pas douteux que ce village» ayant des moyens faciles de communication, ne fût devenu florissant; mais, entre deux points très-rapprochés et extrêmement favorables à la fondation d'une ville ou d'un village, on a choisi le lieu qui l'était le moins , puisqu'on face de Villa Nova la côte est fort dangereuse.
Le commandant revint dans la soirée et me dit qu'aux environs du village on cultivait principalement le manioc, le riz, les haricots, et que l'on faisait aussi un peu de maïs et même du froment. Quelques agriculteurs préparaient , avec la charrue, la terre où ils devaient mettre du blé ; d'autres faisaient usage de la bêche. Ici, comme dans toutes les parties du Brésil où j'avais voyagé jusqu'alors, on se plaignait beaucoup de la rouille.
Presque au moment où j'arrivai à Villa Nova, je louai , pour la somme de i6 fr. chaque (8 patacas)^ trois chariots attelés chacun d'une paire de bœufs : ils devaient me conduire, avec mon bagage, jusqu'à la ville de Laguna, éloignée seulement de 5 legoas. Les maîtres des chariots me prévinrent que je ne pourrais me mettre en route le lendemain, parce qu'il fallait qu'ils cherchassent leurs bœufs dans les bois, où ils étaient errants. Sans cela même, il m'eût été difficile de partir, car il plut presque toute la îournée , et je passai un temps coQsidérable à examiner les plantes que m'avait fournies, la veille, une Flore qui, comme je l'ai dit, était nouvelle pour moi.
Je partis fort tard de Villa Nova, et jusqu'à Laguna, où je voulais me rendre, je suivis, avec mes bœu& et mes chariots, une plage fort dure où l'on marche sans peine.
La première pointe qui se présenta à nous s'appelle TapirwQf du guarani tapit, tapir, et ttba, réunion, réunion de tapirs.
Avant d'y arriver nous passâmes en face d'un ilot inhabité qu'on nomme Ilha dos Araras (File des aras], parce qu'il sert d'asile à une espèce d'aras communs sur cette c6te et que je n'avais encore rencontrés nulle part. Ces oiseaux, dont le plumage est d'un bleu verdâtre, ont le tour des yeux jaune ; le seul que je vis de près me parut plus petit que l'espèce commune.
Entre la pointe d'Embituva, que j'avais laissée derrière moi depuis quelques jours, et celle de Tapiruva, le terrain, à une faible distance de la mer, s'élève un peu, et l'on y voit des arbrisseaux d' un vert foncé pressés les uns contre les autres.
Après avoir passé derrière la pointe de Tapiruva, nous nous trouvâmes sur une seconde plage qui a beaucoup plus d'étendue que la première, et porte le nom de Praia Grande (la grande plage). En cet endroit, les sables s'é« tendent fort loin de la mer, et au delà de cet espace entièrement nu on ne voit qu'une végétation maigre composée principalement d' un Séneçon , dont les tiges rampantes sont éparses çà et là sur le sable, et d'une Amarantacée ; viennent ensuite des Cyperacées assez rapprochées, et c'est seulement dans le lointain qu'on aperçoit des mornes couverts de bois.
La pointe qui, du côté du midi, borne la Praia Grande s'appelle Marro d'Igi (1), et, comme celle de Tapiruva ,
(1) récris peat-étrd d'une manière incorrecte le mot igi, doat j*ignore U signification.
elle est un peu élevée au-dessus de la mer et couverte de verdure. Je passai derrière le Morro d'Iffi , et me trouvai sur une troisième plage aride comme la seconde.
Dans toute cette journée, je ne recueillis aucune plante. Le temps était superbe > le ciel sans nuages, mais l'aspect de la campagne d'une monotonie fatigante. Partout des sables, aucune maison, aucune trace d'homme , la végétation la plus maigre, toujours le bruit uniforme des flots de la mer qui venaient niourir à nos pieds.
Au delà de cette dernière plage, nous trouvâmes une petite cliatne de montagnes appelée ]lforro da Laguna (le morne de la lagune], qui s'étend parallèlement à la mer jusqu'à la ville du même nom. Nous passâmes derrière ces montagnes, et nous arrivâmes à Laguna, située sur le bord oriental du lac qui porte aussi son nom.